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Abbe Henri Vannier - (Libre Courrier) par Gabriel (2018-07-28 07:37:38)
[Abbé Henri Vannier - (libre courrier)] "Pour répondre à certains propos tenus imprudemment..."
SOURCE - Abbé Henri Vannier - (libre courrier) - 27 juillet 2018
Pour répondre à certains propos tenus imprudemment, faut-il en appeler à la mesure et au bon sens, en faisant remarquer que la Tradition de l’Église appartient naturellement à l’Église en son Corps divinement constitué et non exclusivement à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, même si l'œuvre de Monseigneur Lefebvre, de pieuse mémoire, contribue à redonner à la Tradition liturgique et doctrinale héritée de nos Pères dans la Foi, sa place essentielle et incontournable au sein de la vie de l’Église.
Toute vraie fidélité à la divine Tradition s'inscrit nécessairement au cœur du Mystère de l’Église dans ses deux dimensions institutionnelle et charismatique : on ne peut séparer l’Église Société hiérarchisée instituée par Jésus Christ et l'Action du Saint Esprit : "Hors de l’Église, pas de Salut". Revendiquer une fidélité absolue ou une religion pure et sans tâche au nom de la Foi seule, tout en protestant systématiquement contre la Communion hiérarchique du Corps ecclésial, entraîne fatalement un repli sur soi communautaire et idéologique, car, même en commençant par invoquer ce que l’Église a toujours cru et enseigné, par la suite, que deviennent les critères de vérité et le principe d'autorité? Comment peut-on s'attacher coûte que coûte à la divine Tradition et en couper le lien sacré?
Vous qui, aujourd'hui, tenez à la sainte Tradition de toutes vos forces, quelle garantie et quelle assurance avez-vous de pouvoir continuer demain à transmettre l'intégralité de l'authentique Tradition en dehors de l'Institution ecclésiale et indépendamment du Successeur de Pierre auquel le Seigneur a confié l'édification de son Église?
Pour le moment, vous dites attendre que la hiérarchie se convertisse et corrige les erreurs issues du Concile Vatican II. Finalement, vous vous fiez davantage aux hommes plutôt que vous ne croyez au Saint Esprit! Pourtant, n'est-ce-pas par le retour de la Tradition à l'intérieur du Corps même de l’Église que doit être mené à bien le bon combat de la Foi? Non à l'extérieur.
Cessez donc, je vous prie fraternellement, de mettre la confusion dans l'esprit de vos fidèles en insinuant qu'il y aurait deux Églises : l’Église catholique, celle de la Tradition, et "l’Église conciliaire"! L’Église de Jésus Christ est Une, son unique autorité légitime réside au sein de la Succession Apostolique.
On a entendu dire que là où il y a la Fraternité, il y a l’Église!!! Mais il faudrait que la Fraternité entre pleinement dans la Communion visible de l'unique Église catholique.
Il n'est pas question de nier la crise! C'est pourquoi justement, si la Sainte Église est occupée : allons-nous l'abandonner à ses occupants? Si elle est éclipsée, allons-nous refuser de témoigner en elle de la lumière de la Vérité? Si elle nous paraît entourée par le Mystère d'Iniquité : comment oublierions-nous qu'elle demeure l'Église de Dieu, Cité sainte et immaculée, Épouse bien-aimée du Seigneur, ayant les promesses de l’Éternité.
Barque du Salut, elle peut prendre l'eau de toutes parts mais elle ne coule pas. Ne pas la rejoindre, malheureusement, c'est s'exposer à s'égarer au loin, car, malgré la tempête contraire, elle avance et ne revient pas en arrière. Une fois la mer apaisée, elle colmatera les fuites, rejettera les erreurs, purifiera le cœur de ses disciples et reprendra de plus belle sa course. Serez-vous là au temps de la Relève?
En effet, ne voyez-vous pas se lever ici ou là une nouvelle génération de prêtres et de fidèles de bonne volonté qui se détournent des illusions modernistes pour se rapprocher de la Tradition avec un véritable élan de Foi et d'Amour de Dieu? En sortant de vos églises, vous pourriez aller à leur rencontre afin de leur offrir les trésors de doctrine et de piété que vous cultivez depuis près de cinquante ans. Enfouirez-vous la Tradition ou bien la ferez-vous paraître en plein jour de l’Église? À vous qui avez beaucoup reçu, il vous est demandé de donner à votre tour.
Comment par exemple ne pas se réjouir de voir tous ces jeunes prêtres désireux de célébrer la Messe traditionnelle? La Messe (lex orandi) contient la plus haute et la plus parfaite expression de la Foi catholique (lex credendi) : garde la Messe et elle te gardera dans la Foi ; prends la Messe et elle t'apprendra la Foi.
