Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 850291 )Omission et proclamation. par Aigle (2018-07-24 12:42:46) 

Pardonnez svp la maladresse de mon expression mais en lisant les analyses de Scrutator j'ai pensé à ce qui suit.

Les clercs, et en particulier les évêques, renoncent souvent à proclamer explicitement les dogmes catholiques comme à condamner explicitement les hérésies ou les positions contraires à la Foi.

Pas d'affirmation sonore de la divinité du Christ ou du jugement dernier ou du pêché originel. Ils ne sont pas niés. Juste omis sans qu on sache si le clerc n y croit plus lui même ou simplement a peur de gêner ou de choquer en en parlant ...

Pas de condamnations explicites des doctrines de Luther, Calvin, Marx ou Freud ... Sans qu on sache si le clerc y croit sans oser le dire ou n'y croit pas mais n'ose pas le dire ...

Eh bien cela me ramène à une discussion il y a peu avec des admirateurs de Melenchon. Incidemment j'ai cité devant eux Pol Pot et Mao...très gênés, ils m'ont expliqué qu'ils ne pouvaient été confondus avec eux. Comme je leur faisait observé que jamais, au grand jamais, ni Melenchon ni Hamon ni même Valls n'avaient explicitement condamné les crimes chinois ou Khmers rouges...ils m'ont répondu avec beaucoup de difficulté et de prudence , que certes ces crimes étaient affreux mais, enfin ... vous comprenez... il s'agissait de régimes défendant des bonnes finalités (la suppression de l'argent par exemple) et puis on ne va pas abonder dans le sens du Figaro...

Là je me suis dit : finalement nos clercs ordinaires croient peut être sincèrement dans le saine doctrine ...mais n'oseraient pas le dire de leur de choquer leurs amis non catholiques voir pire, de sembler donner raison sur certains points aux affreux zintégristes ...


Qu'en pensez vous ?
images/icones/idee.gif  ( 850305 )“Une très réelle hérésie” par Vianney (2018-07-24 20:59:16) 
[en réponse à 850291]

 
Votre réflexion m’a remis en mémoire un texte de Jean Madiran à propos d’une attaque contre la Cité catholique de Jean Ousset :
“Il existe d’autres manières de « trahir » les documents pontificaux qui ne se réduisent aucunement aux « deux » seules définies par le P. de Soras.

Une manière très courante de les trahir est l’omission. Un théologien a parlé de l’« hérésie cryptogamique » (Karl Rahner, Dangers dans le catholicisme d’aujourd’hui, traduction française chez Desclée de Brouwer, 1959). Elle consiste notamment en ceci : une prédication, dit-il en substance, qui serait littéralement exacte, mais qui ne parlerait jamais (par exemple) des Anges, ni de l’Enfer, qui omettrait méthodiquement les vérités de foi les concernant, et laisserait le peuple chrétien dans l’ignorance à leur sujet, serait une très réelle hérésie : une hérésie qui pourtant ne se manifesterait par aucune proposition explicite et condamnable, mais seulement par une omission permanente ayant de très lourdes conséquences.” (Itinéraires n° 65, p. 20)
Je trouve ce texte assez révélateur, et spécialement sa référence à un théologien aussi “moderne” que Rahner... Mais au fond, c’est du simple bon sens.

V.
 
images/icones/fleche2.gif  ( 850314 )Certains clercs croient le catholicisme coupable d'être rétrograde. par Scrutator Sapientiæ (2018-07-25 10:48:02) 
[en réponse à 850291]

Bonjour Aigle,

Je peux vous assurer, sans le moindre risque d'erreur, que le Concile Vatican II ne se serait JAMAIS déroulé comme il s'est déroulé, surtout à partir de la préparation de la troisième session, si les experts et les Pères du Concile les plus influents n'avaient pas été clairement et fermement CONVAINCUS que le catholicisme, dans sa plus pure expression, notamment en ce qu'il a de plus adorateur et contemplatif, alternatif et contrariant, éclairant et exigeant, métaphysique et théocentrique, missionnaire et trinitaire, normatif et prescripteur, surnaturel et théologal, est fondamentalement COUPABLE d'être RETROGRADE, face à l'évolution des mentalités et face à l'orientation de la moralité qui sont caractéristiques de la composante occidentale du monde contemporain, au moins depuis 1945.

