Le Forum Catholique

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images/icones/sacrecoeur.gif  ( 857811 )Forme extraordinaire à Saint Joseph de Hanoï par Ewondo (2018-11-28 15:10:25) 

Permettez-moi tout d'abord de citer ci-dessous Paix Liturgique :

1) Dick Stratton est engagé dans la guerre du Vietnam en 1966. Il est capturé en 1967. Liturgiquement, il a donc connu, comme il y fait allusion, les modifications à répétition introduites dans la liturgie dès 1964, année de l'institution de la Commission pour l'Application de la Constitution sur la liturgie, notamment avec ce que l'on appelle les "rubriques de 1965" : introduction massive des langues vernaculaires et généralisation de la célébration face au peuple. Ce n'est pas encore, à strictement parler, la nouvelle messe (les nouvelles prières eucharistiques ne seront introduites qu'en 1968, et le nouveau missel promulgué qu'en 1969), mais le grand chambardement a déjà commencé. Pourtant, au grand étonnement du pilote américain, la messe à laquelle on le conduit dans la cathédrale de Hanoï « commença selon les rubriques du rituel romain antérieur au concile Vatican II et se poursuivit ainsi ». Les réformes de la commission Bugnini n'avaient pas atteint le Vietnam communiste…

2) Comme nous l'avons rappelé dans notre lettre 468, à l'occasion d'un entretien avec le cardinal Zen, en Chine aussi, le communisme a étrangement servi de conservateur liturgique. Depuis la victoire de Mao, l'Église était présente à la fois de façon officielle, via une association patriotique contrôlée par le pouvoir, et de façon clandestine, via une Église martyre fidèle à Rome. Or, le catholicisme reconnu par l'État, jusqu'à l'ouverture permise par Deng Xiaoping dans les années 80, a complètement ignoré le concile Vatican II et, partant, la liturgie moderne.

3) Cette expérience providentielle, vécue dans des conditions terribles, va marquer profondément le capitaine Stratton : « La suite de la messe se déroula comme durant mon enfance, mes années de séminaires (six) et comme je l'avais connue jusqu'à Vatican II. C'était vivifiant, revigorant, rassurant, encourageant et inspirant. » Le choc qu'il subit, lors de sa libération en 1973, au contact d'une réforme qui a entre-temps largement empiré n'en sera que plus traumatisant : c'était comme si « mon Église m'avait abandonné en mon absence ».

4) De manière plus dramatique, le prisonnier Richard Stratton a éprouvé le malaise ressenti dans ces années de tumulte par tant de catholiques qui, éloignés de l'Église pour une raison ou l'autre, ont découvert tout d'un coup – souvent à l'occasion d'un enterrement – la liturgie d'après-Vatican II. Julien Gracq résume très bien ce phénomène dans les années 70 : « Pour déceler la mue actuelle du catholicisme, Huysmans est une bonne pierre de touche. Ce à quoi il s'est converti, c'est tout ce que l’Église vient de larguer, et rien que ce que l’Église vient de larguer. On peut d'ailleurs penser que les conversions d'écrivains et d'artistes vont se faire très rares, mais le pape s'en moque, et mise pour l'avenir sur des races moins énervées. » (Julien Gracq, Œuvres complètes, Gallimard, Pléiade, II, p. 291)

5) « C'est donc à la pointe des baïonnettes que j'ai assisté à ma dernière messe catholique en la cathédrale Saint-Joseph d'Hanoï, République démocratique du Vietnam, un soir de décembre 1967 » raconte le capitaine Stratton. Cette scène saisissante nous en rappelle une autre, issue de L'Argent, le dernier film de Robert Bresson (qui, au soir de sa vie, assistait à la messe à l’église la plus proche de son domicile parisien... Saint-Nicolas-du-Chardonnet !) : un aumônier de prison y célèbre la messe en latin, toute la séquence étant rythmée par les paroles du canon romain. Images frappantes d'une liturgie traditionnelle condamnée alors à l'enfermement.

6) Pour qu'il n'y ait pas d’ambiguïté, et en dépit de ce que semble indiquer la conclusion abrupte de son récit, Dick Stratton n'abandonnera ni la foi ni la messe dominicale ni sa paroisse. Comme nous vous le rapporterons dans une prochaine lettre, il ne retrouvera la messe de son enfance que dans les années 2000.

7) 6 ans de geôle chez les Vietcongs d'une part. 40 ans d'interdiction arbitraire de l'autre. L'histoire du capitaine Stratton et celle de la messe traditionnelle nous enseignent une seule et même leçon spirituelle : l'espérance triomphera.

8) C'est en lisant un reportage de la revue italienne Tempi que nous avons eu l'idée d'enquêter sur la messe traditionnelle au Vietnam : dans un article sur le réveil des catholiques du pays, l'envoyée du magazine y évoquait une messe en latin en la cathédrale Saint-Joseph d'Hanoï, celle-là même où le capitaine Stratton entendit ce qu'il crut longtemps être sa dernière messe. Même si aucune communauté célébrant la forme extraordinaire n'y a encore d'apostolat régulier, nous savons que des prêtres la célèbrent et que des groupes de fidèles tentent de s'organiser pour en bénéficier. N'hésitez pas à nous faire part de vos souvenirs ou témoignages plus récents sur la célébration de la messe traditionnelle au Vietnam : nous en tiendrons compte dans notre enquête. Écrivez-nous via notre formulaire de contact.

