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images/icones/hein.gif  ( 865074 )Le plus petit dans le royaume des cieux sera-t-il en enfer ? par Paterculus (2019-04-08 21:34:32) 

En Matthieu 5,19 on lit

Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux.


Je pense que celui-là sera en enfer.
Le royaume des cieux ne se limite pas au ciel. Il me semble qu'on doit considérer que le Christ règne "au ciel, sur terre et aux enfers". Car on lit aussi en Ph 2,10

au nom de Jésus tout genou fléchit au ciel, sur terre et aux enfers.


Et il me semble que celui qui enseigne à rejeter la loi du Christ pousse les gens à aller en enfer et doit donc y aller lui-même.
Vos avis sur la question m'intéressent, merci d'avance.
Votre dévoué Paterculus
images/icones/neutre.gif  ( 865077 )Possible par Meneau (2019-04-08 22:07:14) 
[en réponse à 865074]

On trouve trace de cette possible interprétation dans la Chaîne d'or, chez St Jean Chrysostome et St Augustin :

S. Chrys. (sur S. Matth). Si un homme ami de la vérité ne peut s’empêcher de rougir lorsqu’on surprend un mensonge sur ses lèvres, et si l’homme sage ne promet jamais rien qu’il ne l’exécute, comment les paroles divines pourront-elles demeurer sans effet ? Et c’est pour cela qu’il conclut en disant : " Quiconque violera un de ces commandements les plus petits de tous et enseignera aux hommes à les violer, sera regardé comme le dernier dans le royaume de Dieu ". Le Seigneur nous fait entendre clairement, ce me semble, quels sont ces commandements les moindre de tous, en disant : " Celui qui violera l’un de ces moindres commandements ", c’est-à-dire, ceux dont je vais parler. — S. Chrys. (hom. 16). Ce n’est point des lois anciennes qu’il veut parler ici, mais des préceptes qu’il devait lui-même imposer ; il les appelle les plus petits quoique de la plus grande importance, par ce même sentiment d’humilité avec lequel il s’est si souvent exprimé sur son propre compte. — S. Chrys. (sur S. Matth). Ou bien autrement, les commandements de Moïse, " Vous ne tuerez pas, vous ne commettrez pas d’adultère ", sont d’un accomplissement facile, car l’énormité du crime effraie et arrête la volonté ; aussi la récompense qu’ils promettent est minime, bien que le crime qu’ils défendent soit grand. Les commandements du Christ au contraire : " Vous ne vous mettrez pas en colère, vous ne convoiterez pas ", sont difficiles à observer, et par la même raison, la récompense qui les sanctionne est grande, bien que ce qu’ils défendent soit léger. Il s’agit donc ici de ces préceptes du Christ : " Vous ne vous mettrez pas en colère, vous ne convoiterez pas ". Ceux qui commettent ces fautes légères seront les derniers dans le royaume de Dieu ; c’est-à-dire celui qui se sera mis en colère sans commettre un grand péché, n’aura pas à craindre la peine de la damnation éternelle, mais il ne partagera pas la gloire de ceux qui auront observé ces commandements de moindre importance. — S. Aug. (serm. sur la mont., liv. 1, chap. 15, 16 ou 8). Ou bien, au contraire, ces moindres commandements sont ceux de la loi ancienne, et ce sont les préceptes que le Christ va promulguer qui sont de la plus haute importance. Ces préceptes moindres que les autres sont indiqués ici par l’iota et par le point, celui-là donc qui les viole et qui enseigne aux autres à les violer de même sera appelé le dernier dans le royaume de Dieu. Et peut-être même n’entrera-t-il pas dans ce royaume des cieux, ou Dieu n’admet que ceux qui sont vraiment grands.

La Glose. Violer la loi, c’est ne pas faire ce qu’ordonne la loi bien comprise, ou ne pas comprendre la fausse interprétation qu’on lui donne, ou détruire dans quelqu’une de ses parties l’ensemble des commandements ajoutés par le Christ.


