Le Forum Catholique
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( 859601 )
Adoré par les Mages, et redouté des méchants par Abbé Néri (2019-01-07 14:34:03)
Même si l’octave de l’Epiphanie n’est pas aujourd’hui en vigueur dans l’Eglise latine, on peut avec profit nourrir notre piété avec les textes qu’on trouvait autrefois dans la liturgie. C’est ainsi que dans ce premier jour de l’octave on pouvait lire cet extrait d’une homélie de saint Augustin dans l’office de matines :
« Les Mages sont venus d’Orient pour adorer l’Enfant de la Vierge. C’est le jour où ils lui rendirent cet hommage, que nous célébrons aujourd’hui : c’est à sa mémoire que nous offrons le tribut d’un discours qui est pour nous une dette en cette solennité. »
Il me plaît de remarquer que le saint docteur considère sa prédication comme une dette dont il s’acquitte avec plaisir.
« Ce jour brilla d’abord pour les Mages, il nous est ramené chaque année par la fête de l’Épiphanie. Ils étaient les prémices de la gentilité ; nous en sommes le peuple. »
A notre tour donc de nous laisser éclairer par le rayonnement de cette solennité.
« Nous avons été instruits par la langue des Apôtres ; ils le furent, eux, par une étoile, interprète des cieux. Les mêmes Apôtres, comme d’autres cieux, nous ont raconté la gloire de Dieu. »
A nous de profiter pour faire monter notre louange à cette gloire ineffable.
« O mystère étonnant ! Il était couché dans une crèche, et d’Orient il amenait les Mages ; il était caché au fond d’une étable, et proclamé du haut du ciel, afin qu’ainsi proclamé dans le ciel on le reconnût dans l’étable, ce qui a donné à ce jour le nom d’Épiphanie, qu’on peut traduire en latin par manifestatio, manifestation. »
Et, que nous est donc manifesté ?
« Ce jour met à la fois en relief la grandeur et l’humilité du Christ ; car les astres révélaient au loin dans le ciel sa grandeur, afin que ceux qui le cherchaient le trouvassent dans un étroit réduit, sous l’apparence de la faiblesse, avec des membres de nouveau-né, enveloppé des langes, de l’enfance. »
Ainsi le saint docteur attire notre attention sur un fait remarquable :
« En cet état, il fut adoré par les Mages, et redouté des méchants. Car le roi Hérode le craignit, lorsqu’il eut entendu les Mages, encore à la recherche de ce petit Enfant, dont le ciel leur avait attesté la naissance. »
Et, il tira une conséquence bonne à méditer surtout pour les grands de ce monde
:
« Que sera son tribunal où il sera assis comme juge, si le berceau où il repose, enfant muet encore, a fait trembler des rois superbes ?
Combien les rois sont mieux inspirés, quand, au lieu de chercher, comme Hérode, à le mettre à mort, ils sont heureux de l’adorer comme les Mages ; maintenant surtout qu’il a souffert, pour ses ennemis et de la part de ses ennemis, la mort que l’ennemi désirait lui donner, et qu’en la subissant il a tué la mort dans son propre corps !
Si un roi impie l’a craint quand il prenait encore le sein de sa mère, que les rois aient donc pour lui une crainte pieuse, maintenant qu’il est assis à la droite du Père. »

