Le Forum Catholique

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images/icones/macos.gif  ( 848364 )Explication de l'effondrement de la liturgie par Signo (2018-06-03 20:54:14) 

Nous posons souvent cette question capitale à laquelle peu de prêtres semblent pouvoir ou vouloir répondre : qu’est-ce qui a fait que ce sont les prêtres ordonnés un peu avant Vatican II qui ont été les premiers à “dérailler” en liturgie après le Concile ?
Une réponse - qui semble très juste - est fournie par l’Abbé Houghton, prêtre anglican converti au catholicisme. En constatant avec amertume la grande pagaille que mettent les prêtres dans la liturgie post-conciliaire, il écrit (1) :

« Il y avait cependant une question à laquelle je trouvais difficile de donner une réponse satisfaisante. Tous les prêtres avaient dit quotidiennement la messe ancienne avec le soin voulu et, apparemment, avec dévotion. Comment se faisait-il que 98 % d’entre eux acceptaient volontiers qu’elle change alors que ni le Concile ni le Pape n’en avait donné l’ordre ? (...) Il n'était pas possible qu’ils aient aimé la messe ancienne. Ce n’était [pour eux] qu’un rite dont on pouvait changer comme on change de pantalon.
Mais s’ils n’aimaient pas la messe, sans doute étaient-ils incapables d’adorer. Ils devaient considérer que la messe était une chose qu’ils avaient à faire, et non une chose que Dieu faisait. Lex credendi, lex orandi : la foi régit la prière, la prière régit la foi. Je n’éprouvais aucun doute quant à la foi de mes confrères, à l’exception de l’un d'eux peut-être. C’était donc du côté de la prière qu’il fallait chercher.
Là, je trouvais que nous, prêtres, étions vraiment défaillants. Nous étions tous beaucoup trop occupés à dire la messe, à dire le bréviaire ou à faire quelque chose pour trouver le temps de passer un moment en prière devant le Saint-Sacrement. Nous encouragions les laïcs à une forme de prière que nous ne pratiquions guère.
Je voyais maintenant clairement comment, au cours de mon séminaire à Beda, ma formation ascétique avait été poussée. On m’avait enseigné comment me perfectionner, mais on ne m’avait pas appris à prier - c’est-à-dire comment adorer Dieu -.
Il est clair que, dirigée vers le perfectionnement de soi, l’ascèse requiert des actes humains intelligents, aidés par la grâce actuelle.
La prière de son côté, en tant qu’elle est l’adoration de Dieu, est le fruit de la grâce habituelle ou sanctifiante ; elle est le retour au Père de l’amour du Saint-Esprit par l’intermédiaire d’une personne humaine. Du point de vue humain, c'est un acte de la volonté qui tend à nous vider de nous-même, à engendrer le recueillement et à favoriser l’adhésion, en vue d’adorer Dieu.
Dès lors que cette distinction entre ascèse et prière est clairement perçue, je crois qu’on peut comprendre la révolution dans l’Eglise. Les prêtres - notamment les prêtres les plus efficaces, c’est-à-dire les évêques - en ont eu assez d’une liturgie dans laquelle ils n’avaient rien à faire. Ils ont donc voulu une messe ascétique au lieu d’une messe adorante - l’action au lieu de la contemplation -. Ils l’ont eue. Disons plutôt qu’ils ont cru l’avoir avec la liturgie restaurée à la suite de Vatican II, et ils en sont restés à cette fausse impression. Ce qui explique que quand ils célèbrent la messe, ils ne sont vraiment heureux que lorsqu’ils peuvent transformer la liturgie en occasion de “faire quelque chose” ou de “faire faire quelque chose”. L’aspect contemplatif et le caractère permanent de la liturgie est quelque chose qui les ennuie profondément : d’où leur goût pour les messes agitées et leur aversion pour le grégorien, chant de la contemplation par excellence, ainsi que pour les messes en latin qui leur apparaissent comme des entraves à leurs irrépressibles envies d’utiliser les célébrations eucharistiques pour “faire quelque chose”. D’où aussi leur aversion pour les vêpres et les Saluts du Saint-Sacrement... où il n’y a pas d’autres “activités” que l’adoration et la contemplation. »


Ajoutons encore : avant Vatican II, tout semblait parfait... sauf le coeur.
Voilà pourquoi bien des messes célébrées avant le Concile qui étaient irréprochables sur le plan liturgique, ne soulevaient déjà plus l’enthousiasme des fidèles, ne réalisaient plus de conversions, ne suscitaient plus guère de vocations sacerdotales. Tous les chiffres concernant la pratique religieuse et les ordinations sacerdotales le montrent. (2)
Quand dans les liturgies (quelle que soit leur forme, extraordinaires ou ordinaires) il n’y a pas de coeur au point que ne subsistent que le ritualisme ici ou l’anarchie ailleurs, les fidèles vivent un manque qu’ils essaient de compenser par de l’agitation et de la figuration... comme le montrent à l’envie les messes paroissiales retransmises le dimanche par la télévision.

NOTES.
(1) Cf. Prêtre rejeté, Ed. DMM. Poitiers.
(2) Cf. Paul Vigneron, Histoire des crises du clergé français contemporain, Ed. Téqui, Paris.

