Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=846203
images/icones/iphone.jpg  ( 846203 )Date des réformes avant celle de Pie XII par Adso (2018-04-02 22:07:37) 

De quand date la précédente réforme des textes de la semaine sainte ? J’ai un missel de 1910 et tant au niveau du vendredi Saint ( ordre et contenus de plusieurs grandes oraisons) que de l’Exultet, j’ai des différences...

Merci
images/icones/neutre.gif  ( 846206 )Tentative de réponse par Turlure (2018-04-02 23:23:54) 
[en réponse à 846203]

Dans l'attente d'une réponse plus documentée sur les dates précises des textes romains (Alexandre ?).

Pour les oraisons du Vendredi Saint, l'ancien formulaire comprend (entre l'oraison pour les évêques, prêtres, diacres etc. et celle pour les catéchumènes une oraison "pour l'empereur" qui est toujours omise). Il y a donc neuf oraisons écrites mais huit chantées dans les faits. Elle a été remplacée en 1955 par une oraison pour les pouvoirs publics (pro omnibus res publicas moderantibus) qui est à la même place.

Il y a également le cas de l'oraison pour les juifs qui a connu de multiples modifications : introduction de l'agenouillement (en 1955 je crois), suppression du perfidis un peu plus tard, puis une nouvelle oraison à l'époque même du Concile, qui n'est pas celle du missel de 1969 mais celle que Benoît XVI demandera de dire en 2008 (je peux en effet la trouver dans un Feder de 1965).

Pour l'Exsultet, il y a pareillement une mention de l'empereur toujours omise depuis 1807 après les noms du pape et de l'évêque, qui est remplacée par eos qui nos in potestate regunt.
images/icones/neutre.gif  ( 846209 )Information intéressante par Candidus (2018-04-03 06:01:55) 
[en réponse à 846206]

J'ai toujours cru que l'oraison pour les Juifs, introduite dans la liturgie du Vendredi Saint de la Forme Extraordinaire par Benoît XVI, avait été rédigée par lui. En fait, vous nous apprenez que c'est l'oraison prévue par le missel de 1965. Rite qu'appréciait Mgr Lefebvre dans la mesure où il correspondait à sa conception et à son souhait d'une réforme liturgique, conforme à Sacrosanctum Concilium, la Constitution sur la liturgie de Vatican II.

Pourriez-vous, s'il vous plaît, nous confirmer que les deux oraisons sont absolument identiques ? Et s'il y a des différences, pourriez-vous citer l'oraison de 1965 ? Merci.
images/icones/bible.gif  ( 846220 )Oraisons solennelles du Vendredi saint (1) par Alexandre (2018-04-03 11:33:41) 
[en réponse à 846206]

Merci du compliment que vous me faites ! Je ne pense pas être vraiment à la hauteur, mais je puis déjà dire ceci.

Il faudrait avoir en mains le Missale Romanum de 1570 et quelques éditions du XX° siècle pour repérer les différences, mais il me semble qu’entre 1570 et la réforme de Pie XII (1955), il n’y a pas eu de modification dans les textes.

Jusqu’à cette réforme, l’oraison pour l’Empereur (4°) est toujours inscrite dans les missels officiels (éditions latines des éditeurs pontificaux [Mame, Pustet, Dessain, Desclée, Benzinger, Daverio, Marietti...]). Idem pour la phrase de l'Exsultet.

Sinon, pour les modifications de la prière pour les Juifs, vous trouverez sur le Forum un tableau récapitulatif. Contrairement à ce que vous écrivez, la modification de Benoît XVI (2008) n’a pas consisté en la reprise pure et simple de l’oraison de 1965. J’en parle à la fin du récapitulatif en question.

Je viens de voir sur Wikipédia une page intéressante sur la prière pour les Juifs. Y manque toutefois l’étape 1965.

Dans un autre post, je tâcherai de faire un récapitulatif sur les modifications des autres prières introduites depuis 1962 jusqu'au Missel de 1970-2002.
images/icones/bravo.gif  ( 846221 )Merci de cette correction par Turlure (2018-04-03 11:39:54) 
[en réponse à 846220]

Donc l'oraison de Benoît XVI ne reprend pas vraiment celle de 1965 (ce que j'ai cru en voyant leur similitude) mais s'en inspire vraisemblablement pour l'exorde.