Ce qui précède, je le sais parce que des clercs me l'ont déjà dit, parce que d'autres clercs l'ont déjà dit à d'autres fidèles, et parce que, comme d'autres, j'ai lu bien des analyses sur cette question.

Certes, il y a une part d'autocensure, une part d'unanimisme, et une part d'incuriosité (sur le Concile tel qu'il a été réellement préparé, tel qu'il s'est réellement déroulé, tel qu'il a été réellement appliqué) chez bien des clercs catholiques contemporains, mais il y aussi, et peut-être même surtout, l'idée selon laquelle toute mise en avant et en valeur de l'identité et de l'intégrité de la foi catholique et, dans une moindre mesure, de la morale chrétienne, condamne à tenir un discours et avoir des propos coupablement rétrogrades.

Beaucoup ou, en tout cas, certains s'interrogent : qu'est-ce qu'un "catholique postmoderne" ? Eh bien, voici un élément de réponse : un catholique postmoderne est un catholique qui ne veut plus distinguer, d'une manière explicite et spécifique, entre la vérité et les erreurs en matière religieuse, ou entre ce qui est hétérodoxe et ce qui est orthodoxe, en matière religieuse, ou encore entre ce qui est normatif et ce qui est anormal, en matière liturgique, non seulement parce que cette forme de distinction n'est pas consensuelle ni inclusive, mais aussi parce que ce type de distinction est dépassé par "l'évolution des mentalités".

Certains ont "honte" de souscrire, à tout le moins officiellement, à des convictions "rétrogrades", qui les exposeraient, s'ils les explicitaient, au risque de passer pour des "rigides" ou des "sectaires".

C'est l'une des raisons pour lesquelles nous sommes aussi souvent en présence d'un catholicisme adepte d'une espèce de mutisme pudique, notamment sur le péché originel et sur les fins dernières.

J'espère avoir répondu le moins mal possible à votre interrogation, et je vous souhaite une bonne journée.

Scrutator.
images/icones/hein.gif  ( 850361 )Oui mais par Aigle (2018-07-25 23:10:48) 
[en réponse à 850314]

Cher Scrutator je veux bien admettre que de nombreux clercs des années 1960 aient voulu aller de l'avant et rompre avec la Tradition pour éviter de revivre le XIXe siècle et la rupture entre l'église et les intellectuels d'avant garde ...

Mais n'y avait il pas chez eux une part de sincérité issue par exemple de la lecture spontanée et naïve du nouveau Testament ( le début des Actes par exemple )?
images/icones/hein.gif  ( 850371 ) Si je peux. par Steve (2018-07-26 08:01:51) 
[en réponse à 850361]

Si je peux me permettre de participer à cet échange.

Ayant beaucoup fréquenté des clercs pendant ces années-là et les suivantes, je n'ai pas rencontré de naïfs en la matière.
Au contraire, ils affirmaient savoir, et mieux que les autres.
images/icones/bravo.gif  ( 850383 )Oui cher Steve par Aigle (2018-07-26 14:39:09) 
[en réponse à 850371]

Ces clercs étaient d'une arrogance sans limite - et sans pitié ! ...

Mais est ce si contraire à une vision sommaire du monde, une vision un peu naïve prenant au pied de la lettre certaines formules du Nouveau Testament ?

images/icones/fleche2.gif  ( 850450 )Ils ne sont pas allés de l'avant, mais vers des idées conçues dès 1830. par Scrutator Sapientiæ (2018-07-28 11:28:59) 
[en réponse à 850361]

Bonjour Aigle,

D'une part, je vous rappelle que les mêmes clercs, qui ont été candides, notamment face au libéralisme, face au socialisme, face à l'atlantisme hédoniste et face au communisme soviétique, en tant que courants de pensée et d'action plus ou moins incompatibles ou inconciliables avec le catholicisme, ont été cyniques au point d'imposer leur candeur à l'Eglise et aux fidèles, en recourant parfois à un véritable complexe de supériorité intellectuelle.

