Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 860930 )Un triumvirat à la tête de l'Église: une idée ratzinguérienne? par Chicoutimi (2019-01-29 11:02:42) 

Le livre “Dienst an der Einheit”, qui signifie “Au service de l’unité”, est un recueil de documents (voir image plus bas) édité par Joseph Ratzinger (maintenant le pape émérite Benoît XVI) et qui comporte les écrits de plusieurs auteurs dont Walter Kasper (maintenant cardinal).

Une des contributions à «Dienst an der Einheit» est un article écrit par Joseph Ratzinger lui-même, intitulé «Der Primat des Papstes und Einheit des Gottesvolkes», qui se traduit en français par ''La primauté du pape et l'unité du peuple Dieu."

Au moyen de cet article, on constate que, dès 1978, ''Joseph Ratzinger avait évoqué l'hypothèse selon laquelle une papauté monarchique était intrinsèquement de nature «arienne», alors que la papauté devrait refléter la Trinité: une «troïka du pape» qui consiste en un catholique, un protestant et un orthodoxe, et à travers laquelle la papauté, qui est le principal ennui de la chrétienté non-catholique, doit devenir le véhicule définitif de l’unité de tous les chrétiens."

Les passages de cet article en allemand, de même que leur traduction en anglais, se trouvent ICI (je renvoie à ce lien non pour faire la promotion de ce site dont je ne partage pas les thèses ecclésiologiques, mais uniquement pour avoir un accès aux passages de l'article de Joseph Ratzinger).

Voici donc une traduction française d'un passage de cet article ratzinguérien:


''Selon la nature trine de Dieu, l'Église doit être dirigée par un triumvirat, dont les trois occupants forment ensemble le pape. Il ne manquait pas de spéculations ingénieuses selon lesquelles (un peu comme l’histoire de l’Antéchrist par Soloviev), il était établi que, de cette manière, un Catholique, un Orthodoxe et un chrétien de la Réforme pourraient former ensemble le pape-Troïka.''



Connaissiez-vous cette thèse? Est-ce que vraiment le théologien Ratzinger avait adopté cette thèse, ou bien faisait-il seulement la décrire sans nécessairement y adhérer? J'aimerais savoir ce que vous en pensez.

Pour avoir une idée plus claire, voici maintenant la traduction de l'essentiel des paragraphes dans l'ordre:


''Le thème de la papauté n'est pas l'un des thèmes populaires de l'ère post-conciliaire.(…) À l'heure actuelle, alors que l'idée de la monarchie a pratiquement disparu et a été remplacée par l'idée démocratique, la doctrine de la primauté manque de cadre de référence dans nos présupposés généraux. Ce n'est donc certainement pas un hasard si le Premier Concile du Vatican était dominé par l'idée de primauté, mais le Second par la lutte pour le concept de collégialité.''

''Toutefois, il convient d’ajouter immédiatement que Vatican II a cherché à réécrire l’idée de collégialité, avec laquelle elle a été encouragée par l’attitude d’aujourd’hui envers la vie, de manière à contenir l’idée de primat. Aujourd’hui, après avoir acquis une petite expérience de la collégialité, de sa valeur et de ses limites, il nous faut recommencer à ce point pour mieux comprendre l’unité de traditions apparemment contradictoires, tout en préservant la richesse de l’expression chrétienne.''

''Dans le cadre du débat conciliaire, la théologie avait alors tenté de saisir la collégialité au-delà du purement structurel et fonctionnel, en tant qu’expression d’une loi fondamentale remontant à l’essence la plus profonde du chrétien (…)''

(…)
(…)

''D'autre part, (…) il est devenu évident que Dieu lui-même est un Nous (…)''

''Dans ce contexte, un traité précédemment largement oublié de E. Peterson sur «Le monothéisme en tant que problème politique» a de nouveau attiré l'attention, dans laquelle Peterson avait tenté de montrer que l'arianisme était une théologie politique privilégiée par les empereurs, car il fournissait l'équivalent divin de la monarchie politique, alors que le triomphe de la foi trinitaire détruit la théologie politique et renverse la théologie en tant que justification de la monarchie politique.

