Ces tout derniers lustres voient la célébration
face au peuple exciter un engouement hors de proportion avec la
réalité ; beaucoup d’ecclésiastiques, de tout rang, s’imaginent re-
monter ainsi aux origines du christianisme, et s’en promettent des
résultats spirituels prodigieux, quelque peu chimériques. Certains
n’hésitent pas à certifier que primitivement le pontife célébrait
face au peuple, donc tourné vers l’occident ; car d’après eux l’assis-
tance seule regardait l’orient. La vérité ne pense pas comme eux.
La célébration face au peuple n’existe pas dans les rites orientaux.
Cet usage, dans les pays occidentaux, est seulement italique ; on le
voit dans nombre d’églises de Rome et de cathédrales d’Italie. Il fut
connu dans les pays germaniques, gaulois, britanniques et ibériques ;
mais son existence, dont les preuves n’abondent pas, y fut exception-
nelle et de courte durée ; il disparut autour du VIIIè siècle, en même
temps que les églises faites pour lui. L’autel eut beau demeurer à
l’entrée de l’abside, près de la nef, même dans la nef, cela ne signifie
pas face au peuple.
La règle de l’orientation, qui veut l’abside des églises tournée
vers l’orient, pour que le célébrant à l’autel regarde ce point cardi-
nal, a toujours été exigeante et cohérente, quoi qu’on dise. Il s’ensuit
que, dans les pays italiques, là où l’on voulut célébrer face au peu-
ple, on construisit des églises occidentées, soit avec l’abside tournée
à l’occident, pour que le célébrant à l’autel regardât l’orient. Quel
avantage présente la célébration face au peuple ? Un seul, celui
que l’assistance peut voir tous les gestes du célébrant ; possibilité
souvent plus rationnelle que pratique ; possibilité encore qui suppose
les gestes exécutés avec une correction méritant qu’on les voie.