Le Forum Catholique

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images/icones/macos.gif  ( 853513 )La femme dans les sociétés religieuses traditionnelles. Une réflexion par Signo (2018-09-17 22:13:04) 

L'idée que les religions traditionnelles, et donc a fortiori le christianisme, seraient fondamentalement et profondément misogynes est aujourd'hui répandue.

Les féministes radicaux, et en cela suivis par la majorité de l'opinion, appuient leur analyse sur un certain de nombre de faits et d'exemples historiques sensés prouver que le christianisme traditionnel organise la mise à l'écart, le mépris et donc et la relégation des femmes dans la société.

Voici trois exemples:
- pendant des siècles et ce jusqu'à une période relativement récente, les femmes ne pouvaient pas communier pendant une certaine période après un accouchement, et ne pouvaient s'approcher à nouveau de la sainte table qu'après un rite de purification. Même règle pour les périodes menstruelles.
- les femmes se voilaient la tête au moins dans les églises.
- les monastères masculins sont interdits aux femmes; le territoire tout entier de la république monastique du Mont Athos est rigoureusement interdit aux femmes.

Or, il me semble à l'analyse que l'idée que ces trois exemples illustrent une forme de mépris voire de peur de la femme repose sur une erreur complète d'interprétation. Il faut pour comprendre cela tirer des exemples parallèles dans le domaine liturgique:

- ainsi, le rite qui consiste à laver la vaisselle sacrée après le sacrifice eucharistique est appelé rite de "purification"... cela veut-il dire que le Corps et le Sang du seigneur soient considérés comme impurs? Bien sûr que non. On peut rapprocher cela du rite des relevailles, ou de la purification que les femmes devaient accomplir passé un certain temps après leur accouchement, ou durant leurs périodes menstruelles. Cette analogie pourrait expliquer pourquoi le préjugé qui veut que le sang féminin -et donc la femme elle-même- soit considérée comme impur repose sur une profonde erreur d'interprétation. Je pense même que c'est l'inverse: c'est bien parce qu'il y a quelque chose de sacré chez la femme -cette capacité qu'elle possède et dont l'homme est privé de porter et d'enfanter la vie- qu'il y a quelque chose que l'on pourrait appeler une "concurrence" ou un "conflit des sacrés" qui imposerait la mise en place d'une ritualité spécifique pour à la fois la résoudre et l'exprimer.

- on peut en dire autant de la coutume rappelée par saint Paul mais en réalité bien plus ancienne, qui veut que les femmes se voilent en entrant dans un lieu saint. Là encore, le parallèle avec les rites liturgiques est éclairant: il existe en effet dans la paramentique liturgique tout une série de tissus destinés à voiler... le Saint Sacrement: conopée, voile huméral, voile de calice. D'une manière générale, on interprète la modestie et la "pudeur" chrétienne comme une expression de haine du corps et de la chair, alors qu'il me semble au contraire que c'est justement parce que le christianisme tient en haute estime la corporéité de l'homme -que Dieu a daigné partagé par l'Incarnation, pour la transfigurer- qu'il préconise la pudeur (le corps temple de l'Esprit, la théologie du corps n'étant pas une invention de S. Jean-Paul II, mais remonte à l'enseignement de saint Paul).

- Enfin, j'ai longtemps considéré que l'interdiction absolue faite aux femmes de pénétré sur le Mont Athos n'étant qu'une interprétation particulièrement radicale d'une misogynie traditionnelle dans le milieu monastique, jusqu'à ce que j'apprenne la véritable raison de cette prohibition: la légende raconte en effet que la Vierge Marie fit un passage au Mont Athos et qu'à son arrivée toutes les statues païennes se brisèrent. Elle déclara alors que ce lieu serait son jardin privé. C'est sur cette légende immémoriale que se fonde l'interdiction faite aux femmes de pénétrer sur la Sainte Montagne, qui devait être le domaine exclusif d'une seule femme: la Vierge Marie...
images/icones/neutre.gif  ( 853515 )Vos points 1 et 3... par Turlure (2018-09-17 22:30:43) 
[en réponse à 853513]


- pendant des siècles et ce jusqu'à une période relativement récente, les femmes ne pouvaient pas communier pendant une certaine période après un accouchement, et ne pouvaient s'approcher à nouveau de la sainte table qu'après un rite de purification. Même règle pour les périodes menstruelles.