''Peterson avait interrompu son analyse à ce stade; maintenant, il a été repris et poursuivi dans une nouvelle pensée analogique, l'idée de base étant que le Nous de Dieu doit correspondre à une agence ecclésiastique selon le modèle du Nous. Cette approche générale aux multiples facettes a parfois été avancée au point que, selon elle, l'exercice de la primauté par un seul homme, le pape à Rome, suit un modèle arien.''

''Selon la nature trine de Dieu, l'Église doit être dirigée par un triumvirat, dont les trois occupants forment ensemble le pape. Il ne manquait pas de spéculations ingénieuses selon lesquelles (un peu comme l’histoire de l’Antéchrist par Soloviev), il était établi que, de cette manière, un catholique, un orthodoxe et un chrétien de la Réforme pourraient former ensemble le pape-Troïka.''

''Ainsi, directement de la théologie, le concept de Dieu, la fin complémentaire de l'œcuménisme, semblait avoir quadrillé le cercle, à travers lequel la papauté, principal ennui de la chrétienté non-catholique, doit devenir le véhicule définitif de l'unité de tous les chrétiens.''

* Le livre en question
images/icones/2a.gif  ( 860934 )Non, un vieux schisme !... par vistemboir2 (2019-01-29 12:16:51) 
[en réponse à 860930]

On a déjà connu ça dans le passé et ce ne fut guère glorieux pour l’Église !

Dieu est trine, parce qu'il est Dieu. Aussi vouloir transposer la Trinité à la papauté, du divin à l'humain, c'est dire au(x) futur(s) papes : "vous serez comme des dieux"... Sans parler de la composition envisagée pour le fameux triumvirat : un catholique, un schismatique et un hérétique. En vue d'établir une "super-religion pour initiés" ?...

On se méfie à juste titre de la philosophie allemande ; on devrait faire de même, me semble-t-il, avec la théologie d'outre-Rhin...
images/icones/4b.gif  ( 860947 )Surpris je suis, immensément surpris je reste par BK (2019-01-29 19:39:06) 
[en réponse à 860934]

Surpris doublement, et même triplement :

- tout d'abord, de donner l'impression que l'on estime crédible que le cardinal Ratzinger aurait pu, ne serait-ce que dans un écrit de jeunesse, suggérer un triumvirat catholique-orthodoxe-protestant pour diriger l'Eglise,

- ensuite, de jeter le discrédit sur la théologie dudit cardinal sans avoir pris la peine de rechercher ce qu'il avait réellement dit (et si cela vous était impossible, cher Monsieur, il faut en revenir aux bons principes des philosophes sceptiques : a minima, suspendre son jugement et fermer sa g., comme aurait pu dire le bon Pyrrhon),

- enfin, de réagir en véritable disciple des maîtres du soupçon, tout en appelant à se méfier de la "philosophie allemande".

Cohérence, cohérence, devant les préjugés, tu ne peux que fuir...
images/icones/fleche2.gif  ( 860956 )Oui vistemboir2... par Chicoutimi (2019-01-30 07:43:11) 
[en réponse à 860934]

Merci pour votre réponse. Je suis bien d'accord avec vous que l'on ne peut pas transposer la doctrine de la Trinité à la papauté; car en faisant du pape non plus une personne mais une nature, on en arrive à une aberration du genre : un pape en trois personnes. Remarquez qu'actuellement, avec un pape en fonction et un pape émérite, on y est presque.

Bien que Ratzinger/Benoît XVI n'ait pas endossé cette thèse d'une papauté partagée entre différentes personnes (comme nous l'explique BK ci-bas), on peut tout de même se demander si cette idée ne se retrouve pas derrière le concept de ''pape émérite'', surtout derrière les propos de Mgr Gänswein qui affirmait que Benoît XVI n'aurait pas abandonné la fonction de Pierre mais aurait plutôt innové ce ministère qui serait maintenant élargi et partagé avec un membre actif (François) et un autre contemplatif (Benoît).

Enfin, je pense qu'il faut effectivement se méfier des théologiens qui transposent des concepts. À titre d'exemple, l'un des problèmes avec Amoris Laetitia est que le concept ecclésiologique ''subsistit in'' a été appliqué au domaine moral.
images/icones/2e.gif  ( 860958 )Non mais allô quoi ! par BK (2019-01-30 08:25:59) 
[en réponse à 860956]

Cette idée se retrouve certainement dans votre tête particulièrement imaginative, mais ni dans celle de Ratzinger, ni dans celle de Gänswein.

