Le Forum Catholique
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( 847806 )
La Messe (4.0) là-bas par Randoald (2018-05-16 11:12:11)
Assistant récemment à une Messe de Première Communion sous la forme dite ordinaire, dans un bourg de la périphérie de la Rome protestante, il m'a été donné de vivre, ou mieux de subir une liturgie d'une créativité littéralement hors du commun. Le célébrant s'en est donné à coeur joie pour "animer" le Saint Sacrifice. Dans nombre de nos paroisses et depuis des décennies, le peuple de Dieu n'est-il pas appelé à s'habituer à ces Messes light et "revisitées", d'autant plus aisément qu'il en devient trop souvent l'acteur central?...Et ça marche.
On ne saurait passer sur (1) l'invite initiale et insistante du prêtre à l'assistance (spirituellement et philosophiquement mélangée, comme il sied en de pareilles circonstances), à "participer tous à l'inter-communion", (2) les textes réinventés, dénaturés et tronqués du Kyrie, du Gloria, du Credo et du Sanctus et (3) le recours abusif au ad libitum, laissé à l'imagination d'un célébrant sacrifiant à un "vel-velisme" débridé (l'on pardonnera le néologisme). Jusqu'ici, rien de bien étonnant, tant ce genre de permissivité est répandu. Monnaie courante dans nos églises, ces latitudes prises n'en restent pas moins autant de blessures insupportables infligées à la Messe ordinaire.
Mais je veux surtout évoquer cette atteinte déstructurante - pour moi inédite - aux canons-mêmes de la Messe et cette liberté inouïe prise, au coeur du Sacrifice, avec les textes normatifs au nom de la sacro-sainte "participation active". Que l'on juge plutôt: de ma (longue) vie je n'ai entendu une Messe au cours de laquelle le célébrant invite l'assistance à prononcer, avec lui et à haute voix, toutes les paroles de la Préface et une partie importante du Te igitur, suivi de l'Unde et memores (pour user des termes et des concepts de la forme extraordinaire), sans parler du Par Lui, avec Lui et en Lui. Jusqu'aux paroles sacrées de la Consécration - que le prêtre s'est tout de même réservées - qui n'aient été "améliorées"...
A la fin, le prêtre s'est félicité de cette "si belle Messe" qui, évidemment, a soulevé les applaudissements enthousiastes de l'assistance.

( 847807 )
J'ai renoncé à redresser la liturgie Paul VI, n'en déplaise à Denis Crouan par Aétilius (2018-05-16 14:22:00)
[en réponse à 847806]
Cher Randoald,
Pour ce qui me concerne, je ne m'étonne plus de rien avec la liturgie moderne.
Après avoir tenté de l'intérieur de faire quelque chose, j'ai laissé tomber, les bases étant pourries, et pas seulement les branches.
Bref, l'ami Denis Crouan, de Pro liturgia, m'est sympathique, mais il court, tel un lévrier après son leurre, derrière un truc vide.
Bref, la liturgie traditionnelle latine n'est certes pas parfaite, méritant d'être un peu revivifiée de l'intérieur, mais au moins, on n'y subit pas des délires qui incrustent à petit feu la tiédeur, le goût du laid et de la nullité, et le relativisme aux derniers qui y assistent, du moins en France et en Europe (et pour le reste du monde, cessons de jouer les naïfs, des pans entiers de chrétientés ardentes étant passé aux sectes protestantes ces dernières décennies, surtout en Afrique et en Amérique.

( 847818 )
Avons-nous encore.... par Pol (2018-05-16 18:44:54)
[en réponse à 847807]
....des larmes pour pleurer? Mais on garde la Foi.

( 847819 )
Erreur de perspective par Signo (2018-05-16 19:06:00)
[en réponse à 847807]
C'est une erreur de considérer que ces scènes consternantes de sous-liturgies désarticulées que l'on voit dans 90% des paroisses ordinaires viennent du rite Paul VI en lui-même.
Mettez un missel de St-Pie V dans les mains du curé de cette paroisse italienne, et vous verrez comme il prendra un soin tout particulier à le massacrer.
Le problème, ce n'est pas le rite (même ci effectivement le NOM a un certain nombre de défauts qui, mal compris et interprétés dans un sens progressiste, peuvent encourager les abus), le problème, c'est l'homme qui célèbre le rite. Le vrai problème, c'est que cet homme ne comprend pas l'esprit liturgique, n'a pas cet ars celebrandi qui nous vient de la Tradition, et que l'on ne peut acquérir que par une solide formation accompagnée d'une profonde vie spirituelle, d'une véritable spiritualité liturgique. Pour bien célébrer, il faut comprendre et intérioriser l'arrière fond théologique, symbolique et mystique du rite, et s'imprégner soi-même de cet ethos liturgique, devenir soi-même un homo liturgicus, un homme qui entretient un rapport vital, existentiel avec la liturgie.
Les rubriques du rite de St-Pie V ne sont rien d'autre qu'un corset. Certes, elles permettent -c'est leur avantage- de mettre les fidèles à l'abri des plus graves abus, au moins en apparence. Mais en même temps, elle dissimulent les problèmes de spiritualité qui continuent de couver, jusqu'à ce qu'ils éclatent au grand jour... dès que le corset tombe. Le NOM, lui, agit comme un révélateur: le prêtre qui comprend, aime, et vit la liturgie célébrera bien n'importe quel rite; a contrario, celui qui célèbre correctement le VOM mais massacre le NOM révèle que sa spiritualité, sa foi ne tient qu'à l'application servile des rubriques et que sans elles, il est incapable d'avoir un rapport sain et authentique avec le rite liturgique.
On a le droit de considérer les rubriques comme nécessaires, mais il faut garder à l'esprit qu'elle constituent elles-mêmes une dérive moderne: elles sont apparues justement au début de l'ère dite moderne, c'est à dire à partir du moment où, parce que l'on commençait tout doucement à perdre le sens profond de la liturgie, l'on a estimé nécessaire de mettre par écrit -pour ne pas qu'elles disparaissent- les attitudes rituelles qui auraient dû rester des réflexes spontanés mais qui commençaient à s'effacer des coeurs et des esprits.

