Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=861843
images/icones/hein.gif  ( 861843 )Citation de Mgr Bunigni dans la DC sur le missel de 1965 par Candidus (2019-02-12 10:34:36) 

Mgr Bunigni aurait indiqué lors de la parution du missel de 1965 que celui-ci constituait la “RESTAURATION FINALE” du Missel Romain. Cette affirmation de Mgr Bunigni se trouverait dans DC (je suppose la Documentation Catholique) 1965, c. 316 et 318.

Un liseur serait-il en mesure de retrouver la citation exacte ?

Cette indication de Mgr Bunigni est vraiment intéressante, elle prouve que la réforme modérée de 1965, que Mgr Lefebvre appréciait beaucoup soit dit en passant, a été réalisée et présentée comme l'aboutissement, la mise en application fidèle et définitive, de la Constitution Conciliaire Sacrosanctum Concilium.

Le missel de 1965 était celui envisagé par l'écrasante majorité des Pères Conciliaires qui avaient voté Sacrosanctum Concilium et tout ce qui a suivi a été une extrapolation de cette constitution, due à la dynamique socio-culturelle des années 60.

C'est aussi un élément qui met à mal la position de ceux qui soutiennent que le NOM est le fruit légitime de Sacrosanctum Concilium. Qu'ils nous expliquent comment Sacrosanctum Concilium peut avoir eu deux enfants légitimes (aux dires de celui qui les a enfantés) pourtant si différents.
images/icones/bible.gif  ( 861846 )Rappel de l'opinion de Mgr Lefebvre sur le missel de 1965 par Candidus (2019-02-12 10:52:56) 
[en réponse à 861843]

...devons-nous conclure qu’il fallait garder toutes ces choses [les éléments du missel de 1962 modifiés par le missel de 1965] sans changement ? Le Concile avec mesure et prudence a répondu par la négative. Quelque chose était à réformer et à retrouver.

Il est clair que la première partie de la messe faite pour enseigner les fidèles et leur faire exprimer leur foi avait besoin d’atteindre ces fins d’une manière plus nette et dans une certaine mesure plus intelligible. À mon humble avis deux réformes dans ce sens semblaient utiles : premièrement les rites de cette première partie et quelques traductions en langue vernaculaire.

Faire en sorte que le prêtre s’approche des fidèles, communique avec eux, prie et chante avec eux, se tienne donc à l’ambon, dise en leur langue la prière de l’oraison, les lectures de l’Épître et de l’Évangile ; que le prêtre chante dans les divines mélodies traditionnelles le Kyrie, le Gloria et le Credo avec les fidèles. Autant d’heureuses réformes qui font retrouver à cette partie de la messe son véritable but. Que l’ordonnance de cette partie enseignante se fasse d’abord en fonction des messes chantées du dimanche, de telle manière que cette messe soit le modèle suivant lequel les rites des autres messes seront adaptés, autant d’aspects de renouvellement qui apparaissent excellents. Ajoutons surtout les directives nécessaires à une prédication vraie simple, émouvante, forte dans sa foi et déterminante dans les résolutions. C’est là un des points les plus importants à obtenir dans le renouveau liturgique de cette partie de la messe.

Pour les sacrements et les sacramentaux, l’usage de la langue des fidèles semble encore plus nécessaire, puisqu’ils les concernent plus directement et plus personnellement.

Article du 6 juin 1965, paru dans Itinéraire
images/icones/1b.gif  ( 861847 )Bunigni ou Bugnini ? par Chicoutimi (2019-02-12 11:00:41) 
[en réponse à 861843]

Tout est dans le titre.
images/icones/neutre.gif  ( 861897 )Bugnini... par Pol (2019-02-12 18:37:00) 
[en réponse à 861847]

.... Monsieur Novus Ordo
images/icones/1e.gif  ( 861901 )Bugnini : Moyen mnémotechnique... par Sacerdos simplex (2019-02-12 19:55:44) 
[en réponse à 861897]


Pensez à un bug.

Bug - Nini.


images/icones/neutre.gif  ( 861902 )Vous avez osé !!! par Pol (2019-02-12 20:11:07) 
[en réponse à 861901]

....je n'ai pas eu le courage.... :)
images/icones/1a.gif  ( 861959 )En même temps ... par Lycobates (2019-02-13 13:10:16) 
[en réponse à 861901]

On ne prononce pas le g en italien, d'après le DOP, qui fait autorité.

