Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 847601 )Sens du Kyrie dans le N.O.M. et le V.O.M. par Sacerdos simplex (2018-05-08 21:57:31) 

Pour le N.O.M. et les nomistes, les 3 invocations (Kyrie..., Christe...) s'adresseraient toutes à Jésus-Christ :
"Seigneur Jésus, envoyé par le Père... : Kyrie...".

Mais ne faut-il pas y voir plutôt une invocation aux trois Personnes de la Trinité ?

Merci d'avance.

Un simple prêtre (qui n'a pas beaucoup de documents sous la main)
images/icones/neutre.gif  ( 847613 )Une interprétation trinitaire par AVV-VVK (2018-05-09 09:00:42) 
[en réponse à 847601]

serait évidente (vu le nombre symbolique de trois) : 1) Kyrie: le Père; 2) Christe: le Christ; 3) Kyrie: l' Esprit Saint. Néanmoins, elle est contraire au sens primitif de la litanie (comme j'ai lu quelque part).
images/icones/neutre.gif  ( 847614 )Si cela peut aider ... par nonnovasednove (2018-05-09 09:37:41) 
[en réponse à 847613]

Voila ce que dit Dom Guéranger dans ses explications des prières de la messe (voir lien ci-dessous) :

KYRIE

Vient ensuite le Kyrie, que le Prêtre dans les Grand’Messes doit dire au coin de l’autel, où il a déjà lu l’Introït ; il est accompagné de ses ministres qui ne vont se placer au milieu clé l’autel que lorsque lui-même s’y rend. Ils se mettent alors derrière lui sur les différents degrés. Aux Messes basses, le Prêtre dit le Kyrie au milieu. Cette prière est un cri par lequel la sainte Église implore les trois personnes de la sainte Trinité : Les trois premières invocations s’adressent au Père,, qui est Seigneur

Kyrie, eleison ; les trois suivantes s’adressent au Fils incarné, au Christ, aussi disons-nous

Christe, eleison ; enfin les trois dernières s’adressent au Saint-Esprit, Seigneur avec le Père et le Fils ; c’est pour cela que nous répétons : Kyrie, eleison, Seigneur, ayez pitié. Le Fils, disons nous, est également Seigneur avec le Père et l’Esprit Saint, mais la sainte Église emploie pour lui le mot de Christ, Christe, à cause du rapport qu’a ce mot avec l’Incarnation. Cependant le chœur chante ces Kyrie que le Prêtre récite. Sur la mélodie de ces diverses invocations, on avait autrefois mis des paroles ; ainsi le Missel du Mans, de 1705 , les porte encore. Le Missel de saint Pie V a fait tomber presque partout l’usage de ces Kyrie dits farcis. A la Messe papale, on chante des Kyrie sans nombre tout le temps de l’obédience. Mais c’est aujourd’hui une exception. Les trois cris différents répétés par trois fois, ainsi que le veut actuellement la Liturgie, nous montrent le rapport qui existe ici-bas avec les neuf chœurs qui chantent dans le Ciel à la gloire du Très Haut. Cette union avec les Anges prépare au Gloria qui va suivre : Cantique angélique apporté sur la terre par ces Esprits bienheureux.

Dom Guéranger : explications des prières de la messe
images/icones/info2.gif  ( 847615 )Réédition récente par Vianney (2018-05-09 10:26:24) 
[en réponse à 847614]

 
Je signale que ces Explications ont été rééditées conjointement par l’Association Saint-Jérôme et Quentin Moreau éditeur.

V.
 
images/icones/neutre.gif  ( 847619 )Fine remarque de Dom Guéranger par Sic transit (2018-05-09 12:03:41) 
[en réponse à 847614]


Les trois cris différents répétés par trois fois, ainsi que le veut actuellement la Liturgie, nous montrent le rapport qui existe ici-bas avec les neuf chœurs qui chantent dans le Ciel à la gloire du Très Haut. Cette union avec les Anges prépare au Gloria qui va suivre


Je n'avais jamais pensé à cela ! C'est un apport très enrichissant.
images/icones/idee.gif  ( 847617 )Elle n’est pas à proprement parler contraire par Vianney (2018-05-09 10:52:49) 
[en réponse à 847613]

 
...mais, vous avez raison sur ce point, absente de l’intention initiale du “Kyrie Eleison”, qui est un cri de supplication classique de l’Ancien Testament.

Je vous invite à vous reporter à l’ouvrage sur la liturgie ancienne publié par le regretté Chanoine A. Croegaert, ancien professeur de liturgie au grand séminaire de Malines : Les rites et les prières du Saint Sacrifice de la Messe (Bonne Presse, Averbode). L’édition française dont je dispose a été préfacée et chaudement recommandée par le cardinal Van Roey.

Parlant des cérémonies initiales de la messe ancienne, l’auteur y voit “une glorification incessante de la Sainte Trinité” dont l’âme baptisée est le temple, et il en donne, parmi beaucoup d’autres, l’exemple du Kyrie (t. I, p. 111) dont la forme ternaire remonterait à l’Ordo de saint Amand (8e et 9e siècles).

Néanmoins, il signale comme vous qu’au départ, à Antioche semble-t-il (p. 134), il s’agissait d’une supplication litanique dont l’invocation “Kyrie eleison” était la réponse par un chœur d’enfants (en grec comme toute la liturgie de cette époque) : ce n’est qu’ensuite qu’a été introduit le “Christe eleison”.

