Le Forum Catholique

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images/icones/marie.gif  ( 852899 )Les abus sexuels, le cléricalisme, les séminaristes, et François par BK (2018-09-09 17:08:23) 

Je soumets à votre réflexion critique quelques raisons pour lesquelles il me semble clair que les relations sexuelles entre prêtre, évêque, archevêque, cardinal, et séminariste(s) ne peuvent en aucune manière être qualifiées de simples relations entre adultes consentants.


0. L'Église a une constitution hiérarchique, et en ce sens un séminariste n'est pas (et ne saurait être ?) l'égal d'un clerc.

1. La vocation d'un séminariste est soumise au jugement de ses supérieurs, et donc le devenir de sa vie. Devenir d'un don total, et donc dépendance totale.

2. La vie quotidienne d'un séminariste dépend jusque dans ses détails de ses supérieurs, comme la vie de communauté en est le signe. Vie intégralement commune, et donc dépendance réelle et intégrale.

3. La croissance spirituelle d'un séminariste le met dans un état de faiblesse - aussi bien spirituelle que psychologique, les deux étant indissociables - vis-à-vis de ses supérieurs. Vie spirituelle, et donc psychologique ; dépendance spirituelle, et donc psychologique.




Là où je rejoindrais volontiers le pape François, c'est pour convenir que cette situation rend les séminaristes particulièrement vulnérables non seulement à des abus sexuels, mais également à des abus de pouvoir, ainsi qu'à des abus de conscience.

Mais il ne faudrait pas que ceci fasse oublier cela, ni le contraire d'ailleurs.

En d'autres termes, le premier et principal révélateur du "cléricalisme" n'est pas tant la relation des clercs aux fidèles - qui ont leur vie, leur intimité, leur indépendance - mais des clercs aux séminaristes, qui ont remis leur vie entière à l'Église par la médiation des ministres ordonnés, et qui dépendent totalement d'eux.




(voir par exemple un article naguère référencé par Rémi, ici, avec les réserves qu'indique Rémi)
images/icones/fleche2.gif  ( 852902 )Et matériellement, les séminaristes dépendent de leurs supérieurs par BK (2018-09-09 18:28:24) 
[en réponse à 852899]

Cela va si bien sans dire que j'avais omis de préciser cette évidence, comme souvent.
images/icones/fleche2.gif  ( 852905 )Il me semble par Peregrinus (2018-09-09 18:45:43) 
[en réponse à 852899]

Je ne sais ce qu'il en est depuis les réformes qui ont suivi le dernier Concile, mais il me semble qu'auparavant les séminaristes étaient bel et bien des clercs, puisqu'ils recevaient la tonsure cléricale (sans même parler des ordres mineurs) et que l'on parlait d'eux en conséquence comme de clercs tonsurés.

Il me semble donc qu'il ne faut pas réduire le clergé aux clercs majeurs.

Le problème de la dénonciation du cléricalisme est que chacun peut mettre ce qui lui plaît derrière cette expression : tandis qu'elle peut renvoyer à des réflexes de défense institutionnelle qui ne sont du reste pas propres au clergé, ou à un respect mal compris de la dignité des clercs, d'autres n'hésiteront pas à faire de ce mot une machine de guerre contre la discipline traditionnelle (célibat, bréviaire, etc.).

Peregrinus
images/icones/bravo.gif  ( 852906 )Dans le droit de l'Eglise, clerc = ministre sacré par BK (2018-09-09 18:55:01) 
[en réponse à 852905]

C'est le titre du Livre II, Première partie, Titre III : Les ministres sacrés ou clercs

Le canon 266 précise que c'est le diaconat qui fait devenir clerc, y compris pour les religieux ou membres de sociétés cléricales, sauf disposition spécifique de leurs constitutions (voir texte plus bas).



Pour le reste, je partage vos remarques sur les dangers d'abus du concept de "cléricalisme", pour en venir à demander n'importe quoi, e.g. de l'autorité pastorale des laïcs à l'ordination des femmes.

Pour autant, ma réflexion s'inscrit me semble-t-il dans une acception acceptable (sic) du concept.





Can. 266 - § 1. Par la réception du diaconat quelqu'un devient clerc et est incardiné dans l'Église particulière ou à la prélature personnelle pour le service de laquelle il est ordonné.