Vous trouverez la totalité de l'article ici



Sorties de la messe dans les années 1930.

Quelques précisions sur la cathédrale :

Au cœur de Hanoi, cette église catholique de style néogothique offre un contraste saisissant dans cette ville majoritairement bouddhiste.
Notre-Dame de Paris servit de modèle à la cathédrale Saint-Joseph, église néogothique construite au XIXe siècle. Si l'église est un lieu de rassemblement pour l'importante communauté catholique de Hanoi, elle attire également de nombreux touristes. Bâtie lors de la première occupation de la ville par les Français, la cathédrale Saint-Joseph constitue un exemple frappant d'architecture coloniale à Hanoi.

Afin de construire l'église, les colons français démolirent la pagode Bao Thien, vieille de plus de 800 ans, et imposèrent une tout autre architecture. La nef, les tours et la croix néogothiques de la cathédrale Saint-Joseph font incontestablement écho aux édifices religieux européens. Les dimensions de l'église sont par ailleurs impressionnantes, avec une structure de 64,5 mètres de long et des clochers qui atteignent 31,5 mètres de haut.

En vous dirigeant vers l'ouest depuis le lac Hoan Kiem, vous pourrez apercevoir la silhouette délavée de la cathédrale Saint-Joseph au loin. La zone située autour de la cathédrale est un quartier populaire dont les rues sont bordées d'arbres, d'hôtels et de boutiques. Nombre de visiteurs apprécient d'y faire une pause, loin de l'agitation du vieux quartier.

Pour pénétrer dans l'église, empruntez la porte latérale, et non l'entrée principale. À l'intérieur, les vitraux d'origine et les fresques religieuses rappellent le style européen de l'extérieur de la cathédrale Saint-Joseph. Des éléments vietnamiens traditionnels complètent toutefois la décoration au niveau des allées, des murs et de l'autel.

Après une longue absence en raison de conflits entre le parti communiste et le Vatican, les offices ont repris dans les années 1990 et sont depuis très fréquentés. Ainsi, à l'occasion des messes célébrées tout au long de la semaine, l'église est souvent pleine.

La cathédrale Saint-Joseph se situe à l'est du lac Hoan Kiem, non loin de plusieurs arrêts de bus. Il est également possible de s'y rendre à pied depuis le vieux quartier. L'entrée est gratuite. Sachez que les horaires d'ouverture varient et que l'église est généralement fermée le midi.



Notez, sur la photo du grand vitrail, à gauche la représentation de Saint Louis. C'est sidérant en pays communiste !

En espérant que cela pourra intéresser d'autres liseurs.

Excellent séjour au Tonkin.

Pierre.
images/icones/1n.gif  ( 857819 )Glups ! Mal positionné ... par Ewondo (2018-11-28 17:11:57) 
[en réponse à 857811]

Je prie les liseurs de bien vouloir m'en excuser. Ce post devait répondre au fil de La Mouette plus bas.

Pierre.
images/icones/neutre.gif  ( 857824 )Vos récits du Vietnam sont passionnants.... par Pol (2018-11-28 18:41:47) 
[en réponse à 857811]

...vraiment...et vous gardiez tout cela 'en réserve' !!! :)

MERCI.
images/icones/1b.gif  ( 857879 )Une cloche sonne, sonne ... par Ewondo (2018-11-29 14:02:47) 
[en réponse à 857824]

… pour une fois, il ne s’agit pas de moi, encore que comme cloche, je ré(ai)sonne souvent creux ????

En fait, il s’agit des Trois Cloches, interprétée par Edith Piaf et les Compagnons de la Chanson au début des années 1950. En 1954, à Dien Bien Phu, la bataille faisait rage entre les Français et le Vietminh, conduisant même à de sanglants corps à corps, et débouchait, en dépit de la supériorité française dans les airs, à une cuisante défaite au sol de l’Armée Française face à des Vietnamiens qui connaissaient parfaitement le terrain de cette cuvette maudite :




Et à cette époque, curieusement, cette chanson profondément chrétienne et très nostalgique des trois évènements essentiels de la vie de Jean-François Nicot au fond de la vallée : son baptême, son mariage et ses obsèques, et par trois fois une cloche sonne, sonne …

Les Trois Cloches

Bien plus tard (22 ans), j’ai rencontré à l’Ambassade Soviétique de Hanoî le général Giap que j’ai salué d’une très respectueuse courbette, hommage au grand homme de guerre, mais ne lui ai pas serré la main, pensant à tous les prisonniers français qui avaient été torturés par ses troupes en 1954 de façon odieuse, comme mon oncle me l’avait raconté

Dix ans avant Dien Bien Phu, en 1944 eut lieu un phénomène quasi identique avec la somptueuse Marlène Dietrich dont le Lili Marlen, à l’origine en allemand puis traduite dans toutes les langues, fredonnée par tous les soldats sur tous les fronts d’Europe. Notamment au Mont Cassin comme mon oncle me l’avait raconté. La bataille était ainsi illustrée d'une chanson très éloignée du chant grégorien !



