Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=860283
images/icones/3b.gif  ( 860283 )Les étranges divagations du Curé de Saint Louis d'Antin par BK (2019-01-19 15:45:21) 

Passant la semaine dernière pour affaires à Paris, je me suis trouvé dans le quartier de Saint-Lazare, et suis rentré dans l'église Saint Louis d'Antin.

C'est une paroisse assez particulière : une dizaine de messes par jour, donc ni obsèques ni mariages, peu de paroissiens résidents (quartier des grands magasins oblige), mais un haut lieu de halte spirituelle, de propositions culturelles, et depuis plus de quarante ans de confessions tout au long de la journée, toute l'année.

Or en traversant l'église, de grandes feuilles A3 dactylographiées affichées sur les vitres des quatre confessionnaux (deux fois deux box) ont retenu mon regard.

D'abord, parce que c'était laid. Les feuilles ne sont pas plastifiées, elles sont donc légèrement gondolées. Et puis, elles sont sur des vitres, qu'elles semblent barrer, alors qu'il aurait été plus gracieux - et moins compliqué - d'en afficher une seule au milieu de la paroi qui sépare les deux portes des confessionnaux.

Bref, une nouvelle confirmation que le bon goût n'est pas enseigné au séminaire.

Et puis j'ai lu le texte. J'aurais dû le prendre en photo, mais peut-être quelque liseur parisien pourra-t-il le faire...

Après quelques rappels sur la confession (qui doit être concise mais complète, sans se raconter ni se justifier), il est péremptoirement affirmé que la confession trop fréquente amène des scrupules, ou de l'inquiétude spirituelle (je crois me souvenir que c'était l'expression employée).

Il est ajouté qu'une confession toutes les quatre à six semaines est suffisante et raisonnable.

Bien entendu, pas un mot sur le péché mortel, ni sur les fautes dont la matière grave peut avoir été l'occasion d'un péché mortel.

On a ainsi une spiritualité dévoyée, qui prend le contre-pied de ce qui se disait traditionnellement : la confession mensuelle est en général recommandée. Là, c'était la fréquence maximale : toutes les quatre à six semaines, cela veut dire au "mieux" une fois par mois.

Le R.P. Royo Marín o.p., qui n'est certes pas un rigoriste (le pape François aime bien l'évoquer), recommandait quant à lui la confession en tant que de besoin, y compris quotidienne en période de sérieuse difficulté, et pour un véritable progrès spirituel, une confession tous les quinze jours.

Il est certain que les plus grands saints se confessaient plus d'une fois par semaine. Si c'est leur scrupule qui les a amenés à la plus haute sainteté, alors le scrupule est une grande et belle chose !

Un ami prêtre, et bon prêtre, à qui je faisais part de ma stupéfaction agacée, m'a répondu que :

- si les confessions sont trop longues, il suffirait de virer les sièges, et de ne plus recevoir les pénitents qu'à genoux (il y a déjà des prie-dieux dans les confessionnaux, avec en plus une chaise),

- il pourrait être suggéré au Curé de remplacer la quête à chaque messe (y compris en semaine), par une quête par période scolaire, toutes les quatre à six semaines, entre deux périodes de vacances.

Quand on aime, est-ce qu'on compte ?



Au fond, tout cela, c'est probablement parce qu'il y a moins de confesseurs - diminution faute de moyens du nombre de prêtres mis à disposition par l'Archevêque (pour ne pas imaginer la moindre disponibilité des prêtres parisiens à ce ministère essentiel au Salut des âmes...), en partie également parce que les confessions sont proposées chaque jour dans un plus grand nombre de paroisses de Paris.

Mais il aurait suffi de le dire, et de se contenter d'appeler à une confession plus concise, plutôt que d'inciter les bonnes gens à moins se confesser...
images/icones/pelerouin1.gif  ( 860295 ) Au sujet de la confession... par Sacerdos simplex (2019-01-19 17:08:45) 
[en réponse à 860283]

Notons tout d'abord que Paul VI d'une part et la sainte Vierge d'autre part dans plusieurs de ses apparitions - je sais, ce n'est pas un "lieu théologique", mais ce serait une imprudence (et une ingratitude) de ne pas tenir compte de ses rappels - encouragent la confession mensuelle.
C'est ainsi qu'elle est de fait nécessaire pour gagner les indulgences plénières dans le cadre de la réforme de Paul VI, comme en témoigne le délai de 20 jours avant ou après l' "oeuvre" accomplie :

https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=832281

Pour un "simple" fidèle, ce rythme semble a priori convenable ; mais le pénitent peut en parler avec son confesseur et fixer un autre rythme, ou encore se confesser dès qu'il y aurait une rechute.