§ 2. Le membre profès de vœux perpétuels dans un institut religieux ou celui qui est incorporé définitivement dans une société de vie apostolique cléricale est incardiné comme clerc dans cet institut ou cette société par la réception du diaconat, à moins qu'en ce qui regarde les sociétés les constitutions n'en décident autrement.
images/icones/fleche2.gif  ( 852910 )Effectivement par Peregrinus (2018-09-09 19:28:53) 
[en réponse à 852906]

Vous avez donc raison en ce qui concerne le droit actuel, même si pour ma part j'ai quelque difficulté à comprendre de telles évolutions de la discipline.

J'oubliais un point : il me semble que le Saint-Père n'a pas voulu commenter l'affaire McCarrick, mais seulement les affaires de pédophilie, où les séminaristes ne sont pas particulièrement impliqués.

Vous avez raison également de signaler, parmi les dangers de la dénonciation du cléricalisme, la revendication de donner aux laïcs le pouvoir de gouvernement dans l'Eglise, et plus généralement toutes les propositions, faites parfois par des personnes bien intentionnées, tendant à renverser l'autorité des évêques.

Peregrinus
images/icones/bravo.gif  ( 852912 )De la tonsure au sacrement par BK (2018-09-09 19:48:37) 
[en réponse à 852910]

La simple raison de l'inflexion du sens du mot "clerc" est la prise de conscience que le sacrement de l'ordre n'a que trois degrés (diaconat, sacerdoce, épiscopat) et que les ordres mineurs n'étaient pas adéquatement appelés "ordres".

L'Eglise distingue aujourd'hui entre les ministres sacrés, id est ordonnés (les "clercs"), les différentes formes de consécration, et l'état laïc.



Concernant votre deuxième point (le pape ne veut pas commenter sur la pédophilie), c'est possible, je vais être attentif dans la suite des événements à la piste de compréhension de la situation que vous suggérez.



Autant je vous rejoins, il n'y a pas à donner "le" pouvoir de gouvernement (sous-entendu de la hiérarchie ministérielle) dans l'Eglise aux laïcs, autant je tiendrais toutefois

- la possibilité qu' "un" pouvoir d'administration soit donné aux laïcs (en certains domaines),

- la certitude que le sacrement de l'ordre ne qualifie pas pour "tout" gouverner.

Exemple : la demande de certains évêques américains (et peut-être même de la Conférence épiscopale des Etats-Unis, l'USCCB, nous le saurons dans les prochaines semaines ou mois) que les enquêtes sur les abus sexuels dans l'Eglise soient confiéee à des laïcs dont c'est le métier et la compétence. Cela n'empêcherait que leurs conclusions ou même leurs travaux puissent être présidés par un clerc. Mais l'ordre naturel, que la grâce n'abolit pas, mais parfait, serait mieux pris en compte.


Resterait également à analyser la nature, la raison d'être, les limites, et les déviations possibles, du secret dans l'Eglise. C'est un autre sujet.
images/icones/neutre.gif  ( 852917 )1972 motu proprio Ministeria quaedam par Luc Perrin (2018-09-09 20:48:14) 
[en réponse à 852912]

a aboli la tonsure et les ordres mineurs en les remplaçant par des ministères institués : lectorat et acolytat pour les séminaristes (et des laïcs). Plus tous les ministères possibles comme celui que j'exerce puisque pendant mes cours, j'ai un mandat de la hiérarchie.

Pour les instituts de prêtres traditionnels, qui dépendent du motu proprio de 1988 et des textes subséquents, ils ont gardé la discipline antérieure à 1972 et le sous-diaconat (supprimé en 1972) demeure le vrai passage puisqu'il y a les promesses cléricales.

La tonsure sous l'Ancien Régime et dans des pays ensuite ayant gardé des lois en faveur des clercs avait un sens juridique laïc aussi.

Il me paraît évident que des commissions avec des laïcs s'imposent : il y en a eu aux USA le National Review Board, en Belgique etc. Mais elles sont facilement circonvenues, on le voit à l'expérience. C'est toujours mieux que d'attendre qu'un cardinal O'Malley ou un Wuerl fasse leur travail ... McCarrick a activement participé à la rédaction de l'actuelle charte mollassonne de 2002 dite de Dallas qui "oublie" les séminaristes et les majeurs et a un délai de prescription très court. Et ne prévoit rien pour ... les évêques !

