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( 846138 )
Agnus Dei de la Vigile pascale ? par Franciscus (2018-04-01 17:27:52)
Bonsoir,
J'ai peu prendre part hier à la Vigile Pascale célébrée dans une abbaye usus antiquoris, Deo juvante. J'ai tout suivi dans mon 800, 904. J'ai remarqué que l'Agnus Dei n'y était pas chanté au moment de la fractio panis.
"Non dicitur Agnus Dei / On ne chante pas Agnus Dei" p. 634 kk
Est-ce seulement parce qu'à la fin de la 2de partie des litanies on a déjà chanté un "Agnus Dei [...] parce nobis Domine" (p. 634 ee) ?
Est-ce pour éviter un "doublet" ou y a-t-il une raison plus mystagogique à cette particularité ?
Bonne semaine in albis, F.

( 846149 )
Archaïsme par Turlure (2018-04-01 22:13:38)
[en réponse à 846138]
La messe de la Vigile pascale a un certain nombre de particularités (dont certaines qu'elle partageait avec la vigile de la Pentecôte - au fait, l'indult de la PCED s'applique-t-il à la forme antérieure à 1955 de cette vigile ?) : pas d'introït, pas de graduel suivi d'un alléluia mais un alléluia suivi d'un trait, pas de cierges portés à l'Evangile, pas de Credo (et contrairement à ce que beaucoup imaginent, ce n'est pas à cause de la profession de foi du "renouvellement des promesses baptismales" qui est une invention moderne), pas d'antienne d'offertoire, pas d'Agnus Dei et de baiser de paix, pas d'antienne de communion mais un chant des vêpres (ou des laudes dans le rite de 1955) avant la post-communion qui est à la fois l'oraison de conclusion de cet office.
C'est un archaïsme : cette messe - en raison de son importance toute particulière - est restée imperméable à un certain nombre d'ajouts qui datent plutôt de l'Antiquité tardive et du Haut Moyen-Âge.
C'est aussi pour cette raison que les heures de l'office divin du Triduum n'ont pas de Deus in adjutorium, de Gloria patri et d'hymne.
On a été plus réticent à appliquer à ce temps particulièrement sacré ce qui était alors des nouveautés.

( 846159 )
Merci par Franciscus (2018-04-02 06:00:06)
[en réponse à 846149]
pour votre réponse : je relis le 904. Il y a ainsi des particularités de cette messe dont je ne m'étais pas rendu compte.
- l'Agnus Dei est-il dans la liturgie un ajout tardif d'une manière générale ?
- je vais chercher pour l'origine du baiser de paix.
Si je puis abuser de votre science : quel était le motif pour lequel la Vigile se célébrait autrefois le matin du samedi ?
Le fait que l'on évite des modifications par respect pour la solennité d'une liturgie est lui-même une leçon.
Merci encore.
Bonne semaine "in albis", F.

( 846161 )
Bonnes questions par Aigle (2018-04-02 09:35:05)
[en réponse à 846159]
Pour le déplacement de la vigile au samedi, on m'avait expliqué que le jeûne eucharistique empêchait de manger toute la journée du samedi le fidèle qui voulait communier à la vigile. D'où la nécessité de la placer au matin.
Comme les fidèles communiaient rarement avant les réformes de Saint Pie X, cette explication n'est pas valable. À moins que le souci manifesté ne soit plutôt celui du jeûne du prêtre célébrant la vigile ?
Bre ce serait l'allégement du jeûne eucharistique par Pie XII justement qui aurait permis de rétablir la vigile en soirée ...
Un savant liseur peut il vérifier ? Ou préciser ? Ou infirmer ?

( 846166 )
Vous avez tout-à-fait raison par Turlure (2018-04-02 11:08:38)
[en réponse à 846161]
Le passage du jeûne depuis minuit à celui de trois heures et l'introduction des premières messes du soir sous Pie XII sont complètement liés, le but du premier changement étant de permettre le second (et non de doper les ventes de viennoiseries le dimanche matin ! Du reste, le jeûne de trois heures ne s'applique d'abord QUE dans le cas des messes du soir, la règle traditionnelle restant en vigueur pour le matin).
Et s'agissant de la communion, c'est en effet avant tout celle du prêtre, qui est soumis aux mêmes règles du jeûne. Mais du reste, la communion du clergé et des fidèles était possible le Samedi Saint, c'et le Vendredi Saint qu'on ne devait pas la donner.