( 847829 )
Signo, "rit" Paul VI = mentalité désacralisante et utilitariste par Aétilius (2018-05-16 21:55:06)
[en réponse à 847819]
Quelques exemples, dans les faits :
-Plus de langue liturgique, alors que dans toute tradition religieuse ancrée, il y en a une, en complémentarité à certains moments avec la langue du cru.
-Plus de geste, ou très peu, surtout ceux impliquant l'humilité du pécheur devant Dieu que sont la génuflexion, la position à genoux ou la proskynèse (inclination totale à genoux, "à la musulmane" pour le grand public, déshabitué de cela, conservé dans le rite traditionnel latin lors du confiteor des servants, en passant dans l'allée centrale en quittant un salut du Saint-Sacrement...).
-Plus de répétition trois fois de la même formule, au profit d'une seule (cf. pourtant par exemple les trois reniements de saint Pierre, les trois "m'aimes-tu" du Christ ressuscité à ce dernier...
-Tout plié en 1h, ce qui permet des tas d'activités profanes, loin de l'heure 30 du rite traditionnel latin ou des 3h des liturgies byzantines.
-Plus de vêtements liturgiques somptueux, hérités en partie de ceux des grands prêtres du Temple de Jérusalem.
-Plus d'encens, de cloche, d'autres éléments touchant les sens...
Certes, tout cela peut faire courir le risque que ce devienne un but, mais, ôté ce risque, c'est un excellent moyen pour s'élever, épuré, vers Dieu.
A côté, la liturgie Paul VI fait "a-liturgie" pour parfait, "libérés" de la "servitude" des sens au profit de leur simple partie spirituelle.
Mais qui veut faire l'ange fait au final la bête, comme nous le dit si bien le grand Pascal...

( 847838 )
Encore des idées reçues sur la forme ordinaire! par Signo (2018-05-16 23:45:13)
[en réponse à 847829]
Laissez-moi en quelques lignes faire la critique point par point toute votre argumentation:
-Plus de langue liturgique, alors que dans toute tradition religieuse ancrée, il y en a une, en complémentarité à certains moments avec la langue du cru.
C'est faux. Ni le concile ni le Missel ne préconisent la fin de la langue liturgique. Ces deux textes ne font que permettre l'usage du vernaculaire (ce que même Mgr Lefebvre souhaitait au moment du Concile), mais sans exclure totalement la langue latine. Seul le malheureux discours de Paul VI du 26 novembre 1969 a pu donner l'impression que l'abandon du latin était l'objectif de la réforme conciliaire, alors que cela n'était absolument pas le cas, comme le prouve les références très claires de
Sacrosanctum concilium.
-Plus de geste, ou très peu, surtout ceux impliquant l'humilité du pécheur devant Dieu que sont la génuflexion, la position à genoux ou la proskynèse (inclination totale à genoux, "à la musulmane" pour le grand public, déshabitué de cela, conservé dans le rite traditionnel latin lors du confiteor des servants, en passant dans l'allée centrale en quittant un salut du Saint-Sacrement...).
C'est vrai que les gestes d'adoration (agenouillements, signes de croix, inclinations) sont moins nombreux -sans avoir été supprimés d'ailleurs- dans la nouvelle forme du rite. C'est le fruit d'une regrettable influence du rationalisme sur la réforme. Ceci dit, pour ce qui est des signes de croix des fidèles pendant le
Gloria, le
Credo ou le
Sanctus, rien n'interdit de les faire même dans le cadre du NOM. Ce n'est pas parce que tel ou tel pratique prééxistante dans le VOM n'est plus mentionnée dans les nouvelles rubriques que l'on doit s'en abstenir, au contraire: le nouveau missel part du principe qu'il n'est pas nécessaire de tout inscrire sous forme de rubriques et laisse donc d'avantage de liberté au célébrant comme aux fidèles.
-Plus de répétition trois fois de la même formule, au profit d'une seule
Je suppose que vous parlez entre-autres du
Domine, non sum dignus... Certes. Toujours la regrettable influence du rationalisme...
-Tout plié en 1h, ce qui permet des tas d'activités profanes, loin de l'heure 30 du rite traditionnel latin ou des 3h des liturgies byzantines.
Où avez-vous lu que le NOM doit être plié en une heure? Cela n'est écrit nul part. Ce n'est pas parce que la majorité des prêtres ont pris l'habitude de bâcler la liturgie que ce bâclage fait partie intégrante du rite... Une messe de Paul VI célébrée conformément à la Tradition dure autant qu'une messe VOM.
-Plus de vêtements liturgiques somptueux, hérités en partie de ceux des grands prêtres du Temple de Jérusalem.
Encore une fois, le minimalisme liturgique des ornements que l'on constate un peu partout dans les paroisses ordinaires n'a rien à voir avec le rite en lui-même ni avec le concile. Ce dernier parle de "noble simplicité", une notion qui n'a rien à voir avec la laideur et la difformité qu'affectionne tant le clergé progressiste. La nouvelle liturgie n'est absolument pas incompatible avec l'emploi d'une certaine splendeur vestimentaire. La seule exigence est que cette splendeur doit évoquer la liturgie céleste et ne pas se résumer à une recherche purement mondaine d'une somptuosité lourde et pompeuse, comme on le voit souvent dans les chapelles traditionalistes.
-Plus d'encens, de cloche, d'autres éléments touchant les sens..
C'est faux. Ni l'encens ni les cloches n'ont été supprimés. Les prêtres qui n'emploient plus ces éléments sans motif valable ne respectent ni la constitution conciliaire sur la liturgie, ni la Présentation générale du Missel romain.

( 847841 )
Cher Signo, foin de vos rêves, et regardez les faits par Aétilius (2018-05-17 00:17:28)
[en réponse à 847838]
Que vous le vouliez ou non, la liturgie moderne est nullissime d'un point de vue ancrage dans la réalité des sens et des siècles chrétiens.
Déracinement, elle marque une coupure, d'où le fait qu'elle soit terre-à-terre, et gise, lamentable.
Pour ma part, après avoir tout fait pour me convaincre, comme vous, que c'était un phénomène regrettable, mais ne correspondant pas aux textes, j'ai laissé tomber, secouant la poussière de mes sandales, et retournant à quelque chose de sûr.
Le gros surtout de cette réforme est d'être allé se délecter des innovations des hérétiques protestants, alors qu'il serait bien de réactiver peut-être des pratiques pieusement conservés chez les orientaux schismatiques, ou catholiques pour une minorité d'entre eux...