Si vous nous présentiez la référence des propos sur lesquels vous vous appuyez, on constaterait sans doute qu'après avoir mal compris - deux fois ! - Ratzinger, vous aurez mal compris Gänswein.

Allez lire l'article de plus de vingt pages dont vous citez une demi-page du 1.1...

Ce qui est certain, par contre, c'est que les papes bienheureux restent Successeurs de Pierre et prolongent par leur intercession de l'Éternité le Ministère Un qu'il leur avait été donné de recevoir dans le temps.

Et qu'en ce sens Benoît XVI, s'il doit être sauvé, anticipe dans le temps cette fonction eschatologique.

Mais cela n'a aucun rapport avec l'idée que le ministère de Pierre pourrait passer dans notre temps à trois ou deux personnes simultanément.
images/icones/2a.gif  ( 860938 )ça, c'tait "l'ancien monde" par jejomau (2019-01-29 13:54:01) 
[en réponse à 860930]

qui aurait vu la Trinité être reflété dans un cadre où le "peuple de Dieu" était forcément le peuple des baptisés

Mais dans le "nouveau monde", avec l'arrivée de François, le "peuple de Dieu", c'est ces foules éparpillées sur la planète qui manifestent leur joie en battant de mains, en dansant, etc.. quand il se déplace en avion pour aller les visiter. A ce titre, le Triumvirat trinitaire aurait été constitué par un rabbin, un imam (ou un ayatollah,; c'est selon..), et le pape..

images/icones/neutre.gif  ( 860957 )Oui, jejomau... par Chicoutimi (2019-01-30 08:00:14) 
[en réponse à 860938]

Merci pour votre réponse.
Bien qu'il soit formulé avec un certain humour, il y a une grande vérité derrière votre message.
Ce glissement de l'œcuménisme vers l'interreligieux a pour racine le relativisme.
Permettez-moi de vous donner un exemple de ce que nous vivons chez nous. Depuis quelques années, sur les bases desservis par l'aumônerie militaire, plusieurs chapelles catholiques et protestantes ont été détruites afin de construire des centres interreligieux (multi-faith center). Il y a beaucoup de souffrances derrière tout cela.
images/icones/fleche2.gif  ( 860966 )la théologie du peuple chez François par jejomau (2019-01-30 10:08:45) 
[en réponse à 860957]

François a déjà abordé publiquement la notion de "théologie du peuple" dès son arrivée au pouvoir. Il faut comprendre de quoi il retourne en allant d'abord aux sources. Voici un extrait dune œuvre qu'on ne trouve pas en Français dans le grand public à découvrir ci-dessous écrit par un jésuite :

« Le cardinal W. Kasper, spécialiste de Schelling et également de la pensée allemande, voit avec raison dans cette compréhension du peuple, une pénétration, à travers le krausisme, du Volksgeist propre au romantisme germanique ; …

On peut dire que peu de politiques ont développé et encouragé comme Yrigoyen, l’idée de solidarité, au point de la comparer à la fraternité chrétienne. Ce qui fait que le libéralisme dépasse son défaut individualiste et élitiste et cède le pas à un libéralisme solidaire, populaire et humaniste. Ces attitudes trouveront une expression littéraire et se propageront dans le poème épique national argentin de Martin Fierro (1872). Une telle conception proche du peuple et de l’humanité se différencie beaucoup… de la conception marxiste fondée sur la lutte des classes, pour autant la conception krausiste n’escamote pas les injustices et le conflit social.

C’est sur ce fondement qu’a surgi en Argentine sous la direction de Lucio Gera (1924-2012), une théologie de la libération qui n’utilise pas l’analyse marxiste, mais une conception historique de la culture du peuple, qui ne désire pas imposer une doctrine, mais se met à l’écoute de la sagesse populaire. Ce qui fait que de la religiosité populaire acquiert une haute valeur. Gera fut le professeur de théologie de Jorge M. Bergoglio, ce qui éclaire beaucoup la singularité des convictions religieuses et théologiques du pape actuel lorsqu’il parle du peuple saint de Dieu, de la fraternité et de la solidarité, etc. ». (En note un renvoi au livre du cardinal Kasper que nous avons présenté).(p 186 - 187)