Quant à la page Wikipedia, il n'y a plus qu'à la mettre à jour !
images/icones/bible.gif  ( 846231 )Sur la prière pour les juifs par Jean-Paul PARFU (2018-04-03 15:07:30) 
[en réponse à 846220]

Il s'agissait (ou s'agit) de dire que les juifs sont infidèles, mais également qu'ils portent une responsabilité particulière et qu'ils s'opposent à la diffusion de la foi. Voir ici

On peut lire en ce sens la 6ème lecture de l'office des Ténèbres du Vendredi saint qui est un texte de St Augustin, lecture encore présente dans mon Feder 1956.

images/icones/fleur.gif  ( 846234 )Contresens par John DALY (2018-04-03 16:28:22) 
[en réponse à 846220]

Cher Alexandre,

Un très grand merci pour votre travail savant sur l'évolution et métamorphose de cette prière pour les juifs.
Permettez-moi de vous signaler une erreur qui s'est glissée dans votre travail et dont la correction serait souhaitable pour que votre étude soit au dessus de tout reproche.
En effet sous la rubrique historique votre résumé du sens de la réponse de 1948 est inexact.

Le latin est:


Sacra haec Congregatio, de re interrogata, haec tantum declarare censuit: «Non improbari, in translationibus in linguas vulgares, locutiones quarum sensus sit: "infidelitas, infideles in credendo"». Romae, die 10 Iunii 1948. C. Card. MICARA, Episc. Veliternus, Praefectus. L. S.. A. Carinci, Archiep. Seleuc., Secretarius.



D'où la traduction sera:

Cette sacrée congrégation, interrogée sur ce sujet, a jugé bon de déclarer seulement ce qui suit: « Ne sont pas réprouvés, en des traductions vers des langues vernaculaires, des expressions dont le sens serait: ‘infidélité, incroyance’ »


Autrement dit, il ne s'agit pas de non-réprobation des termes latins de la liturgie [trop évident pour être précisé], ni même d'une précision de leur sens réel, mais d'une autorisation (sans plus) de traduire ces mots par des expressions vernaculaires qui expriment seulement l'absence de la foi, et non pas le manquement à la foi donnée. La traduction de "perfidi" par "perfides" reste parfaitement justifiable et permise, tant du point de vue linguistique que du point de vue théologique.

Pendant que j'ai votre oreille j'ajouterai, à un autre sujet abordé dans le présent fil, qu'une comparaison du Missel de 1570 avec des éditions de moins de dix ans plus tard révèle déjà plusieurs changements à l'ordinaire, notamment dans le texte du Misereatur et Indulgentiam, le fait de prononcer le "Haec quotiescumque" pendant l'élévation du calice etc.

Bien à vous et macte virtute !

John
images/icones/neutre.gif  ( 846239 )Missel de 1570 par Candidus (2018-04-03 17:29:18) 
[en réponse à 846234]

Cher John, cela fait des années que je cherche une reproduction en ligne du missel de 1570, pas forcément en mode image, une en mode texte ferait tout autant mon bonheur. Sauriez-vous si une telle chose existe ? Merci.
images/icones/livre.gif  ( 846252 )Cela existe ! par John DALY (2018-04-03 18:54:16) 
[en réponse à 846239]

Par exemple ici.

Bonne lecture !
images/icones/neutre.gif  ( 846257 )Un grand merci par Candidus (2018-04-03 19:52:21) 
[en réponse à 846252]

J'aurais dû me douter que vous sauriez me trouver cela.
images/icones/bravo.gif  ( 846249 )Merci beaucoup ! par Alexandre (2018-04-03 18:28:02) 
[en réponse à 846234]

Merci beaucoup, cher John, pour cette correction. Le document a déjà dix ans et j'ai changé d'ordinateur depuis. Je vais essayer de le retrouver... A l'époque, je n'avais fait que reproduire la traduction parue dans La Documentation Catholique, sans me poser de questions !

Par ailleurs, pour ce qui est du Missale Romanum de 1570, je n'en parlais pas pour m'en prétendre connaisseur, mais parce que je pense que sur la question précise des oraisons solennelles du Vendredi saint, il n'y a eu aucun changement entre 1570 et 1959, le Flectamus genua de la prière pour la conversion des Juifs (1955) mis à part, bien entendu. Je note toutefois sur mon document qu'en 1570, il y avait douze oraisons et, celle pour l'Empereur romain comprise, le Missel de 1920 n'en compte plus que neuf...