Ce pas en avant de votre Fraternité, pourquoi craignez-vous de le franchir, hommes de Foi? Non seulement vous en recevriez votre part entière à la Mission universelle de l’Église, mais surtout, vous seriez emportés par un souffle puissant de liberté renouvelant votre zèle intérieur pour la sainte Tradition. Vous prendriez peut être davantage en compte les multiples défis auxquels sont confrontés les Évêques au milieu d'un monde indifférent ou hostile, tandis que le clergé diocésain découvrirait la solidité de votre formation, le sérieux de votre discipline et la ferveur de votre générosité.
Avez-vous connu Monseigneur Lefebvre? Convenons ensemble qu'il est trop facile aujourd'hui de tirer de ses écrits, de ses déclarations publiques ou de ses confidences, ce que chacun veut entendre au gré de ses idées voire de ses humeurs.
Quoi qu'il en soit, ne voyez-vous pas la perplexité de nombreux catholiques de Tradition, surtout des combattants de la première heure, fidèles parmi les fidèles, de plus en plus déçus, inquiets, désemparés et prenant peur, parce qu'ils ne retrouvent plus avec vous l'enthousiasme initial de la Tradition conquérante. Savez-vous ce qu'ils craignent de votre part? C'est votre propre trahison de la Tradition. Leurs cœurs restent attachés à la Fraternité mais ils vont ailleurs aussi, fatigués non du combat mais des discours inquisiteurs et moralisateurs plus proches de la lettre de l'ancienne loi que de l'esprit du Commandement nouveau.
Votre façon de traiter ceux que vous appelez "les ralliés" révèle votre difficulté à tourner la page de l'histoire, à faire bouger vos lignes, à serrer les rangs de la Chrétienté et à vous projeter sur le champ d'une épopée pleine d'Espérance ; au lieu de vous crisper sur place avec une certaine pusillanimité, vous feriez mieux de rebondir en commençant par redonner à la divine Liturgie sa splendeur édifiante et à la prédication de l’Évangile toute sa dimension spirituelle.
N'en déplaise, le Sacre des quatre Évêques en 1988 fut une décision audacieuse d'ordre prudentiel, non sans risques et débats, dont désormais les uns et les autres peuvent apprécier à leur juste valeur les avantages procurés à la Fraternité pour la continuation de son œuvre mais aussi, plus globalement, à l'ensemble de l’Église en passant par les Communautés "Ecclesia Dei". Étonnant paradoxe! Acte de rupture? Cet événement a profité à toute la Tradition vivante de l’Église réconciliée avec elle-même et ouvre de nos jours cette inédite perspective : la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X appelée à renouer avec les institutions ecclésiales en offrant au Souverain Pontife les fruits de son inflexible ténacité.
Combien les voies de Dieu sont impénétrables, lesquelles nous invitent tous à l'humble sagesse de la Foi.

( 850442 )
Le risque est évident par Ennemond (2018-07-28 09:51:32)
[en réponse à 850435]
Merci pour cette mise en garde. Bien des écueils existent dans la vie chrétienne et la pratique dans les lieux de culte de la FSSPX, pour encourageante et consolante qu'elle soit, ne rend pas pour autant indemne : les tentations de l'affadissement, du refuge confortable ou encore de la relativisation des vérités liées à l'Eglise et à sa tête sont des dangers qu'il faut à tout prix éviter. La tête de la FSSPX a veillé à mettre en garde tout au long de ces années contre ce péril et à insuffler les contre-feux pour résister à ce risque d'enlisement ou de perte de la foi progressive et indolore en ce qui concerne la doctrine sur la primauté de Pierre et l'indéfectibilité.
C'est ce constat que posait l'abbé Franz Schmidberger, ancien supérieur général, il y a deux ans : « Si les fidèles ou des membres de la Fraternité trouvent confortable cette situation de liberté de dépendance de la hiérarchie, alors cela implique une perte graduelle du « sensus ecclesiae ». Nous ne devons jamais argumenter : « Nous avons la saine doctrine, la vraie Messe, nos séminaires, prieurés et évêques, nous ne manquons de rien. »
On pourra prendre le problème dans tous les sens. La juridiction a été donnée à Pierre. Ne plus voir en son successeur qu'un promotteur d'erreurs et refuser de considérer qu'il est d'abord celui qui est garant des canaux de la grâce, en vertu des promesses qui ont été faites au premier apôtre, et en dépit des errements de ceux qui occupent la charge, constitue un chemin périlleux. Pour plagier saint Jérôme, on pourrait se lamenter et dire ces dernières décennies que "le monde entier gémit, stupéfait de se réveiller néo-moderniste." Il faut sans doute se garder à droite et se garder à gauche, comme le firent les responsables de la Fraternité pour ne pas aboutir au dangereux constat : "Le monde traditionaliste entier gémirait, stupéfait de se réveiller demain résistant ou schismatique".