Que des saints se soient confessé chaque jour, voilà qui est fort bien, car ils étaient proches de Dieu et voyaient dans la lumière divine la gravité des plus petites fautes.
A l'inverse, il y a effectivement des gens scrupuleux ou un peu dérangés qui souhaitent se confesser plus souvent, ou encore qui souhaitent plutôt raconter leur vie : c'est probablement ce contre quoi voulait lutter le Curé en question.

La confession est - "dans l'ordre du concret" - l'objectif prioritaire du prêtre (je pense que c'est St Alphonse, Docteur de l'Eglise, entre autres, qui le dit) : les homélies, rencontres etc. doivent avoir pour but d'encourager les gens à se confesser à plus ou moins long terme (on est loin du compte, hélas).
Il existait autrefois cet adage : on juge de la qualité d'une homélie au nombre de gens qui vont se confesser...
Dans les paroisses "ordinaires", c'est un peu la débandade, et il arrive que des fidèles critiquent le prêtre - généralement dans son dos - dès qu'il y fait une petite allusion même lointaine : "Vous nous culpabilisez !..."
Au point de remplacer systématiquement le "Je confesse à Dieu" par des formules du genre : "Seigneur Jésus, Toi qui est venu rétablir l'unité du genre humain, prends pitié de nous !... Prends pitié de nous !...".

Un simple prêtre.



images/icones/1w.gif  ( 860330 )Très étrange par Justin Petipeu (2019-01-19 21:04:40) 
[en réponse à 860283]

Je connais un peu cette église du fait de mes déplacements professionnels et ce que vous me racontez là laisse songeur. Les prêtres en ont-ils marre de confesser ?

Ste Jeanne d'Arc se confessait tous les jours....Ridicule ? C'est lamentable. J'appréciais cette paroisse justement à cause de celà...que l'on puisse s'y confesser à toute heure.

Comme dirait Mgr W. Kyrie Eleison !
images/icones/carnet.gif  ( 860685 )Un liseur réagit par XA (2019-01-25 08:57:56) 
[en réponse à 860283]

J’ai reçu hier ce message, que je reproduis ici bien volontiers.


Bien que n’étant pas membre de votre forum, je me permets de réagir par écrit à ce fil de discussion, - Les étranges divagations du Curé de Saint Louis d'Antin par BK 2019-01-19 15:45:21 -qui touche n’importe quel catholique soucieux de vie sacramentelle.


----


Il est très difficile de se confesser lorsqu’il y a déjà si peu de prêtres, de prêtres bien instruits de la Tradition de l’Église, alors même que les nefs lorsqu’elles sont ouvertes sont soit en jachère, ouvertes aux quatre vents, soit de toutes les façons vides de toute présence sacerdotale.





Vous arrivez avec votre fardeau dans une ville importante ou dans un lieu de pèlerinage et un placard vous dit qu’il faut être bref, que l’heure tourne et que monsieur le vicaire, monsieur l’Abbé, le frère, le père confesseur ou le curé, sont des gens occupés ! c’est à mon avis faire bien peu de cas de la valeur des âmes !





Le saint curé d’ars qui est le canon de tous les curés de l’univers, me sert donc de mesure pour évaluer mes chances de me confesser, lui n’était pas occupé d’autre chose que des âmes, et pour avoir été mal reçu, certaines fois, il est évident que la peur du pénitent borderline, la règle de fer du smartphone tout puissant, sont canonisés par ces feuilles de chou, ces placards qui interdisent en réalité de venir avec ses faiblesses rencontrer ces don bosco, ces padre pio et ces jean baptiste marie Vianney que doivent être les prêtres pour nous autres.





Oui, que deviennent les « gros poissons », de la confession avec cette action pastorale administrée au chronomètre ? Peut-on se confesser sérieusement, si jamais au grand jamais vous ne pouvez raconter par le menu les situations complexes qui sont pour vous occasion prochaine de pécher ?





On confond trop le résumé général et synthétique d’une liste de péchés générique avec les cas de conscience concrets et donc circonstanciers et toujours particulier des pécheurs réels (nous ne sommes plus à l’heureux temps du thomisme réaliste, et intellectuellement cela ne se ressent que trop !). Je suis toujours sidéré de voir ces prêtres qui pensent sincèrement que l’on confesse en quelques minutes de nombreux pénitents, comme si nous ne vivions pas au milieu de tentations et d’occasions peccamineuses qui sembleraient fantastiques à n’importe quel prêtre du XIXe ou du XIIIe siècle ? On peut télécharger tous les livres les plus pernicieux et immondes, des téraoctets d’images érotiques ou pornographiques ( et j’en passe pour ne scandaliser personne ), oui ou non ? et ce serait aussi simple que de dire en cinq minutes chronos des platitudes selon le canevas archi-connu et pharisien du « catho » gentil et bien habillé des magazines ? Autant vivre sur mars et croire que l’on est sur la Côte-d’Azur.





