Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 860716 )Pourquoi les pays orthodoxes n'ont pas subi le protestantisme par Sixte (2019-01-25 21:23:43) 

C'est une question que je me pose, et à laquelle je n'ai pas vraiment de réponse.

-Certes, c'est une hérésie sortie du catholicisme, christianisme occidentale, la moitié nord en gros se coupant de la moitié sud. Si le protestantisme avait pris des terres à l'orthodoxie, il aurait été dans une logique conquérante, alors qu'à l'origine, il était surtout dans une logique négative, vis-vis-vis de la foi traditionnelle.

-Un de ses grands points est le refus de l'autorité du Pape, nouveauté déjà ancienne dans l'orthodoxie, le protestantisme, en Occident vu par les élites comme tendance faisant donc "has been" à l'Est.

-L'idée que le pouvoir politique s'ingère dans les affaires spirituelles, qui explique le succès du protestantisme en Angleterre, en Allemagne, Scandinavie… était là aussi tout sauf une nouveauté dans les pays orthodoxes, où le césaropapisme a toujours trouvé un terreau bien riche.

-Enfin, le dépouillement liturgique entrait peut-être trop en confrontation avec la splendeur des liturgies byzantines ?

Qu'en est-il de ce dernier point ?
images/icones/ancre2.gif  ( 860726 )Philosophie allemande par Paterculus (2019-01-25 22:10:10) 
[en réponse à 860716]

Par philosophie, j'entends ici "Weltanschauung", façon de se représenter le monde et de s'y situer.
Je crois que la mentalité germanique conduit davantage au subjectivisme que la pensée romaine ou méditerranéenne.
"Imagination" se dit "Einbildungskraft", c'est à dire force de construction intérieure. Là où nous voyons une représentation, ils voient une construction. Image se dit "Bild", et construire se dit "bilden".
Ce pourrait être une explication du sola scriptura : on met en avant un texte, au détriment de la communauté réelle en laquelle il a été écrit. On se rattache au Christ par un texte, non par son oeuvre qui est l'Eglise, continuation de la communauté des premiers à s'être attachés au Christ.
Le protestantisme est né et s'est développé de fait en milieu germanique.
C'est sans doute très loin des préoccupations des Russes ou des Grecs.
Mais une fois élaborées en milieu germaniques en des touts homogènes, ces doctrines peuvent emménager dans des cultures différentes, le monde anglo-saxon d'abord, puis latino-américain ou russe comme on le voit aujourd'hui.
Il faut aussi tenir compte de ce qu'à l'époque de la Réforme, les Grecs avaient fort à faire avec les Turcs, et les Russes avec les Mongols.
Voilà donc quelques idées qui me viennent en lisant votre question.
VdP
images/icones/1i.gif  ( 860734 )L'un des grands points par Jean-Paul PARFU (2019-01-25 22:56:46) 
[en réponse à 860716]

du protestantisme n'est pas le refus de l'autorité du pape, mais de celui de l'Eglise et des sacrements. C'est la grande différence avec l'orthodoxie qui ne rejette ni l'Eglise ni les sacrements. L'orthodoxie est composée d'Eglises locales et a conservé les sacrements, tandis que le Protestantisme n'est constitué que de communautés plus ou moins chrétiennes, plus ou moins sectaires.

Il y a aussi une autre différence : l'orthodoxie a hérité de l'Eglise d'Orient, des Grecs, tandis que l'Europe du Nord a hérité de Rome, sans être toutefois pleinement romanisée.

Autre chose enfin : le christianisme d'Orient était confronté, comme vous l'a dit Paterculus, à de graves problèmes au XVIème siècle, tandis que l'Europe du Nord s'éveillait et s'embourgeoisait. Les Bourgeois des grandes villes de la Hanse, par exemple, s'étaient libérés de l'armature féodale et, aidés par la naissance de l'imprimerie, connaissaient mieux les Ecritures et menaient une vie plus morale que beaucoup de clercs qu'ils pensaient donc pouvoir remplacer. Ils n'ont pas suffisamment mesurer qu'un prêtre ignare reste un prêtre et que l'Eglise repose d'abord sur les sacrements.
images/icones/1i.gif  ( 860735 )Une précision par Jean-Paul PARFU (2019-01-25 23:07:30) 
[en réponse à 860734]

Ils n'ont pas mesuré (bien sûr).
images/icones/coeur.gif  ( 860736 )Merci à Paterculus et Parfu, pour leurs contributions par Sixte (2019-01-25 23:10:06) 
[en réponse à 860734]

En particulier quant au fait que le protestantisme est un luxe de riches, de société s'embourgeoisant, alors que l'Orient grec était sous la férule des Turcs musulmans, et que le russe s'affrontait aux Tatars et autres Turco-Mongols, ayant donc d'autres choses à faire que de se faire des noeuds à la tête...