Dès que possible, je vais creuser cela !
(documentacatholicaomnia n'est pas accessible pour le moment...)
images/icones/neutre.gif  ( 846254 )Nombre d'oraisons par John DALY (2018-04-03 19:13:46) 
[en réponse à 846249]

Cher Alexandre,

Non, en 1570 on trouve seulement neuf oraisons : les mêmes que nous connaissons.
images/icones/1d.gif  ( 846256 )Plus rapide que moi ! par Alexandre (2018-04-03 19:39:26) 
[en réponse à 846254]

En effet, je viens de vérifier sur le lien que vous donnez. Merci.

De plus, il y en a neuf aussi dans le Sacramentarium Hadrianum (p. 99 du pdf), dont l'éditeur renvoie à celui de Gellone.
Un travail intéressant de vérifications et de comparaisons m'attend

Bien à vous.
images/icones/neutre.gif  ( 846217 )ordre et précisions par Adso (2018-04-03 10:58:45) 
[en réponse à 846203]

Semaine Sainte édition 1936 (et non 1910 comme je l'indiquais plus tôt, c'est l'habilitation de l'éditeur qui est de 1910)

ORDRE DES ORAISONS /

Eglise
Pape
Clergé
catéchumènes

Purger le monde des erreurs...dissiper les maladies, chasser la famine ouvrir les prisons, rompre les liens des captifs, et prières pour les voyageurs

Hérétiques schismatiques
Juifs perfides
Païens

Pas de trace de l'Empereur ni du roi (Edition pour la Belgique pourtant !)

images/icones/neutre.gif  ( 846222 )Votre missel de fidèle par Turlure (2018-04-03 11:44:20) 
[en réponse à 846217]

Ne contient pas l'oraison pour l'empereur puisqu'elle n'est jamais dite (mais elle est dans les missels d'autel d'avant 1955).

Je pense que vous avez entendu l'oraison pour les gouvernants après celle pour le clergé et étiez donc décalé d'une oraison pour les suivantes. Car, à ma connaissance, l'ordre de ces dernières n'a pas changé.
images/icones/1f.gif  ( 846229 )si si ! par Adso (2018-04-03 14:13:21) 
[en réponse à 846222]

J'ai une semaine sainte de 1951, une autre de 1962, et dans ces deux dernières je n'ai PAS l'ordre de celle de 1936 que j'ai donné...
Ce n'est pas une histoire de mauvaise écoute ou de décalage par inattention...
De plus, sur celle de 1936, je n'ai AUCUNE oraison pour les chefs d'Etat...
images/icones/1i.gif  ( 846233 )Livre liturgique officiel ? par Alexandre (2018-04-03 16:05:18) 
[en réponse à 846229]

Ça m'étonnerait !
images/icones/neutre.gif  ( 846238 )On vouis parle d'un ouvrage pour les fidèles par Adso (2018-04-03 17:28:06) 
[en réponse à 846233]

avec imprimatur et tout ...
images/icones/neutre.gif  ( 846236 )Je maintiens par Turlure (2018-04-03 16:49:12) 
[en réponse à 846229]

L'ordre que vous avez donné plus haut est le bon et n'a pas changé, ni en 1955, ni avant, ni après.

Je n'ai pas parlé de décalage par inattention mais de décalage du fait de l'introduction de l'oraison pro moderantibus en lieu et place de l'oraison pour l'empereur qui n'était jamais dite (et pouvait donc ne pas figurer dans des missels de fidèles). Ainsi l'oraison pour les catéchumènes, qui était de fait la quatrième devient la cinquième, la cinquième devient la sixième et ainsi de suite.