( 859610 )
Avant 1955, réflexions... par Montes Gelboe (2019-01-07 20:31:20)
[en réponse à 859601]
Plus on remonte dans la lecture et l'étude des livres liturgiques, spécialement bréviaires, livres d'heures etc... plus se révèle la richesse amputée et les destructions décrétées au cours des temps.
On rappelle ici assez souvent les textes supprimées en 1955, notamment les octaves de nombreuses fêtes. Quelquefois la profonde dénaturation de l'office dominical et férial en 1910 par une répartition nouvelle des psaumes est évoquée.
Les corrections jésuito-humanistiques des hymnes au XVIIe s est moins décriée parce que moins connue.
On ne dit que peu de chose des réformes du XVIe siècle, suppressions d'offices, de fêtes, de textes, au nom de l'humanisme triomphant alors.
Pour avoir une juste vue des richesses anéanties, surtout pour les Heures et l'Office, il faut recourir aux livres des ordres monastiques (cisterciens ou, mieux, chartreux) ou canoniaux (Prémontrés, Carmes, Prêcheurs), qui ont plus ou moins résisté à la "tridentinisation" forcée au XVIe siècle, ou aux manuscrits des liturgies diocésaines disparues pendant le XVIIe voire le XVIIIe siècle, dont certains ont été édités scientifiquement aux XIXe et XXe siècles.
Comme si, de longue date, et aboutissant à présent sous nos yeux, les hommes d'Eglise avaient progressivement et volontairement appauvri le culte, et jeté dans la poussière des bibliothèques les trésors que l'Antiquité et le Moyen-Age avaient amassé.
Pour créer, dès le XVIe siècle, une liturgie pauvre et répétitive, qui ne cessera par la suite de connaitre toujours des appauvrissements successifs
Paradoxalement, c'est au moment-même où la liturgie sombre dans le néant, un moment que l'on peut dater des années 1970 et suivantes, que les publications scientifiques mettent à disposition ces textes vénérables, étudient leurs variantes, et la tradition de leur transmission. Pour la messe : le "Sacramentaire Grégorien" ( 1979 et 1988) le "Sacramentaire de Gellonne" ( 1981. Pour l'office le "Corpus Antiphonalium officii" en 1970 et années suivantes.
La néo-liturgie que l'on reconnait dans ce forum comme une création de facto ou une "forgerie", néglige totalement aussi cet effort scientifique d'érudition et de publication des textes.
Ceci dit, y aurait-il un véritable obstacle à une restitution pratique et une réintroduction de ces textes et de ces richesses patrimoniales mises sous le boisseau depuis si longtemps ?
Il est heureux de les voir parfois évoqués ou cités ici. Mais ne peut-on pas aller de la simple anecdote ou de la curiosité archéologique jusqu'à une prudente réintroduction effective dans les célébrations elles-mêmes ?
Cela se pratique-t-il, officiellement ou officieusement ?
Il est possible que cela soit considéré comme l'ouverture d'une nouvelle boite de Pandore...
Que peut-on en penser ?
Merci.

( 859627 )
Petite réponse par Abbé Néri (2019-01-08 14:29:23)
[en réponse à 859610]
Ceci dit, y aurait-il un véritable obstacle à une restitution pratique et une réintroduction de ces textes et de ces richesses patrimoniales mises sous le boisseau depuis si longtemps ?
Il y a un véritable obstacle à une telle œuvre, qui n’est pas d’ordre canonique mais plutôt dogmatique. Les tenants de l’autorité compétente étant largement imprégnés d’une idéologie moderniste où liés par le despotisme de François. (Je pense notablement au cardinal Sarah).

( 859747 )
avant 1955 par Montes Gelboe (2019-01-09 20:48:57)
[en réponse à 859627]
Mille mercis.

( 859956 )
Ce que vous écrivez... par Signo (2019-01-14 21:31:49)
[en réponse à 859610]
... est très instructif et confirme les intuitions de beaucoup, qui est que le concile de Trente a bien été une tentative d'"adaptation" (la première!) de l'Eglise à l'humanisme néo-paien et à la modernité qui venait tout juste de naître. Donc Trente est au XVIe siècle ce que Vatican II a été au XXe siècle: pour chacun de ces deux Conciles, d'un côté, on rappelle la doctrine sacrée et la Tradition, mais de l'autre, on tend la main à l'esprit du monde (dans les deux cas!).
Donc tout ce qu'on peut reprocher à Vatican II et aux réformes qui ont suivi, on peut aussi le reprocher (dans une moindre mesure certes, ce qui est logique, la modernité de l'époque était encore une "jeune pousse" par rapport à ce qu'elle était devenue au XXe siècle) au Concile de Trente et à la Contre-Réforme!
Ça décoiffe, hein?
En effet, "l'esprit de Trente" va enclencher un long processus de décadence de la liturgie pour aboutir à l'état dans lequel elle se trouve à la veille de Vatican II (c'est à dire un ensemble rituel dont les richesses mystiques sont recouvertes par plusieurs "couches sédimentaires" qui en obscurcissent le sens, et étouffées par la rigidité d'un rubricisme corseté et quasi-névrotique).
Par ailleurs n'oublions pas que le fer de lance de la Contre-Réforme a été l'ordre des Jésuites, ordre moderne (puis moderniste) et humaniste par excellence, avec son goût pour les études et la culture mondaine, sa spiritualité sèche et cérébrale (très anti-liturgique), sa mentalité activiste, par opposition aux ordres monastiques du Moyen-Age, donnant la première place à la liturgie et à la contemplatio.
Dans l'optique des Anciens, qui est l'optique traditionnelle, l'ascèse est au service de la Liturgie, donc de la contemplation des vérités mystiques.
Dans l'optique des Modernes qui est celle de la réforme tridentine, ce rapport s'inverse: c'est la Messe qui se réduit à n'être plus qu'un outil au service d'une ascèse qui est de moins en moins illuminée par la mystique, et qui donc se transforme petit à petit en névrose.
Cette analyse est peut-être un peu schématique et sans doute faudrait-il la nuancer, mais je pense qu'il y a là quelque chose d'assez vrai. Et qui explique bien des choses...