Le Forum Catholique

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images/icones/sacrecoeur.gif  ( 856566 )Onze novembre 1918 dans la Meuse par Ewondo (2018-11-11 08:17:31) 

1918, dans ce village de la Meuse, à deux pas du front, raconté par ma grand’mère et ma mère (alors toute petite fille –son premier souvenir d’enfant à près de quatre ans), mon grand-père était toujours à Verdun, gazé, mais survécu jusqu’en 1940. Les officiers allemands lui ont alors rendu les honneurs puis l’ont envoyé à Dijon en voiture dans un hôpital militaire en se faire soigner, sans grand succès . Il est mort en 1943. 

Je l’ai entendu raconter tellement souvent quand j’étais gosse que j’espère pouvoir vous en restituer quelques élément de l’ambiance : 

L’annonce de l’armistice avait du leur parvenir par télégraphe, et immédiatement, les cloches se sont mises à sonner … le curé faisait l’accolade à l’instituteur rad’soc, lequel est monté illico à l’église pour s’associer aux chants et aux prières du village réuni ! Une messe a été dite.

Et les cloches ont sonné, sonné, sonné … sans discontinuer pendant : 24 heures ! Autant vous dire qu’ils étaient ivres de joie (et vin gris des côtes de Toul pour les quelques hommes, peut-être un petit dé pour les dames, brioche lorraine préparée en masse par le boulanger). Les femmes berçaient en pleurant de joie et de tristesse leurs enfants dont beaucoup étaient alors orphelins de leurs pères.

L’église du village est restée illuminée toute la nuit, personne n’a dormi … et comme à l’époque, les cloches n’étaient pas électrifiées, les enfants de chœur se sont relayés pendant tout ce temps : détail souriant, ils ont rempli leur tirelire, c’était la tradition, quelques sous pour chacune de leurs sonneries … et il y a eu de nombreuses pièces d’or pour chacun, données par un vieux comte qui avait hélas perdu ses deux fils à Verdun. Il lui restait un seul fils, mais naturel : mon arrière grand-père né avant son mariage. Il s'en est beaucoup occupé ainsi que la Comtesse, en bonne aristocrate à l'instar de Madame de Maintenon qui a élevé les enfants de Madame de Montespan. Les enfants de choeur étaient à moitié assourdis et titubaient, selon les témoignages de deux cousins de ma mère alors âgés de 13 et 15 ans, mais avec de l'argent de poche assuré pour longtemps !

Après une messe le 12 et quelques temps de repos, il a fallu revenir à la dure réalité … en attendant 21 ans plus tard !


En UDP pour ceux qui ont défendu notre Patrie, minée de toutes parts.

Pierre.

images/icones/neutre.gif  ( 856567 )11.11.1918 par AVV-VVK (2018-11-11 09:22:27) 
[en réponse à 856566]

fut un lundi.
images/icones/neutre.gif  ( 856572 )Et le temps (en France) ce jour? par AVV-VVK (2018-11-11 11:19:06) 
[en réponse à 856566]

Ici
images/icones/hein.gif  ( 856588 )Comment cela se passe-t-il en Flandres ? par Ewondo (2018-11-11 17:05:11) 
[en réponse à 856572]

Pauvre Belgique dont le Plat Pays a autant été meurtri par cette effroyable guerre ! Avez-vous des monuments aux morts ?

Merci d'avance.

Pierre.
images/icones/fleche2.gif  ( 856608 )Absolument, par AVV-VVK (2018-11-11 20:30:49) 
[en réponse à 856588]

mais le monument (e.a. sa crypte) que je préfère pour des raisons nationalistes ét intelligibles se trouve à Diksmuide (Dixmude). et
images/icones/neutre.gif  ( 856628 )Dans le mille, Emile ! par André (2018-11-12 11:48:46) 
[en réponse à 856588]

Mais peut-être ignorez-vous la signification de AVV-VVK, que l'on retrouve entre autres sur la tour de l'Yser. De fait, la région a énormément souffert, et l'on retrouve encore des tonnes d'obus un siècle après.