Bonne et sainte nuit à tous !
images/icones/neutre.gif  ( 860742 )C’est tout simple , les conciles chez eux n’entrent pas en matière … par Minger (2019-01-26 05:40:22) 
[en réponse à 860736]



Sur les questions de la remise en cause profonde doctrinale ou liturgique ….
Donc , pas de révolution conciliaire à craindre chez eux , en plus ils sont beaucoup plus éloignés des protestants sur la liturgie , que nous qui avons réformé la liturgie pour plaire aux réformés qui n'en n'ont pas!

En résumé : c’est statu quo , comme le calendrier Julien …Doctrine et Liturgie sont intouchables !

Simple exemple :
Extrait: La réunion du concile panorthodoxe a eu lieu du 16 au 27 juin 2016, à l'Académie orthodoxe de Crète3.

Le concile a finalement lieu en Crète plutôt qu'au Phanar, siège du Patriarcat œcuménique de Constantinople, en raison d'une crise diplomatique entre la Turquie et la Russie empêchant le Patriarche Cyrille de Moscou et sa délégation de se rendre à Istanbul4.

Dix Églises autocéphales participèrent au concile : celles de Constantinople, Alexandrie, Jérusalem, Chypre, Grèce, Serbie, Roumanie, Pologne, Tchéquie et Slovaquie, Albanie.

Quatre Églises refusèrent, pour diverses raisons, d'assister au concile : les Églises d'Antioche, de Russie, de Géorgie et de Bulgarie.

Sur les 850 évêques orthodoxes seulement 167 évêques étaient présents.
Le concile proclame le jour de la Pentecôte 2016 l'Encyclique du Saint et Grand Concile :


ENCYCLIQUE
Message du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe…
L’importance du jeûne et son observance aujourd’hui…
Les relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien…
L’autonomie et la manière de la proclamer…
La diaspora orthodoxe…
LE SACREMENT DU MARIAGE ET SES EMPÊCHEMENTS…
LA MISSION DE L’ÉGLISE ORTHODOXE DANS LE MONDE CONTEMPORAIN…

Bref , une révolution à faire trembler les fidèles ….
images/icones/livre.gif  ( 860787 )Saint-Augustin par Signo (2019-01-27 01:12:26) 
[en réponse à 860716]

La pensée de Saint Augustin, de tendance plutôt pessimiste, a considérablement influencé la pensée chrétienne occidentale (et ce même après la réformation protestante: ainsi le jansénisme au XVIIe siècle); au contraire, les orientaux ont tendance à s'en méfier, s'appuyant d'avantage sur les Pères grecs, dont la pensée a il me semble une tonalité assez différente (je ne suis pas spécialiste de la question, je parle donc sous le contrôle de plus connaisseurs que moi).

Or Luther était un moine augustinien, son approche du christianisme a sans doute été un augustinisme exacerbé.

Il faut aussi prendre en compte la philosophie nominaliste qui apparaît à la fin du Moyen-Age, rompant avec la philosophia perennis médiévale, et qui est à peu près inconnue dans le monde chrétien oriental. La pensée de Luther s'est développé il me semble dans un "bain intellectuel" très marqué par le nominalisme et l'humanisme de la Renaissance, phénomènes quasi exclusivement occidentaux (Allemagne et Italie principalement).

images/icones/ancre2.gif  ( 860789 )Pour résumer par Montes Gelboe (2019-01-27 07:11:57) 
[en réponse à 860787]

et schématiser très sommairement on peut également considérer que la réaction face à l'Histoire et face au Pouvoir s'est inspirée :

-en Occident et dans le monte latin de la "Cité de Dieu" de s.Augustin,
-et en Orient et dans le monde byzantin des deux livres de s. Eusèbe de Césarée : La "Démonstration évangélique" et l'"Histoire ecclésiastique".