Avez-vous une source à ce sujet s'il vous plait ? Le rituel connait en effet une bénédiction des relevailles quarante jours après l'accouchement (qui rappelle le rite vétérotestamentaire de la purification) mais à ma connaissance, cela n'a rien à voir avec la conclusion d'une période pendant laquelle la mère ne pouvait pas communier. En fait, elle correspondait à peu près au moment où traditionnellement, une nouvelle mère sortait à nouveau de chez elle après être restée alitée. La mère était généralement absente au baptême de son enfant. Le rite de bénédiction des relevailles est un rite d'action de grâce pour la mère et, s'il a survécu, l'enfant.

Quant à une interdiction de communier pendant les menstruations... Je n'ai jamais eu vent d'une telle règle (sans jeu de mot). Et si une telle tradition était attestée quelque part, il faudrait y voir une survivance païenne plus qu'une règle traditionnelle chrétienne.


- les monastères masculins sont interdits aux femmes



De la même façon, les monastères féminins sont interdits aux hommes. Cela n'a rien à voir avec une supposée misogynie. C'est simplement la rigueur clôture monastique.
images/icones/fleche2.gif  ( 853530 )Source par Signo (2018-09-17 23:15:07) 
[en réponse à 853515]

Pour ce qui est de la communion après les accouchements et durant les périodes menstruels, je ne sais ce qu'il en est dans la chrétienté occidentale. Je sais seulement que le rite des relevailles a été pratiqué en Europe occidentale dans les campagnes jusqu'au début du XXe siècle en certains endroits. Je ne sais pas si cela incluait l'interdiction de communier, mais on peut le supposer, au moins à une époque plus ancienne.

En revanche, pour ce qui est de la chrétienté orientale, j'ai trouvé ce texte qui traite de la place de la femme dans l'Eglise orthodoxe en France et en Roumanie:


Un autre domaine où les femmes orthodoxes en France réagissent différemment des femmes roumaines est celui des rites : [en Roumanie,] les femmes n’ont pas accès à la communion pendant leurs règles ; lors du baptême le prêtre ne portera pas la fillette (ni une adulte) derrière l’iconostase autour de l’autel comme il le fait pour tout garçon qui reçoit le baptême ; après l’accouchement la femme n’est pas autorisée à venir à l’Église ni à communier pendant une période de quarante jours, après laquelle elle doit suivre le rite de la purification. À cause de sa grande diversité, la communauté orthodoxe de France représente – quoique non délibérément – une sorte de laboratoire expérimental. Le pluralisme pratique est de mise. Les rites dont il est question ci-dessus sont de moins en moins observés. Les adolescentes n’ont jamais entendu parler de la défense de recevoir la communion pendant les règles ; et elles ne l’observent donc pas en pratique, pas plus que leurs mères, qui le savent, mais n’en ont cure. On a fait des compromis. Alors que certains prêtres persistent à ne pas conduire la fillette qui vient d’être baptisée derrière l’iconostase, d’autres osent le faire, – avec une subtile indifférence pour le paradoxe ! – pourvu qu’elle soit encore un bébé, mais pas lorsqu’elle est une adulte. Certaines paroisses pratiquent encore le rite de la purification, mais d’autres ne l’observent plus depuis des décennies à moins qu’une femme le demande.



SOURCE ici dans cet article assez orienté féministe.

D'accord avec vous pour votre remarque sur les règles monastiques de clôture.

En tout cas une chose est certaine: l'apparition du christianisme a joué un rôle majeur et décisif dans la reconnaissance de l'autonomie et de la dignité de la femme. Mais ce n'est pas exactement le sujet de mon intervention qui porte d'avantage sur l'interprétation que l'on fait de certaines pratiques ancestrales et le procès en misogynie qui leur est fait, et qu'il faudrait peut-être remettre en cause, ou au moins relativiser.