''Présent à Dublin pour la 9ème rencontre mondiale des familles, le père jésuite américain James Martin a livré un discours poignant pour encourager l’Église à accueillir les personnes LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels).''
''Le père James Martin a d’abord énuméré de nombreuses situations dans lesquelles les LGBT s’étaient senties abandonnées, refoulées, rejetées par l’Église. Il parle notamment de cette mère qui se félicitait que son fils revienne sur les bancs de l’Église un dimanche de Pâques, «Mais après que le prêtre ait proclamé l'histoire de la résurrection du Christ, devinez sur quoi il a prêché? Les maux de l'homosexualité. Le fils s'est levé et est sorti de l'église. Et la mère s'est assise dans le banc et a pleuré.».
Mais le bienveillant jésuite prend aussi soin de témoigner de scènes d’accueil et de grâce de la part des paroisses. Un étudiant lui aurait confié que la première personne à qui il a fait part de son homosexualité était un prêtre. La réaction de l’homme d’Église a été immédiate et salutaire, «Dieu t’aime, et l’Église t’accepte». Des paroles qui lui auraient sauvé la vie a déclaré le jeune homme.''
''Si une personne LGBT habite dans une grande ville avec des pasteurs à l’esprit ouvert, elle a alors de la chance. «Mais si vous vivez dans un lieu moins ouvert ou si votre pasteur est homophobe, que ce soit en silence ou ouvertement, vous n'avez pas de chance. Les catholiques, accueillis ou non accueillis dans leur paroisse, influencent fortement leur vision non seulement de l'Église, mais de leur foi et de Dieu.»
''Dieu aime les personnes LGBT et chacun devrait en faire autant poursuit James Martin, qui incite chacun à aimer les LGBT de la même manière que Jésus aimait les «personnes en marge: avec profusion». Et pour les aimer, il faut les écouter, eux et leur famille et apprendre à les connaître. Enfin, si le terme LGBT est évidemment redondant dans le discours du jésuite de New York, il rappelle qu’il ne faut pas définir les personnes par leur orientation sexuelle et qu’il faut voir au-delà. «Voyez-les dans leur intégralité. Et si vous parlez de chasteté avec les LGBT, faites en autant avec les hétéros».
« Il faut construire le dialogue entre l’Église et la communauté homosexuelle »
Propos recueillis par Élise Racque , le 13/04/2017 dans La Croix
ENTRETIEN – Le prêtre jésuite et rédacteur en chef de la revue America, James Martin, vient d’être nommé consulteur pour le Secrétariat de la communication du Vatican. Reconnu pour son engagement auprès des homosexuels catholiques, il plaide pour un dialogue plus respectueux avec l’Église dans un livre publié en juin.
La Croix?: Votre livre Building a bridge (1) est qualifié de « bienvenu, nécessaire et inspirant » par le cardinal Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie. Vous avez été nommé, mercredi 12 avril, consulteur du Secrétariat pour la communication. Y voyez-vous des signes encourageants pour votre travail, et aussi pour les homosexuels catholiques??
Père James Martin?: Oui?! J’en suis vraiment très heureux. Les réactions de plusieurs cardinaux, qui ont lu mon livre, montrent que de nombreuses personnes dans la hiérarchie de l’Église ont pris conscience que les choses doivent changer.
Tout signe est le bienvenu. Le simple fait que le pape utilise le terme « gay » pour parler des homosexuels est quelque chose de fort. Il est le premier pape à utiliser ce mot, et je le salue pour cela. Je pense que toute personne a le droit d’être nommée de la manière dont elle se nomme elle-même. C’est une première étape.
Après la tuerie homophobe d’Orlando de juin 2016, vous aviez publié une vidéo sur Facebook pour appeler les évêques américains à plus de compassion. Un an après, vous publiez ce livre. Pourquoi cet engagement aux côtés des catholiques homosexuels??
Père James Martin?: Depuis des années, de nombreux catholiques homosexuels me demandent des conseils pour vivre leur foi. Ce sont des personnes qui souffrent du discours que l’Église tient à leur égard. J’essaie de leur montrer qu’à l’intérieur de l’Église, nous sommes nombreux à les respecter. Après la tuerie d’Orlando, je me suis dit qu’il fallait écrire cela de manière plus formelle. C’était aussi un moyen d’interpeller les responsables catholiques.
Je pense que c’est le bon moment pour construire ce pont entre la communauté LGBT et l’Église catholique. Il a fallu du temps pour que les sociétés reconnaissent ces orientations sexuelles. C’est maintenant aux instances catholiques de le faire.
Concrètement, comment mieux accueillir les catholiques homosexuels dans l’Église??
Père James Martin?: Tout d’abord en appliquant ce que nous demande le Catéchisme?: « avec respect, compassion et sensibilité ». Je pense qu’il y a premièrement des termes à bannir. Les responsables catholiques devraient cesser de dire que ces personnes sont « affligées par leur sexualité », et arrêtons de parler de « sexualité objectivement désordonnée ». Ce sont des mots extrêmement blessants?!
D’un côté, l’Église doit donc mieux respecter et reconnaître la communauté catholique LGBT. Mais de l’autre, ces croyants doivent aussi respecter la hiérarchie catholique, et surtout lui donner du temps pour changer. Tout réside dans le dialogue à construire, et c’est ce dialogue auquel j’appelle. La plupart des dirigeants catholiques n’ont jamais parlé à des fidèles homosexuels, et inversement. Le pont à construire, c’est celui de la communication.
Par exemple, pourquoi ne pas organiser des programmes d’écoute, et des messes pour cette communauté souvent marginalisée par des enseignements trop sélectifs?? Le chemin est long, car l’Église change lentement. Mais les catholiques homosexuels sont persévérants. C’est cette persévérance qui fait la force de leur foi.
Propos recueillis par Élise Racque
LA CROIX