Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 843960 )Lire le bréviaire par Luc de Montalte (2018-02-06 23:52:55) 

Dans ses Institutions liturgiques, Dom Guéranger écrit (au chapitre I) :

Quant à la récitation privée des formules de la Liturgie dans l’Office divin par les clercs, les bénéficiers et les réguliers, lesquels sont tenus de suppléer en particulier à ce qu’ils n’accomplissent pas au chœur, on ne saurait la considérer comme une œuvre de dévotion privée : elle est un acte de religion sociale. Celui qui prie ainsi est député officiellement pour ce sujet. Sa parole, son intention même, appartiennent à l’Église. S’il pèche en cet emploi, c’est contre l’Église autant que contre lui-même qu’il pèche. Ainsi la récitation du Bréviaire, quoique dans nos malheureux temps et dans notre pays elle n’ait plus guère lieu que dans le particulier, n’en est pas moins une chose liturgique, une œuvre liturgique.



Qu’en est-il toutefois des laïcs qui n’ont pas cette députation officielle ? Est-ce pour eux une simple dévotion privée que de lire le bréviaire, ou plus que cela ?

Merci de vos réponses !
images/icones/livre.gif  ( 843966 )Une réponse d’Antoine Arnauld… par Luc de Montalte (2018-02-07 01:41:15) 
[en réponse à 843960]

… peut être trouvée dans sa défense de la traduction du bréviaire par le Père Le Tourneux qui avait été condamnée par l’Official de Paris, M. Chéron. C’est surtout le quatrième paragraphe qui nous intéresse ici, mais je recopie entièrement la conclusion de son introduction qui s’appuie principalement sur deux lettres pastorales de l’Archevêque de Paris :

Il [M. l’Official] ne peut donc désavouer que ce ne soient des vérités très clairement établies par son Archevêque parlant au nom de son Église & expliquant aux fidèles de son Diocèse les sentiments des Pères et leur proposant les exemples des Saints¸

1°. Que ce que Jésus-Christ nous recommande, de prier toujours, ne regarde pas seulement les Ecclésiastiques, mais généralement tous les chrétiens.

2°. Que la manière la plus facile & la plus proportionnée à l’infirmité humaine d’observer ce commandement est de prier Dieu & de le louer tous les jours à diverses fois, pour empêcher que les distractions & les tentations continuelles n’éteignent insensiblement en nous son esprit ; ce qui pourrait aisément arriver, si nous n’avions soin de nous reprendre de temps en temps, pour entretenir le feu de sa charité, par le recueillement et par la prière.

3°. Que c’est dans cette vue, selon S. Jérôme, que l’Église, dès les premiers siècles a marqué six ou sept différentes heures, où les chrétiens offriraient à Dieu leurs prières, & chanteraient ses louanges ; où en particulier ou en public, afin de ne pas demeurer trop longtemps sans élever leur cœur au ciel.

4°. Qu’il y a lieu de croire que cette sainte pratique a toujours été plus exactement observée par les Ecclésiastiques ; parce qu’étant destinés au service de l’Autel, ils ont un engagement particulier à prier pour eux-mêmes & pour tout le reste de l’Église ; mais que c’est pour cette raison que les laïques craignant Dieu, ont dû croire qu’ils ne pouvaient faire de prières vocales qui lui fussent plus agréables qu’en se servant des mêmes livres que les Ecclésiastiques, pour s’unir d’esprit avec eux.

5°. Qu’ils l’ont fait aussi, depuis les jeunes enfants jusques aux Rois et aux Princes, durant plus de neuf ou dix siècles où l’on n’avait gare de leur vouloir cacher ce qui se chantait ou se disait dans l’Église, puisqu’on n’y disait rien que dans les langues vulgaires entendues de tout le monde.

Il est arrivé depuis, que la langue latine, qui était la vulgaire lorsque la Religion Chrétienne s'est établie dans l’Occident, ayant cessé peu à peu de l’être depuis cinq ou six siècles, par l'introduction de nouvelles langues, qui ont passé par beaucoup de changements, avant que d'être un peu fixées, l'Église n'a pas cru, pour de fort bonnes raisons, devoir changer dans son Office public la langue dans laquelle il s’était fait pendant tant de siècles. Et cela a été cause qu'une infinité de personnes qui n'ont point étudié, n'ont pu entendre le sens des prières que l’on faisait dans l’Église, & des saints Cantiques que l'on y chantait à la louange de Dieu, à moins qu'on ne les leur expliquât ou par les prédications, qu'on n'a jamais douté qui ne se dussent faire en un langage entendu de tout le monde, ou par des versions proportionnées à l'intelligence des simples, qu'on leur mettrait entre les mains.