( 847855 )
Non! par Signo (2018-05-17 10:57:18)
[en réponse à 847841]
Je répète que votre approche de la question est complètement fausse.
Entre la liturgie décrite dans SC et dans la PGMR et celle que l'on voit sur le terrain, il n'y a pas seulement des différences, il y a un fossé béant.
Vous oubliez que durant les quelques années qui ont précédé la parution du Missel de 1969, le rite de Saint Pie V était lui-même déjà en de nombreux endroits célébré en français, face au peuple, et même avec guitare! La démolition de la liturgie par le bas a commencé bien avant la parution du nouveau rite. Ce sont les mêmes qui ensuite se sont échinés à célébrer le NOM n'importe comment, sans tenir compte des normes qui, quoique bien allégées, permettaient de sauver l'essentiel, et surtout sans tenir compte de l'esprit de la Tradition avec lesquels cette génération avait rompu.
Le problème des tradis, c'est que vous vous inscrivez dans une sorte de pensée magique: à vous entendre, il suffirait de rétablir l'ancien rite partout et hop! du jour au lendemain, toute la crise liturgique actuelle serait réglée. Bien sûr que non!
Les apparences sont trompeuses: vous oubliez que si les messes "tradies" que vous voyez dans vos chapelles ne comportent pas d'abus comme dans le NOM, c'est parce qu'elles sont célébrées par des prêtres "tradis", c'est à dire qui ont une motivation spécifique pour ce rite. Je le répète: mettez le missel de S. Pie V dans les mains d'un prêtre progressiste de la génération 1970 qui a passé sa vie à tout démolir et à mettre en oeuvre toute les excentricités liturgiques possibles et imaginables, vous croyez vraiment qu'il sera capable de mettre en oeuvre le VOM pénétré de l'esprit de la liturgie, dans la fidélité à la Tradition? Bien sûr que non!
C'est l'homme lui-même et d'abord qu'il faut réformer. Un homme attentif au réel, à la nature, mettant la contemplation au-dessus de tout, un homme immergé dans la prière, conscient de son intégration dans le Cosmos, dans la Création, et donc conscient du primat absolu de Dieu. Les questions rituelles sont importantes mais secondaires par rapport à la nécessité de réformer l'homme lui-même. Arrêtons de nous cacher derrière des histoires de rites!

( 847843 )
Discours de Paul VI par Aigle (2018-05-17 03:37:03)
[en réponse à 847838]
Cher Signo
Je vous propose de distinguer plusieurs choses
1- le Concile qui demandait une réforme limitée (SC en 1964)
2- le missel de Paul VI qui procédait à une réforme relativement profonde ( en 1969)
3- les discours du Pape Paul VI qui validaient une interprétation radicale de la réforme (sur le passage au vernaculaire par exemple)
4- la pratique liturgique française des années 1970 qui était allée alors très loin dans l'interprétation radicale de la réforme .
Il y a entre 1 et 4 un écart massif que vous avez raison de mettre en avant. Mais ne voyez vous pas que de 1 à 2 puis de 2 à 3 puis de 3 à 4 il y a une progression logique, presqu'une continuité voulue ou acceptée par le Pape Paul VI ?
Je crois que depuis quelques années les prêtres conciliaires reviennent à une interprétation plus raisonnable. Mais il n'en reste pas moins que certains éléments du NOM semblent indéracinables : vernaculaire, face au peuple, utilisation d'un autel en forme de table ...certes ils sont absents de Sacrosanctum Concilium mais pour tout le monde ils sont au cœur de la réforme liturgique ...

( 847856 )
Oui, mais... par Signo (2018-05-17 11:41:43)
[en réponse à 847843]
Votre analyse me semble juste et nuancée, cependant quelques points d'attention:
- ce n'est pas parce qu'il y a eu gradation entre tous les points que vous évoquez (avec justesse) que l'on peut condamner l'ensemble de l'oeuvre réformatrice conciliaire. Entrons dans le détail:
Le point 1 devrait être accepté par tous: c'est le couronnement et l'officialisation dans l'Eglise des intuitions du mouvement liturgique, c'est à dire d'une redécouverte en profondeur par l'Eglise de sa propre tradition liturgique. J'ai voyagé dans les pays d'Europe orientale, j'ai pu assister à des
liturgies orthodoxes. Puis j'ai pu comparer avec la liturgie vécue chez les catholiques d'Occident, que ce soit NOM ou VOM. Il faut regarder la réalité en face: chez nous Occidentaux, il y a un problème concernant la liturgie, un énorme problème, et ce même dans le VOM, un problème dont il est difficile de définir les contours exacts mais qui saute aux yeux pour ceux qui ont eu l'occasion d'effectuer les comparaisons dont je parle.
Les orientaux ont une manière naturelle de vivre leur tradition liturgique, sans crispation, sans rigidité ni laisser-aller. Cette liturgie les immerge dans un autre monde, une autre réalité qui n'est pas un "arrière-monde" au sens nietzschéen mais ce monde-ci transfiguré par le sacré et la grâce divine. Leur approche des mystères sacrés leur permet de se nourrir de la liturgie, qui les illumine de l'intérieur.
Chez nous, il y a eu à un moment donné une rupture qui a entamé une lente mais certaine décadence du rapport de l'homme à la liturgie. D'un point de vue chronologique, je pense que cette rupture fondamentale a eu lieu au début de la Renaissance, (ou la fin du Moyen-Age?) avec l'erreur nominaliste, puis l'apparition d'un humanisme a-religieux, enfin avec l'apparition de l'imprimerie (qui n'a peut-être pas constitué l'immense progrès que l'on nous a vendu), la Réforme protestante (fondamentalement anti-liturgique) et en réaction la codification des rites par Pie V (qui apparaissait peut-être nécessaire à l'époque mais qui a "tué" l'esprit liturgique traditionnel en le fossilisant). Comme par hasard, c'est à cette époque que l'on construit les premières églises non-orientées (preuve que l'on commence à perdre la conscience que la liturgie est de nature cosmologique), c'est aussi à cette époque que l'on introduit l'usage des bancs dans les églises (qui font de la liturgie quelque chose de scolaire, en enfermant les fidèles dans une attitude figée), etc.
Aujourd'hui, nous avons soit dans les paroisses ordinaires une liturgie qui en réalité n'en est plus une, c'est à dire des célébrations fades, décousues, bien souvent grotesques, bavardes, horizontales, laides... soit, dans les paroisses VOM, une liturgie rigide, vécue d'une manière non naturelle, souvent mécanique, bien que l'on puisse percevoir dans ces liturgies des éléments traditionnels ayant malgré tout subsisté.
C'est cette "maladie" de la liturgie occidentale que le mouvement liturgique entendait guérir. Le problème, c'est que dans le mouvement liturgique il y avait de tout: des intuitions excellentes (redécouverte de la notion de Peuple de Dieu, notion de mystère pascal, redécouverte de la symbolique liturgique etc), comme d'autres beaucoup moins bénéfiques, d'autres enfin carrément dangereuses (tentation de ne considérer la liturgie uniquement comme un outil purement pastoral, influence rationaliste, archéologisme radical etc).
Je dirais que le meilleur du mouvement liturgique se trouve dans SC; dans le missel de 1969, on a un mélange entre une mise en oeuvre de certaines bonnes intuitions du mouvement liturgique et l'influence pernicieuse d'idées potentiellement dangereuses. Le discours de Paul VI était excessif et révèle un optimisme bien naïf (largement partagé à l'époque) et un certain aveuglement de la part de ce Pontife, mais ce discours n'a aucune valeur magistérielle.
Enfin, ce qui a été effectivement mis en oeuvre sur le terrain consacre une rupture nette avec la Tradition et un oubli définitif des meilleurs intuitions du mouvement liturgique.
Il est donc absurde, comme le font beaucoup de tradis, de condamner l'oeuvre conciliaire
dans son ensemble pour prôner un retour pur et simple à la situation pré-conciliaire, ce qui aurait pour conséquence de rétablir les causes qui ont produit les mêmes effets. Ce qu'il faut, c'est reprendre le mouvement liturgique dans ce qu'il a de meilleur et le faire parvenir cette fois à bon port...