Lili Marlen

Jean Gabin disait de sa compagne, avec humour, que son nom commençait par une caresse et se terminait comme un coup de trique ! Coïncidence, Edit Piaf était devenue amie très proche de Marlène Dietrich. Marlène avait coupé tout lien avec Edith, car cette dernière se droguait. Pourtant Marlène Dietrich vint au Père Lachaise l’après midi des obsèques de son ancienne amie. Le même jour était mort un autre ami de Marlène : Jean Cocteau.

Le Vietnam est un pays attachant par ses mystères. Un jour, dans une rue très commerçante de Hanoï une pauvre femme m’aborde. Pantalon de soie noir fripé, chemisier blanc froissé, chapeau conique élimé et sandales Ho Chi Minh de caoutchouc noir très usées. Curieusement de larges lunettes noires style Rayban comme les aviateurs américains à l’époque, et plus surprenant encore, ongles des mains et pieds soigneusement manucurés et vernis. Rien à voir de près et dans le détail avec une paysanne ou une ouvrière d’une entreprise d’Etat de chaudronnerie épaissement grasse de cambouis.

Dans une souffle rapide elle me demande dans un français sans accent et châtié de venir la voir le lendemain après-midi chez elle près de la cathédrale Saint-Joseph et de prendre beaucoup de « munitions ». Ne vous inquiétez pas, j’ai tout de suite compris qu’il fallait que je me « munisse » de devises sonnantes et trébuchantes de préférence des Livres Sterling qui à l’époque caracolaient dans les bureaux de change.

Le lendemain, à l’heure convenue, j’arrive devant un gros pavillon de style français colonial. Passé un charmant jardin plein de bonzaïs, je sonne et là un valet de chambre, tout de blanc vêtu, vient m’ouvrir. Intérieur en fait somptueux par son décors de meubles précieux et bibelots choisis avec goût, grandes cheminées dont celle du salon avec une agréable flambée (il fait froid à Hanoï l’hiver et le bois y est rare, alors des bûches !).

Madame arrive, tout de noir vêtue, ao dai et un chapeau traditionnel tel que celui ci, en rouge :



Devant un délicieux thé et d’exquis minis nems, elle commence à déballer quantité d’objets précieux qui m’ont ébloui. Tissus, jades, et des bouddhas anciens laqués dorés. J’ai fait mon choix (essentiellement pour notre Chargé d’Affaires). Affaire conclue après marchandage (je me suis sans doute faite rouler, mais le cours élevé de la monnaie britannique compensait le tout). Pendant que je réglais, le maître d’hôtel emballait le tout dans du vieux papier journal.

Je suis sorti très discrètement dans ce quartier tranquille, et dans une voiture de l’ambassade, je suis rentré livrer le Chargé d’Affaires qui fut enchanté.
J’aurais bien d’autres histoires à raconter sur cette époque, mais elle n’ont pas leur place sur le Forum Catholique. Je les consigne donc dans un livre à paraître l’an prochain.

Pierre.
images/icones/neutre.gif  ( 857881 )Merci beaucoup !... par Pol (2018-11-29 14:29:31) 
[en réponse à 857879]

Oui, les Trois Cloches en effet nous renvoient aux années '50 ( qui a été pour moi une bonne et belle décennie) et j'aimais aussi particulièment Les Compagnons de la Chanson interpretant cette chanson si Chrétienne...si bouleversante de ....Chretienté.

Pour revenir a ce pays mysterieux ( a mon sens) et admirable qu'est le Vietnam, je comprends que vous n'osez pas aller contre les règlements du FC, mais je compte acheter votre livre : mettez mon nom sur la liste s'il y en a une déjà !!! Je parie qu'il aura du succès !

Enfin, merci beaucoup. De mon Grand Sud, bonne soirée a vous !
images/icones/1b.gif  ( 857883 )Les bénéfices par Ewondo (2018-11-29 14:46:26) 
[en réponse à 857881]

… de ce livre, s'il y en a, seront versés intégralement aux associations qui oeuvrent pour protéger les Catholiques du Vietnam actuellement persécutés par un régime capitalisto-communiste.

Pierre.
images/icones/neutre.gif  ( 857886 )Belle et noble initiative.... par Pol (2018-11-29 15:03:53) 
[en réponse à 857883]

...plein succès au livre, que les Pretres tradis puissent pénétrer prudemment au Vietnam et redonner a ce pays ce qu'ils avaient:la Messe de toujours et les 'dividendes' ( spirituels) seraient alors énormes.
images/icones/hein.gif  ( 858066 )Je ne comprends pas par Ewondo (2018-12-02 02:48:18) 
[en réponse à 857879]

… pourquoi ce post a disparu de la page 3.

Pierre.