Le Forum Catholique

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images/icones/colombe2.png  ( 855264 )Les époux sont-ils les seuls acteurs de leur mariage et le célébrant n’est-il qu’un assistant ? par XA (2018-10-16 15:13:34) 

Les époux sont-ils les seuls acteurs de leur mariage et le célébrant n’est-il qu’un assistant ?

Le sacrement du mariage apparaît un peu comme le parent pauvre de la théologie sacramentaire catholique. Il n’est que de voir comment parfois la liturgie du mariage a pu être remaniée dans certaines célébrations. Et c’est pitié. Alors que « ce mystère est grand » (Ep 5, 32) et qu’il est un beau reflet sur la terre de la vie et de l’amour trinitaires !


Un article de l'abbé Michel-Jean Pillet (diocèse de Belley-Ars) diffusé sur le site de l’Homme Nouveau, à lire en cliquant ici.
images/icones/neutre.gif  ( 855273 )Quelques remarques par Turlure (2018-10-16 17:03:55) 
[en réponse à 855264]

Sans entrer dans le débat sur la forme et le ministre du sacrement, n'étant pas moi-même théologien.

Vers la fin du texte, l'abbé dit ceci :


Il est significatif que, pendant des années, dans la liturgie catholique ou ce qu’on en a fait avec les adaptations post-conciliaires, on ait pu dissocier l’échange des consentements de la bénédiction nuptiale renvoyée en fin de célébration comme secondaire.



En effet, dans le rituel moderne, il semble que la bénédiction nuptiale puisse être donnée au choix immédiatement après l'échange des consentements ou après le Pater. Il fait la grossière erreur de croire que la deuxième possibilité est une nouveauté alors que c'est tout l'inverse. Traditionnellement, la bénédiction nuptiale n'est pas "renvoyée en fin de célébration" mais conférée à un moment particulièrement sacré de la messe : entre le Pater et le Pax Domini. Ce qui renvoie à la pratique la plus antique.

A l'origine, la seule célébration liturgique du mariage est cette bénédiction nuptiale, dont ce qui en est désormais la deuxième oraison est en fait une véritable préface consécratoire de l'épouse (je pense par ailleurs qu'on gagnerait beaucoup à réintroduire cette forme de préface, à la place de la récitation sèche en forme d'oraison non chantée, souvent lue en français du reste).

En effet, le mariage lui-même était quelque chose qui préexistait à l'intervention du ministre de l'Eglise, lequel bénissait le foyer nouvellement formé, par le chant de cette préface sur les époux agenouillés sous le voile nuptial devant l'autel, au choeur de la célébration eucharistique.

Plus tard (disons au Moyen-Âge), ce cérémonial s'est accompagné de rituels supplémentaires pouvant varier selon les lieux. Echange des consentements des époux devant la porte de l'église, don de l'anneau par l'époux à l'épouse, de pièces d'argent par l'épouse à l'époux, introduction des époux dans l'église par le prêtre (comme lors d'un baptême) avant la célébration de la messe pour les époux, au cours de laquelle sera donnée la fameuse bénédiction nuptiale. Il y a aussi l'ajout d'une autre bénédiction des époux à la fin de la messe avant la bénédiction des fidèles.

Il ne faut d'ailleurs pas confondre l'existence de tous ces rites avec l'exigence d'un échange des consentements devant le curé pour contracter validement mariage. Cela n'existe que depuis 1563 et le décret Tametsi du Concile de Trente.

L'abbé fait aussi cette assertion :


Pour la grande majorité des couples qui demandent encore un mariage à l’Eglise, la célébration de leur mariage est devenue la ratification festive de leur déjà longue cohabitation,



Je ne vois pas vraiment pourquoi le fait que le sacrement de mariage soit donné par les époux ou par le prêtre serait plus ou moins propice à une célébration intervenant alors que la cohabitation des époux a déjà commencé.
images/icones/neutre.gif  ( 855314 )Les époux contractants sacramentels par Abbé Claude Barthe (2018-10-17 09:33:38) 
[en réponse à 855273]

Pardonnez-moi de me répéter sur ce thème. C'est l'âge…
Le souci pastoral de l'abbé Pillet est très légitime. Pour ma part, je pense cependant que la remontée relativement récente de la thèse du prêtre ministre du mariage, chez Mgr Corecco, les PP de La Soujeole et Michelet, est mal fondée.
Pour faire bref :
- Le ministère des époux tient à l'essence du mariage : c'est un contrat de droit naturel institué par Dieu dès l'origine, contrat élevé au rang sacramentel. Les époux sont des ministres sacramentels.
- Le discours de Pie XII du 5 mars 1941 est d'une grande netteté, et réassume ce qui semble être le magistère ordinaire universel.
- La législation tridentine (décret Tametsi), tout en luttant contre les mariages clandestins, a mis la lumière ce qu'est le rôle sacerdotal dans le mariage - rôle de l'évêque ou du curé ou de leur délégué -, à savoir celui d'un "témoin privilégié", qui valide juridictionnellement le mariage en assurant sa publicité canonique.
- L'objection des témoignages patristiques et orientaux n'est pas déterminante, car ils peuvent tous s'entendre de la "bénédiction" que confère le prêtre (et dans le rite latin traditionnel, il n'est absolument pas douteux pour les historiens de la liturgie que la formule ego conjugo vos in matrimonium, prononcée par le prêtre après les consentements, est une bénédiction).
- et inversement, la possibilité canonique incontestable de mariages sans la présence d'un prêtre, en raison d'impossibilité, devant seulement deux témoins (canon 1116), appuie la doctrine des époux-ministres.

Il est vrai que les Schillebeeckx et autres ont enfourché la doctrine des époux ministres du mariage en faveur de leur interprétation hétérodoxe du sacerdoce universel. On comprend donc la réaction actuelle qui veut "sacerdotaliser" le mariage. Mais Pie XII n'était évidemment pas soupçonnable de schillebeeckxisme.
images/icones/neutre.gif  ( 855322 )"Bénédiction". par Yves Daoudal (2018-10-17 13:09:24) 
[en réponse à 855314]

On peut constater que dans les articles du Code de droit canonique des Eglises catholiques orientales sur le mariage il y a 19 fois le verbe bénir ou le mot bénédiction, alors que dans le Code de droit canonique de l'Eglise latine ces mots sont purement et simplement absents.

Cela a forcément un sens.