( 847858 )
A votre avis par Quaerere Deum (2018-05-17 13:07:34)
[en réponse à 847856]
est-ce que le mouvement liturgique passe nécessairement par l'adoption de la langue courante comme langue liturgique et l'abandon du latin ?
Une orthodoxe me disait que la Tradition dans l'Eglise a toujours été d'avoir une liturgie dans la langue compréhensible par le peuple.
Est-ce que ce décrochage du peuple par rapport liturgie n'est pas aussi due au maintient de latin comme la langue liturgique alors que le peuple ne comprenait plus le latin ?

( 847860 )
Oui et non par Signo (2018-05-17 13:46:44)
[en réponse à 847858]
1) le mouvement liturgique entendait réhabiliter la théologie traditionnelle de la liturgie, qui est la suivante:
Le prêtre, en offrant le Sacrifice de la messe, agit in persona Christi capitis, c'est à dire en la personne du Christ-Tête, le peuple des fidèles étant le Corps mystique du Christ (c'est ce qui explique que normalement dans la Tradition, quelle soit orientale ou occidentale, le célébrant comme les fidèles sont tournés dans le même sens, vers l'Orient...). Il doit donc y avoir une union, une communion profonde entre le prêtre et le peuple durant toute célébration. Le contraire n'est pas traditionnel. Or dans la messe de st-Pie V, il y a eu une rupture progressive entre ce qui se fait à l'Autel par le prêtre et ce que font les fidèles dans la nef, ce qui est anti-traditionnel puisque la Tête ne peut pas être séparée du Corps. Le peuple n'assistait que de loin à l'action sacrée et, au lieu de s'y unir par la prière intérieure et corporelle, se livrait à des dévotions privées (chapelet...) sans rapport direct avec le mystère eucharistique. Pour ce qui est de la langue liturgique, le problème n'est pas tant le latin en lui-même que le fait que la liturgie soit intégralement célébrée en latin sans souplesse d'aucune sorte, de sorte que la liturgie est devenue progressivement une sorte d'ésotérisme que seul quelques initiés (le clergé) peuvent comprendre; là encore c'est une erreur, la liturgie n'est pas esotérique mais exotérique, elle s'adresse à Dieu mais touche tout homme venant en ce monde. Le juste milieu étant de maintenir les grandes pièces de l'ordinaire (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus etc) ainsi que le propre grégorien en langue sacrée (latin-grec) pour les liturgies solennelles chantées, mais de systématiser les lectures, la proclamation (chantée!) de l'Evangile et les oraisons en langue vulgaire (sauf dans les monastères où le niveau des moines permet le maintien intégral du latin).
Il serait bon, par exemple, dans une paroisse donnée, de célébrer un dimanche sur deux la liturgie alternativement tantôt en vernaculaire, tantôt entièrement en latin (y compris les préfaces et prières eucharistiques), de manière à ce que progressivement les fidèles se sentent parfaitement à l'aise dans les deux langues, le latin restant la référence et le vernaculaire permettant une meilleure imprégnation du rite par les fidèles.
2) L'idéal évidemment serait d'avoir une liturgie entièrement compréhensible, mais certains réformateurs et Paul VI lui-même ont oublié que dans le contexte de la modernité il y a un réel risque de déracinement de la liturgie, et que par ailleurs la mentalité moderne radicalement anti-liturgique et destructrice du sacré, portée hélas par la langue courante, risque bien d'envahir le culte et de le détruire de l'intérieur; on ne peut pas faire comme si l'on vivait dans une époque "normale" -c'est à dire traditionnelle-; il faut donc maintenir au moins partiellement la langue sacrée et n'effectuer que les concessions absolument nécessaires (c'est exactement ce que prescrit le Concile).
L'exclusivité du latin a en effet indéniablement contribué au décrochage du peuple; néanmoins on peut dire qu'en ce qui concerne les grandes pièces de l'ordinaire, elles ne sont vraiment pas difficiles à comprendre en langue latine. Personnellement je n'ai jamais appris le latin ni à l'école ni ailleurs, mais je me sens à l'aise dans la liturgie grégorienne comme un poisson dans l'eau; mieux même, je pense -au moins partiellement- en comprendre le sens profond et la signification pour la foi. N'est-ce pas l'essentiel? De toute façon il faut se défier de cette idée typiquement moderne et rationalisante qui veut que la compréhension de la liturgie passe uniquement par une compréhension purement cérébrale et intellectuelle. La symbolique liturgique traditionnelle s'adresse au coeur et c'est donc le coeur bien (plus que le "cerveau") qui doit comprendre d'une manière, en quelque sorte, intuitive.

