Le Forum Catholique

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images/icones/vatican.gif  ( 855190 )Épiscopat américain (pour Luc Perrin) par Aigle (2018-10-14 18:35:00) 

Plusieurs de vos messages m'ont conduit, cher Luc, à conclure que vous ignoriez certains détails de la nomination des évêques.

Je partage donc avec vous ce que j'en sais.

À la base, le Pape décide sur la base d'une proposition de la congrégation des évêques qui elle même se fonde sur trois noms envoyés par le nonce apostolique.

À cette procédure formelle sont associées d autres institutions : la conférence épiscopale nationale est souvent une source d'inspiration pour la nonciature, la secretairie d Etat qui est la supérieure hiérarchique des nonces peut influencer leur choix.

Et puis il ne faut pas exclure que les gouvernements nationaux cherchent plus ou moins habilement à peser sur les choix du nonce ou du Saint Siège.

De ce point de vue, on peut mieux comprendre la recomposition de l'episcopat américain. Un mouvement certainement voulu par Rome notamment pour limiter les déviances doctrinales ou pastorales des années 1960 et 70. Mais aussi un mouvement sollicité et encouragé par les présidents républicains (Reagan et Bush sr) pour rompre le lien historique entre les catholiques et le parti démocrate.

De ces points de vue on comprend mieux que l'homosexualité n'était pas identifiée comme un problème majeur. Le refus de l'avortement, du marxisme et du mariage des prêtres étaient certainement des critères plus centraux.

Sans oublier que le pape polonais ne devait pas croire que l'homosexualité puisse être un problème de masse ...


images/icones/rose.gif  ( 855197 )à mon tour cher ami de vous apprendre que c'est plus compliqué par Luc Perrin (2018-10-14 19:57:23) 
[en réponse à 855190]

que vous ne le pensez, en suivant un "manuel" qui n'est pas toujours aussi bien appliqué que vous ne le croyez.

Voici ce que le rapport Vigano dit au sujet de la procédure de nomination de McCarrick à Washington et au cardinalat où l'on voit que le préfet de la Congrégation des évêques a été complètement mis de côté.

"Le cardinal Angelo Sodano était secrétaire d’État jusqu’en septembre 2006 : toutes les informations lui ont été communiquées. En novembre 2000, le nonce Montalvo lui envoya son rapport, lui transmettant la lettre susmentionnée du père Boniface Ramsey dans laquelle celui-ci dénonçait les graves exactions commises par McCarrick.

On sait que Sodano a tenté de dissimuler le scandale du père Maciel jusqu’à la fin. Il a même renvoyé le nonce à Mexico, Justo Mullor, qui refusait de se rendre complice de son projet de couvrir Maciel, et a nommé à sa place Sandri, alors nonce au Venezuela, qui était prêt à collaborer à la dissimulation. Sodano est même allé jusqu’à faire une déclaration au bureau de presse du Vatican dans laquelle un mensonge était affirmé, à savoir que le pape Benoît avait décidé que l’affaire Maciel devrait être considérée comme close. Benoît XVI a réagi, malgré la vigoureuse défense de Sodano, et Maciel a été reconnu coupable et irrévocablement condamné.

La nomination de McCarrick à Washington et comme cardinal était-elle l’œuvre de Sodano, alors que Jean-Paul II était déjà très malade ? Nous ne pouvons pas le savoir. Cependant, il est légitime de le penser, mais je ne crois pas qu’il était le seul responsable. McCarrick se rendait fréquemment à Rome et se faisait des amis partout, à tous les niveaux de la curie. Si Sodano avait protégé Maciel, comme il semble certain, il n’y a aucune raison qu’il ne l’ait pas fait pour McCarrick, qui selon beaucoup avait les moyens financiers d’influencer les décisions. Le préfet de la Congrégation pour les évêques, le cardinal Giovanni Battista Re, s’est opposé à sa nomination à Washington. À la nonciature de Washington, il y a une note, écrite de sa main, dans laquelle Cardinal Re se dissocie de la nomination et déclare que McCarrick était 14ème sur la liste pour Washington."

(version française de LPL).

Mgr Vigano doit penser à Mgr Dziwisz, préfet de la Maison pontificale depuis 1998 et homme de confiance du Pape. Des sources récentes accréditent des liens indirects au moins entre Dziwisz et McCarrick.

Or il n'est pas dans le manuel de la nomination par ex. Comme on sait que le cardinal Lustiger a beaucoup pesé sur les nominations françaises. Le choix par François de 3 très proches de McCarrick en 2016 ne vient sûrement pas de Mgr Vigano. Quant à McCarrick, comme le dit avec candeur le cardinal Ouellet, il n'est pas dans les noms que le Pape lui communiquait de ses conseillers mais tout indique qu'il l'était bel et bien.


Quant au mouvement de redressement, il a bien eu lieu : le cardinal George est évidemment autre chose que Cupich. Mais Mgr Vigneron à Détroit qui pouvait paraître relever de cela de loin, de plus près, n'a pas démantelé la mafia néo-moderniste et corruptrice des prédécesseurs.
C'est hélas Jean Paul II qui a livré Chicago à Bernardin et l'a créé cardinal en 1983. Or ce fut sans doute l'un des pires corrupteurs de l'épiscopat américain et son héritage se voit encore de nos jours.
Bref le redressement wojtylien a été réel en partie mais factice pour une trop grande part. On le voit à New York, sans compter Los Angeles où Jean Paul II a fait la gloire de Roger Mahony.
images/icones/neutre.gif  ( 855198 )Je suis bien d'accord par Aigle (2018-10-14 20:23:07) 
[en réponse à 855197]

J'ai moi même souligné que la secrétairie d Etat pouvait jouer un rôle. Les nonces lui sont plus liés qu'a la congrégation des évêques ! Et Sandro magister porte un jugement très négatif sur Sodano me semble t il (plus pour des raisons financières d ailleurs)

De même tel ou tel évêque influent comme Mgr Lustiger en son temps chez nous peut faire passer des messages à Rome et appuyer ou barrer certains noms.