Or on voit assez que c'est ce dernier moyen des traductions, qui est le plus facile, & qu'il peut être un puissant attrait aux personnes pieuses, qui n'ont pas étudié, défaire ce qui leur est conseillé par leur Archevêque, à l’exemple de tous les Saints des-premiers siècles, qui n'avaient point d'autres livres pour prier que ceux des Ecclésiastiques, c’est à dire de réciter le Bréviaire, en tout ou en partie, autant qu'ils en pourront avoir le loisir. Car quoique se joignant en esprit avec le corps de l’Église & élevant son cœur au ciel, on puisse faire des prières vocales en une langue que l’on n’entend point, qui ne laissent pas d'être agréables à Dieu, il est certain néanmoins, que c'est un grand avantage pour prier avec plus de goût, plus d'attention & plus de consolation, d'entendre le sens des paroles dont on se sert, ou pour implorer la miséricorde de Dieu, ou pòur célébrer ses louanges; & qu'on est bien plus tenté de le faire avec dégoût & avec ennui, ou au moins avec peu de ferveur quand on est privé de ce secours. C'est ce que le peuple chrétien sent de soi-même, & ce que reconnaissent assez ceux qui ont le plus de zèle pour le porter à la dévotion. Car c'est par-là qu'on a introduit dans les familles chrétiennes l’usage si saint des prières communes le soir & le matin , une personne de condition en ayant dressé en français, dont s’est fait depuis une infinité d'éditions, jusques dans les pays étrangers. C'est ce qui a fait aussi imprimer tant de fois des Heures latines & françaises, & que,tout nouvellement, on en a fait de nouvelles à Rouen, qu’on a données presque pour rien, afin que les moins accommodés en pussent avoir.

images/icones/neutre.gif  ( 843970 )Certains prêtres traditionnels par Turlure (2018-02-07 08:30:03) 
[en réponse à 843960]

Vous répondrons cela (en tous cas je l'ai déjà entendu) : si on n'a pas de mission donnée par l'Eglise (clercs et religieux) de réciter sa prière publique, dire le bréviaire est une dévotion privée.

J'ai toujours trouvé cela curieux : il me semble que dire l'office, qu'on y soit astreint ou non, c'est participer à la prière univoque de l'Eglise. Ce n'est simplement pas obligatoire pour tous.

Dira-t-on aussi qu'un laïc qui vient chanter les vêpres un dimanche dans sa paroisse fait une dévotion privée ?
images/icones/1w.gif  ( 843971 )Mon "ressenti"… par Yves Daoudal (2018-02-07 12:11:30) 
[en réponse à 843960]

est que c’est à la fois un acte liturgique et une dévotion privée.
C’est un acte liturgique en ce sens que c’est une participation à la liturgie de l’Eglise, soulignée par le fait que les dialogues sont conservés alors qu’on est tout seul. Mais c’est une dévotion privée en ce sens qu’on n’y est pas obligé. Ainsi, quand je ne peux pas dire le bréviaire, je ne me demande pas si c’est vraiment un cas de force majeure ou un accommodement avec mon emploi du temps bouleversé, alors que si j’étais prêtre ou religieux je me poserais la question sérieusement, pour déterminer si c’était un péché ou non.
images/icones/hein.gif  ( 843972 )Doit-on cependant… par Luc de Montalte (2018-02-07 13:23:13) 
[en réponse à 843971]

… dire « dominus vobiscum » dans la récitation particulière ? Le diurnal édité par l’abbaye du Barroux, que j’utilise, indique, page 333 de l’édition de 2002 :

V. Dominus vobiscum.
R. Et cum spiritu tio.

Dans la récitation privée (ou publique, si l’on n’est pas diacre), au lieu du verset précédent, on dit le suivant, ce qui s’observe dans les autres cas semblables au cours de l’office :

V. Domine, exaudi orationem meam.
R. Et clamor meus ad te veniat.



Sed contra :

Au moins pour les ecclésiastiques, je lis en revanche la chose suivante au tome XIII de l’Histoire ecclésiastique de Fleury :

images/icones/neutre.gif  ( 843973 )[réponse] par Yves Daoudal (2018-02-07 13:41:12) 
[en réponse à 843972]

J'ai évité à dessein de préciser ce que j'entendais par "dialogues". Je sais qu'il y a une discussion sur ce sujet. Quant à moi je suis bêtement ce que me dit mon bréviaire : on remplace "Dominus vobiscum" par "Domine exaudi orationem meam". On garde le dialogue en supprimant ce qui suppose explicitement la présence de plusieurs personnes.

J'ai lu quelque chose là-dessus il n'y a pas longtemps. Je ne sais plus où. Ça m'a fait penser que j'avais suivi ce que dit mon bréviaire sans me poser de question. En fait je ne verrais aucune objection à dire "Dominus vobiscum".

Cela dit, c'est une autre discussion. Car cette modification concerne le clerc qui normalement devrait être au choeur et se trouve seul. Cela ne change rien au fait que la récitation (ou le chant, pourquoi pas) du bréviaire par un clerc seul est un acte liturgique.
images/icones/abbe1.gif  ( 844013 )Au moins diacre par Alexandre (2018-02-07 22:41:58) 
[en réponse à 843973]

En fait je ne verrais aucune objection à dire "Dominus vobiscum".



Cher Yves,

Le Dóminus vobíscum ne dépend pas que du nombre de ceux qui célèbrent l'office divin. Il dépend aussi de la qualité de celui qui dit l'oraison : il doit être au moins diacre. Ainsi, dans un chœur de 60 moniales, vous n'entendrez jamais que le Dómine exáudi.
images/icones/1w.gif  ( 844031 )Exact. par Yves Daoudal (2018-02-08 12:54:21) 
[en réponse à 844013]

Comme d'habitude.

