Le Forum Catholique

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images/icones/vatican.gif  ( 857833 )Le rôle des observateurs non-catholiques au Concile Vatican II par Abbé Néri (2018-11-28 20:59:00) 

Le pasteur Hébert Roux (1) qui fut un de ses observateurs affirme l’originalité de leur présence comme étant un fait exceptionnel :

« Il est très réel que le seul fait de cette présence, concrètement réalisée chaque matin à la tribune proche de la table du Conseil de présidence et face aux cardinaux, a constitué une des grandes originalités de Vatican II. »

Et, il souligne avec force cette nouveauté dans l’histoire de l’Eglise :

« Pour la première fois dans l’histoire, l’Église catholique romaine tenait ses assisses solennelles en présence de représentants officiels des grandes confessions chrétiennes séparées d’elle depuis des siècles, et officiellement condamnées et anathématisées par les Conciles précédents. »

En constatant ce qu’on pourrait résumer dans l’affirmation, qu’on est passé de l’anathème au dialogue. D’après lui leur simple présence a permis aux pères conciliaires une double prise de conscience :

« Le fait que tout dût se dérouler ainsi au vu et au su de ces “témoins” a certainement contribué à faire naître chez les membres du Concile, et jusque chez les moins “ouverts” d’entre eux, une double prise de conscience :

A) Celle de l’existence pure et simple des autres confessions : il y a des chrétiens en dehors des limites visibles de l’Église romaine !

B) Celle d’une étrange innovation : l’avenir de nos relations avec eux dépend de ce qu’ils penseront de nous. »


Et il conclut, sur le sens du déroulement d’une telle assemblée. En effet comme il a pu l’observer au cours du Concile, l’Eglise romaine a tenté de se repenser elle-même :

« Si l’Église romaine a tenté à Vatican II de se repenser elle-même en présence des autres Églises, il est bien certain que cela exige de ces autres Églises qu’elles se repensent elles-mêmes en présence de Rome ».

Ainsi la voie de l’œcuménisme est celle du dépassement des conflits passés par l’effort fait par toutes les « Eglises » de se « repenser elles-mêmes ».

On peut dire que par un travail introspectif chaque confession chrétienne parviendra peut-être à une convergence commun en changeant de paradigme.

Mais on peut aussi noter a travers le témoignage de cet observateur l'amplitude de l'"agiornamento" et sa perspective Œcuménique


(1) Observateur délégué au concile Vatican II pour l'Alliance réformée mondiale et pour la Fédération protestante de France.
images/icones/neutre.gif  ( 857854 )à nuancer de beaucoup, beaucoup, beaucoup par Luc Perrin (2018-11-28 23:38:10) 
[en réponse à 857833]

D'abord, vieux réflexe méthodologique, de quand date ce témoignage ?
Sur le vif entre 1962 et 1965 ? Ou juste après le Concile 1966-1967 ?
Ou sont-ce des souvenirs longtemps après par conséquent largement recomposés et influencés par la période qui suit ?

Le rôle des Observateurs acatholiques est un point de convergence des tenants de l'herméneutique de rupture, très en vogue depuis 2013, et des traditionalistes hostiles à Vatican II : les premiers s'en félicitent, les autres le déplorent mais tous surlignent le fait.

Or, y compris la Storia d'Alberigo-Melloni de Bologne, les historiens minorent plutôt ce rôle. Hébert Roux a raison sur le point que la simple présence était un rappel de la finalité oecuménique posée par Jean XXIII en 1959 à côté de celle de l'aggiornamento. Un exemple du rôle limité toutefois : les Observateurs protestants ont été très rétifs à tout ce qui était marial à Vatican II. Le vote qui a rejeté, de très peu, un schéma séparé a tenu compte de cette sensibilité MAIS un anti-marial fanatique comme Yves Congar, les intrigues d'un théologien rédemptoriste qui a convaincu la quarantaine de Pères de cette congrégation de voter contre le schéma séparé ont été bien plus décisifs in fine.
Dieu écrit droit avec des lignes courbes et un Observateur luthérien notait, en 1999, qu'au total la Vierge Marie placée au sommet de la Constitution Lumen gentium avait eu bien plus que le schéma initial. La présence des Observateurs a été sans effet sur la proclamation en 1964 de Marie Mater Ecclesiae, à la noire fureur de Congar.

Cette présence n'a pas empêché le décret sur les Églises orientales catholiques, il est vrai texte mal appliqué voire ignoré par le Magistère après le Concile. L'approche de la Révélation par Dei Verbum est toujours aussi catholique pour n'importe quel Sola Scriptura protestant.

