Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=844925
images/icones/vatican.gif  ( 844925 )Lettre Placuit Deo sur certains aspects du salut chrétien publiée par la CDF par Jean Kinzler (2018-03-01 19:31:48) 

CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI

Lettre Placuit Deo
aux Évêques de l'Église catholique
sur certains aspects du salut chrétien


Texte en français à lire sur Vatican.va
images/icones/fleche2.gif  ( 844947 )Au moins deux autres idées fragilisent le salut chrétien. par Scrutator Sapientiæ (2018-03-02 15:27:01) 
[en réponse à 844925]

Bonjour Jean Kinzler,

Il est possible que je me trompe complètement, en écrivant ce qui suit, et je vous remercie de me le dire, si jamais c'est le cas.

Il est question, dans Placuit Deo, de néo-gnosticisme et de néo-pélagianisme.

Or il me semble vraiment qu'au moins deux autres idées, peut-être évoquées au passage, dans le document de la CDF, portent gravement atteinte au maintien en bonne santé, notamment doctrinale et pastorale, de la conception catholique du salut chrétien et de la relation des catholiques au salut chrétien.

La première idée est à peu près celle-ci : une certaine forme de "néo-origénisme", d'après laquelle, pour le dire rapidement, "on irait tous au paradis", y compris les croyants non chrétiens et les non croyants qui respectent les droits de l'homme et la foi en l'homme.

La deuxième idée est plus ou moins celle-ci : un certain type de "praxis", d'après lequel la transformation fréquente, consensuelle et dialoguante ad extra, des structures et des relations de l'Eglise, en vue de leur adaptation et de leur évolution, conformément à un état d'esprit initialement extérieur au catholicisme, serait plus propice à l'actualisation qu'à la fragilisation de la conception catholique du salut chrétien et de la relation des catholiques au salut chrétien, et serait de toute façon plus chrétienne que la préservation, confessante et dissensuelle ad extra, des structures et des relations de l'Eglise.

Il va de soi que, quand je parle de "néo-origénisme", je parle d'au moins une composante de l'origénisme qui a été attribuée, sans doute à tort, à Origène, mais qui n'a sûrement pas été condamnée à tort.

Et il va de soi que quand je parle de "praxis", je ne parle pas de la praxis marxiste, ou de la praxis marxiste-léniniste, mais de la pastorale, quand celle-ci se réduit ou se soumet à une transformation fréquente des structures et des relations de l'Eglise, dans l'accommodation accommodante, comme si cette transformation fréquente avait une visée et une portée salvifiques.

Je vous prie de bien vouloir m'excuser, si jamais j'ai eu tort, en écrivant ce qui précède, et je vous souhaite une bonne journée.

Scrutator.
images/icones/ancre2.gif  ( 844962 )Le changement de paradigme par Paterculus (2018-03-02 20:01:34) 
[en réponse à 844947]

Merci cher Scrutator, pour ces remarques.
On ne nous définit guère le changement de paradigme : on en parle beaucoup, mais on ne dit pas quel est l'ancien paradigme ni quel est le nouveau.
Je crois que ce changement est le suivant : autrefois on disait que la contemplation précède l'action, maintenant (certains le disent depuis quelques décennies mais sous l'actuel pontificat ce semble être la norme) on pense que la pastorale précède la doctrine ; et ce n'est pas sans rappeler la formulation marxiste, pour laquelle l'action précède l'idéologie.
Ce nouveau paradigme est inacceptable. C'est en regardant la nature des êtres (Dieu, l'homme, les autres créatures), donc dans la contemplation, qu'on sait comment se situer et se comporter.
Votre dévoué Paterculus
images/icones/hein.gif  ( 844965 )Kant ? par Aigle (2018-03-02 21:14:41) 
[en réponse à 844962]

Pardonnez mon pédantisme cher Paterculus

Je me demande si Kant n'est pas l'auteur du nouveau paradigme.

Je veux dire que Kant explique que les questions métaphysiques sont impossibles à résoudre par la raison et qu on peut vivre et élaborer une philosophie pratique sans y répondre .

Un peu de la même façon certains clercs pensent que les querelles théologiques sont impossibles à arbitrer. Il vaut donc mieux les laisser de côté (pour les pélagiens rigides ?) et s'intéresser à attirer vers l'Eglise des braves gens périphériques sans leur casser la tête avec des concepts.
images/icones/fleche2.gif  ( 844979 )Kant est plutôt le fossoyeur de l'ancien paradigme. par Scrutator Sapientiæ (2018-03-03 08:47:54) 
[en réponse à 844965]

Bonjour Aigle,

Il me semble vraiment que Kant est plus le fossoyeur de l'ancien paradigme ou, en tout cas, le fossoyeur de la composante métaphysique de l'ancien paradigme, que le créateur du nouveau paradigme, à partir de Schleiermacher.