Si vous trouvez quelque part un ordre différent, dites nous où.
images/icones/neutre.gif  ( 846237 )Ah, dans ce cas dites moi par Adso (2018-04-03 17:27:43) 
[en réponse à 846236]

où, je trouve dans ma semaine sainte ancienne, l'oraison pour les dirigeants (Chefs d'Etats... elle est manquante ! Donc il n'y a pas qu'une question d'ordre ... et celle pour les fidèles suit celle des catéchumènes, quand dans celle de Pie XII elle la precede, avec entre les deux, mon oraison manquante pour les chefs d'Etats




images/icones/1d.gif  ( 846243 )Je suis très bien ! par Alexandre (2018-04-03 17:55:48) 
[en réponse à 846237]

Deux questions

1. Oraison pour les chefs d'état
Comment votre bouquin de 1936 pourrait-il reproduire une oraison introduite en 1955 ?

2. Où voyez-vous des oraisons inversées ?
Dans ce post, vous donnez le bon ordre.

Sinon, plutôt que de vous focaliser sur des titres, vous devriez comparer les textes entre votre livre de 1936 et ceux de 1951 et 1962. Vous constateriez qu'ils suivent le même ordre.
images/icones/1v.gif  ( 846244 )Vous ne pouviez pas le dire avant par Adso (2018-04-03 17:58:54) 
[en réponse à 846243]

"une oraison introduite en 1955 ?"
images/icones/1d.gif  ( 846246 )Quelle mauvaise foi ! par Turlure (2018-04-03 18:10:18) 
[en réponse à 846244]


clic
images/icones/5b.gif  ( 846248 )en toute sincerité par Adso (2018-04-03 18:18:15) 
[en réponse à 846246]

j'ai zappé ce bout de phrase où vous donniez la date...
images/icones/1p.gif  ( 846247 )« Ils ont des yeux et ne voient pas » (Ps 113,13) par Alexandre (2018-04-03 18:11:39) 
[en réponse à 846244]


une oraison introduite en 1955 ?

Vous ne pouviez pas le dire avant par Adso 2018-04-03 17:58:54

Ce fut fait, et dès le début de ce fil :


Elle a été remplacée en 1955 par une oraison pour les pouvoirs publics (pro omnibus res publicas moderantibus) qui est à la même place.


Tentative de réponse par Turlure 2018-04-02 23:23:54
images/icones/1h.gif  ( 846235 )Je ne vois pas le problème... par Alexandre (2018-04-03 16:34:31) 
[en réponse à 846217]

Turlure a été très clair : dans votre livre, il manque l'oraison pour l'Empereur très chrétien et la monition qui la précédait, parce qu'elle ne se disait plus depuis longtemps et que votre éditeur n'a pas voulu s'embarrasser de textes désuets. Mais dans les livres liturgiques officiels (en l'occurrence le Missale Romanum), elle a continué d'être imprimée jusqu'aux changements de 1955 où elle fut remplacée par l'oraison pour les pouvoirs publiques (n° 4 : Pro res publicas moderantibus)...
images/icones/1g.gif  ( 846240 )vous ne suivez pas par Adso (2018-04-03 17:30:57) 
[en réponse à 846235]

je vous dis que je n'ai ni l'un ni l'autre, et que par conséquent je n'ai pas cet ordre... la prière pour les besoins des fidèles n'est pas à sa place...
Je ne vous parle pas des missels qui trone sur l'autel, mais du recueil pour le fidel lambda, et de la bizzarerie de cette édition que j'ai
images/icones/1a.gif  ( 846241 )et j'ai bien saisi par Adso (2018-04-03 17:33:58) 
[en réponse à 846235]

que l'ordre officiel était celui cité par Turlure... ce qui ne m'explique pas le trou dans mon livre et l'ordre différent.

Maintenant que je sais que le pb ne vient pas de Rome et d'une réforme quelconque de l'ordre, je cherche à comprendre

Pb d'édition ?
Subtilité liée à la Belgique ?
images/icones/1y.gif  ( 846245 )Mais enfin par Turlure (2018-04-03 18:04:16) 
[en réponse à 846241]

Cela fait au moins depuis quinze messages qu'on vous explique que votre missel est tout-à-fait normal et adapté pour suivre ce qui aurait été dit à l'autel en 1936 !

Tout ce qu'il vous manquait pour suivre un vendredi saint de 2018 en forme extraordinaire, c'est l'oraison pour les dirigeants (1955) et le texte actuel de celle pour les juifs (2008).