ICI

images/icones/neutre.gif  ( 861979 )Ou Benigni? par Mingdi (2019-02-13 17:12:29) 
[en réponse à 861847]

Dans "le réseau Rampolla", livre chaudement recommandé par Miserere, et qu je suis e train de lire, Mgr Benigni, chef de La Sapinière, est renommé "Begnini" (p 111), à une lettre près du sinistre Bugnini. Décidément! Erreur mineure, bien entendu. Je donnerai peut-être mon avis sur ce livre une fois que je l'aurai terminé.
images/icones/1h.gif  ( 861982 )Erreur mineure certes ... par Lycobates (2019-02-13 17:29:07) 
[en réponse à 861979]

mais dans un livre sur "le réseau Rampolla" il y a sûrement aussi des erreurs majeures ...

Sur le pauvre cardinal malmené par des marquis autoproclamés (excusez du peu) et autres imposteurs, voir entre autres ICI (et d'autres messages dans ce fil).

Un jour il faudra rendre des comptes pour les péchés graves que peuvent être la médisance, la calomnie et le jugement téméraire.
images/icones/neutre.gif  ( 862156 )Rampolla par Mingdi (2019-02-15 18:26:30) 
[en réponse à 861982]

« Le réseau Rampolla » est un fatras d’infos non classées et peu vérifiées. C’est le contraire d’une œuvre d’historien. C’est un livre d’inspiration sédévacantiste, avec le style lourdement pamphlétaire qui va avec. Il y a des pages entières de références. On sent, là derrière, tout un réseau d’éditeurs, libraires, bibliothécaires, collectionneurs spécialisés dans le genre. Malheur à celui qui n’entre pas dans leur jeu. L’auteur ranime les vieux débats méprisants sur « la paille et le sycomore » ou le GREC. Et Rampolla dans tout cela ? Quand on arrive au terme du bouquin, on comprend qu’il n’y a pas plus de réseau Rampolla que de beurre en broche. C’est un truc marketing pour attirer le chaland. Vous présentez ledit Rampolla comme un aristocrate sicilien distingué et diplomate, donc au-dessus de tout soupçon. Je me permets de faire remarquer que Maciel et McCarrick eux aussi avaient de grands airs et rendaient de grands services. Et pourtant ! Quant à la personnalité de Rampolla, l’auteur l’aborde au chapitre VII, « l’affaire Rampolla ». C’est effectivement le témoignage d’un marquis, de la Franquerie, à qui l’évêque de Montauban qui le tenait lui-même du cardinal Merry del Val, Secrétaire d’Etat, avait dit : « à la mort de Rampolla, en 1913, on a trouvé dans ses papiers la preuve formelle de sa forfaiture (…) Pie X, très ému, dit : brûlez. » Pas certain qu’un historien comme Yves Chiron retienne cela comme preuve. Plus loin, il y a un passage qui sonne plus juste. Il s’agit d’un article d’un dénommé Félix Lacointa : « La petite ville d’Einsiedeln (Notre Dame des Ermites), en Suisse, est célèbre pour son abbaye bénédictine. C’est là, qu’en 1907, le cardinal Rampolla a fait un séjour de plusieurs mois. Vingt prêtres français de passage lui demandent une audience, aussitôt accordée. Les vingt se jetèrent aux pieds de l’Eminence qu’ils regardaient comme une injuste victime de l’exclusive autrichienne et comme francophile. Il leur parla de l’héroïsme des prêtres français, victimes eux de la Séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, semblant leur dire que s’il n’avait pas été écarté de la chaire de Saint Pierre ils ne seraient pas tombés dans cette affreuse situation, due à Pie X. Un des prêtres, frappé de cet air de grand Seigneur, et voulant écrire une brochure relatant les détails de la visite, demanda à un libraire catholique si l’Eminentissime cardinal ne pourrait pas lui en faire la préface. Le libraire lui répondit à brûle pourpoint : « inutile ! Il n’en vaut pas la peine. Tous les quinze jours il va à la Loge de Zurich. » » Zurich en 1907, Saint-Gall un siècle après ?
images/icones/neutre.gif  ( 862170 )Confondant et édifiant ! par Candidus (2019-02-15 21:43:41) 
[en réponse à 862156]

Si je comprends bien, quelqu'un ("on") aurait répété à quelqu'un (le cardinal Merry del Val) qui aurait répété à quelqu'un (l'évêque de Montauban) qui aurait répété au pseudo-marquis de la Franquerie, qu'on avait découvert des documents compromettant au Vatican contre le cardinal Rampolla.