( 847866 )
Assez d'accord avec tout ce que vous écrivez par Candidus (2018-05-18 00:16:39)
[en réponse à 847860]
Pour moi, la solution serait un retour au missel de 1965. Il constitue la réalisation de ce que la plupart des évêques ayant signé SC (2147 contre 4) souhaitaient, à commencer par Mgr Lefebvre. C'est une réforme équilibrée et pleine de bon sens. C'est la liturgie qui est célébrée aux messes conventuelles de l'abbaye de Fontgombault et de ses "filles".

( 847886 )
Le Barroux aussi par Quaerere Deum (2018-05-18 13:18:13)
[en réponse à 847866]
avec leurs beaux ornements gothiques.
Plutôt d'accord avec vous.

( 847867 )
Oui, Signo, à un équilibre langue sacrée-vernaculaire par Aétilius (2018-05-18 00:22:17)
[en réponse à 847860]
Je suis tout à fait d'accord sur l'idée que les deux rites aujourd'hui pèchent tous deux par excès : le traditionnel par l'hyper-poids de la langue liturgique historique de l'Occident, et plus généralement de l'Eglise universelle, qu'est le latin, le moderne par le tout vernaculaire.
Des deux excès, le pire est le dernier, de par la désacralisation qu'il apporte.
La solution me semble donc ce que vous décrivez, avec en gros du 51/49, la langue liturgique l'emportant légèrement.
J'aime bien à ce propos l'équilibre à Saint-Julien-le-Pauvre, paroisse grecque melkite à deux pas de Notre-Dame de Paris : 1 tiers de grec ancien (koinè), 1 tiers d'arabe (je pense moderne); 1 tiers de français.

( 847885 )
La liturgie Byzantine par Quaerere Deum (2018-05-18 13:09:57)
[en réponse à 847860]
que vous connaissez mieux que moi, est constituée, me semble-t-il d'un nombre conséquent de proses théologiques, donc la langue courante semble plus à même de faire passer la doctrine dans les cœurs.
Le rite romain a plus insisté sur les extraits de l’Écriture Sainte, surtout après le Concile de Trente qui a fait disparaitre beaucoup de séquences.
Personnellement, je ne sais pas où peut se trouver le curseur.
Néanmoins, la langue vulgaire nécessite une mise à jour permanente pour s'adapter au sens des mots qui varient avec le temps. Ce n'est pas sans danger pour la foi.

( 847861 )
Ce n'est pas vrai. par Yves Daoudal (2018-05-17 14:50:35)
[en réponse à 847858]
Les orthodoxes disent souvent que "la Tradition dans l'Eglise a toujours été d'avoir une liturgie dans la langue compréhensible par le peuple", mais ce n'est pas vrai.
La très grande majorité des orthodoxes sont de rite slavon, la liturgie est en slavon, qui n'est pas une langue parlée.
En Grèce, la liturgie est toujours en grec de la Koiné, qui n'est pas le grec moderne.
Même dans les pays de langue arabe, la liturgie est en arabe classique qui n'est pas l'arabe de la rue.
Je reviens de Sicile, où je voulais voir comment les grecs-catholiques de l'Eglise italo-albanaise célèbrent. Catholiques, certes, mais c'est toujours la liturgie byzantine, et l'on pourrait penser qu'ils sont influencés par l'évolution de la liturgie latine. Or la Divine Liturgie dans leur sublime église de Palerme est presque entièrement en grec (en dehors de l'épître et de l'évangile). La plupart des longues litanies sont en grec alors qu'elles furent conçues comme ce que nous avons copié en tant que "prière universelle". Or l'Eglise italo-albanaise est très florissante, comme en témoigne la page Facebook animée par ses fidèles.

( 847884 )
L'objection par Quaerere Deum (2018-05-18 13:03:28)
[en réponse à 847861]
que l'on m'a faite quand j'ai évoqué le slavon en contre-exemple, est que c'était une langue que les fidèles pouvaient tout de même comprendre. Était-ce le cas ?
Qu'en est-il du grec liturgique ou l'arabe classique ? Est-ce qu'ils sont si éloignés de la langue courante ?
Nous avons donc raison de tenir le latin ?

( 847891 )
[réponse] par Yves Daoudal (2018-05-18 15:08:25)
[en réponse à 847884]
Vous connaissez peut-être la merveilleuse première traduction des psaumes en « français » : le psautier dit anglo-normand d’Oxford, du XIIe siècle :
Cantez al Segnor novel cant, la loenge de lui en l'iglise des sainz.
Esledest Israel en icelui chi fist lui, e les filles de Syon esledecent en lur rei.
Lodent le num de lui en carole; en tympane e saltier cantent à lui.
Kar bien ploude chose est al Segnor en sun pople, e exalcerad les suefs en salud.
Esjorrunt li saint en glorie, esledecerunt en lur liz.
Les esledecemenz Deu el guitrun d'els, e espedes dutus en lur mains;
A faire venjance ès genz, encrepemenz en poples;
A alier les reis d'els en buies, e les lur nobles en liens ferrins,
Que facent en els jugement escrit; iceste glorie est à tuz les sainz de lui.
Grosso modo, c’est à peu près le slavon par rapport au russe, et le grec ancien par rapport au grec moderne. Voyez si la liturgie dans cette langue serait compréhensible par le bon peuple. Il y a des nuances, certes. Le grec moderne est un peu moins éloigné, l’arabe encore moins pour ce qui est des Libanais, des Syriens et des Irakiens, mais le slavon est évidemment incompréhensible pour la plupart des slaves, qui ne se comprennent pas entre eux dans leurs langues modernes – mais sont en communion dans leur liturgie...
Quoi qu’on en pense, je crois qu’il ne faut tirer aucun argument de telle ou telle liturgie par rapport à une autre. Chacun a sa tradition, chacun doit respecter sa tradition. Je crois que les orientaux ont raison d’avoir toujours été beaucoup plus souples que les latins sur ces questions. Mais la structure même des liturgies, comme vous le soulignez, est différente.