Vous vous compliquez la vie...
images/icones/neutre.gif  ( 846250 )c'est bon par Adso (2018-04-03 18:30:01) 
[en réponse à 846245]

je n'avais juste pas vu que vous me disiez qu'elle datait de 1955 !
En fait j'ai pris connaissance de votre première réponse, que j'ai lu trop vite sur mon iPhone, et j'ai zappé le début...
Merci d'avoir pris le temps de répondre et je vous pris de m'excuser d'avoir insisté ainsi alors que vous donniez la réponse ...
Voilà ce que c'est de faire plusieurs choses à la fois...
images/icones/idee.gif  ( 846327 )Quelques élucubrations supplémentaires par Lycobates (2018-04-05 02:27:58) 
[en réponse à 846203]

Je crois que les réponses érudites et pertinentes dans ce fil vous auront comblé, et, les quelques malentendus dissipés

[étant le propriétaire ahuri, depuis quelques semaines seulement, d'un "i-phone", c'est ainsi que les neveux appellent ce machin, saeculum est et je confesse d'y avoir cédé, je me suis rendu compte de ce que peut signifier devoir lire sur un si petit écran, sans manquer aucune information, mais je me refuse de répondre ou d'écrire par ce biais si ce n'est de brèves notices],

je me permets d'intervenir à mon tour, maintenant que le ciel est clair, pour l'une ou l'autre précision, qui pourrait intéresser.

Il y a, on l'a dit, dans le Missel de 1570, dit de Saint-Pie V, sans aucun changement jusqu'en 1956, neuf oraisons spéciales le Vendredi Saint, après la Passion de Saint-Jean, la quatrième et dernière à être chantée (ou lue) pendant la Semaine Sainte, et avant l'Adoration de la Croix et la Messe des présanctifiés qui conclut la liturgie : 1º pour l'Église, 2º pour le Pape, 3º pour les évêques et leur clergé, 4º pour l'Empereur romain, 5º pour les catéchumènes, 6º pour des nécessités diverses, 7º pour les hérétiques et les schismatiques, 8º pour les Juifs, 9º pour les païens.
Mais l'ensemble des ces prières date de bien avant 1570, celle qui vous a tracassé particulièrement, la prière pour l'Empereur romain, mise en 4ème lieu, est déjà présente, avec d'autres, avec des formules identiques, dans les anciens sacramentaires gélasien et grégorien, jusqu'à un millénaire plus tôt. Ce n'est pas rien.
(On peut lire H. Schmidt, Hebdomada Sancta II : Fontes historici, Commentarius historicus (1957), p. 784 sqq.).

On s'est bien entendu posé la question, après la disparition forcée du Saint Empire en 1806 (rappelons que le Saint-Siège n'a jamais reconnu l'abdication de François II comme dernier Empereur romain pour devenir premier empereur d'Autriche sous le nom de François I, ce qui est aussi une des raisons pour le maintien dans le missel de l'oraison devenue anonyme), ce qu'il fallait faire avec l'oraison pour l'Empereur, dont on ne pouvait plus insérer de nom, sûrement après le décès de François en 1835.
La Congrégation des Rites a répondu deux fois, à ma connaissance, et de façon négative, d'abord à une requête de l'évêque de Cattaro (ou Kotor, au Montenegro), puis de façon plus génerale, requête non seulement d'omettre l'oraison dans la pratique (ce qui est évident), mais de la rayer des missels.
La première réponse date du 31 août 1839 (Decr. auth. 2800) et la deuxième, plus circonstanciée, du 27 septembre 1860 (Decr. auth. 3103).
Cette dernière mérite d'être citée :

Dubium III.
Quum ab anno 1806 in persona Francisci II Austriae Imperatoris cessaverit Imperium Romanum, non amplius hodie dicendae sunt Orationes pro Romanorum Imperatore assignatae tum Feria VI in Parasceve in Missa Praesanctificatorum, tum Sabbato Sancto in postrema parte Praeconii Paschalis ; quaeritur ergo
1. An praedictae Orationes expungendae sint in novis Missalis Romani editionibus ?
Et quatenus negative, 2. An ad utramque Orationem brevis apponi debeat Rubrica, qua declaretur eas hodie esse omittendas ?
Et quatenus negative, 3. An saltem istiusmodi adnotatio apponi debeat initio Missalis post Rubricas Generales inter Decreta Sacrorum Rituum Congregationis ?
R. "Ad 1 et 2 Negative ; ad 3 Affirmative".