écrit par le père jésuite Rogelio Garcia Mateo dans « Religion y Razon- En el Krausismo y en la Generacion del 98 »


Le professeur Gera était intimement façonné par le péronisme dont le notion de peuple est élaboré comme une mystique. Pénétré de cette influence à son tour, François tend à remplacer le "Corps Mystique de l'Eglise" par la notion de "PEUPLE MYSTIQUE" d'où tout part en ce qui le concerne. Incarnation temporelle du pouvoir politique qui doit transformer désormais l'Eglise…

Le blog du terrorisme pastoral rappelle que le théologien Gerra écrit dans un livre (Apuntes para una interpretacion de la Iglesia argentina-1970) où le mot "peuple" est cité plus de 200 fois dans 150 pages par exemple :

« La lumière vient uniquement du peuple p 23
« Je veux voir comme voit et sent le peuple p 40

« Ils sont partie intégrante du peuple ; de ce peuple dont la cause a gagné mon coeur depuis de nombreuses années p 61

« Je veux maintenant expliquer comment je sers les « humbles » p 77

« Cela ne peut être autrement. « Seuls les humbles sauvent les humbles ». p 88 , etc...



En fin de compte, La théologie du peuple, celle de François, ne donne-t-elle pas les fruits dont la révolution a toujours rêvé ?




images/icones/fleur.gif  ( 860968 )Très honnêtement... par BK (2019-01-30 10:26:22) 
[en réponse à 860966]

si vous passiez autant de temps à lire le Magistère du Christ par le pape François que ses commentateurs et analystes qui essayent toujours de tirer la couverture à hue et à dia, vous vous en porteriez bien !

Par exemple CECI, certainement plus instructif, objectif, et sain sur la pensée de Dieu et du pape François sur l'Eglise que tous les commentaires que vous citez.

Je précise que ce genre de document ne se lit pas comme un roman ni un essai, mais en méditant, comme on le doit avec un enseignement par lequel le Christ aujourd'hui essaye de parler à chacun.

(et non, comme un de mes amis voulait le faire - c'était son grand espoir - en s'efforçant d'y retrouver l'influence de la théologie de la libération sur le pape François, parce qu'alors on cherche à plaquer ses propres grilles, schémas de lecture et préjugés, on biaise, on se gauchit et on perd la droite orientation et la docilité que l'on doit avoir envers la vérité)
images/icones/pelerouin1.gif  ( 860942 )Voyez Joseph, cardinal Ratzinger, "Discours fondateurs" par BK (2019-01-29 17:04:49) 
[en réponse à 860930]

où ce texte est réédité (Fayard, 2008, mais il figurait également dans Appelés à la Communion, comprendre l'Eglise aujourd'hui, Fayard, 1993).

Le passage que vous citez est le premier point de la première partie.

Il s'agit bien évidemment d'un rappel historique, non de théologie catholique, et moins encore de la théologie particulière du cardinal Ratzinger.

La fin de l'article, pour rappel :

Fondement spirituel de la primauté et de la collégialité
La collégialité, expression du « nous » dans la foi
Le fondement intrinsèque de la primauté : la profession de foi comme témoignage personnellement responsable
La structure martyriologique de la primauté

Le nous de l'Église commence par le nom de celui qui, nominalement et personnellement, a le premier confessé le Christ : "Tu es le Fils du Dieu vivant" (Mt 16,16).

Curieusement, on fonde habituellement la place de la primauté sur Mt 16,17, alors que, d'après l'Église primitive [perspective reprise par Vatican I, NdBK], le verset décisif pour la compréhension de l'ensemble est le verset 16.

C'est en tant que porteur du Credo [par un don du Père NdBK] que Pierre devient rocher de l'Église, porteur de sa foi en Dieu, qui est foi dans le Christ comme Fils, et, justement pour cela, foi dans le Père et foi trinitaire que seul l'Esprit de Dieu peut transmettre.

Pour l'Église primitive, les versets 17-19 ne constituent qu'une interprétation du verset 16 : dire le Credo n'est jamais une œuvre propre de l'homme.

Ainsi, celui qui, dans l'obéissance de la foi, déclare ce qu'il ne peut pas déclarer par lui-même, peut aussi faire et devenir ce qu'il ne pourrait pas être ni faire ni devenir par lui-même.