Et la deuxième preuve serait qu'un libraire suisse aurait confié à un prêtre français que le cardinal Rampolla fréquentait une loge zurichoise tous les 15 jours.

Ce genre de rumeurs et d'assertions est la plaie du traditionalisme catholique. Heureusement qu'il existe des Yves Chiron pour relever le niveau...
images/icones/neutre.gif  ( 862213 )Léon XIII par Yves Chiron? par Mingdi (2019-02-16 16:00:50) 
[en réponse à 862170]

Il y a un trou entre son "Pie IX" et son "Pie X". On attend donc son "Léon XIII", avec un chapitre "Rampolla", même s'il parle un peu de ce dernier sous Pie X. La notice wikipédia du cardinal en question ne détaille que ce qui concerne son élection papale ratée. Tout reste donc à faire pour un historien d'aujourd'hui.
images/icones/carnet.gif  ( 862006 )Le nouvel « Ordo Missæ » (1965) - Présentation par le P. Bugnini par Alexandre (2019-02-13 22:21:33) 
[en réponse à 861843]

DOCUMENTATION
CATHOLIQUE

47° année — T. LXII
Numéro 1442 — 21 février 1965

[colonne 315]



Le nouvel « Ordo Missæ »

Présentation par le R. P. Bugnini


Dans l’Osservatore Romano du 29 janvier 1965, le R. P. Annibale Bugnini, C. M., secrétaire du Conseil pour l’application de la Constitution sur la liturgie (il vient d’être nommé sous-secrétaire de la congrégation des Rites pour la liturgie), présente ainsi les éléments nouveaux qui se trouvent dans le nouvel Ordo Missæ publié en janvier 1965 par la Polyglotte vaticane (1) :


L’imprimerie de la Polyglotte vaticane fait paraître ces jours-ci le nouvel Ordo Missæ, ainsi que le Ritus servandus et le De defectibus, trois opuscules qui règlent la partie cérémoniale de la célébration de la messe. Doit sortir en même temps l’édition du Kyriale simplex, recueil de schèmes très faciles de mélodies grégoriennes pour la messe chantée, et les Cantus, qui in Missali romano desiderantur, petite collection de mélodies requises par l’Instruction du 26 septembre 1964 et par le Ritus concelebrationis, pour le canon de la messe, pour le Pater quand il est chanté par tous, pour l’oratio fidelium.

Sur le même plan se situe un volume réservé aux Commissions liturgiques qui ont la charge, dans chaque nation, de préparer les schèmes de l’oratio fidelium. Il ne s’agit pas d’un recueil de schèmes déjà préparés, ce qui serait contraire à l’une des lois fondamentales de l’oratio fidelium, mais d’un guide pour la préparation de ces schèmes. C’est pourquoi les sept ou huit exemples proposés à la suite du Directoire pratique ne sont pas des formulaires « prêts à servir » mais plutôt des modèles sur lesquels doivent être formulés les schèmes que les conférences épiscopales nationales devront approuver.

Nous reviendrons successivement sur chacune de ces publications quand l’occasion s’en présentera. Faisons cependant remarquer que celles-ci rentrent dans le programme de travail pour l’application progressive de la Constitution liturgique, et qu’elles sont le fruit de la collaboration harmonieuse et responsable du Conseil pour l’application de la Constitution de liturgie et de la Congrégation des Rites.

[col. 316] Nous nous arrêterons aujourd’hui sur l’Ordo Missæ, fondamental et si attendu, qui paraît en premier.

Le titre de cet article dit : Nouvel (Ordo Missæ). Ce n’est pas exact. On devrait dire rénové, mis à jour, car, malgré les retouches, les adaptations, les corrections, l’Ordo Missæ n’a pas substantiellement changé de visage. Le latin lui-même est resté le latin simple et débonnaire des bons cérémoniaires romains qui, depuis le début du XVI° siècle, ont donné leur style à une grande partie de ces très sages règles pratiques.