Dernière remarque : c'est une légende que Vatican II ait été le premier concile à avoir des observateurs d'autres confessions. Le concile de Lyon II de 1274 avait une présence byzantine et même des ambassadeurs du Khan mongol. Le concile d'union de Florence au XVe avait une délégation byzantine importante évidemment. Pie IV pour la 3ème période de Trente avait envoyé des nonces auprès du Tsar et de la reine d'Angleterre pour avoir une ambassade de leur part au Concile, sans succès.
Une délégation protestante du St-Empire était venue, sur pression de Charles Quint, au début de la seconde période de Trente en 1551 et repartie assez vite. Pie IX avait aussi invité les évêques orthodoxes à Vatican I, ils ne sont pas venus.

Et oui cette scie que Vatican II serait l'alpha pour tout, une autre légende que les néo-catholiques ont diffusée au point de duper même un pasteur réformé.

Autrefois j'inaugurais toujours ma présentation de cours lors des sessions de licence par un "Non le christianisme n'est pas né en 1962". Certain(e)s souriaient mais d'autres avaient l'air chafouin voire crispé.
images/icones/neutre.gif  ( 857861 )Combien vrai... par Pol (2018-11-29 05:34:02) 
[en réponse à 857854]

...je note votre dernier paragraphe avec soin... Merci.
images/icones/ancre2.gif  ( 857863 )Beata Virgo Maria par Paterculus (2018-11-29 08:07:33) 
[en réponse à 857854]

Je suis tout à fait d'accord avec vous, sur la question d'un texte séparé sur la Vierge à Vatican II : l'idée en a été rejetée, mais du coup l'enseignement de l'Eglise sur la bienheureuse Marie toujours vierge figure dans le texte même sur l'Eglise ; ainsi l'Esprit Saint a pu marquer que le mystère de la Vierge Marie est indissociable de celui de l'Eglise, ce qui ne va évidemment pas dans le sens des protestants.

A propos de leur présence à Vatican II, je pense que ce témoignage est exagéré : son auteur s'imagine des choses, par exemple que des Pères, sans cette présence, auraient ignoré l'existence de chrétiens non catholiques !
Mais je crois que ce genre de présence peut être grandement bénéfique dans la mesure où elle oblige à formuler les choses très précisément. Et comme le souligne à raison ce témoin, que l'Eglise catholique réfléchisse à ce qu'elle est en présence de représentants des autres confessions chrétiennes incitent celles-ci à une certaine réciprocité. Il ne s'agit pas de gommer les différences, mais de chercher à les justifier théologiquement, c'est à dire rationnellement et sous le regard de l'Esprit Saint.

Votre dévoué Paterculus
images/icones/fleur.gif  ( 857865 )Je note que Luc Perrin introduit le genre féminin par JVJ (2018-11-29 08:49:24) 
[en réponse à 857854]

dans ses écrits depuis quelques semaines...

Certain(e)s...

Mes bien chers frères et chères soeurs, en ce troisième dimanche du temps ordinaire...
images/icones/1e.gif  ( 857866 )Dixit quoque Dominus Deus non est bonum esse hominem solum... par Gaspard (2018-11-29 09:11:37) 
[en réponse à 857865]

La chose est, semble-t-il, très ancienne.
images/icones/livre.gif  ( 857867 )La chose ou le chose ? par JVJ (2018-11-29 09:28:57) 
[en réponse à 857866]

Vous êtes la dupe de la Bible...

Madame le Secrétaire perpétuel, au secours !

Allez expliquer à certains évêques américains qu'il n'est pas bon que le mâle ne soit pas seul et qu'il doit trouver son complément dans l'autre sexe !

Je ne donne pas cinq ans aux universitaires français pour dire "mesdames, messieurs et les autres". Les Etats-Unis et le Canada donnent le ton.

Des chefs d'établissement donnent du "madame" à des gamines de 12 ou 16 ans.

Quand une homélie commence par "chers frères z-et soeurs", je suis déjà agacé. Pourquoi d'ailleurs ne pas mettre les soeurs en premier ?! On se croirait devant l'ortf quand un président y allait de son "Français, Françaises"...

Il est tellement admis que les femmes sont opprimées dans la Sainte Eglise (en tout cas pas dans les paroisses que je fréquente depuis que je suis né, et je ne veux pas que les mâles dominent davantage...). La présidente des scouts de France tenait cette pétition de principe au dernier synode romain. Merci aux évêques qui ont porté leur regard sur cette dame qui ne représente que son mouvement intégralement sécularisé et qui est autant dans l'Eglise que le MRJC.

Il est même surprenant que la fausse croix ne soit pas déjà passée à l'écriture inclusive, suivie de près par la conférence des évêques de France qui ne manque jamais un train... en retard.

Le compte tweeter de l'Ecole nationale des Chartes s'y est mis et la plupart des syndicats, surtout ceux de la Culture, évidemment.