S. Chrys. (hom. 16). Ou bien dans ces paroles : " Il sera appelé le dernier dans le royaume des cieux, il ne faut voir autre chose que le supplice de la damnation éternelle. En effet, dans le langage ordinaire du Sauveur, le royaume des cieux ne signifie pas seulement la jouissance du bonheur éternel, mais le temps de la résurrection, et l’avènement terrible du Christ. — S. Grég. (hom. 12 sur les Evang). Ou bien par le Royaume des cieux il faut entendre l’Église où tout docteur qui viole un commandement de la loi est regardé comme le dernier, car celui dont la conduite est méprisable, comment peut-il empêcher que son enseignement ne soit méprisé ? — S. Hil. (can. 4). Ou bien, par ces moindres choses, le Seigneur fait allusion à sa passion et à sa croix ; celui qui par une fausse honte ne les confessera pas hautement, sera le plus petit, c’est-à-dire le dernier, et presque rien. Le Sauveur promet au contraire la gloire magnifique des cieux à celui qui ne rougira pas de les confesser ; c’est pour cela qu’il ajoute : " Mais celui qui fera et enseignera sera appelé grand dans le royaume des cieux ". — S. Jér. Le Seigneur flétrit ici la conduite des Pharisiens qui, n’ayant que du mépris pour les commandements de Dieu, leur substituaient leurs propres traditions, et il leur apprend que l’enseignement qu’ils donnent au peuple perd tout son prix, s’ils détruisent le plus petit commandement de la loi. Voici encore une autre explication : c’est que la science du maître, ne fût-il esclave que d’une faute légère, le fait descendre de la place élevée qu’il occupait ; c’est qu’il ne sert de rien d’enseigner la justice si on la détruit en même temps par la moindre faute ; c’est qu’on n’est souverainement heureux qu’en traduisant dans sa conduite les enseignements que l’on donne aux autres. — S. Aug. Ou bien encore, celui qui violera les plus petits des commandements de la loi, et qui enseignera à les violer, sera appelé le dernier ; celui au contraire qui accomplira ces moindres commandements, et qui enseignera à les accomplir, ne devra pas être regardé comme grand, mais il sera toutefois au-dessus de celui qui les viole. Celui-là seul sera vraiment grand qui pratiquera et enseignera ce que le Christ enseigne.



Cordialement
Meneau
images/icones/ancre2.gif  ( 865141 )Merci... par Paterculus (2019-04-09 18:13:39) 
[en réponse à 865077]

... pour votre apport très intéressant !
VdP
images/icones/iphone.jpg  ( 865081 )Cependant par Vincent F (2019-04-08 22:44:29) 
[en réponse à 865074]

Le plus petit dans le Royaume des Cieux n’est-il pas plus grand que Jean Baptiste ?
images/icones/fleche2.gif  ( 865093 )Sur ce dernier point par Jean-Paul PARFU (2019-04-09 10:32:51) 
[en réponse à 865081]

Jésus joue du paradoxe, afin de faire comprendre la grandeur du Royaume des Cieux.

Lorsqu'il était vivant, et même si Jésus a affirmé qu'il n'y a pas plus grand que Jean-Baptiste parmi les hommes, Jean était moins grand que la personne la plus petite qui sera admise dans le Paradis, qui est arrivé au port et qui voit Dieu !
images/icones/ancre2.gif  ( 865183 )Ce n'est pas la même chose par Paterculus (2019-04-10 09:13:54) 
[en réponse à 865081]

Vous faites allusion au chapitre 11 de St Matthieu, et je crois que là il s'agit pour Jésus de distinguer la sainteté d'une personne de son charisme : ce n'est pas parce qu'on est un grand prophète qu'on est nécessairement un saint. Autrement dit, cela ne signifie pas que Saint Jean Baptiste serait en dessous du plus petit dans le royaume des cieux - en tout cas le culte que l'Eglise lui rend montre que ce n'est pas ainsi qu'elle le comprend - mais cela signifie que St Jean Baptiste ne doit pas sa très grande sainteté au rôle qu'il exerce, il la doit à son union à Dieu.
Voyez par exemple ce que Jésus dit à ses apôtres en Saint Luc 10, 19 : "ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux." C'est du même ordre.