Mais alors, en quoi consiste ce renouvellement de l’Ordo Missæ ?

Dans l’adaptation aux exigences de la Constitution conciliaire et de l’Instruction, exigences qui, schématiquement, peuvent se résumer ainsi : Distinction claire et naturelle, également pour le lieu de la célébration, des deux parties entre lesquelles se divise idéalement la messe : liturgie de la parole et liturgie de l’eucharistie. Distinction de lieu, parce que la première se déroulera de préférence au siège ou à l’ambon, la seconde à l’autel, lieu du sacrifice, table du banquet eucharistique ; 2° une participation pieuse, active et consciente des fidèles au rite sacré, ce qui est le but de toute la réforme liturgique.

Ces deux principes et les règles déjà fixées par l’Instruction ont guidé la révision de l’Ordo Missæ et du Ritus servandus. On sait que les deux exposés ne s’opposent pas, mais se complètent. L’Ordo est une synthèse du Ritus ; dans l’Ordo, les cérémonies sont seulement esquissées ; le Ritus, par contre, entre davantage dans les détails. Souvent trop. Quelques-uns ont été supprimés, car ils étaient vraiment superflus ; par exemple, quelle nécessité y avait-il de dire que pour revêtir l’aube, le célébrant doit « baisser la tête et enfiler d’abord le bras droit et puis le gauche » ? D’autres sont restés qui seront encore utiles : par exemple, la manière d’encenser l’autel.


Quelques particularités

Voici quelques détails :

Pour indiquer le ton de voix du célébrant (chant ou partie dialoguée avec l’assemblée), une seule et unique indication est donnée : congrua voce (avec la voix qui convient), parce que, selon les cas et ce que lui dictera le bon goût et le bon sens, le célébrant [col. 317] modère et règle sa diction pour l’harmoniser avec la voix ou le chant de l’assemblée et de la schola. Les côtés de l’autel — désignés d’abord par l’expression cornua altaris, et depuis 1960 par les mots « côté de l’Epître » et « côté de l’Evangile » — sont maintenant appelés tout simplement « côté droit » et « côté gauche », parce que, avec l’usage habituel de l’ambon et de l’autel tourné vers le peuple, l’ancienne formule serait devenue inexacte ou engendrerait de la confusion.

A l’autel, depuis l’offertoire jusqu’à la fin, le Missel restera toujours à gauche, même pour la communion et la postcommunion, que le célébrant lira en restant au centre, comme pour les oraisons solennelles du Vendredi saint. Cela présente l’avantage d’éviter un déplacement du Missel qui n’a pas de raison d’être et de faciliter l’installation de microphones stables sur l’autel pour que l’assemblée entende mieux.


Comment se déroulera le rite de la messe

Parcourons maintenant la messe en soulignant quelques particularités.

Comme avant, elle commencera par le verset Introïbo ad altare Dei. Certains pensaient que celui-ci aussi aurait dû également disparaître avec le psaume 42. Une antienne sans le psaume correspondant est une anomalie, disaient-ils. Mais il n’y a pas d’anomalie. En restant isolé, il n’a plus le caractère d’antienne, mais celui d’un verset psalmodique, et les séries de versets psalmodiques qui précèdent et introduisent un rite sont loin d’être rares dans la liturgie ; par exemple, le verset Deus tu conversus et les suivants qui précèdent l’Aufer a nobis. Voici un exemple bien approprié : au temps de la Passion et aux messes des défunts on ne dit pas le psaume 42, mais on dit le verset Introïbo. Enfin, il serait vraiment déplaisant que dans la restauration finale cette petite perle ait disparu de l’Ordo Missæ. Ces deux phrases alertes et joyeuses expriment merveilleusement les « motifs » qui donnaient leur sens au rite, le sens d’un mouvement matériel et spirituel vers l’autel du sacrifice (Introïbo) et les dispositions intérieures qui l’animent (lætificat iuventutem). Le sens reste le même dans la nouvelle version : Deus lætitiæ et exsultationis. Enfin, l’Introïbo a tout un parfum pascal et lie ce sacrifice, tout sacrifice, à celui du Christ passus, sepultus, suscitatus. Dans la tradition ambrosienne, après le baptême, les néophytes faisaient leur entrée dans l’Ecclesia fratrum au chant de l’Introïbo.

