Permettez-moi tout d'abord de citer ci-dessous Paix Liturgique :
1) Dick Stratton est engagé dans la guerre du Vietnam en 1966. Il est capturé en 1967. Liturgiquement, il a donc connu, comme il y fait allusion, les modifications à répétition introduites dans la liturgie dès 1964, année de l'institution de la Commission pour l'Application de la Constitution sur la liturgie, notamment avec ce que l'on appelle les "rubriques de 1965" : introduction massive des langues vernaculaires et généralisation de la célébration face au peuple. Ce n'est pas encore, à strictement parler, la nouvelle messe (les nouvelles prières eucharistiques ne seront introduites qu'en 1968, et le nouveau missel promulgué qu'en 1969), mais le grand chambardement a déjà commencé. Pourtant, au grand étonnement du pilote américain, la messe à laquelle on le conduit dans la cathédrale de Hanoï « commença selon les rubriques du rituel romain antérieur au concile Vatican II et se poursuivit ainsi ». Les réformes de la commission Bugnini n'avaient pas atteint le Vietnam communiste…
2) Comme nous l'avons rappelé dans notre lettre 468, à l'occasion d'un entretien avec le cardinal Zen, en Chine aussi, le communisme a étrangement servi de conservateur liturgique. Depuis la victoire de Mao, l'Église était présente à la fois de façon officielle, via une association patriotique contrôlée par le pouvoir, et de façon clandestine, via une Église martyre fidèle à Rome. Or, le catholicisme reconnu par l'État, jusqu'à l'ouverture permise par Deng Xiaoping dans les années 80, a complètement ignoré le concile Vatican II et, partant, la liturgie moderne.
3) Cette expérience providentielle, vécue dans des conditions terribles, va marquer profondément le capitaine Stratton : « La suite de la messe se déroula comme durant mon enfance, mes années de séminaires (six) et comme je l'avais connue jusqu'à Vatican II. C'était vivifiant, revigorant, rassurant, encourageant et inspirant. » Le choc qu'il subit, lors de sa libération en 1973, au contact d'une réforme qui a entre-temps largement empiré n'en sera que plus traumatisant : c'était comme si « mon Église m'avait abandonné en mon absence ».
4) De manière plus dramatique, le prisonnier Richard Stratton a éprouvé le malaise ressenti dans ces années de tumulte par tant de catholiques qui, éloignés de l'Église pour une raison ou l'autre, ont découvert tout d'un coup – souvent à l'occasion d'un enterrement – la liturgie d'après-Vatican II. Julien Gracq résume très bien ce phénomène dans les années 70 : « Pour déceler la mue actuelle du catholicisme, Huysmans est une bonne pierre de touche. Ce à quoi il s'est converti, c'est tout ce que l’Église vient de larguer, et rien que ce que l’Église vient de larguer. On peut d'ailleurs penser que les conversions d'écrivains et d'artistes vont se faire très rares, mais le pape s'en moque, et mise pour l'avenir sur des races moins énervées. » (Julien Gracq, Œuvres complètes, Gallimard, Pléiade, II, p. 291)
5) « C'est donc à la pointe des baïonnettes que j'ai assisté à ma dernière messe catholique en la cathédrale Saint-Joseph d'Hanoï, République démocratique du Vietnam, un soir de décembre 1967 » raconte le capitaine Stratton. Cette scène saisissante nous en rappelle une autre, issue de L'Argent, le dernier film de Robert Bresson (qui, au soir de sa vie, assistait à la messe à l’église la plus proche de son domicile parisien... Saint-Nicolas-du-Chardonnet !) : un aumônier de prison y célèbre la messe en latin, toute la séquence étant rythmée par les paroles du canon romain. Images frappantes d'une liturgie traditionnelle condamnée alors à l'enfermement.