Essai de traduction :
Puisque à partir de l'an 1806 l'Empire Romain a cessé en la personne de l'empereur d'Autriche François II, les oraisons pour l'Empereur romain ne doivent plus être dites aujourd'hui, tant le Vendredi Saint à la Messe des présanctifiés, que le Samedi Saint à la fin de l'annonce pascale ; dès lors la question est posée :
1) si les oraisons en question doivent être rayées dans les nouvelles éditions du Missel romain ?
2) et dans la mesure où la rèponse est négative, s'il faut apposer une brève rubrique à ces deux oraisons expliquant qu'il faut les omettre aujourd'hui ?
3) et dans la mesure où la rèponse est négative, s'il faut au moins apposer une note de ce genre au début du missel après les rubriques générales entre les décrets de la Congrégation des Rites ?
Réponse à 1) et 2) : négatif, à 3) : affirmatif.


Je n'ai jamais vu une note dans le sens du point 3) dans un missel d'autel postérieur à 1860, mais il est clair que l'omission de ces oraisons dans certains missels pour fidèles au XXe siècle va à l'encontre de la pratique constante de l'Église depuis 1806.
On comprend aisément pourquoi l'Église a voulu si longtemps maintenir ces oraisons, au moins sur papier : elles évoquent, comme je l'écrivais ici-même il y a des années, le souvenir, toujours salutaire, dans notre Église latine, au moins une fois par an, de cette république chrétienne d'antan, Civitas Dei souvent en puissance, parfois en acte, et qui dépassait et qui englobait dans la vraie Foi, au moins jusqu'au XVIe s., volontiers de part et d'autre, en les respectant, nations, cultures et langues, avant qu'elles ne fussent érigées l'une contre l'autre ou rendues homogènes et stériles par la force d'une Révolution malsaine. En effet, ces oraisons étaient priées partout dans le monde, aussi là où l'Empereur n'avait pas ou plus de sujets.
On comprend que les nationalismes exacerbés depuis le XIXe s. ne les supportaient plus, même pas sur papier. On comprend par conséquent le très grand manque de prudence et de clairvoyance d'y avoir voulu substituer des prières pro res publicas moderantibus qui justement cautionnent le contraire de cette catholicité d'antan en la rabaissant à une prière provincialiste.
images/icones/fleur.gif  ( 846347 )Merci beaucoup ! par Alexandre (2018-04-05 13:40:51) 
[en réponse à 846327]

Je venais justement de rechercher les sources des oraisons solennelles dans le Grégorien et le Gélasien...
images/icones/1a.gif  ( 846541 )"Das liebe heilge Römsche Reich" par Turlure (2018-04-10 23:07:02) 
[en réponse à 846327]

Cher Lycobates, je rebondis un peu tardivement sur votre message passionnant, venant de remarquer dans une version numérisée et librement accessible d'un missel parisien de 1497 que l'oraison romaine pour l'Empereur y était alors remplacée (mais depuis quand exactement ?)par une oraison pour le Roi Très Chrétien.

Dans la monition, imperatore est simplement remplacé par rege. On peut s'étonner que le roi de France, dont on sait qu'il est empereur en son Royaume se voie reconnaître une même vocation à soumettre toutes les nations barbares.

Dans l'oraison, Romanum benignus imperium devient Christianorum benignus imperium. On ne priait donc pas pour le seul royaume de France mais pour toute la Chrétienté dont le roi capétien est un des princes, au même titre que le Rex Romanorum qui n'a sur lui qu'une prééminence nominale.

Sans doute ce détail liturgique nous dit-il beaucoup sur la façon dont les Français percevaient leur rapport à l'Empire.
images/icones/1b.gif  ( 846558 )"... wie hält's nur noch zusammen?" par Lycobates (2018-04-11 12:40:19) 
[en réponse à 846541]

Cher Turlure, je vois que vous connaissez bien nos classiques !


... venant de remarquer dans une version numérisée et librement accessible d'un missel parisien de 1497 que l'oraison romaine pour l'Empereur y était alors remplacée (mais depuis quand exactement ?)par une oraison pour le Roi Très Chrétien.
Dans la monition, imperatore est simplement remplacé par rege.
On peut s'étonner que le roi de France, dont on sait qu'il est empereur en son Royaume se voie reconnaître une même vocation à soumettre toutes les nations barbares.