( 846172 )
Merci mais par Aigle (2018-04-02 13:23:13)
[en réponse à 846166]
Cher Turlure j'ai une question : à qu'elle date la vigile a t elle été célébrée le matin et non plus le soir ?
Met autre question pourquoi la vigile n'a t elle pas été fixée comme la messe de la Nuit de Noël à minuit ?
L instant de la résurrection n'est elle pas traditionnellement fixée à minuit ?

( 846175 )
En 1566 par Turlure (2018-04-02 13:47:32)
[en réponse à 846172]
la bulle de saint Pie V Ad cujus notitiam interdit de célébrer les offices du Triduum l'après-midi, ce qui semble indiquer que cela se faisait encore en certains endroits. Mais la pratique la plus fréquente était déjà depuis un moment de célébrer le matin.
La messe de la nuit de Noël a sa place liturgiques entre matines et laudes (donc bien après les premières vêpres, ce qui signifie que c'est déjà Noël avant le début de la messe de minuit, contrairement à une croyance répandue). Elle a lieu la nuit et, toujours en raison du jeûne à l'origine, ne doit pas commencer avant minuit.
Ce n'est pas le cas de la messe du Samedi Saint qui a été d'assez bonne heure déterminée pour se conclure par les premières vêpres de Pâques et donc se célébrer en journée, rompant en effet avec la pratique la plus antique de la vigile qui consistait à veiller toute la nuit.
La réforme de 1951-1955 a en un sens voulu calquer le cas de Pâques sur celui de Noël en inventant des vêpres (non festives) du Samedi Saint et en concluant la Vigile par le chant des laudes de Pâques sur le même plan des anciennes premières vêpres. Il n'y a ainsi ni complies ni matines, les prophéties de la vigile remplaçant plus ou moins les matines. Cela avec le résultat étrange que la fête de Pâques, la plus grande de l'année, n'a pas de première vêpres, ni de matines.
Enfin, minuit n'est en aucun cas l'heure traditionnelle de la Résurrection ! C'est une invention moderne. Le milieu de la nuit est le moment traditionnel de la Nativité (et nox in suo cursu medium iter haberet) mais celui de la Résurrection est le matin du troisième jour, qui est le premier jour de la semaine (quae lucescit in prima sabbati). C'est ainsi que certains rites monastiques ou diocésains célébraient par une procession le lever du soleil du dimanche de Pâques, au moment des Laudes. Vous me direz avec raison que c'est un ersatz du fait antique de la célébration de la messe de la Résurrection au petit matin après la vigile.
Je connais au moins une paroisse NOM qui à une époque célébrait la vigile pascale vers cinq heures du matin afin qu'elle se termine le jour, ce qui devait être assez émouvant.

( 846177 )
Merci Turlure par Aigle (2018-04-02 14:10:30)
[en réponse à 846175]
De vos précisions .

( 846259 )
En effet, par Philippilus (2018-04-03 20:28:31)
[en réponse à 846175]
Pour citer un exemple de rite diocésain, le rituel Coutançais prévoyait le matin de pâques, à 5 heures une "procession de la résurrection", procession solennelle du Saint Sacrement qui était suivie par le chant des matines.
Philippilus

( 846286 )
Merci, mais... par Alexandre (2018-04-04 14:29:37)
[en réponse à 846175]
Minuit n’est en aucun cas l’heure traditionnelle de la Résurrection ! C’est une invention moderne. (…)
[Le moment traditionnel] de la Résurrection est le matin du troisième jour, qui est le premier jour de la semaine (quae lucescit in prima sabbati).
Certes, vous dites une évidence, mais je n’y avais jamais prêté attention et cela devient donc pour moi une révélation ; merci !
Cela étant, si l’on célèbre la première messe de la Résurrection juste avant l’aurore du dimanche de Pâques, comme c’était généralement le cas avant le VIII° siècle, à en croire dom Flicoteaux (
Le Triomphe de Pâques - La cinquantenaire pascale, 1952, p. 55), des premières vêpres de la Résurrection avec
allelúias n’ont plus de sens. En effet, si la rubrique du
Cæremoniale Episcoporum a du sens (1), l’
alléluia de la vigile doit être le premier depuis la Septuagésime !
Je connais au moins une paroisse NOM qui à une époque célébrait la vigile pascale vers cinq heures du matin afin qu'elle se termine le jour, ce qui devait être assez émouvant.
En effet, cela doit redonner tout son sens au côté aliturgique du Samedi saint et à la célébration de la Résurrection elle-même ! Même en célébrant la vigile tard, le Samedi saint, dans la forme ordinaire ou extraordinaire, j’ai toujours trouvé qu’on passait bien vite de la mort à la résurrection du Seigneur.
(1) Livre II, chap. 27, n° 25 :
« Finita Epistola, Subdiaconus dimisso libro in manu cæremoniarii, immediate accedens ante sedem Episcopi, clara voce dicit , Reverendíssime Pater , annúntio vobis gáudium magnum , quod est Allelúja
, et statim accedens, osculatur ejus manum. (...)
»