(Il m'énerve... )

Cela dit je m'en sors bien . Je craignais de me faire écrabouiller sur l'essentiel de mes réponses , c'est pourquoi j'avais pris la précaution de dire "sous toute réserve".
images/icones/1a.gif  ( 843974 )Acte liturgique ? par Luc de Montalte (2018-02-07 13:54:20) 
[en réponse à 843971]

Dire cela n’implique-t-il pas que des laïcs seraient capables d’accomplir des actes liturgiques, ce qui me semble absurde ?

Je vous rejoins sur le fait que c’est une dévotion privée, puisque d’après la définition du DTC, une dévotion n’est publique que si elle est exercée au nom de l’Église.

Merci à vous ainsi qu’à Turlure pour vos réponses !
images/icones/1i.gif  ( 843980 )Absurde ? par Yves Daoudal (2018-02-07 17:15:34) 
[en réponse à 843974]

Assister à la messe (aux vêpres, etc.) est un acte liturgique. Et la la liturgie le souligne :

vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis...

Orate, fratres, ut meum ac vestrum sacrificium...
images/icones/hein.gif  ( 843981 )Sed contra? par Etienne (2018-02-07 17:33:24) 
[en réponse à 843980]

Peut-on dire que lire sa messe chez soi est un acte liturgique?

(Je précise qu'il s'agit de ma part d'une vraie question dont je ne connais pas la réponse...)
images/icones/neutre.gif  ( 843985 )[réponse] par Yves Daoudal (2018-02-07 17:57:09) 
[en réponse à 843981]

On en revient d'une certaine façon à ce que je disais pour le bréviaire. C'est un acte liturgique dans la mesure où c'est une participation à la liturgie de l'Eglise, ce ne l'est pas, et c'est donc une dévotion privée, en ce sens que pour qu'il y ait réellement la messe il faut un prêtre.

Cela dit sous toute réserve. C'est seulement ce que je pense.
images/icones/hum2.gif  ( 843990 )Je voulais dire… par Luc de Montalte (2018-02-07 18:38:18) 
[en réponse à 843980]

… capable d’accomplir des actes liturgiques seuls, ce qui me semble en effet problématique.
images/icones/1e.gif  ( 843994 )À partir de quelle distance… par Marquandier (2018-02-07 19:09:15) 
[en réponse à 843990]

…et de quel intervalle de temps est-on considéré « seul(s) » ? Il y a toujours quelqu’un qui prie en même temps que soi, au pire sur un autre fuseau horaire.

L’unité du contenu de la prière et la communion des saints ne sont-elles pas aussi à considérer, et pas seulement le rassemblement temporel et géographique ?
images/icones/1a.gif  ( 843995 )Vous avez raison. par Yves Daoudal (2018-02-07 19:54:51) 
[en réponse à 843994]

C'est même en cela que la prière solitaire du bréviaire est liturgique: elle se fait en communion avec ceux qui disent la même prière. C'est spécialement vécu par le moine qui est en voyage.
images/icones/op2.gif  ( 843979 )L'aspect juridique est réducteur... par Montes Gelboe (2018-02-07 16:41:05) 
[en réponse à 843971]

Comme toute la liturgie, la prière des Heures contenue dans le bréviaire est l'action de tous, ainsi que l'indique l'étymologie du mot.
Les textes eux-mêmes, leur agencement, leur organisation dans l'heure, dans la journée, la semaine, l'année liturgique, même hors de toute célébration rituelle, sont des témoignages publics, des sujets d'étude et d'enseignements historiques ou culturels.
Ils développent plus largement et profondément que les pièces de la messe le symbolisme, la théologie, la mystique des solennités, des temps liturgiques, des fêtes des saints.
Ils sont éminament capables d'élever l'âme de celui ou celle qui cherche à y accéder.
Enfin, dans l'état de déréliction, de délabrement et de stérilité de beaucoup de célébrations publiques dégradées, ils sont l'occasion d'un contact personnel étroit et exact avec la liturgie authentique et non-polluée.
On peut toutefois regretter que le dernier état du Bréviaire romain, dans son édition typique de 1962, résultat d'amputations, d'épurations, de suppressions, présente la prière des Heures sous un aspect racorni et hâtif. L'équilibre, la profondeur, sinon la splendeur de la construction doit être recherchée dans les rits monastiques, ou d'ordres canoniaux plus conservateurs, voire dans le bréviaire romain antérieur aux réformes du pape Pie X.
La langue latine est certes un écran...Le latin liturgique ne présente pas de difficultés majeures pour un latiniste modeste ou débutant. Il existe une traduction critique complète du Bréviaire romain par dom Gréa, et l'actuel Diurnal monastique, des éditions Ste Madeleine, permet aux non-latinistes, un accès facile et progressif aux Heures monastiques du jour, qui ont conservé heureusement les textes authentiques des psaumes, des hymnes et la psalmodie antique prescrite par la règle bénédictine.