Au contraire en Matthieu 5 il est question de la pratique des commandements, ce qui ne relève pas du charisme, mais de la sainteté.

VdP
images/icones/iphone.jpg  ( 865248 )Il n’en demeure pas moins par Vincent F (2019-04-11 10:51:11) 
[en réponse à 865183]

que dès lors il semble difficile d’affirmer que le plus petit dans le Royaume des Cieux soit en enfer.
images/icones/hein.gif  ( 865096 )Je m'étonne, par NLC (2019-04-09 11:21:07) 
[en réponse à 865074]

monsieur l'abbé, que vous assimiliez "les enfers" à "l'Enfer". Je peux, bien sûr, faire fausse route, mais il me semble avoir toujours entendu, au sujet du symbole des apôtres, que de réciter "est descendu aux enfers", ne signifiait pas que le Christ, après Sa Mort, fut allé en Enfer.
Merci de bien vouloir m’ôter ce doute...
images/icones/fleche3.gif  ( 865105 )C'est la distance qu'il y a entre Shéol et Enfer par Glycéra (2019-04-09 12:32:40) 
[en réponse à 865096]



Les Juifs parlaient du Schéol, les grecs de l'Hades, et les autres traditions ont aussi un mot, venu du fond des âges, quand Adam savait ces choses, et les a transmises.

Au Shéol attendent, attendaient les âmes des justes : Abraham, Moïse, David, Siméon, etc. Patriarches chers au coeur de Dieu, qui voulaient voir le jour de Jésus.

Les ténêbres éternelles sont autre chose.

Glycéra
images/icones/hum2.gif  ( 865107 )De toute façon par Rémi (2019-04-09 12:44:17) 
[en réponse à 865096]

la citation n'est pas correcte, saint Paul écrit ut flectatur , afin qu'il fléchisse, c'est un subjonctif (et un passif, mais passons, huhu) .


C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse, à la gloire de Dieu le Père, que Jésus-Christ est Seigneur.




Est-ce réalisé ? Sur terre on ne le voit pas encore ! Aux enfers au sens du "sein d'Abraham" oui, au moment que dit le Credo.

En Enfer ? S'y trouvent ceux qui par définition, dans un mouvement de la volonté immédiat, libre et sans repentance n'ont jamais voulu fléchir le genou, les anges déchus donc. Certes ils peuvent être contraints, mais d'eux mêmes non, c'est justement pour cela qu'ils sont déchus : non serviemus.

Idem des âmes damnées, qui le sont parce qu'en dernier ressort et en toute connaissance de cause elles n'ont pas voulu fléchir, et que c'est sans rémission, caractéristique épouvantable de l'Enfer.

Au reste suggérer que l'Enfer c'est ma foi aussi bien le Royaume de Cieux, et la terre aussi tenez si l'on suit ce raisonnement, des extensions en quelque sorte, est quelque peu étrange.


Si ceux dont parle M. l'abbé au début sont damnés, nous ne pouvons pas le savoir je pense en nous appuyant sur l'Epître aux Philippiens mais plutôt le supposer par la lecture des Pères que Meneau suggère.
images/icones/1b.gif  ( 865216 )Moi aussi ! par Paterculus (2019-04-10 19:00:08) 
[en réponse à 865096]

Il faut bien entendu distinguer soigneusement le lieu où brûlent les damnés du lieu où le Christ est "descendu" après sa mort. Je ne vois pas que dans mon post on puisse penser que j'aie fait allusion au second.
Il est exact que dans l'Ecriture et la liturgie on emploie régulièrement le singulier pour le premier, et le pluriel pour le second.

Cependant en Philippiens 2,10 le texte latin dit :

ut in nomine Iesu omne genu flectatur
caelestium et terrestrium et infernorum


Il s'agit donc des "genoux" des êtres célestes, des êtres terrestres, et des êtres infernaux : on ne voit pas comment ne pas penser à l'enfer pour cette troisième catégorie.

Bref je m'étonne de votre étonnement...
VdP