SOURCE

Commentaire personnel: peut-être y a-t-il dans ce témoignage de l'abbé Houghton certaines leçons à tirer, notamment pour ce qui est de la formation des prêtres actuellement dispensée dans les instituts traditionalistes... afin d'éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Apprend-t-on vraiment aux séminaristes à faire de la Messe une prière du coeur? Ou est-elle réduit à un simple moyen ascétique?
images/icones/attention.gif  ( 848365 )Erreur sur la citation par Peregrinus (2018-06-03 21:02:34) 
[en réponse à 848364]

Les dernières phrases avant la fermeture des guillemets ne figurent pas dans le texte de l'abbé Houghton, mais sont visiblement un commentaire de la personne qui le cite.

Peregrinus
images/icones/hum2.gif  ( 848366 )Et la prière par AVV-VVK (2018-06-03 21:59:48) 
[en réponse à 848364]

Comment pouvions-nous sonder le cœur du prêtre pendant la célébration et constater clairement qu 'il se rendait coupable au ritualisme? Même les célébrations courantes sont marquées par leur propre (pseudo-)ritualisme.
Je dirais, soyons prudents.
images/icones/1n.gif  ( 848367 )Juste deux phrases! par Miserere (2018-06-03 22:06:04) 
[en réponse à 848364]

"Comment se faisait-il que 98 % d’entre eux acceptaient volontiers qu’elle change alors que ni le Concile ni le Pape n’en avait donné l’ordre ?"

D’où tient-il cela?

Alors que des milliers de prêtres en France ont quitté le sacerdoce à l’époque ne voulant pas suivre la révolution du Concile?
Sans compter ceux qui ont été persécuté afin de céder à la nouvelle liturgie?

" Voilà pourquoi bien des messes célébrées avant le Concile qui étaient irréprochables sur le plan liturgique, ne soulevaient déjà plus l’enthousiasme des fidèles, ne réalisaient plus de conversions, ne suscitaient plus guère de vocations sacerdotales."

D’où tient-il cela?

Bref encore un bouquin sur des avis personnels et faussé.
images/icones/1h.gif  ( 848370 )Bof... par Alexandre (2018-06-03 22:59:08) 
[en réponse à 848367]


ont quitté le sacerdoce à l’époque ne voulant pas suivre la révolution du Concile


Curieux, votre point de vue !
Du mien, qui ai connu des prêtres dits "défroqués", c'est plutôt parce que le Concile n'était pas allé assez loin qu'ils sont partis et ont convolé en (in)justes noces. Certains ont carrément perdu la foi et un autre ne pratique plus.

Quant au pourcentage qu'il donne des prêtres qui ont accueilli plus que favorablement la réforme liturgique de 1969, je ne sais pas s'il est exact (difficile à dire), mais un fait est certain, la grande majorité en a été ravie et aujourd'hui, rares sont les prêtres ordonnés avec cette messe qui acceptent de la célébrer pour des groupes qui en font la demande. En revanche, les jeunes prêtres diocésains le font volontiers et parfois le demandent.
images/icones/1n.gif  ( 848378 )Peut-être! par Miserere (2018-06-04 10:44:15) 
[en réponse à 848370]

Il y avait de tout à l'époque mais dire que 98% voulaient changer la liturgie.

Qu'en sait-il?

C'est plutôt une affirmation gratuite.
images/icones/marie.gif  ( 848372 )Réalité par Jakobus (2018-06-04 02:03:59) 
[en réponse à 848367]

Je ne veux pas susciter une forte dispute, mais je trouve que l'article ait sa réalité. Peut-être ça reste une réalité franco-française, que des prêtres aient voulus garder la foi et la liturgie, mais dans le monde entier la plus part de prêtres jeunes ont acceptés tout de suite la réforme liturgique avec joie. Vers l'Europe Centrale et de l'Est ils ne sont pas tombés dans un volontarisme liturgique et ils ont gardé quand même une piété liturgique transmise aux fidèles. Aujourd'hui même là-bas il y a une autre réalité...
images/icones/fleche2.gif  ( 848379 )Pour apporter au débat par Diafoirus (2018-06-04 12:41:23) 
[en réponse à 848372]

un éclairage récent et non partial je vous conseille de lire :

Comment notre monde a cessé d'être chrétien
Anatomie d'un effondrement
Guillaume Cuchet


le débat dans l'Homme nouveau paru le 12 mai 2018 n°1663
est très instructif.
https://www.infocatho.fr/parution-du-nouveau-numero-de-lhomme-nouveau-mai-68-a-t-il-detruit-leglise/
ici
images/icones/neutre.gif  ( 848380 )Sans le latin la messe nous emm. par Eti Lène (2018-06-04 12:55:13) 
[en réponse à 848364]

Le souci est à mon avis un rationnalisme du mystère, une vision ascétique dévoyée vers la seule personne du moi, un naturalisme obscurcissant. Le problème est de la logique du don. Qu'est capable de faire pour Dieu un homme sans son aide? Rien, et gommer le mystère revient à gommer la nécessité de se sauver par Dieu alors que tout le monde pèche tous les jours. Très intéressant merci.