D'autre part, je vous suggère de vous déprendre de la réflexion selon laquelle les clercs catholiques qui ont été les plus influents, dans les années 1950 et 1960, au point de contribuer à inspirer ce qu'il y a de plus spécifique au Concile Vatican II, sont vraiment allés de l'avant.

En réalité, ces clercs sont allés en direction d'une tentative de conciliation entre le christianisme catholique et des idées qui ont été conçues, à l'origine, et au plus tard, autour de 1830.

En effet, nous avons alors été en présence de théologiens, proches de, ou tels que, entre autres, Rahner et Congar, qui ont entendu imposer à l'ensemble de l'Eglise

- une conception de la conscience de l'homme qui n'est pas fondamentalement différente d'une conception kantienne,

- une conception du devenir du monde qui n'est pas globalement différente d'une conception hégélienne,

- une conception des relations de l'Eglise et des relations à la révélation qui n'est pas fondamentale différente de celle de Mohler,

- une conception des relations au monde et des relations à la modernité qui n'est pas globalement différente de celle de Lamennais.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/fleche3.gif  ( 850377 )Définition de ce qui est rétrograde par Babakoto (2018-07-26 11:24:20) 
[en réponse à 850314]

Si je puis intervenir dans votre débat,

Je rajouterais quelques définitions de ce qui est rétrograde dans l'esprit de nos clercs conciliaires:

Est rétrograde ce qui ne participe pas d'un sentiment bienveillant.

Est rétrograde ce qui condamne.

Est rétrograde ce qui cherche à diviser.

Les proclamations dogmatiques sont rétrogrades.

Les anathèmes sont rétrogrades.

Les index sont rétrogrades.

Les syllabus sont rétrogrades.

Etc...

Babakoto
images/icones/fleche2.gif  ( 850378 )Est rétrograde par Jean-Paul PARFU (2018-07-26 12:49:38) 
[en réponse à 850377]

essentiellement ce qui n'est pas dans l'air du temps !
images/icones/fleche2.gif  ( 850457 )Dans l'air du temps qui est conforme à la ligne du temps. par Scrutator Sapientiæ (2018-07-28 12:10:27) 
[en réponse à 850378]

Bonjour Jean-Paul PARFU,

Je complète votre propos : "est rétrograde essentiellement ce qui n'est pas dans l'air du temps", c'est-à-dire dans l'air du temps qui est conforme à la ligne du temps, ou à la conception dominante, non catholique, voire anti-catholique, de l'évolution des mentalités et de l'orientation de la moralité.

En effet, nous comprenons tous que, du point de vue des prescripteurs d'opinions ou des prescripteurs de suivisme qui s'expriment aujourd'hui dans l'Eglise et dans dans le monde, il existe un "bon" air du temps et il existe aussi un "mauvais" air du temps.

Ainsi, le catholicisme humanitaire, oh pardon : "évangélique", est dans l'air du temps, mais il est dans le "bon" air du temps.

Et le catholicisme traditionnel, oh pardon : "identitaire", est lui aussi dans l'air du temps, mais il est dans le "mauvais" air du temps.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 850454 )Est rétrograde ce qui est différenciant, dissensuel, orthodoxe et réaliste. par Scrutator Sapientiæ (2018-07-28 11:51:05) 
[en réponse à 850377]

Bonjour Babakoto,

A mon sens, aujourd'hui, dans l'Eglise, on considère communément qu'est plus ou moins rétrograde tout ce qui est à la fois différenciant, dissensuel, normatif, prescripteur, orthodoxe et réaliste, que ce soit dans le domaine de la foi ou dans celui des moeurs.

A contrario, force est de constater que le confusionnisme et le consensualisme interconfessionnels et interreligieux (ou, en tout cas, une espèce d'oecuménisme unanimiste interconfessionnel, voire interreligieux) ne sont pas considérés comme rétrogrades.

De même, force est de constater que l'idée d'après laquelle le contenu de la foi catholique est escamotable, ainsi que celle selon laquelle la conversion vers Jésus-Christ est facultative, ne sont pas considérées comme rétrogrades.

Bonne journée.

Scrutator.