Comme l'écrivait André Frossard, certains clercs veulent être à la page, même si ce n'est pas la page du missel.

Relire le "Parti de Dieu", de Frossard.
Des passages bien sentis contre certains évêques de l'époque, dont le genre tend à disparaître, mais avec quelles lenteurs !
images/icones/nounours.gif  ( 857880 )merci je me suis fait la même par Luc Perrin (2018-11-29 14:27:25) 
[en réponse à 857866]

réflexion que vous à propos d'Eve n'étant qu'une humble créature moi-même et non Dieu le père.


Plus précisément, la mention explicite du féminin est parfois nécessaire au-delà de la forme plurielle usuelle et collective car pour certains groupes, dans certaines circonstances, le féminin l'emporte en nombre. C'est pour attirer l'attention du liseur indirectement sur cela, pas par une quelconque idéologie lexico-féministe qui se répand dans l'université dès avant Mme Schiappa et plus encore avec elle.

Notons que le lexico-féminisme et transgenre a frappé l'Église aux USA dès les années 1970 et a monté en puissance dans les années 1980-1990, entraînant un conflit avec Rome et une mise au point du Magistère sur les traductions que le pape François a subtilement détourné en donnant une primauté aux groupes linguistiques des conférences épiscopales et en réduisant le rôle du Saint-Siège à une approbation finale.
C'est le schéma retenu pour les synodes, en façade du moins, puisque tout est bien ficelé quant au fonctionnement.
images/icones/carnet.gif  ( 857882 )en complément sur l'analyse du pasteur H. Roux par Luc Perrin (2018-11-29 14:44:07) 
[en réponse à 857833]

Un autre texte de lui est publié par la Fédération Protestante de France où il montre, vu d'un protestant réformé, combien les textes de Vatican II ont bien une perspective ... catholique !

Autre réflexion dans le témoignage publié par l'abbé Néri, le pasteur Roux notait :
« Si l’Église romaine a tenté à Vatican II de se repenser elle-même en présence des autres Églises, il est bien certain que cela exige de ces autres Églises qu’elles se repensent elles-mêmes en présence de Rome ».

Et cela quand donc ces Églises (orientales séparées) et Communautés ecclésiales (protestantes) ont-elles esquissé de le faire ?

Quand l'ERF a décidé d'admettre n'importe qui à la Cène, avait-elle invité des observateurs catholiques ?

ps. il est vrai que des évêques catholiques, tels que Cupich, ont interdit à leurs prêtres de récuser à la communion eucharistique quiconque se présente, même pécheurs notoires, même athées proclamés.

images/icones/abbe1.gif  ( 857913 )L’avantage des nuances par Abbé Néri (2018-11-29 18:12:18) 
[en réponse à 857882]

En peinture les nuances des couleurs permet d’affiner le trait et donner une plus grande netteté à la représentation.

Métaphoriquement apporter des nuances à un propos permet de mieux percevoir les subtilités d’une pensée.

Je ne peux donc qu’apprécier les nuances apportées, cependant deux de vos affirmations gagnent à être nuancés :

1° Quand vous affirmez que le pasteur Roux fut dupé en ce qui concerne le fait de la singularité de la présence des observateurs au Concile.

En fait il n’ignore pas les précédents historiques (dont vous citez quelques exemples), mais il souligne un fait nouveau, à savoir : la qualité de l’accueil aux représentants des confessions chrétiennes considérées comme hérétiques et non seulement schismatiques comme dans le passé. Puisque l’injonction de Charles V pour comparaître devant le Concile de Trente au début de la réforme n’était pas en tant qu’observateurs mais comme sujets que l’Eglise avait à juger.

2° Ensuite le fait que Vatican II serait l’alpha de tous les changements qui ont suivi.

Là encore malgré l’euphorie et la démesure qu’on peut constater principalement juste après le Concile chez certains de ses thuriféraires, le pasteur Roux reste assez lucide se contentant de prendre acte du chemin parcouru :

« II faut comparer ce texte de 1964, avec les documents qui, au cours des dernières décennies, avaient défini la position catholique, depuis l'Encyclique « Mortalium animos » jusqu'au Monitum de 1949, pour mesurer le chemin parcouru aussi bien dans le domaine de la réflexion théologique que dans celui des comportements pratiques à l'égard des confessions chrétiennes non-romaines considérées sous leur aspect positif, leur caractère spécifiquement chrétien, et non plus de façon négative. Il y a là, dans l'histoire de l'Eglise catholique elle-même, un événement que les Églises de la Réforme en particulier doivent bien considérer elles aussi comme un « signe des temps ».

Telle qu’il le précise dans le texte auquel vous renvoyez.