Quand on voit les choses de cette manière, n'apparaît pas l'alternative suggérée d'abord par saint Augustin, qui domine la scène théologique à partir du XVIème siècle : le fondement de l'Église est-il Pierre en tant que personne, ou bien la profession de foi ?

La réponse est la suivante : la profession de foi ne peut exister que si elle engage la responsabilité personnelle, elle est donc liée à la personne.

Par contre, ce fondement n'est pas une personne au sens métaphysique et neutre du terme, mais la personne en tant que porteuse de la profession de foi. L'une sans l'autre perdrait toute signification.

Tout en omettant de nombreuses étapes intermédiaires, nous pouvons donc dire que l'unité des chrétiens comme nous – unité que Dieu a fondée sur le Christ, par l'Esprit-Saint, au nom de Jésus-Christ et de son témoignage accrédité par Sa Mort et Sa Résurrection – est maintenue par ceux qui portent personnellement la responsabilité de l'unité.

Cette unité, une fois encore, se trouve personnifiée en Pierre qui reçoit un nom nouveau et est ainsi élevé au-dessus de ce qui lui est propre.

Mais, par ce nom, il est engagé comme personne, sous sa responsabilité personnelle.

Par son nouveau nom qui transcende l'individu historique, Pierre devient une institution qui traverse l'Histoire (car la faculté d'être continué et la continuation elle-même sont comprises dans cette nouvelle dénomination), mais de telle manière que cette institution ne peut exister qu'en tant que personne et avec une responsabilité nominale et personnelle.

[...]

La place véritable du Vicarius Christi est la Croix : être vicaire du Christ, c'est être debout dans l'obéissance de la Croix et être ainsi representatio Christi dans le temps ultra-mondain, maintenir présent Son pouvoir comme contre-pouvoir au pouvoir du monde.

[...]

"La charge papale signifie la Croix, et la plus grande Croix imaginable. Car qu'est-ce qui ressemble le plus à la Croix... que la préoccupation et la responsabilité de toutes les Églises du monde ?" [citation du cardinal Pole, contemporain d'Henry VIII, qui rappelle Moïse, mais on pourrait aussi citer Jonas ou Jérémie NdBK]

[...]

Etre lié à la volonté de Dieu, à la parole dont on est le messager, c'est, d'après Jn 21, être lié et conduit contre sa volonté personnelle.

Ce fait d'être attaché à la parole et à la volonté de Dieu, c'est ce qui transforme la sedes en Croix et atteste ainsi le vicaire en tant que tel, debout à l'endroit de l'obéissance, responsable personnellement de Celui dont il doit, par sa charge et sa responsabilité, annoncer la mort et la résurrection.

Dans cette charge est représentée l'Église entière par un lien personnel qui lie au nom de celui qui est lié...

Ce lien personnel, qui constitue le cœur de la doctrine de la primauté, ne s'oppose donc pas à la théologie de la Croix ni à l'humilitas christiana, mais en est la conséquence et le point d'ultime concrétisation.

Elle constitue en même temps une opposition explicite au pouvoir du monde comme pouvoir unique, et signifie l'érection du pouvoir de l'obéissance contre le pouvoir du monde.

Le titre de vicaire du Christ est profondément ancré dans la théologie de la Croix et constitue donc une exégèse de Mt 16,16 et de Jn 21,15-19 dans le sens d'une unité interne.

[...]

La responsabilité personnelle sert d'unité, et la réalisera d'autant mieux, sans doute, qu'elle restera plus fidèle à son contenu de théologie de la Croix.

Ainsi, Pole soutenait la thèse selon laquelle la personne la plus apte à être pape serait celle qui s'imposerait le moins d'après les critères humains de la sélection des candidats : la prudence et la capacité de domination.

Plus une personne est semblable au Seigneur [doux et humble de Cœur, lent à la colère, plein d'amour et de miséricorde NdBK] et s'impose ainsi objectivement comme candidat, moins la raison humaine la considère comme apte au gouvernement, car la raison ne peut accepter l'humiliation et la Croix.
[...]

Le pape reste un point de référence et constitue ainsi une incitation perçue par tous, concernant tout un chacun, à rechercher une plus grande fidélité à la Parole de Dieu, à lutter pour cette unité et à se sentir responsable du manque d'unité.