Autre anecdote: saviez-vous que le coquelicot emblématique que les Britanniques portent à la boutonnière trouve également son origine en Flandre occidentale ?
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 856578 )Souvenirs d'enfance des commémorations du 11/11/1918 par Ewondo (2018-11-11 13:52:12) 
[en réponse à 856566]

De la Meuse, il ne m'en reste qu'un, celui du onze novembre 1959. J'avais du rester à Nancy en raison du terrorisme et j'ai assisté cette année-là à celle de Saint-Joire dont je parlais plus haut :




Au Cameroun, pas de morts à déplorer, Français et Britanniques avaient du quitter le pays à la déclaration de guerre, et leurs biens avaient été saisis. Une exception cependant : un Français exploitant une florissante entreprise dans le nord, à Garoua. Quand les deux pays sont entrés en guerre, le Gouverneur, avec qui il était très ami et partenaire de bridge, vint le trouver et lui déclara qu'il était désormais son prisonnier. Il devait seulement venir habiter au palais et continuer à gérer son entreprise qui n'était pas confisquée. Ce qui fut fait pendant toute la guerre. Le onze novembre 1918, prévenu par télégraphe, il vint trouver le Gouverneur et lui dit que c'était lui qui désormais son prisonnier et qu'il pouvait, bien entendu, continuer à loger au palais le temps pour son épouse et lui de rejoindre l'Allemagne.


Un exemple de l'extrême courtoisie du début du siècle précédent.


A Yaoundé, pas de monument au morts, mais comme les commémorations concernaient les deux guerres, elles étaient blanches et noires de monde dans les années 1950 avant l'indépendance. Elles se déroulaient devant le monument à la France Libre :



Une fanfare constituée de Camerounais anciens de la Deuxième DB jouait de la musique militaire. Le Général Leclerc les avait recrutés en 1940 parce que, outre le français, il parlaient couramment allemand, ce qui était rare chez les Français peu doués pour les langues …


Après les cérémonies ils jouaient dans les rues de la ville des airs populaires comme "Ah les fraises et les framboises", "Viens poupoule, viens poupoule, viens" etc., ce qui faisait bien rire tout le monde et on les suivait à pied.


Douala, elle, avait son monument aux morts, érigé par le Français :



Que de souvenirs !

Pierre.
images/icones/iphone.jpg  ( 856609 )Elle nous manque cruellement ... par Lycobates (2018-11-11 20:40:49) 
[en réponse à 856578]

... cette “extrême courtoisie du (début du) siècle précédent”, dont on chérit le souvenir et, je me permets d’ajouter, les rares survivants, comme vous, cher Monsieur.

En union de prière en ce jour de deuil, et mes meilleurs voeux pour votre santé !
Lycobates
images/icones/1b.gif  ( 856629 )Un temps pour pleurer et ... par Ewondo (2018-11-12 11:58:40) 
[en réponse à 856609]

… un temps pour rire, si je puis me permettre d'inverser ainsi les paroles de l'Ecclésiaste.

Ma mère me racontai les obsèques de mon arrière grand-père, qui eurent lieu en 1923 dans ce village de la Meuse dont je parlais. Sa mère et ses tantes portaient des robes de grand deuil comme ci-dessous :



Et pour la messe elles portaient un long voile noir à peine transparent, intégral qui descendait jusqu'à leurs pieds. Seule touche de blanc : un mouchoir de dentelle "maison". Pendant toute la cérémonie, elles restaient à genoux, tête baissée.


Mon grand-père, lui, était en "frac", queue de pie, et cravate noire, sourire en moins, contrairement, bien entendu, à la gravure de mode ci dessous :



Il faut dire que l'ensemble avait une certaine classe et un grand respect … contrairement à ce que l'on peut voir aujourd'hui, par exemple une jeune femme en mini robe rouge dans un récent enterrement (sans messe, malheureusement, et puis dans l'église, certaines personnes ce seraient indignées à juste titre !).