V.
 
images/icones/hein.gif  ( 847616 )Curieusement... par Vianney (2018-05-09 10:36:47) 
[en réponse à 847601]

 
...cette intention non trinitaire a échappé à l’auteur de la fameuse “Note doctrinale sur le nouvel ordo” qui, du coup, s’étonne de l’abandon de la répétition ternaire :
“On ne voit pas très bien pourquoi les Kyrie eleison passent de 9 à 6, c'est-à-dire sont répétés 2 fois au lieu de 3. Le symbolisme trinitaire n'est plus respecté ; de plus, beaucoup de mélodies grégoriennes sont composées en vue des 9 invocations, et la réduction à 6 en détruit l'harmonie.”
V.
 
images/icones/neutre.gif  ( 847623 )Je ne suis pas aussi savant par Ewe (2018-05-09 15:55:07) 
[en réponse à 847601]

Mais, pour moi, le Kyrie représente le paradoxe ou singularité (quantique) de Dieu pour l'esprit indo-européen de culture hellénistique et de pensée grecque tel qu'on pouvait le rencontrer à Alexandrie. C'est la logique grecque qui a transcendé le monde égyptien (Amon+Ré+Ptah ou Khepri+Ré+Atoum).
Le 1 et le 3.
Dieu est trois : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Et les trois sont un.
Je suis trois et nous sommes un.
C'est pour ça que je pense que chacune des 3 incantations du Kyrie doit être dite 3 fois de quelque manière qu'on se représente Le Kyrie :
Kyrie pour le Père
Christe pour le Fils
Kyrie pour le Saint-Esprit.
D'ailleurs je crois que Kyrios c'est le Christ ressuscité, en majesté, dans la gloire divine. C'est pour ça que la traduction en Seigneur est une ineptie. Si on a conservé le Kyrie eleison et qu'on ne l'a pas traduit en Domine miserere nobis c'est que Kyrios signifie bien autre chose que Dominus.
images/icones/1a.gif  ( 847624 ) Kyrie : Il ne faut pas dramatiser !... par Sacerdos simplex (2018-05-09 16:54:18) 
[en réponse à 847623]


Mais, pour moi, le Kyrie représente le paradoxe ou singularité (quantique) de Dieu pour l'esprit indo-européen de culture hellénistique et de pensée grecque tel qu'on pouvait le rencontrer à Alexandrie. C'est la logique grecque qui a transcendé le monde égyptien (Amon Ré Ptah ou Khepri Ré Atoum).


Pourquoi pas...

C'est pour ça que la traduction en Seigneur est une ineptie.


Quelle autre traduction proposeriez vous ?

Le français est (avec l'anglais, et encore) une des rares langues où on a deux mots différents pour dire Monsieur et Seigneur. Dans les autres langues que je connais, on a le même mot : Signor, Señor, senhor, Herr, Pan (en polonais), gospodin (en croate), ???????? (en russe). Et si vous cherchez comment on dit gospodin en grec, vous aurez tout simplement : kurios.
Voir aussi cette histoire bien sympathique :
https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=781527
(au passage, noter que evkaristo correspond très exactement à eucharistie...)

images/icones/neutre.gif  ( 847628 )Dominus par Sic transit (2018-05-09 17:55:50) 
[en réponse à 847624]



Quelle autre traduction proposeriez vous ?


Ben, Maître, tout simplement...
images/icones/neutre.gif  ( 847722 )Aussi loin ? Aussi haut ? par Montes Gelboe (2018-05-13 08:12:06) 
[en réponse à 847624]

Il est évident que le choix des mots grecs kurios et theos s'est opéré à Alexandrie, dans la traduction des Ecritures, la Bible grecque, la Septante.
On oublie trop souvent l'apport de Philon d'Alexandrie, théologien et philosophe hellénistique, juif de langue grecque, contemporain des apôtres, dans la formation du christianisme de langue grecque et du christianisme en général. L'Epitre aux Hébreux lui emprunte beaucoup.
Toutefois, les milieux hellénistiques d'Alexandrie, à fortiori les communautés juives de langue grecque ne paraissent pas influencées par la religion polythéiste de l'Egypte ancienne. Même pour les juifs résidant en Egypte, cette terre et ses habitants étaient les lieux de la servitude, dont le Seigneur les avait délivrés par la main de Moïse.
Il ne semble pas exact de rattacher les notions de kurios et de théos à la mythologie égyptienne, même de loin. Sauf à invoquer des "pressentiments" monothéistes ou même chrétiens dans ces civilisations anciennes. Mais le terrain est glissant et aboutit vite à l'illuminisme ou au traditionalisme. On peut évoquer encore des influences lointaines des Ecritures, il y aurait eu une "Bible des Paiens" selon l'historien italien G. Rinaldi...
L'étude de ce sujet est d'un grand intérêt.
Les deux petits mots Kyrie eleison, (eleyson, quant-à-lui, est l'impératif aoriste sigmatique, sans valeur temporelle, donc éternel comme le kurios qu'il supplie...) renvoient à des notions fondamentales et immenses, et on aimerait qu'ils soient mieux traités dans nos liturgies ordinaires et moins qu'ordinaires.
images/icones/livre.gif  ( 847718 )Il y a de très bonnes choses sur ce sujet par Sénéchal (2018-05-12 21:44:02) 
[en réponse à 847601]

dans le livre de M. l'abbé Barthe "La Messe, une forêt de symboles", chapitre "La litanie du Kyrie (pp. 73-75).
Il y reprend ce que dit dom Guéranger, et y ajoute d'autres références éclairantes (les trois âges du monde selon saint Paul, le triple péché dont il faut demander miséricorde (originel, véniel, mortel), la triple misère (d'ignorance, de faute, de peine.)