Mais aux USA comme ailleurs, des laïcs baptisés ou pas, croyants ou incroyants, sont au travail : la police et la justice.
Il est toutefois triste d'en arriver là - un catholique même néo-intransigeant comme moi ne s'y résout qu'avec regret - mais le pape François n'a-t-il pas lui-même donné délégation aux "journalistes" pour enquêter ? Autant dans ce cas, s'adresser à des super-pros de l'enquête directement : police et justice.
images/icones/iphone.jpg  ( 852924 )Quid par Vincent F (2018-09-09 22:55:21) 
[en réponse à 852906]

des membres profes de vœux perpétuels qui ne sont pas diacres ?
images/icones/nounours.gif  ( 852927 ) Ils ne sont pas clercs !... par Sacerdos simplex (2018-09-09 23:08:00) 
[en réponse à 852924]


Ils ne sont certainement pas clercs.

Mais en pratique, les canonistes constatent que le Droit canonique effectue :
- soit une répartition du peuple de Dieu en 2 catégories, clercs et laïcs (le mot "frères lais" signifie justement "laïc") ;
- soit une répartition en 3 catégories : clercs/religieux/laïcs.

(Mais cela n'empêche pas qu'ils ne sont pas clercs)


images/icones/neutre.gif  ( 852928 )les religieux non prêtres/diacres par Luc Perrin (2018-09-09 23:12:58) 
[en réponse à 852924]

sont des laïcs au sens canonique général. Ils sont tenus évidemment par leurs propres voeux et la règle de leur institut ce qui les distingue des laïcs simples baptisés comme vous et moi. Mais les religieux non prêtres ne sont pas une partie du clergé au sens canonique : au sens social et historique oui.

Un mien collègue, frère, me l'a répété régulièrement et j'ai retenu ma leçon.
images/icones/1y.gif  ( 853065 )Votre position me paraît radicalement fausse... par Signo (2018-09-11 23:14:40) 
[en réponse à 852899]

...car elle laisse à penser que les séminaristes sont des "victimes". C'est faux. il y a évidemment un lien de dépendance entre le séminariste et le supérieur, comme il y en a un entre le prêtre et l'évêque; mais cela n'implique pas que l'on puisse trouver une quelconque circonstance atténuante à un séminariste qui se laisserait aller à des actes clairement dépravés avec un supérieur.

Un séminariste est un adulte chrétien, pas un enfant. Il est parfaitement capable de discerner si tel ou tel acte est ou non immoral, d'autant plus capable qu'il a une formation et une conscience chrétienne théoriquement au dessus de la moyenne. S'il n'en est pas capable, c'est grave. Si le supérieur le soumet à des pressions pour qu'il cède, il n'est pas difficile de s'y soustraire: il suffit de dire non. S'il se fait virer à cause de son refus, il peut soit changer de séminaire (beaucoup le font), soit dénoncer ouvertement le supérieur (là c'est peut être plus compliqué). Que je sache un séminariste américain des années 1970-80 n'est pas condamné à mourir de faim s'il se fait renvoyer de son séminaire.

Franchement, à votre avis que reste-t-il de la vocation sacerdotale d'un séminariste qui couche avec son évêque? C'est l'horreur et la perversion absolue.

La réalité est que la carrière cléricale a servi de couverture et de refuge à tout une série de gens inaptes à la vie sociale, à commencer par le mariage, et que ces gens ont profité du laxisme dans le discernement des vocations qui régnait dans les séminaires dans les années 1950-1980 pour s'installer dans l'état de clerc, en profitant sans scrupule des avantages sans en respecter les exigences.
images/icones/interdit.gif  ( 853241 )Cher Signo, un séminariste n'est pas un adulte chrétien pour ses supérieurs par BK (2018-09-14 02:52:20) 
[en réponse à 853065]

Il a en effet tout à prouver sur les plans spirituel, intellectuel et humain dans toutes ses dimensions - puisque sa formation et son évaluation intègrent tous ces plans.

Mon propos vise un état de fait objectif de façon générale, et non le cas particulier et étrange de sollicitation de faveurs sexuelles.