Après avoir baisé l’autel (ou après l’encensement à la messe chantée), le célébrant se rend à la banquette. Il pourrait rester à l’autel jusqu’à la collecte. Des liturgistes hâtifs ont indiqué cette solution comme normale. Il s’agit, en fait, d’un expédient : l’endroit propre de la liturgie de la parole, c’est la banquette et l’ambon.

Si le peuple ou la schola chantent ou récitent l’introït, le Kyrie, le Gloria, les chants après les lectures, le célébrant ne les lit pas pour son propre compte, il les écoute ou s’associe au chant commun. Mais, naturellement, il entonne le Gloria, dit ou chante la collecte, en se tournant vers l’assemblée.

Après le chant ou la lecture de l’Epître, le graduel est le chant de méditation auquel toute l’assemblée doit participer, en alternant le refrain propre avec le chant des versets par la schola.

L’Evangile est réservé au célébrant, ou au diacre aux messes chantées. Ce dernier encense le livre des Evangiles, mais, désormais, il omettra l’encensement du célébrant, cérémonie assez récente et déplacée.

[col. 318] L’attention et la vénération seront ainsi davantage concentrées sur le livre sacré qui contient la parole de Dieu.

Suit l’homélie. A l’Incarnatus du Credo, on ne fait plus la génuflexion, mais on s’incline seulement, sauf à Noël et à l’Annonciation. Vient ensuite l’oratio fidelium.

Le célébrant se rend alors à l’autel qu’il baise. L’offertoire se conclut par la prière sur les offrandes (secrète), dite à haute voix ou chantée jusqu’à la conclusion Amen, répondue par l’assemblée.

Puis vient la préface, dont le Sanctus est le couronnement inséparable (dicentes : Sanctus), lequel est chanté ou récité par toute l’assemblée. Le célébrant, seul, commence ensuite le canon à voix basse. Les rubriques et les formules de la prière eucharistique restent inchangées. Cependant, à la doxologie finale, le célébrant prend l’hostie et le calice avec ses deux mains, les élève ensemble et chante ou dit à haute voix Per ipsum jusqu’à per omnia sæcula sæculorum, auquel toute l’assemblée répond unanimement et avec force : Amen. C’est la « ratification » par tout le saint peuple de Dieu de ce que le célébrant vient d’accomplir en se retirant dans le mystérieux silence de la grande prière consécratoire.

Après le Pater chanté ou récité par le célébrant et les fidèles, d’un seul cœur, le célébrant module à haute voix l’embolisme (d’emballo, j’interpose), c’est-à-dire une prière qui développe et reprend une formule précédente : en effet, le Libera développe la dernière demande du Pater (sed libera nos a malo. — Libera nos). Pendant l’embolisme, le célébrant ne se signe plus avec la patène et ne la baise plus.

Suivent les rites de la communion. Dans le texte de l’Ordo, on a également inséré les rubriques de la communion des fidèles : c’est un fait... rédactionnel, il est vrai, mais qui ne manque pas de signification : une messe sans communion des fidèles est un anneau sans perle.

Enfin, le congédiement de l’assemblée.


Donner un style aux célébrations liturgiques

Celui qui est quelque peu familiarisé avec le Missel verra tout de suite que, substantiellement, rien n’est changé. Le ton est changé, mais la mélodie reste celle d’hier, celle de toujours. Même dans les retouches, tout a été examiné délicatement et attentivement, avec le cœur plus qu’avec l’esprit, pour harmoniser le rite avec les règles, sages et précises, tracées par les documents conciliaires.

Evidemment, le nouvel Ordo Missæ reste dans les limites assignées : il décrit un rite, il ne s’intéresse pas à ses formes, même si celles-ci, aujourd’hui plus que jamais, posent des quantités de problèmes dont ne peut se désintéresser celui qui doit peser les conséquences des dispositions positives.