Mais je maintiens l'essentiel. Saint Jean Paul II ne s'est absolument pas préoccupé de la présence gay dans le clergé ( sans doute était il mal informé et inconscient du risque). Et je maintiens que les présidents républicains ont pesé (à juste titre d'ailleurs) pour brider l'aile progressiste catholique qui avait le vent en poupe avant 1980...

Les homosexuels n'étaient finalement pas "ciblés "...
images/icones/neutre.gif  ( 855199 )le vrai problème est dans le modernisme par jejomau (2018-10-14 20:37:19) 
[en réponse à 855197]

ou le progressisme

Marrant de lire vos posts à Aigle et à vous Luc.

Aigle parle d'homosexualité. Vous de Mgr Mc Carrick qui n'est tombé en réalité que parce qu'un fait de pédophilie (enfant) le touchant dans son passé la rejoint alors que tout le monde connaissait ses mœurs et que cela ne semblait gêner personne.

Le fait que vous utilisiez le mot de "néo-modernisme" donne quand même le chemin à suivre et qui est , me semble-t-il, le nœud de l'affaire concernant le bourbier de l'EGlise.

En effet, depuis les années 90 la société civile "dépénalise" l'homosexulaité. Il devient normal de s'afficher Gay ou lesbienne. Normal de se "marier" entre soi aussi… Cette pression délétere s'infiltre dans les esprits et l'on peut penser sans trop se tromper d'ailleurs que si elle fait les choux gras des homosexuels pratiquants dans l'Eglise, il est logique de comprendre aussi pourquoi les jeunes séminaristes d'une vingtaine d'années directement issus de cette société pervertie ne voit pas trop où se trouve le mal si leurs supérieurs leur disent qu'il n'y a rien de grave à cela !

Nous avons là un affaiblissement considérable concret de la Foi dans ce qu'elle a de plus visible c-a-d sur le plan des mœurs…

Car concommitament à ce que pense , dit, et fait la société civile l'Eglise catholique aurait dû faire entendre sa voix de manière forte. Les papes l'on fait jusqu'à François, c'est indéniable mais ce qui saute aux yeux, c'est qu'ils semblent surtout isolés : les pratiques mauvaises de l'homosexualité reconnues comme telles par la Doctrine de l'Eglise n'apparaissent en réalité plus mauvaises pour les hommes qui habitent cette Eglise, préférant en ceci les nouvelles positions de la société sur ce point.

Donc l'Eglise est devenu moderniste. C'est une définition un peu vague qui veut dire que le péché de l'homosexualité par exemple n'est plus vraiment un péché mais une troisième façon de voir la sexualité comme l'a dit récemment un cardinal… C'est l'acceptation de la veulerie. C'est , en même temps, l'abandon du maximum de discipline ou d'ascèse qui peut gêner encore les instincts auxquels on prétend s'abandonner… C'est cela le modernisme

Reste l'épine de la pédophilie qui demeure un crime..

Mais n'en doutons pas. Dans les décennies qui viennent : le lobby homosexuel en fera son cheval de bataille pour que celle-ci soit abolie ou , en tout cas très atténuée. C'est tellement évident… !
images/icones/neutre.gif  ( 855208 )bien sûr néo-modernisme et néo-catholicisme par Luc Perrin (2018-10-14 22:51:32) 
[en réponse à 855199]

Je dis néo parce qu'on ne voit vraiment pas Loisy, Tyrell, Mgr Lacroix, Bremond, von Hügel et les autres dans les bacchanales drogue et sexe du Vatican avec Mgr Capozzi et ses copains.

Pie X le signale lui-même dans Pascendi en indiquant que ce sont hommes intègres et ascètes.Leur problème ne tient pas aux moeurs.

Mais la pente d'esprit est bien la même aujourd'hui : non plus convertir le monde à l'Évangile mais se laisser guider par lui et son prince, le libéralisme sauvage, Satan.

Le but avoué du programme Martini sj est bien de rapprocher l'Église de la société occidentale contemporaine à tout prix, quitte à piétiner la Bible et la Tradition comme le proclame le Père Rosica.
L'acceptation de toute sexualité est au coeur d'une destruction complète de la morale chrétienne qui est le pôle de résistance au libéralisme occidental que tous les papes de Paul VI à Benoît XVI ont consolidé.
En un sens la canonisation de Paul VI, le pape d'Humanae vitae, par celui qui veut démolir la base sur laquelle repose l'encyclique de saint Paul VI est une ironie de l'histoire. Le processus dénoncé par Paul VI des fumées de Satan et d'auto-démolition de l'Église a repris spectaculairement au grand jour.
Ce que McCarrick et son club aux ramifications jusqu'à Rome et les autres rabbit-holes chiliens, allemands, belges, australiens etc. nous apprennent, c'est qu'il y avait une auto-démolition souterraine à l'oeuvre aussi dans l'épiscopat entre 1968 et 2013.

C'est pourquoi j'ai apprécié au passage l'humour involontaire de la formule du cardinal Ouellet qui qualifie l'orientation prise par le Pape ainsi : "Qu’il poursuive joyeusement et en toute confiance la réforme missionnaire qu’il a entreprise". Joyeusement ... cela prête à sourire. Mais "réforme missionnaire" justement de "réforme" au sens catholique du mot, il n'y en a aucune de réelle : Wuerl est loué !
Et justement la Mission est complètement évacuée.
Saint Paul VI avait magistralement montré en 1975 que la Mission est la raison d'être de l'Église.