[...]

Les critiques adressées à la papauté par la chrétienté non catholique constituent un stimulant pour rechercher une forme de réalisation du ministère de Pierre qui soit toujours plus conforme au Christ.

Pour la chrétienté non catholique, le pape constitue un constant et visible défi à réaliser de manière concrète l'unité qui est la mission de l'Église et devrait être son signe de distinction face au monde.
images/icones/fleche2.gif  ( 860959 )Merci BK... par Chicoutimi (2019-01-30 08:31:38) 
[en réponse à 860942]

Il semble donc que Joseph Ratzinger n'ait pas adhéré dans son écrit à cette thèse d'une nouvelle forme de papauté.

Mais ce qu'il écrivait à ce sujet, en tant que rappel historique, pourrait-il ressurgir chez ceux qui cherchent une nouvelle forme de papauté? Cette recherche d'une nouvelle forme de papauté se trouve d'ailleurs dans Ut Unum Sint (no 95) où Jean-Paul II affirmait: ''j'écoute la requête qui m'est adressée de trouver une forme d'exercice de la primauté ouverte à une situation nouvelle, mais sans renoncement aucun à l'essentiel de sa mission'' et ''que nous puissions chercher, évidemment ensemble, les formes dans lesquelles ce ministère pourra réaliser un service d'amour reconnu par les uns et par les autres''.

Enfin, la renonciation de Benoît XVI ne peut qu'affecter la conception traditionnelle de la papauté. Je vais paraître dur, mais je pense que cette renonciation est la pire chose qu'un pape ait faite suite au Concile. La réforme liturgique de Paul VI est certes malheureuse, mais une réforme peut toujours se faire réformer. Le rassemblement d'Assise est certes imprudent, mais il est toujours possible de l'interpréter dans un sens non-relativiste et surtout de ne plus répéter l'expérience. Mais la démission d'un pape, c'est une fois pour toutes; on ne peut pas réparer cela. C'est pourquoi j'essaye de comprendre ce qui a pu se passer par la tête de Benoît XVI lorsqu'il a démissionné. Est-il possible que certaines théories énoncées dans son livre ait pu l'amener à faire cela?
images/icones/fleche2.gif  ( 860960 )Relisez le texte que je cite par BK (2019-01-30 08:48:16) 
[en réponse à 860959]

le lien de la charge de Pierre à l'unité personnelle de Pierre et à la Croix du Christ est nettement mis en lumière.

On n'y trouve pas la moindre trace de ce qui vous trotte dans la tête (il en va de même du reste de l'œuvre de Ratzinger).

Le droit canonique a toujours prévu la possibilité qu'un pape renonce à sa charge, le choix de Benoît XVI n'est donc pas de soi mauvais.

Et nul autre que Dieu n'est en mesure de juger du cœur de Benoît XVI, et du caractère opportun de ce choix.
images/icones/fleche2.gif  ( 860962 )Il se peut... par Chicoutimi (2019-01-30 09:00:14) 
[en réponse à 860960]

que vous ayez raison et que cette renonciation n'ait rien à voir avec certaines thèses abordées dans le livre. Je n'ai pas d'idée fixe là-dessus; je suis plutôt en mode réflexion car jusqu'ici je n'ai eu aucune réponse satisfaisante à 100% concernant le choix de cette renonciation.
Certes, on ne peut pas juger le cœur de Benoît XVI. Par contre, on peut juger un arbre à ses fruits. Quels sont les bons fruits qui, depuis 2013, ont été produits par cette renonciation? Il se peut qu'il y en ait beaucoup, et que ma vision demande à être ajustée, mais j'ai besoin d'être aidé à les reconnaître.
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 860963 )Voyez-vous, il n'y a qu'une certitude par BK (2019-01-30 09:07:40) 
[en réponse à 860962]

Dieu, Qui tourne tout en Bien par la Croix du Fils, Qui dirige Son Église, et Qui gouverne l'Histoire, a au moins permis que Benoît XVI renonce à sa charge.

Ceci étant acquis, il n'y a motif ni à inquiétude ni à regret, sauf à prétendre dire à Dieu quel autre monde Il aurait dû créer.