( 847865 )
Mais, ami Signo, en gros, on est d'accord par Aétilius (2018-05-18 00:14:06)
[en réponse à 847856]
LE rite traditionnel latin est bien sclérosé depuis la Renaissance, avec ces bancs ayant fossilisé la liturgie, ces gestes devenus très retenus, la coupure célébrant-fidèle, la disparition des jubés..., ce qui saute aux yeux quand on découvre une liturgie traditionnelle orientale.
Mais le rite moderne est une belle utopie, qui a débouché sur une catastrophe pastorale, ce qui ne l'empêche pas de voir surgir de belles âmes en son sein, du fumier jaillissant de superbes fleurs, c'est bien connu.
Conclusion, il faudrait reprendre tout à zéro, non pas en allant voir du côté des protestants, mais plutôt des liturgies orientales, en particulier orthodoxes, puisqu'elles sont un vivant conservatoire des traditions chrétiennes authentiques, soit chez nous sclérosées, soit oubliées...

( 847868 )
A propos de "gestes retenus" par Candidus (2018-05-18 00:29:40)
[en réponse à 847865]
Je ne peux pas m'empêcher de trouver ridicule le comportement de certains prêtres qui, au moment du Dominus vobiscum, se tournent vers les fidèles en ouvrant les bras, ou plutôt en écartant les mains, tout en conservant les coudes soudés au thorax, les yeux fixés au sol. On dirait des robots désincarnés.
Je ne peux pas m'empêcher de les comparer au vieux curé qui m'a introduit à la liturgie traditionnelle à la fin des années 70. Ses Dominus vobiscum étaient larges et généreux, ils embrassaient l'assistance de même que son regard et son sourire affable et paternel.
Je crois que ce défaut se retrouve surtout chez les Anglo-saxons, plus rarement chez les "Latins" qui ont un sens inné de la liturgie. Quant aux Français, ils sont à mi-chemin.

( 847869 )
Justement par Signo (2018-05-18 01:12:50)
[en réponse à 847868]
C'est un exemple de cette rigidité, de cette manière mécanique de restituer la gestuelle liturgique.
Ces défauts sont courants chez la plupart des prêtres "tradis", et l'on en a un excellent exemple dans cette
vidéo bien connue diffusée par la FSSPX pour apprendre aux prêtres à célébrer le rite de St-Pie V: on insiste jusqu'à l'excès sur la précision de chaque geste, les doigts, les mains, les bras sont tendus dans une rigidité qui est tout sauf naturelle. Certes, quant à la justesse des gestes rituels, c'est impeccable. Mais la liturgie se réduit-elle à une mécanique bien huilée? Pas un mot sur la signification symbolique de chaque rite, pas un mot sur la théologie de la liturgie, de la messe. Cette approche de la liturgie est purement formelle, formaliste. Sans s'en rendre compte, la FSSPX perpétue l'approche qui était celle transmise dans les séminaires avant le Concile: rien ou très peu sur le fond, l'enseignement de la liturgie se réduisant à une simple étude des rubriques dans le cadre d'une approche purement juridique. Or, c'est exactement cela en grande partie qui nous a mené à la catastrophe. Car c'est justement parce que pour eux la liturgie n'était qu'une addition de rites à restituer à la lettre de manière rigide sans en comprendre le sens profond que les jeunes prêtres des années 1960-1970 on tout jeté par la fenêtre, chasubles, rubriques, rites, symboles, ornements, bref, le "bébé avec l'eau du bain". Tous les prêtres qui ont connu cette époque vous le diront. Les fidèles aussi d'ailleurs...
Or, il faut bien comprendre qu'à cette approche purement formaliste de la liturgie correspond un catholicisme qui n'est plus qu'une pure réaction; la foi ne se vit plus dans une spiritualité sereine mais se transforme en une idéologie de combat rigide et artificielle, qui d'ailleurs devient vite inhumaine et invivable. C'est ainsi que meurt la liturgie: elle ne devient plus qu'un cadavre fossilisé et momifié, ce qui la rend détestable.
Au contraire, la vraie liturgie doit se vivre dans le plus grand naturel: on ne se "force" pas pour respirer, on ne se "force" pas pour vivre. La liturgie authentique est comme la vie: elle n'est pas une "construction" artificielle, elle n'est pas non plus un schéma à restituer mécaniquement: elle est, elle évolue, elle connaît une croissance organique, tout en gardant son identité et sa nature profonde.

( 847896 )
[réponse] par Mingdi (2018-05-18 16:58:07)
[en réponse à 847869]
Cette video est didactique, destinée aux prêtres novus ordo qui souhaitent apprendre à pratiquer l'ancien rite, conformément aux prescriptions de Summorum Pontificum. Il ne s'agit donc pas d'y développer une théorie sur les avantages ou inconvénients de tel ou tel rite. C'est purement factuel. C'est comme cela en pratique qu'il faut vous y prendre, voilà la gestuelle à accomplir. Maintenant, j'ai assisté autour de l'Ascension à plusieurs messes à Evron, à la Communauté Saint Martin. Latin, chant grégorien, encensements, grande dignité dans les gestes et attitudes, chorale des séminaristes de grande qualité. Tout cela va dans votre sens. On détecte bien sûr rapidement qu'il s'agit de Paul VI : le Kyrie est binaire ce qui est dommage déjà musicalement parlant. Mais surtout, surtout, cette messe bugninienne a été fabriquée expressément pour vos démolisseurs modernistes, on ne sortira jamais de là. C'est structurel. C'est un remake de Cranmer. C'est rédhibitoire.