Alors oui, mettons les pénitents à genoux, à la dure, c’est d’ailleurs ce que recommandent les saints, les coussins ce n’est pas pour les coudes des pécheurs, mais s’il vous plaît chers prêtres du Seigneur, comme le dit le père Timon David, les âmes se soignent une à une, l’église n’est pas une usine, ni même un atelier d’artisanat, mais le lieu de la société surnaturelle de Dieu parmi les hommes.





Je me permets de l’écrire, car l’oublie de cela, la dictature du placard, transforme le confessionnal en poussiéreux placard à balais. La confession est un tribunal, mais un tribunal de Dieu, et la différence est spécifique ! Dieu ne nous juge pas comme un juge de la terre, il est la Charité en elle-même, aussi c’est l’amitié, c’est l’amour vrai qui juge, et si nous ne pouvons, parler que de nos péchés à un inconnu qui attend de manière ostentatoire que cela se termine parce que c’est midi et que c’est l’heure d’aller au réfectoire, on ne se confesse que mal, et les mots du prêtre tombe à côté, car purement conventionnels et en réalité pur bavardage.et vous cher prêtre vous serez jugé un jour entre les jours, sur cela !





Si le prêtre se fait du souci pour les âmes confiés à lui, les chrétiens de la piétaille se font aussi du souci pour ces prêtres, ces évêques d’agendas, bien remplis, qui ne voient pas le prochain qui les approche, non pas celui, familier de la messe du matin ou de la réunion de tout à l’heure, mais la jeune fille gothique qui vient de lire du sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et qui touchée, vient d’entrer par la porte de derrière. Le garçon qui se moque bien de vous et de toutes les bondieuseries, mais par bravade et qui à rencontré et l’adversité et un mal profond jusque dans sa famille ; il vous regarde maintenant d’un drôle d’air, mais ce n’est plus celui de la défiance.


Où est l’amour dans ces objurgations à la concision et à la montre ? Si l’on rencontre Jésus Christ dans une extase sublime, on est pourtant je suis enclin à le croire, très peu porté alors à songer au temps ou aux mérites souverains de la note de synthèse.





Les églises sont vides, les paroissiens font du jogging au lieu d’aller à la Messe. Pourquoi ? Sinon parce que ce n’est plus l’amour des âmes qui prime, et donc le soucis principal de leur salut, mais autre-chose.





On ne peut sans se faire plus que probablement très grande illusion, se confesser à Dieu seul, la contrition parfaite est bien plus accessible par le sacrement et les grâces d’état du prêtre, que dans le dialogue quasiment toujours imaginaire de soi avec un Dieu que l’on ne respecte pourtant plus.





Nous avons besoin de prêtres qui confessent, et donc qui se confessent, pas d’un planning ou d’une leçon préventive de bienséance à l’usage des importuns.





Si ma confession doit durer longtemps, j’ai droit en tant que baptisé, en tant que pécheur voulant se repentir à ce que le prêtre certes m’exhorte et me conseille, mais aussi que ce dernier ne m’interdise pas de m’approcher de lui avant même que je me présente à lui !





« Chez mac donald », le slogan c’est « venez comme vous êtes ! » et c’est de la malbouffe comme on dit. Chez monsieur le curé c’est « soyez circonspect, bref et concis », comme si la personnalité exubérante ou « scrupuleuse » était un crime supérieur, au vol, au meurtre ou à l’idolâtrie ! Et c’est de la vie surnaturelle qu’il s’agit !





On n’attrape pas de mouches avec du vinaigre, si on doit aller aux gens, aux foules si nombreuses, qui ne voient même plus les clochers et les croix aux coins des rues, et qui pourtant sont sur le territoire de la paroisse ou de la chapelle, il faut que les prêtres refassent société, et uniquement société surnaturelle.





Oui, il faut compatir, il faut pleurer avec ceux qui pleurent et se réjouir avec ceux qui sont dans la joie, et pour cela, il faut aimer les gens, aimer les âmes de ces gens, non comme on aime un spectre ou une image falote et diaphane, mais comme on aime quelqu’un crée par la bonté elle-même et qui vivra pour les siècles des siècles !





Où est le « voyez comme ils s’aiment » sans cela ? Sans tomber dans l’hystérie, combien gagnerait-on d’âmes si enfin, on se décidait à prendre au sérieux l’injonction impérative du Seigneur de nous aimer les uns les autres ? c’est à dire de vouloir le bien surnaturel d’autrui réellement, de tout notre être et de tout notre pouvoir ?





Que l’on veuille éloigner les sangsues qui réclament toujours plus, comme en parle Salomon dans ses proverbes, est important, mais ceux qui ont de réels besoins, d’être entendues, ne réclament rien à l’ordinaire, ils sont discrets. Discrets en arrivant, discrets en repartant, car ceux qui sont lourdement pécheurs et désireux du Salut, n’ont pas besoin de coups de bâtons ou de coups de clairon dans les oreilles pour sentir le poids de leurs fautes : ils ont besoin du Christ,





et Christianus alter Christus.