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images/icones/carnet.gif  ( 847483 )Dom Gérard, "Tourné vers le Seigneur" par Yves Chiron ou plutôt "Tourné vers le concile" par La Porte Latine (2018-05-06 14:40:10) 

Dom Gérard, "Tourné vers le Seigneur" par Yves Chiron ou plutôt "Tourné vers le concile", par l'abbé J-M. Gleize - 6 mai 2018



1. Dom Gérard, fondateur et père abbé du monastère Sainte-Madeleine du Barroux, a quitté ce monde il y a dix ans, le 28 février 2008. Et voici qu'Yves Chiron en publie la première biographie, sous titrée « Tourné vers le Seigneur ». Sortant de sa réserve ordinaire, l'historien émet ici, et à plusieurs reprises, de graves jugements (1) sur la portée de l'acte des consécrations épiscopales, accompli par Mgr Lefebvre, le 30 juin 1988. Yves Chiron voit là « un schisme ». De ce schisme, estime-t-il, Dom Gérard ne mesura pas tout de suite la gravité (2). Ce fut seulement le 18 août suivant, avec une « Déclaration » publiée dans le journal Présent, que le Barroux commença à prendre officiellement ses distances avec Écône (3). Cette distanciation devait s'accentuer assez vite et elle conduisit Dom Gérard à adopter une attitude différente à l'égard des nouveautés introduites dans l'Église par le dernier Concile. À tel point qu'il accepta de concélébrer, au moins à deux reprises (4) , le saint sacrifice de la Messe selon le Novus Ordo Missæ, un nouveau rite dont les cardinaux Ottaviani et Bacci ont pourtant pu dire qu'il « s'éloigne de manière impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail » (5) de la définition catholique de la Messe, fixée une fois pour toutes lors du concile de Trente.

2. Soit dit en passant, le schisme est, lui aussi, un « éloignement », tout comme l'hérésie. Quels en sont les termes ? Qui s'éloigne de qui ? L'ancienne messe de la nouvelle ? La nouvelle de l'ancienne ?... Le regard de l'historien devrait trouver ici ses limites - en même temps que les raisons de sa modestie. Pour sa part, l'un des témoins de la première heure du combat de la Tradition, l'abbé Paul Aulagnier, qualifie de « très sévère » le livre de Chiron, en raison de ces jugements, qui reviennent « non pas une fois comme en passant, mais mille fois », à la façon d'une récurrence « lancinante et pénible » (6). Mais refermons ici la parenthèse.

3. Que laisse derrière lui Dom Gérard ? Assurément, une profonde et vaste influence, exercée de son vivant tant par la parole que par l'écrit et qui perdure encore à travers l'oeuvre de son monastère. Mais cette influence a-t-elle opéré, en tous points, le véritable bien des âmes ? Un fait restera à tout jamais indéniable, aux yeux de l'Histoire : dès le vivant même de Dom Gérard, le Barroux s'est fait le défenseur du concile Vatican II. Dom Gérard laisse derrière lui des disciples, et ces disciples se sont fait les théologiens et les apologètes de la liberté religieuse. Le principal d'entre eux, le Père Basile Valuet, publia dès 1998 une somme en six volumes sur le sujet : La liberté religieuse et la Tradition catholique. Un cas de développement doctrinal homogène dans le Magistère authentique (7). Dans la biographie qu'il a consacrée au fondateur de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Tissier de Mallerais évoque « la hantise de communion ecclésiale et bénédictine » qui finira par « user peu à peu la capacité de résistance » du Barroux (8). Capacité de résistance aux erreurs du Concile. Et par conséquent aussi aux réformes délétères de la nouvelle liturgie. Mgr Lefebvre avait d'ailleurs mis le doigt sur cette insuffisance fatale, dès le lendemain des sacres. « Dom Gérard », remarquait-il alors, « n'a toujours vu que la liturgie et la vie monastique. Il ne voit pas clairement les problèmes théologiques du Concile, de la liberté religieuse. Il ne voit pas la malice de ces erreurs. Il n'a jamais été très soucieux de cela. Ce qui le touchait, c'était la réforme liturgique, la réforme des monastères bénédictins […] Il n'a pas suffisamment mesuré que ces réformes qui l'avaient amené à quitter son monastère étaient la conséquence des erreurs qui sont dans le Concile (9).»