On peut s'en étonner, en effet.
Mais êtes-vous sûr qu'il s'agit bien d'une oraison pour le roi de France ?

Ce n'est pas si clair que ça, à mon avis, même si cette interprétation pourrait se défendre sous certains angles historiques, et vus certains parallèles.

En tout cas, le terme rege (pro imperatore) se trouve bien avant, déjà dans le sacramentaire gélasien, dans certaines variantes, et il désigne tout aussi bien l'Empereur romain qui allait devenir celui du Saint-Empire. Nous avons ainsi le Rex Francorum, aux temps des Ottons, qui devient le Rex Romanorum, à l'époque salique. Notez bien: rex, pas imperator. Aussi le titre double Rex Romanorum et (ou sive) Francorum existe. Ce n'est que beaucoup plus tard (notamment au XVIIIe s.) qu'on distinguait systématiquement les deux titres Romanorum Imperator, Germaniae Rex, quoique portés par la même personne.
Aussi en grec le mot pour "empereur", que la police nouvelle de ce Forum ne me permet plus d'écrire ici, est le même que celui de "roi".

Je crois donc plutôt que votre missel de 1497 a simplement repris une de ces formules médiévales, sans y attacher plus d'importance, même s'il n'est pas exclu que dans l'imagination nationale le roi de France (ou un autre ailleurs) ait pu prendre la place de l'Empereur, car ce que vous dites:

Sans doute ce détail liturgique nous dit-il beaucoup sur la façon dont les Français percevaient leur rapport à l'Empire


est sûrement vrai, mais peut-être davantage à une époque plus tardive ?

Le père Schmidt (un Batave), dans son étude que je citais dans l'autre message (et dont le latin, soit dit en passant, est parfois plutôt rocambolesque, un peu décevant pour un jésuite érudit de l'époque), disait bien, je crois à juste titre, à la page 789, que in hac oratione observari potest, quomodo Ecclesia ab imperatore romano (qui Constantinopoli sedet) ad regem Francorum se convertit, soit : qu'on observe dans cette oraison le glissement qui s'effectuait, dans l'Église d'Occident, de l'obédience due à l'Empereur de l'Est à celui des Francs, en somme la translatio Imperii ad Francos, avec les substitutions et superpositions des titres successifs (aussi le titre rex Christianorum apparaît).

En tout cas, depuis l'uniformisation de 1570 (même si ce missel ne s'est imposé que très graduellement dans certains pays, comme on sait) ces variantes ont disparu au profit de la formule classique, maintenue jusqu'en 1806, et en impression jusqu'en 1956.

Par ailleurs cette idée peut être bien vive et bien réelle, aussi chez quelqu'un qui n'est même pas européen, mais qui est demeuré catholique, comme le démontre l'exemple, que j'ai déjà cité ici, du philosophe colombien Nicolás Gómez Dávila (1913-1994), qui dit dans un de ses aphorismes:

Personalmente, sólo creo legítimo un mundo que presidan, desde tronos simétricos, Pontífice Romano y Emperador Germánico.


soit:

Personnellement, je pense que seul est légitime un monde que président, depuis deux trônes symétriques, le Pontife romain et l'Empereur germanique.


Il fallait attendre les ineffables liturgistes pastoraux de notre siècle et un Pontife modicae fidei et pusillanime pour abandonner définitivement l'idée de faire penser le monde catholique, un des jours les plus saints de l'année liturgique, non pas à des réalités contingentes et mesquines, qui sont déjà dans les intentions de tous les jours, mais à la préservation de cette grande double idée métaphysique, même si elle n'existe qu'en théorie aujourd'hui.
images/icones/neutre.gif  ( 846607 )Vous avez peut-être raison par Turlure (2018-04-12 09:19:01) 
[en réponse à 846558]

Il est dès lors possible que le terme de Rex soit ancien et désigne le roi des Romains, de même pour celui d'Imperium Christianorum.

Il est aussi possible à mon avis que cette version ait fait long feu en France car on s'est attaché à l'idée que ce Rex pouvait désigner ce roi qui, à l'ouest des Quatre Rivières, exerce souverainement l'autorité d'un César.

Je n'avais par ailleurs pas fait le parallèle intéressant avec l'appellation de Basileus (vous pardonnerez mon alphabet ) qui en effet désigne tant l'empereur romain que n'importe quel roi.