( 850443 )
Quelle force, quelle sagesse et quelle intelligence! par fouduroy (2018-07-28 09:56:47)
[en réponse à 850435]
L'abbé Vannier a profondément marqué la Fsspx par son rayonnement et sa foi profondément enracinée dans la contemplation. Nombreux sont ses anciens élèves(il fut directeur de l'école St Joseph des Carmes) et ses anciens fidèles qui, bien que demeurés fidèles à la Fsspx, lui sont restés attachés et le regrettent car ils lui doivent beaucoup. Je crois qu'il est actuellement dans le diocèse du Puy mais j'ai peut-être raté une étape?
Toujours est-il que cette lettre reflète avec sagesse, intelligence et équilibre ce que de nombreux fidèles pensent.Mais la nouvelle équipe mise à la tête de la Fsspx agira peut-être en ce sens.
En tous cas, merci Gabriel d'avoir mis cette lettre en ligne qui indirectement me donne des nouvelles de ce cher Abbé.

( 850470 )
"Prêtres non jureurs" par Peregrinus (2018-07-28 18:17:10)
[en réponse à 850468]
Il ne faut pas avoir peur de protéger la foi, prenons l'exemple des prêtres non jureurs.
Puisque visiblement vous tenez à cette comparaison, je vais donc répéter ce que j'ai déjà eu l'occasion d'écrire à plusieurs reprises sur ce forum.
Il est bien vrai que les prêtres insermentés voulaient protéger la foi.
Cependant :
1° Il ne s'agissait nullement de dresser un mur entre eux et leurs malheureux confrères qui eurent la faiblesse de prêter le serment.
2° Il convient surtout de rappeler quelle foi, quels articles de foi les prêtres réfractaires voulaient défendre, et c'est bien là que le bât blesse.
Il se trouve qu'ils voulaient principalement défendre la nécessité de la mission, c'est-à-dire la nécessité d'une institution canonique valide donnée par le supérieur légitime, le pape pour les évêques, l'évêque pour les curés. Des dizaines de textes sont là pour le prouver.
Il se trouve également que l'anti-accordisme pose en principe que l'on peut indéfiniment se passer de cette institution canonique au nom de l'état de nécessité.
Il se trouve que cette position anti-accordiste était justement celle des prêtres jureurs ou constitutionnels. Cela aussi peut être très facilement prouvé par les textes de l'époque.
Il serait donc temps d'en finir avec ces analogies passablement glissantes.
Peregrinus

( 850471 )
Quelques textes d'un archevêque réfractaire par Peregrinus (2018-07-28 18:29:03)
[en réponse à 850470]
Voici ce qu'écrivait à l'époque de la Constitution civile du clergé Mgr de Marbeuf, archevêque de Lyon, pour expliquer son refus de la nouvelle Eglise constitutionnelle. On pourrait citer cependant des dizaines d'autres témoignages d'évêques et de prêtres fidèles.
Tous les extraits sont tirés de la
Lettre pastorale de M. l’archevêque de Lyon, primat des Gaules, sur l’usurpation de son siège par le sieur Lamourette, soi-disant élu évêque du département de Rhône et Loire, reproduite par Barruel dans sa
Collection ecclésiastique, vol. XI.
Ce n’est plus qu’à ces conditions [mandat pontifical et profession de foi] qu’elle constitue aujourd’hui un évêque ; elles sont absolues ; et leur exécution est si impérieuse, que l’église méconnoît, réprouve, repousse de son sein, comme autant d’intrus et de schismatiques, tous ceux qui seroient élevés à l’épiscopat par une autre voie que par une consécration et une mission légitime. (p. 223)
Quelle idée se feroit-on du gouvernement ecclésiastique, si pour être élevé à l’épiscopat, il suffisoit de le vouloir, et de jouir de la bienveillance de quelques évêques, qui, sans avoir le pouvoir de l’église, et sans aucune subordination dans l’ordre hiérarchique, créeroient chacun dans de petites coalitions, des pontifes nouveaux ? (p. 227)
En effet, les fidèles finiraient par ne plus voir dans l'épiscopat qu'un « titre bannal et insignifiant, à la disposition du premier inconnu » (p. 228).
Voulez-vous savoir ce que c’est que cette lettre de communion de foi ? Elle se réduit essentiellement à écrire au pape qu’on prétend professer la foi catholique, sans se soumettre à sa jurisdiction de droit divin dans l’Eglise universelle. Voilà, certes, une singulière communion de foi avec la chaire de Saint-Pierre ! (p. 234)
Enfin, la communion étant essentiellement quelque chose de corrélatif :
Plus de réciprocité, dès-lors plus de communication, plus de communion. (p. 236)
Je ne dis certainement pas que la situation était la même en 1791 et aujourd'hui : je pense même exactement le contraire. Mais si vous tenez absolument à ces analogies, il faut que vous sachiez qu'elles ne sont pas nécessairement à l'avantage des idées que certains voudraient malheureusement promouvoir.
Peregrinus