Dans un registre souriant, à la fin des années 1950 est annoncée par l'Archevêché de Yaoundé la venue de Son Eminence le Cardinal Tisserand. Grande réception au Palais du Haut Commissaire (à l'époque Pierre Messmer). Un gros problème : la tenue exigée est de soirée ! Ce devrait être tout à fait plaisant, mais le hiatus est le style des robes de soirée de l'époque jugez ci dessous :




Ces illustrations de Tex Avery diffèrent quelque peu des gravures de mode des années 1920 ! Ajoutons que les robe de l'époque étaient resserrées aux genoux et décolletées jusqu'au bas du dos … du reste, quand il était Nonce à Paris, le futur Jean XXII disait que quand dans une soirée une très jolie dame entrait en robe du soir, tous les regard se tournaient, non vers elle, mais vers lui !

Ma mère, qui était alors la deuxième dame du pays, va au plus vite rencontrer Madame Mesmer pour plaider la tenue de cocktail aux robes certes plus courtes mais décentes. Inflexible, Madame Messmer lui dit que la tenue de soirée restait de rigueur.


Toutes les dames du "gratin" de la ville allèrent d'urgence chercher du tissu assorti à leurs robes pour se faire confectionner de très grands châles …


Lors de la soirée, les dames purent donc sans rougir faire leur génuflexion pour baiser l'anneau de Son Eminence. Mon père, féroce, dit que l'on aurait dit que toutes les Marie Madeleine de la ville venaient se prosterner aux pieds du Christ en cachant leur impudeur !

Ma mère eut un problème : au moment de se relever, sa robe entravée l'en empêcha et il fallut que l'Archevêque l'aide fort charitablement !

Notez que les hommes avaient également leur part de ridicule : le port du spencer, veste s'arrêtant à la ceinture et taillée en pointe devant, en gilet. Leur surnom était "rase pet" ! J'étais gamin et ne comprenais pas le sens de ce surnom …


Pierre.
images/icones/bravo.gif  ( 856585 )Merci ! par Ennemond (2018-11-11 16:40:07) 
[en réponse à 856566]

Merci pour votre intéressant témoignage !
images/icones/hein.gif  ( 856605 )Merci ! Mai n!y a-t-il pas des liseurs .... par Ewondo (2018-11-11 19:25:00) 
[en réponse à 856585]

qui aient des souvenirs à narrer ?

Pierre.
images/icones/croix.gif  ( 856651 )Mais... par Jacques (2018-11-12 17:00:17) 
[en réponse à 856605]

... nous n'étions pas nés !
Blague de potache mise à part, je n'ai pas de récit qui m'ait été fait de cette période, et je mesure l'importance qu'il y a à faire parler nos grands parents. je m'y emploi avec ma grand-mère, mais bêtement je ne prends jamais de note ni ne l'enregistre. Il faudrait que je répare cette erreur.
Heureusement dans notre famille nous avons de très bons généalogistes qui ne ménagent pas leur effort, et peut-être qu'un de ceux là qui (mon petit doigt me l'a dit ;-) ) écrit sur ce forum a peut-être quelque récit épique sur cette période ?
Plus proche de nous, on m'a raconté l'histoire de deux arrières grands tantes qui ont été assez actives pendant la seconde guerre, et qui bien que soutiens du Maréchal ont été résistantes... bref il me semble que les débats actuels sur ce sujet ne prenne pas en compte la réalité de la situation, préférant les raccourcis crasseux à la vérité sur les actions de certains de nos dirigeants en ces périodes difficiles...
Encore plus proche, j'ai eu la joie de visiter une partie des champs de batailles de Verdun l'an passé et plus précisément l'ossuaire de Douaumont. C'est très émouvant et l'on prend la mesure de l'horreur de cette bataille.
Enfin j'ai la chance de vivre dans une région émaillée de cimetières de la grande guerre, et nos dévotions de l'octave de la Toussaint ont eu lieu dans de tels endroits. Là encore on est émus de voir que des gamins d'à peine 20 ans se sont faits trouer la peau pour nous.
Marie Reine de la Paix, priez pour la France, priez pour nous