4. Il y a en effet un lien très étroit entre la liturgie et la profession de la foi. Du jour où il perdait de vue la malice foncière des erreurs du Concile, Dom Gérard s'engageait dans la voie qui le conduirait tôt ou tard à négliger la nocivité tout aussi foncière, pour son propre monastère, de la nouvelle liturgie. L'abbé Paul Aulagnier le souligne avec raison : « N'est-ce pas une modification fondamentale de la vie du monastère que d'y laisser célébrer la messe nouvelle (10) ? » Pour mettre en perspective la biographie d'Yves Chiron, avec l'hommage dont elle se veut l'expression, relisons aussi, sans en changer une seule ligne, à vingt-cinq ans de distance, l'Éditorial signé du même abbé Paul Aulagnier, alors Supérieur du District de France de la Fraternité Saint-Pie X :

« N'était-il pas de votre responsabilité de père, Abbas, Pater » écrit-il en s'adressant à Dom Gérard, de laisser plutôt à vos moines « un exemple de fermeté, de persévérance, de fidélité. » (11) ?

5. Ni la fermeté, ni la persévérance, ni la fidélité ne sauraient être ici sans failles, car Dom Gérard n'a pas vu « la malice de ces erreurs », erreurs mortifères du concile Vatican II. « Ce n'est pas une petite chose qui nous oppose » disait encore Mgr Lefebvre en parlant du Concile.

« Il ne suffit pas qu'on nous dise : vous pouvez dire la messe ancienne [c'est ce que dit le Motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI en 2007] mais il faut accepter cela [cela : les erreurs de Vatican II ; c'est ce que dit la Lettre aux évêques de Benoît XVI en 2009]. Non, ce n'est pas que cela qui nous oppose. C'est la doctrine. C'est clair. C'est ce qui est grave chez Dom Gérard et c'est ce qui l'a perdu (12).»

L'hommage posthume appellerait donc ici quelque tempérance.

[...]

Intégralité de l'analyse de M. l'abbé Gleize
images/icones/nul.gif  ( 847546 )Il y a de la vieille rancœur dans l'air par Sénéchal (2018-05-07 18:41:29) 
[en réponse à 847483]

Ce n'est pas à l'honneur de la gent ecclésiastique.
images/icones/fleche3.gif  ( 847548 )Tensions post-1988 par Ennemond (2018-05-07 20:40:07) 
[en réponse à 847546]

Comme indiqué dans un récent fil, il semble que certains esprits - heureusement peu nombreux - ayant vécu durement la décennie 1980 maintiennent d'irréductibles tensions autour de la question des sacres, anathémisant tout ce qui est extérieur à la Fraternité d'un côté, continuant à parler de schisme de l'autre. Yves Chiron écrit souvent des choses intéressantes. Mais qu'il recourt au vieil arsenal des anathèmes que les autorités ecclésiastiques ne perdent même plus leur temps à brandir ne peut manquer de réveiller passions et blessures. Trente ans après, on aurait pu espérer un recul d'historien plus éclairé.
images/icones/1n.gif  ( 847554 )Pas d'accord par Signo (2018-05-07 23:31:16) 
[en réponse à 847483]

L'oeuvre de Dom Gérard est authentiquement catholique et traditionnelle.
Je n'ai pas (encore) lu l'ouvrage, je suis à titre personnel assez partagé sur l'opportunité des sacres de 1988, mais une chose est sûre: sur le long terme, il est parfaitement impossible de garder une foi authentique en dehors de la communion romaine, et ce quelque soient les limites voire les graves fautes du pape. Il ne suffit pas d'avoir la messe, le sacerdoce, les sacrements pour rester orthodoxe: encore faut-il, sur le plan de la spiritualité, garder l'équilibre serein qui seul est catholique. Il est évident qu'à force de constituer un milieu replié sur lui même (ce qui est tout sauf catholique), de répéter à l'envi que seule la FSSPX conserve la plénitude de la vérité, d'être incapable de se considérer autrement que comme un mouvement de pure réaction, la FSSPX, petit à petit, s'éloigne de la foi vraie pour se réduire à une sorte d'idéologie de combat, un pur militantisme. Le R.P Eugène de Villeurbanne, pourtant peu suspect de progressisme, disait lui-même:

« De tous côtés s’installe la division, se manifestent les colères, de l’orgueil, de l’injustice. Des « traditionalistes » un temps d’accord sur les vérités claires et essentielles de la foi mettent leur honneur à soulever des « problèmes », à raison avoir sur des questions d’importance lointaine pour la vie quotidienne des fidèles. Les intelligences s’estiment traditionalistes mais les cœurs ne le sont plus si jamais ils l’ont été. La charité fraternelle est, elle aussi, une richesse de la Tradition. « Le danger est grand de se confiner dans un traditionalisme de combat, de concevoir les vérités de la foi comme une occasion de lutte, de coups et de victoire, de considérer la théologie dogmatique comme un arsenal de guerre ou même trop exclusivement comme le moyen de l’illumination de l’intelligence dans l’oubli des yeux du cœur assoiffé d’espérance, avide de goûter les trésors de gloire que renferme l’héritage de Jésus-Christ. Grand est le risque d’accommoder les vérités de Jésus-Christ et les membres de Jésus-Christ à ses propres goûts ; saint Paul nous a appris où cela pouvait conduire. « La présence des fidèles à notre messe traditionnelle n’est pas une finalité, la foi aux vérités dogmatiques ne l’est pas non plus ; ce qui compte c’est la foi qui opère par la charité et conduit à la charité pour Dieu et à la charité fraternelle. Les institutions chrétiennes, la catéchèse, la théologie ne doivent pas seulement conduire les âmes aux portes d’entrée de l’amour surnaturel ; elles doivent faire progresser dans le domaine illimité des ascensions dans les profondeurs et les altitudes de l’amour de Dieu, dans le dulcor charitatis. Nul ne saurait s’y enfoncer s’il est en désaccord avec ses frères. « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas ». Entendons saint Paul nous dire « Du moment qu’il y a parmi vous jalousie et discorde, n’êtes-vous pas charnels et votre conduite n’est-elle pas tout humaine ». Un « traditionalisme » qui a perdu la charité est-il encore traditionnel ? »