( 847870 )
Attention toutefois... par Signo (2018-05-18 01:41:36)
[en réponse à 847865]
... à la tentation de verser dans l'orientalisme.
C'est une évidence, en Occident nous avons perdu le sens de la liturgie (sauf en de très rares endroits), et ce depuis plusieurs siècles. Certes, les Eglises orientales semblent, elles, avoir conservé l'esprit ancestral de la liturgie véritable.
Mais ce serait une grave erreur d'aller chercher dans les liturgies orientales des éléments pour les importer dans notre rite latin. Ce type d'importations est toujours artificiel et en réalité aggrave la situation au lieu de l'améliorer. Le seul contre-exemple que je connaisse est l'importation du chant du Notre-Père de Rimsky-Korsakov qui permet de chanter le notre Père dans le rite romain lorsqu'il est célébré chanté en français. Mais toutes les autres tentatives n'ont correspondu qu'à des phénomènes de mode parfaitement vains et artificiels.
Autre risque de dérive: s'imaginer que la solution au problème... passe tout simplement par une conversion à l'orthodoxie. Cela peut faire sourire, mais de nombreux catholiques, déboussolés par la crise des années 1960-1970, ont fait ce choix (vous n'imaginez pas le nombre d'Occidentaux -et de Français!- qu'il y a dans les monastères orthodoxes en Russie ou ailleurs). Je ne juge pas ces personnes, mais ce choix radical est une sottise pour deux raisons: d'abord, cela signifie apostasier la foi catholique pour des Eglises à qui il manque des éléments de foi importants (en particulier, la communion pétrinienne); ensuite, parce que ces Eglises étant incapables d'être autre chose que des émanations de cultures bien particulières, se faire orthodoxe c'est aussi se faire slave (ou grec), ce qui n'a aucun sens.
En revanche il est toujours bon d'assister de temps à autre, par exemple, à une Divine liturgie, afin de pouvoir réaliser l'ampleur de ce que nous avons perdu en Occident, et en même temps constater à quel point leur spiritualité est proche de la nôtre, avec évidemment des différences proprement orientales.
C'est la richesse de notre propre tradition latine et romaine (et Dieu sait si elle est inestimable!) que nous devons redécouvrir en profondeur. C'est la seule voie envisageable.

( 847898 )
Pas d'orientalisme chez moi, mais de l'"observationnisme" par Aétilius (2018-05-18 19:41:06)
[en réponse à 847870]
Bien évidemment que les deux traditions religieuses ont divergé, et sont complémentaires, mais il ne faut pas plaquer chez l'une un truc piqué chez l'autre.
Par exemple, je ne supporte pas le côté artificiel de la liturgie des communautés monastiques de Jérusalem, qui se la joue baba-cool liturgique du catholicisme, ayant viré la tradition occidentale, pour prendre (ce qui les arrange) de l'orientale, non pas bouddhiste ou hindouiste, mais orthodoxe, en la sentimentalisant et en la fémininisant.
Insupportables à ce propos sont leurs chants, hyper hauts, où dominent les voix de femmes, et où les rares hommes font bien peu virils.
Mais redécouvrir les gestes amples, les traversées par le prêtre et les servants de l'assemblée...peut être intéressants, pour revivifier de l'intérieur la liturgie, loin de tout cérébralisme forcément desséchant, qui règne en maître dans le rite Paul VI, et est bien présent dans le saint Pie V

( 847842 )
Encens par Aigle (2018-05-17 03:26:11)
[en réponse à 847829]
J'ai assisté à trois messes NOM en 2018 : à chaque fois il y avait de l'encens et quelques chants latins (Sanctus et Agnus).
Pour le reste je suis d'accord avec vous : le rite nouveau est prosaique et un peu sec.avec souvent des tentatives infructueuses pour lui donner chaleur et émotion.

( 847863 )
Bien d'accord... par Paterculus (2018-05-17 21:14:18)
[en réponse à 847819]
... avec votre point de vue dans tout ce fil.
Votre dévoué Paterculus

( 847887 )
Pareil. par Rémi (2018-05-18 13:36:46)
[en réponse à 847863]
Il n'est pas dans les mœurs du FC de distribuer des bons points aux autres liseurs, du moins de façon trop cumulative, mais je trouve que non seulement Signo dit des choses très vraies dans l'ensemble du fil, mais aussi très profondes dans leur apparente simplicité. Merci.

( 847821 )
Le Missel romain par Béotien (2018-05-16 20:37:06)
[en réponse à 847807]
issu de Vatican II laisse parfois la porte ouverte à des “options” dont la notion est très souvent mal comprise, quand elle ne justifie pas les pires horreurs. A l’inverse de ce qui est trop souvent visible en paroisse, le célébrant n’a pas le droit de disposer à sa guise de la notion d’option (cf Sacrosanctum Concilium, § 22 : absolument personne, même prêtre, ne peut, de son propre chef, ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie.)
Par ignorance de ce qu'est la liturgie, de trop nombreux célébrants commencent par considérer les “options” et s'appuient sur les “choix” possibles, pour reconstruire ou ré-agencer la liturgie selon leur humeur "pastorale". Or, c'est exactement le contraire qu’il faut faire : il faut partir de la norme et, dans la mesure où celle-ci ne peut pas être suivie, examiner au cas par cas ce qu’autorisent les “options”.
Telle a toujours été la règle de base en liturgie (rappelée par le pape St Jean-Paul II dans sa Lettre “Dominicae Cenae”).
Des “options” ont toujours existé, même bien avant le Concile Vatican II : on ne parlait pas alors d’ “options” mais de “permissions” ou de “dérogations” ponctuelles à la règle générale.
En réalité, là où le VOM demande de suivre des rubriques, le NOM, en apparence plus souple, exige une solide formation liturgique, indispensable à tout célébrant susceptible de choisir, le cas échéant, à titre exceptionnel, parmi des “options” (par définition facultatives).
Beotien

( 847824 )
Par ignorance? par AVV-VVK (2018-05-16 21:22:53)
[en réponse à 847821]
Qu'apprend-on au séminaire?