( 846289 )
[réponse] par Turlure (2018-04-04 15:46:34)
[en réponse à 846286]
Cela étant, si l’on célèbre la première messe de la Résurrection juste avant l’aurore du dimanche de Pâques, comme c’était généralement le cas avant le VIII° siècle, à en croire dom Flicoteaux (Le Triomphe de Pâques - La cinquantenaire pascale, 1952, p. 55), des premières vêpres de la Résurrection avec allelúias n’ont plus de sens. En effet, si la rubrique du Cæremoniale Episcoporum a du sens (1), l’alléluia de la vigile doit être le premier depuis la Septuagésime !
Je pense que si l'on faisait ce choix-là, il faudrait peut-être considérer le chant de l'Exsultet comme une sorte de substitut de vêpres, puis ce qui suit comme l'office de la nuit. On serait comme transporté à une époque où la distinction entre messe et office divin n'est pas aussi claire qu'elle ne l'est devenue. Il y aurait l'Exultet à la tombée de la nuit, beaucoup de prophéties toutes la nuit (le clergé se relayant et les fidèles pouvant rester ou rentrer chez eux), puis les baptêmes aux premières lueurs du jour suivis de la messe au lever du soleil. Mais, pour le coup, les éventuels reproches d'archéologisme pourraient être assez justifiés !
En effet, dans le cas de Pâques, si premières vêpres il y a, elles ne sauraient être qu'en conclusion de la messe de la vigile. Cette messe marque en effet une coupure (Gloria, Alleluia) qui ne se trouve pas dans la messe de la nuit de Noël.

( 846176 )
Conséquence anecdotique de ce déplacement par Candidus (2018-04-02 14:04:10)
[en réponse à 846166]
Cela a rallongé de 12 heures notre carême qui, avant la réforme de Pie XII, se terminait le Samedi Saint à midi - ou dès que la cérémonie du Samedi Saint était achevée.

( 846165 )
L'Agnus Dei par Turlure (2018-04-02 11:00:02)
[en réponse à 846159]
- invocation d'origine byzantine - aurait été institué en Occident par le pape Serge Ier à la fin du VIIe siècle (
Queleques éléments sur Wikipedia), le
Dona nobis pacem étant encore un peu plus tardif.
A l'origine, la vigile pascale occupe toute la nuit du samedi au dimanche, où l'on chante lectures et psaumes et célèbre baptêmes avant de guetter le lever du soleil de la Résurrection et de célébrer les Saints mystères.
Plus tard (je ne saurais pas dater cela de mémoire mais disons dans la seconde moitié du premier millénaire) on déplace cette cérémonie dans l'après-midi du samedi, entre les heures de nones et de vêpres (ce qui est aussi le cas des deux autres offices liturgiques du Triduum et de toutes les féries d'Avent et de Carême et vigiles jeûnées.
Au Bas Moyen Âge, on finit par célébrer toutes ces messes avant midi (en avançant sexte et none dans la matinée et les vêpres à midi) afin de favoriser le respect d'un jeûne complet de nourriture et d'eau avant la communion.
La Vigile pascale avant Pie XII devait donc débuter de très bonne heure le matin du Samedi Saint (vers huit heures) pour se terminer vers midi. Le droit canon prévoyait alors que le jeûne quadragésimal finissait le Samedi Saint à midi.

( 846193 )
Merci par Franciscus (2018-04-02 19:38:19)
[en réponse à 846165]
pour toutes ces réponses ! Quelle science !
Je continue aussi à chercher pour le "baiser de paix" dont je connais mal l'histoire. F.

( 846264 )
Je me joins à vous... par Paterculus (2018-04-03 21:14:54)
[en réponse à 846193]
... pour remercier et féliciter Turlure.
Votre dévoué Paterculus