Nombre de fidèles se réclamant de Mgr Lefebvre devraient relire ces lignes aujourd'hui. Il ne suffit pas de clamer sur tout les toits "nous sommes la Tradition" (ce qui d'ailleurs ne veut rien dire) pour être véritablement traditionnel et à l'abri de certaines de ces dérives si typiques du milieu traditionaliste et qui dénaturent la foi.
Par ailleurs dire que la messe de Paul VI est tellement mauvaise en elle-même qu'il faut s'en éloigner comme d'un foyer de peste est absurde, tout comme l'idée que la crise actuelle vient du Concile.

images/icones/1n.gif  ( 847570 )Ce que vous dites sur les fidèles de la FSSPX! par Miserere (2018-05-08 10:57:54) 
[en réponse à 847554]

N'engage que vous, tel un journaliste qui ne donne que son avis.

Nous avons suivi Monseigneur Lefebvre pour son combat de la foi.

Contrairement a ce que vous pensez, seul la Tradition a de l'avenir,il suffit de voir sa progression contrairement aux conciliaires.
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 847578 )Je ne vois pas… par Olivier Figueras (2018-05-08 13:35:53) 
[en réponse à 847570]

Cher Miserere,

Je ne vois pas que votre message soit contradictoire avec ce qu'écrit Signo.

Mais ma réaction n'est peut-être que celle d'un journaliste qui ne donne que son avis…

Cela dit, cette histoire d'avis m'ennuie. Vous aussi, me semble-t-il, ne donnez que votre avis – ou alors il faudrait affirmer que ceux qui n'ont pas, au fil du temps, continué à suivre Mgr Lefebvre et ses successeurs (lesquels sont, hélas !, divisés, ce qui complique la perspective que vous affichez) ne défendent pas la foi.

Je dois dire que tout cela me laisse perplexe.

Bien à vous,

Olivier Figueras
images/icones/1a.gif  ( 847579 )Si je peux me permettre! par Miserere (2018-05-08 14:09:29) 
[en réponse à 847578]


Chacun a choisi son coté à l’époque pour des raisons de conscience.

Par contre je ne dit pas que les rallies n'ont pas choisi le combat de la foi?

Je pense que chacun à sa manière a porté sa petite pierre a l’Édifice.

J'ai des amis rallies qui viennent de temps en temps boire le porto de fabrication artisane à la maison.

On évite juste les sujets qui fâchent.

Bien à vous.

Miserere

images/icones/1a.gif  ( 847581 )Mais oui ! par Olivier Figueras (2018-05-08 14:48:46) 
[en réponse à 847579]

Cher Miserere,

Vous pouvez, bien évidemment, tout (ou presque, sans doute) vous permettre. Pour ma part, je pense que, si l'on prend le temps d'écouter, on peut discuter de tout, y compris des sujets qui fâchent… sans se fâcher.

Euh ! Vous fabriquez du porto ?! Si c'est le cas (ou si vous avez une source spéciale), ne me donnez surtout pas votre adresse !

Bien à vous,

Olivier
images/icones/neutre.gif  ( 847582 )Non par Meneau (2018-05-08 15:14:41) 
[en réponse à 847581]


Pour ma part, je pense que, si l'on prend le temps d'écouter, on peut discuter de tout, y compris des sujets qui fâchent… sans se fâcher.



Il y a des sujets, comme par exemple la vaccination, qui font toujours monter le ton


Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 847753 )Tenue des femmes en tradition par Bruno Scheffer (2018-05-14 12:16:02) 
[en réponse à 847570]

Franchement, la tradition avenir de la chrétienté?
Il faudrait déjà apprendre aux jeunes filles à s'habiller, avant de jouer aux héros de la théologie.
L'affluence à Paris est stagnante, me semble-t'il, et la tenue des femmes aux offices, relève plus de la fin des temps, que de l'avenir radieux d'une chrétienté bien comprise.