( 847864 )
La situation par Béotien (2018-05-17 21:26:59)
[en réponse à 847824]
de la liturgie selon l'ordo de 1969 dans les paroisses n'est-elle pas suffisamment éloquente ? L'absence de formation liturgique sérieuse dans les séminaires n'est-elle pas évidente ?
Beotien

( 847900 )
Je me félicite déjà quand le célébrant par AVV-VVK (2018-05-18 19:48:40)
[en réponse à 847864]
récite (ou veut réciter) les paroles officielles de la Consécration.

( 847894 )
Pour clore le débat... par vistemboir2 (2018-05-18 16:27:00)
[en réponse à 847806]
"Nous devons dépouiller nos prières catholiques et la liturgie catholique de tout ce qui peut être l'ombre d'une pierre d'achoppement pour nos frères séparés, c'est-à-dire pour les Protestants" (dixit Monseigneur Annibale Bugnini, auteur principal de la Nouvelle Messe, Osservatore Romani, 19 mars 1965).
Cité par le regretté Michael Davies, Président de la Fédération Internationale
Una Voce de 1992 à 2004.
Source :
http://www.catholicapologetics.info/modernproblems/newmass/bugnini.html
Tout est dit !

( 847926 )
nous sommes en 2018 par Béotien (2018-05-19 12:34:14)
[en réponse à 847894]
et ces histoires de "messe protestante" appartiennent au passé ! La qualification récurrente de protestantisme à l’égard du nouvel ordo ne tient plus, même si elle soulage certaines consciences blessées par le massacre cultuel intervenu dans les années 1965-1980 (et perdure hélas encore en maints endroits).
1°) Lu sur ce forum :
Voici, mais c'est assez long. par Paterculus 2016-02-17 18:38:26
Note doctrinale sur le nouvel ordo
(…)
5) Deux objections extrinsèques.
a) L'approbation de l'Ordo par des Protestants.
(…) On ne peut en rien arguer des prises de position de quelques rares protestants pour déclarer que le nouvel Ordo est protestant. Le fait est là, patent, clair comme le jour: la Messe est un sacrifice, le sacrifice unique du Christ réellement présent, cela est affirmé par le nouvel Ordo tout aussi nettement que par celui de S. Pie V. […]
(…) Si quelques protestants proches de nous se sont réjouis de la publication du nouvel Ordo, il ne faut pas oublier que l'ensemble des modernistes cache mal son désappointement et ne cache pas du tout sa volonté "d'aller au-delà". En 1970, ce ne sont pas les arrière-petits fils des Huguenots qui sont les ennemis de l'Eglise, mais les modernistes destructeurs du christianisme.
2°)
Lu aussi :
Le nouvel Ordo est pleinement catholique. Cela s'appuie sur l'infaillibilité pontificale, laquelle est un dogme de foi catholique.
Le nouvel Ordo, s'il comporte des changements notables dans la manière de célébrer la Messe, ne constitue en aucune façon une subversion de la liturgie traditionnelle. La substance du Mystère, la réalité du Sacrifice eucharistique demeure et demeurera inchangé
Notre Messe catholique reste ce qu'elle a toujours été : le renouvellement du sacrifice de la Croix.
Au risque de rabâcher, Vatican II n’a rien inventé : Sacrosanctum Concilium s’inscrit dans la continuité de la tradition. Avant Paul VI, Les papes (Urbain VIII ou saint Pie X entre autres) avaient déjà introduit des changements minimes dans quelques rubriques pour harmoniser des changements intervenus par ailleurs ou éclaircir tel point.
Si une place plus grande est faite à l'annonce de la Parole de Dieu, à la "prière des fidèles" et à l'homélie, ainsi qu’aux chants et acclamations du "peuple de Dieu", plus visiblement associé à la liturgie par des réponses au célébrant, le nouvel Ordo maintient intégralement la doctrine catholique sur l'Eucharistie. Il faut vraiment être de mauvaise foi pour ne pas vouloir le voir ! Comme s’obstiner à entretenir le clivage débile latin-S Pie V (donc catholique) / français-Paul VI (donc apostat) !
Le novus ordo (rédigé en latin à l’origine, faut-il une nouvelle fois le rappeler) n’a jamais été célébré comme il devrait l’être : de manière traditionnelle ! Il y a moins de différence entre le missel de 1962 et celui de 1969 qu’entre le rituel fixé dans la PGMR et les «célébrations» suggérées par des publications autoréférentielles ou tout droit sorties de l’imagination.
Le problème vient de ce que la plupart des prêtres et des laïcs activistes et complètement ignares ont imposé aux autres fidèles leurs schémas abscons.
Les évêques sont responsables de la situation. Prisonniers d’un gallicanisme maladif, de leur presbytérium où sont embusqué des malfaiteurs (qui veulent leur peau… et parfois l’obtiennent !) et d’un certain personnel diocésain, ils refusent de laisser les prêtres qui le souhaitent (et il y en a !) célébrer la messe ad orientem. Sont-ils seulement capables de donner un catéchisme de la messe cohérent, d’enseigner et de montrer l’exemple ? Gardiens du dépôt de la foi reçue des Apôtres, ne sont-ils pas aussi garants de la tradition liturgique ?
Pardon pour la longueur du propos
Beotien

( 847950 )
Oui, mais encore. par Steve (2018-05-20 18:17:32)
[en réponse à 847926]
Bien d'accord avec vous sur la messe voulue par le concile, mais peu adoptée dans les faits.
Dans un présentation récente de l'ouvrage de G. Cuchet, "Comment notre monde a cessé d'être chrétien", sur le Salon beige, on lit par exemple :
Pendant cette période conciliaire et post-conciliaire, « il est frappant, note l’auteur, de voir à quel point le clergé a désinstallé volontairement l’ancien système de normes qu’il s’était donné tant de mal à mettre en place », créant inévitablement dans le peuple le sentiment qu’on lui « changeait la religion », et provoquant, dans une partie de celui-ci, une impression de relativisme généralisé.
Aujourd'hui, en pratique. Les confessionnaux servent de remise pour les seaux et les balais, et l'assemblée (résiduelle) part communier comme un seul homme.
Il y a vraiment de quoi rire, pour ne pas pleurer.

( 847951 )
Un lien direct par AVV-VVK (2018-05-20 19:45:19)
[en réponse à 847926]