Avant tout, on doit penser à ce que l’Ordo Missæ représente pour nos réunions liturgiques. Certes, la manière d’accomplir un rite n’est pas l’essentiel, mais ce n’est pas non plus un élément secondaire. Ce n’est pas le trésor, certes, mais c’est l’écrin précieux qui le contient. Autrefois, on a eu un excessif attachement pour la partie extérieure de la liturgie. Aujourd’hui, peut-être pèche-t-on par défaut. D’avoir retrouvé la perle ne nous fait-il pas souvent oublier de lui donner un chaton qui soit digne d’elle? Cette application de l’Eglise à ciseler le rite de la messe avec une exactitude si scrupuleuse n’est-elle pas une invitation pour chaque prêtre à donner un « style », à « célébrer » et non seulement à « dire » la messe?


[col. 319]

La langue du peuple

Dans l’Ordo, pas d’allusion à la langue du peuple qui, le 7 mars, constituera la plus grande nouveauté dans la célébration communautaire de la liturgie. Dans tous les pays, au cours de ces six derniers mois, on s’est efforcé de préparer les textes en langue du peuple, au moins pour les messes des dimanches et fêtes.

Rendre dans une langue vivante un texte liturgique en lui conservant sa vigueur originelle est, je crois, un travail littéraire des plus ardus. Le manque de temps et, parfois, le manque de moyens techniques et de personnel ont accru les difficultés. Quoi qu’il en soit, même si elles ne sont pas parfaites, les traductions sont entrées ou entreront en vigueur. L’expérience, le temps, l’usage permettront, dans les années qui suivront, de limer et de perfectionner les textes, afin qu’ils réunissent le plus targe assentiment et expriment dignement la prière de l’Eglise.


Le chant sacré

Le problème du chant présente des difficultés encore plus grandes. Une messe sans chant est comme un jour sans soleil. Une paroisse qui ne chante pas, disait souvent le Saint-Père quand il était archevêque de Milan, ne chante en aucune manière. Si pour la messe solennelle le chant est partie intégrante du rite, pour les messes avec peuple, il est l’élément indispensable de participation et de vie. C’est pourquoi l’effort fait par la pastorale liturgique depuis quelques années pour faire chanter toutes nos assemblées, depuis la plus humble paroisse de montagne jusqu’aux plus majestueuses célébrations des illustres et spacieuses cathédrales, est digne d’admiration et d’encouragement.

Mais avec l’introduction de la langue du peuple, ne va-t-on pas perdre le patrimoine grégorien, polyphonique, artistique de la musique sacrée ? Les scholæ [col. 320] ne perdent-elles pas leur raison d’être ? Ce serait une grave erreur et un dommage encore plus grand. Pour cela, la Constitution liturgique dit « que la musique sacrée soit conservée et favorisée avec le plus grand soin » (art. 114). Conserver et favoriser sont ici synonymes de défendre, diffuser, augmenter, soutenir. Il sera donc toujours possible — dans le cadre des dispositions conciliaires et des décisions des conférences épiscopales — d’exécuter une messe grégorienne, polyphonique ou en musique moderne, avec le texte des chants en latin, pourvu que soit assurée la participation des fidèles dans les parties qui leur sont propres et que, au moins les lectures et l’oratio communis (art. 54), soient dites en langue du peuple, en vue de la catéchèse.

De cette manière, l’Eglise peut et doit continuer à louer le Seigneur dans tous les genres musicaux, la vitalité des scholæ est assurée ainsi que la « conservation du trésor inestimable de la musique sacrée.

S’il faut encourager l’effort pour redonner intérêt et vitalité aux assemblées liturgiques, les compositeurs, maîtres de chapelle et artistes méritent une grande gratitude, eux qui ont servi et servent encore la liturgie avec tant d’abnégation et de sacrifice, et dont les créations à travers les siècles sont une des gloires les plus pures de l’Eglise.

Aussi, les désirs, les aspirations et les vœux exprimés dans un récent Congrès ne peuvent que rencontrer l’approbation de tous ceux qui aiment la sainte liturgie. Tous unis, una voce, pour un culte du Seigneur joyeux et élevant. C’est un motif de réconfort et d’espérance de voir que ceux qui, par leur formation et leur tempérament, sont doués d’une particulière sensibilité artistique, sont résolus à entrer généreusement dans le sillon lumineux tracé par la Constitution conciliaire. On peut donc regarder l’avenir avec plus de confiance, également en ce qui concerne la formation d’un chant religieux populaire digne des plus pures traditions du génie de notre peuple et des nouvelles nécessités du culte divin.