Ces deux sources ont présenté une analyse différente de l'Histoire romaine, et spécialement pour les orientaux de la bataille d'Actium qui vit le triomphe d'Octave, devenu Auguste, l'avènement de l'Empire et la pacification universelle, au moment même ou presque de la naissance du Christ.

cf. Hervé Inglebert "Interpretatio christiana" (Etudes Augustiniennes n° 166, 2001) et du même "Les romains chrétiens face à l'histoire de Rome", Etudes Augustiniennes n° 145, 1996)
images/icones/1w.gif  ( 860929 )Augustin ou le dernier romain? par PEB (2019-01-29 10:36:15) 
[en réponse à 860789]

Saint Augustin semble être l'ultime maillon de la romanité classique. A lire le prologue de la Cité de Dieu, on le sent marqué de la morale républicaine la plus assumée. Il révère le patriotisme des glorieux légionnaires des guerres puniques. Sa vision de la morale conjugale, qui fit tant d'incompréhension dans l’Église latine, renvoie à l'antique vision duale de la femme comme pieuse matrone (maman Monique!) ou vile prostituée (la mère de son fils!).

Comme Cicéron, il cultive un néo-platonisme pessimiste au milieu des ruines des institutions qu'il a toujours servies: le sentiment de la défaite ultime en plus. A ce titre, sa théorie de la guerre juste vient à point nommé pour sauver ce qui reste sauvable. Elle intervient, en effet, à cette fin de cycle où l'Empire d'Occident n'a plus les moyens humains, matériels et financiers de ses ambitions, car il est techniquement en faillite. Son dégoût pour les spectacles va aussi dans le sentiment qu'ils participent à un gâchis désormais insoutenable économiquement. Outre qu'il suite le mépris de classe, n'est-ce pas là aussi le début d'un mouvement anti-liturgique, rejetant l'expérience sensible comme indigne de la contemplation de l'Invisible?

Bref, formé par les sectes gnostiques, le docteur annonce déjà la grande figure de l'intellectuel occidental.
images/icones/fleche2.gif  ( 860788 )Précision par Signo (2019-01-27 01:23:39) 
[en réponse à 860716]

Pour ce qui est de votre dernier point, ce qui oppose orthodoxie et protestantisme n'est pas tant la question du faste opposé au dépouillement (ce qui n'est qu'une différence de surface); la vraie opposition, réside dans le fait que la Divine Liturgie (tout comme la Messe catholique traditionnelle d'ailleurs) repose sur le symbolisme sacré traditionnel, conçut comme reflet et image du symbolisme cosmique, et donc du symbolisme spirituel tel qu'il est présenté dans l'Epître aux Hébreux et le Livre de l'Apocalypse.

Le protestantisme a été la première grande manifestation "religieuse" de la modernité, dans le sens où la mentalité moderne est une mentalité qui ignore le symbolisme, qui a perdu le sens du symbole. C'est ce qui explique que les différents cultes protestants ont considérablement réduit et même quasiment supprimé toute forme de ritualité liturgique.

En réalité, modernité et protestantisme sont une seule et même chose. Se rallier à l'un, s'est nécessairement embrasser l'esprit de l'autre.
images/icones/hum2.gif  ( 860810 )Le protestantisme par Jean-Paul PARFU (2019-01-27 18:49:53) 
[en réponse à 860788]

est la religion de la sortie de la religion !
images/icones/livre.gif  ( 860926 )Se replacer dans l'époque par Arthur (2019-01-29 10:03:33) 
[en réponse à 860716]

Pour trouver votre réponse il faut vous replacer dans l'époque qui a vu apparaitre ce que nous appelons le protestantisme.
Le protestantisme n'est pas une doctrine monobloc venue concurrencer le catholicisme, il s'est construit dans une volonté politique.
Si vous désirer vous plonger dans les problèmes de l'Occident à cette époque vous pouvez lire ou relire "l'éloge de la folie" d'Erasme. Cette oeuvre de jeunesse écrite pour le plaisir à son ami Thomas More dépeint l'état du catholicisme à cette époque (pape guerrier, religieux profiteurs, doctrine oublié...).
Luther n'est pas le premier hérétique à formuler ses thèses mais il arrive au bon moment où l'Eglise ne peut plus s'imposer au niveau spirituel car elle empiète trop sur le politique. Luther va donc justifier aux princes que si l'Eglise s'occupe du temporel ils peuvent donc prendre la main sur le spirituel. Cela va donc avoir du succès dans le Saint Empire car il y a à la fois des princes et des princes évêques qui ne se gênent pas pour se faire la guerre.
Et ça vaut dans les deux sens quand on voit le grand maitre de l'ordre teutonique défroquer et créer la Prusse (avec tous les soucis que cela nous fera).
Luther qui était un grossier personnage à l'esprit pas très fin s'est servi des problèmes de l'Eglise pour son bien propre et non pour la réforme qui était nécessaire comme l'a prouvé avec succès mais trop tard le concile de Trente.
Les orthodoxes n'ont pas été touché car le protestantisme est venue purement du catholicisme.