Considérons ce que nous subissons, et constatons ensemble que ce que nous subissons, depuis l'intérieur de l'Eglise catholique, n'est certainement pas d'inspiration kantienne, même si, évidemment, l'inhumation de la métaphysique par Kant a rendu possible l'inspiration et l'orientation ultérieure de bien des clercs, au sens large, par et vers d'autres références, que je viens d'évoquer dans un autre message.

Comme je l'ai déjà écrit, au moins une fois, sur le FC, il est piquant de constater que le néo-kantisme et le néo-thomisme ont décliné presque parallèlement et simultanément, après 1945, et que l'un et l'autre ont perdu du terrain, et même beaucoup de terrain, face à des courants de pensée qui sont peu favorables au mode de raisonnement analytique ou au mode de raisonnement métaphysique, et qui sont plus favorables au mode de raisonnement herméneutiste et/ou au mode de raisonnement historiciste.

Or, j'ai pour ma part la conviction qu'il y a un lien de causalité, à tout le moins indirecte, entre l'adhésion durable à ce mode de raisonnement, herméneutiste et/ou historiciste, et la pérennisation de la "praxis", transformatrice des structures et des relations de l'Eglise catholique, à laquelle nous avons droit depuis longtemps.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/bravo.gif  ( 845048 )Merci par Aigle (2018-03-04 19:05:56) 
[en réponse à 844979]

Cher Scrutator pour vos précisions

Je pense que vous avez raison : Kant a contesté l'intérêt de la métaphysique mais il n'a pas contesté la Raison et à en fait largement transposé dans un contexte laïcisé la morale chrétienne me semble t il. Ce sont d'autres philosophes qui ont construit une philosophie coupée du réel et de la raison ...
images/icones/ancre2.gif  ( 845008 )Sans doute ... par Paterculus (2018-03-03 20:32:37) 
[en réponse à 844965]

... avez-vous en grande partie raison, mais Scrutator répond mieux que je ne saurais le faire à votre réflexion intéressante.
VdP
images/icones/fleche2.gif  ( 844978 )Voici les auteurs qui ont inspiré ce changement de paradigme. par Scrutator Sapientiæ (2018-03-03 08:27:07) 
[en réponse à 844962]

Bonjour et merci, Paterculus.

Je vais essayer d'être aussi concis que précis : voici les auteurs qui ont inspiré, hier, et qui inspirent, encore aujourd'hui, bien plus que d'autres auteurs, ce changement de paradigme : Schleiermacher, Hegel, Husserl, Scheler, Heidegger, Jaspers, Lévinas, voire, d'une manière moins prégnante et plus tardive, Habermas.

Il me semble vraiment qu'au moyen d'une prise d'appui sur ces auteurs, ou plutôt d'une prise d'appui sur la réception néo-catholique post-moderne de ces auteurs, le changement de paradigme a pour effet, sinon pour objet, entre autres, le remplacement de l'annonce dans la vérité, en vue de la conversion théologale, par le dialogue dans le consensus, en vue de la convergence axiologique.

Dans le cadre du présent raisonnement, il convient de préciser que le suivisme de bien des philosophes chrétiens et des théologiens catholiques a continué, au-delà de la mort de Paul VI : ce n'est pas parce que ce suivisme a cessé d'être marxisant et teilhardien qu'il a cessé d'être du suivisme. Cette précision est vraiment d'une extrême importance.

Simplement, ce suivisme s'est reporté sur d'autres auteurs ; ainsi, confrontés aux trois "maîtres du soupçon" (Marx, Nietzsche, Freud), certains de ces intellectuels ont cru devoir et pouvoir prendre appui, d'une manière relativement contra-positionnelle, par rapport à ces "maîtres", en recourant, respectivement, à Hegel, et non à Marx ; à Husserl, et non à Freud ; ou à Heidegger, et non à Nietzsche.

Comme vous-même le soulignez, du fait de ce changement de paradigme, qui se manifeste autant au niveau des catégories mentales qu'au niveau des comportements concrets, le risque est que les catholiques soient non seulement de moins en moins contemplatifs, mais aussi de moins en moins missionnaires, d'une manière affichée et assumée.

Renseignons-nous, et renseignons les autres, autour de nous, sur la "philosophie de la libération" et sur "la théologie du peuple", pour faire savoir et pour faire comprendre jusqu'où peut aller ce changement de paradigme.

Bonne journée.

Scrutator.