Par ailleurs, d'un strict point de vue de méthode, pour comprendre la renonciation de Benoît XVI, il faut partir de ses propres explications à ce sujet...

images/icones/bravo.gif  ( 860964 )En effet... par Chicoutimi (2019-01-30 09:16:10) 
[en réponse à 860963]

Pour ce qui est de mettre sa confiance en Dieu, je suis bien d'accord avec vous.

Par contre, pour ce qui est des explications données par Benoît XVI, elles ne me paraissent pas convaincantes. En effet, il dit que ses ''forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien.'' (Source).

Je veux bien croire qu'il n'est plus jeune, mais cela va bientôt faire 6 ans qu'il a renoncé et il est toujours en vie, et il ne se porte pas trop mal pour son âge. Jean-Paul II était certainement plus mal en point que cela, et il n'a jamais renoncé lui.

Personnellement, il y a quelque chose qui m'échappe dans cette renonciation.
images/icones/mitre4.png  ( 860967 )La fin de règne de Jean-Paul II, comme celle de Léon XIII par BK (2019-01-30 10:17:04) 
[en réponse à 860964]

voyait la Curie (ou certaines factions dans la Curie) diriger l'Eglise.

Et Benoît XVI a estimé (et pesé devant et avec Dieu) 1. que c'était à éviter, et 2. que ses forces vitales n'étaient pas suffisantes pour mener la Barque de Pierre.

1. Autant on peut s'abandonner à la Providence, autant il est certain que les grâces d'état sont données au titulaire d'une charge, non à son entourage. Et il est non moins certain qu'on a le devoir de faire tout ce qu'on peut pour éviter une situation mauvaise.

2. Un moyen terme aurait été que Benoît XVI déclare le Siège empêché jusqu'à son décès...

C'est en effet une toute autre chose d'être un vieillard lucide, quoique affaibli, et une autre d'être en mesure de mener comme elle le doit la Barque de Pierre.


Il est également certain que nul ne peut juger du geste de Benoît XVI que lui-même, et Dieu.

Ni inquiétude, ni regret, donc, ce qui n'interdit certes pas la tristesse.

Mais la confiance en Dieu et dans les Promesses du Christ à l'Eglise en Pierre prévaut : c'est une certitude de Foi.

(de foi divine et théologale, pas de son succédané moderniste appelé "foi de toujours", qui - contre la Tradition unanime de l'Eglise - promeut la désobéissance au Christ en Son Vicaire et le soupçon inextinguible contre la Voix du Christ en Son Magistère)
images/icones/hein.gif  ( 860948 )N"yaurait-il pas par Montes Gelboe (2019-01-29 19:53:17) 
[en réponse à 860930]

dans ces propos, une réminiscence peut-être plus littéraire que théologique de Vladimir Soloviev : "Court récit sur l'Antéchrist" ? Dans cet essai, l'Eglise de la fin de Temps est dirigée par Pierre II catholique, André, orthodoxe, et Paul, luthérien...
images/icones/carnet.gif  ( 860949 )Le cardinal Ratzinger ne dit pas qui il cite par BK (2019-01-29 20:09:23) 
[en réponse à 860948]

il écrit (en note de bas de page) qu'

"on peut parfois entendre de semblables choses dans des déclarations orales qui reprennent de façon grossière les déclarations de H. Mühlen, en particulier dans son oeuvre Entsakralisierung (Paderborn, 1971), pp. 228 sq., 24O sq., 376-396, 401-440".

Et il ajoute :

"même si les pages incisives de Mühlen ont une grande portée, elles ne semblent pas exemptes du danger d'une nouvelle conception de l'analogie qui étende un peu trop la portée ecclésiologique de l'affirmation trinitaire."

Bref, manifestement, il réagit à un discours entendu, mais sans vouloir nommer son auteur.


images/icones/1d.gif  ( 860951 )Le pape est bien un demi-dieu par Jean-Paul PARFU (2019-01-29 21:20:43) 
[en réponse à 860949]

Vous avez raison BK, le cardinal Ratzinger n'affirme rien de contraire. Votre croyance est sauve !
images/icones/5a.gif  ( 860952 )Quel rapport, Jean-Paul ? par BK (2019-01-29 21:27:33) 
[en réponse à 860951]

Je ne vois vraiment pas...