6) Pour qu'il n'y ait pas d’ambiguïté, et en dépit de ce que semble indiquer la conclusion abrupte de son récit, Dick Stratton n'abandonnera ni la foi ni la messe dominicale ni sa paroisse. Comme nous vous le rapporterons dans une prochaine lettre, il ne retrouvera la messe de son enfance que dans les années 2000.
7) 6 ans de geôle chez les Vietcongs d'une part. 40 ans d'interdiction arbitraire de l'autre. L'histoire du capitaine Stratton et celle de la messe traditionnelle nous enseignent une seule et même leçon spirituelle : l'espérance triomphera.
8) C'est en lisant un reportage de la revue italienne Tempi que nous avons eu l'idée d'enquêter sur la messe traditionnelle au Vietnam : dans un article sur le réveil des catholiques du pays, l'envoyée du magazine y évoquait une messe en latin en la cathédrale Saint-Joseph d'Hanoï, celle-là même où le capitaine Stratton entendit ce qu'il crut longtemps être sa dernière messe. Même si aucune communauté célébrant la forme extraordinaire n'y a encore d'apostolat régulier, nous savons que des prêtres la célèbrent et que des groupes de fidèles tentent de s'organiser pour en bénéficier. N'hésitez pas à nous faire part de vos souvenirs ou témoignages plus récents sur la célébration de la messe traditionnelle au Vietnam : nous en tiendrons compte dans notre enquête. Écrivez-nous via notre formulaire de contact.
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Sorties de la messe dans les années 1930.
Quelques précisions sur la cathédrale :
Au cœur de Hanoi, cette église catholique de style néogothique offre un contraste saisissant dans cette ville majoritairement bouddhiste.
Notre-Dame de Paris servit de modèle à la cathédrale Saint-Joseph, église néogothique construite au XIXe siècle. Si l'église est un lieu de rassemblement pour l'importante communauté catholique de Hanoi, elle attire également de nombreux touristes. Bâtie lors de la première occupation de la ville par les Français, la cathédrale Saint-Joseph constitue un exemple frappant d'architecture coloniale à Hanoi.
Afin de construire l'église, les colons français démolirent la pagode Bao Thien, vieille de plus de 800 ans, et imposèrent une tout autre architecture. La nef, les tours et la croix néogothiques de la cathédrale Saint-Joseph font incontestablement écho aux édifices religieux européens. Les dimensions de l'église sont par ailleurs impressionnantes, avec une structure de 64,5 mètres de long et des clochers qui atteignent 31,5 mètres de haut.
En vous dirigeant vers l'ouest depuis le lac Hoan Kiem, vous pourrez apercevoir la silhouette délavée de la cathédrale Saint-Joseph au loin. La zone située autour de la cathédrale est un quartier populaire dont les rues sont bordées d'arbres, d'hôtels et de boutiques. Nombre de visiteurs apprécient d'y faire une pause, loin de l'agitation du vieux quartier.
Pour pénétrer dans l'église, empruntez la porte latérale, et non l'entrée principale. À l'intérieur, les vitraux d'origine et les fresques religieuses rappellent le style européen de l'extérieur de la cathédrale Saint-Joseph. Des éléments vietnamiens traditionnels complètent toutefois la décoration au niveau des allées, des murs et de l'autel.
Après une longue absence en raison de conflits entre le parti communiste et le Vatican, les offices ont repris dans les années 1990 et sont depuis très fréquentés. Ainsi, à l'occasion des messes célébrées tout au long de la semaine, l'église est souvent pleine.
La cathédrale Saint-Joseph se situe à l'est du lac Hoan Kiem, non loin de plusieurs arrêts de bus. Il est également possible de s'y rendre à pied depuis le vieux quartier. L'entrée est gratuite. Sachez que les horaires d'ouverture varient et que l'église est généralement fermée le midi.





Notez, sur la photo du grand vitrail, à gauche la représentation de Saint Louis. C'est sidérant en pays communiste !
En espérant que cela pourra intéresser d'autres liseurs.
Excellent séjour au Tonkin.
Pierre.