A. BUGNINI


(1) Traduction de la D. C. d’après le texte italien. Nous rappelons les nouvelles prescriptions concernant l’Ordo Missæ contenues dans l’instruction du Consilium et qui sont applicables à partir du 7 mars 1965. (D. C. 1964, n. 1435, col. 1367.)
images/icones/bible.gif  ( 862012 )Confirmation par Candidus (2019-02-14 00:02:14) 
[en réponse à 862006]

Un grand merci pour avoir recherché ce texte et le mettre à notre disposition.

Cela confirme ce que je disais dans mon précédent post : Bugnini présente bien la réforme de 1965 comme définitive. Traitant du verset Introibo ad altare Dei que certains auraient voulu supprimer en même temps que le psaume 42 dont il était l'antienne, Bugnini indique : il serait vraiment déplaisant que dans la restauration finale [le missel de 1965 donc] cette petite perle ait disparu de l’Ordo Missæ.

On sait ce qu'il advint quatre ans plus tard...
images/icones/macos.gif  ( 862057 )La réforme liturgique: fruit d'une dynamique radicale pas d'un ordre donné par Athanase (2019-02-14 15:32:26) 
[en réponse à 862012]

On présente la réforme liturgique comme un plan cohérent et ordonné. Or quand on lit les témoignages, on remarque qu'en 1965 il n'est pas encore question d'une réforme radicale. Tout le monde est d'accord sur le principe d'une réforme modérée, qui est en fait un compromis, comme le traduit la Constitution Sacrosanctum consilium. Même Mgr Lefebvre est d'accord sur cette réforme et il est loin de n'émettre que des réserves. Tout cela est tel que même Mgr Bugnini estime que la réforme est entrée dans sa phase terminale.

À ce stade, en 1965, il est encore difficile de dire que tout cela devait mener à une réforme aussi radicale que celle de 1969. Le vrai missel de Vatican II est plus le missel de 1965 que celui de 1969 (même si, en soi, celui de 1965 n'est pas parfait et que, fâcheusement, il poursuit déjà une tendance à l'élagage des rites.).

Cela montre qu'il est dangereux de lire les événements à la lumière des derniers. Cela montre aussi que la crise liturgique de l'Église s'est faite en vertu d'une dynamique radicale et non en vertu d'un ordre donné (l'édiction d'un missel plus traditionnel que celui de 1965 n'a pas entamé cette dynamique). Le saccage qui a lieu entre 1964 et 1969 est tel que l'autorité se sent obligée d'encadrer les débordements en tentant de canaliser cette dynamique de dévastation. Comment y a-t-elle procédé ? En promulguant un nouveau missel. Rappelons qu'aux Pays-Bas, il y a déjà plusieurs dizaines de prières eucharistiques: Rome proposera de "rationaliser" l'agitation en en proposant 4 (en fait, une dizaine). En effet, comme dans toute structure humaine, vient toujours le moment où l'on cherche à restructurer un mouvement qui va dans tous les sens. On ne peut être que sceptique avec le recul sur la tentative du rite de 1969 qui vise à canaliser ce qui est transgressif (d'où l'aporie de rendre obligatoire ce qui vise précisément à se détacher de l'obligation...).



images/icones/neutre.gif  ( 862068 )Vous avez tout à fait raison : le NOM est issu d'une dynamique plutôt que d'un complot par Candidus (2019-02-14 17:02:57) 
[en réponse à 862057]

Et l'ordo de 1969 est le résultat des dérives de celui de 1965 qui n'a pas réussi à s'imposer dans le climat de crise de l'autorité des années 60. Rome a alors pensé qu'on pourrait faire un bout de chemin avec cette dynamique, on a pensé qu'on pourrait surfer sur elle, mais la vague a englouti le surfeur.
images/icones/ancre2.gif  ( 862090 )Un très grand merci ... par Paterculus (2019-02-14 20:59:42) 
[en réponse à 862006]

... pour ce texte.
Figurez-vous que j'ai relevé le passage sur les traductions liturgiques.
Votre dévoué Paterculus