Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 843921 )L'amitié politique par le torrentiel (2018-02-06 04:26:58) 

Pour que la République indivisible ne soit pas divisée, il faudrait qu'y règne l'amitié politique ou une certaine convergence d'intérêts, que l'on sait divergents, entre des citoyens déchirés par la crise identitaire. Il n'y a donc pas moyen d'imposer cette convergence. La République antiraciste donne à la divergence entre les citoyens, qui n'ont pas tous baigné dans le même bain culturel, le nom ethniciste de #communautarisme. Le seul moyen d'éviter que cette divergence ne parte en vrille ou ne dégénère en guerre civile serait de susciter l'amitié politique en faisant que la chose du peuple soit plus démocratique et moins républicaine. Ou au moins, ce serait de ne pas se focaliser sur l'indivision républicaine. Et la laïcité non plus n'est pas un bon instrument, car c'est un idéal négatif, une religion sans croyance qui prétend relier sans avoir de liant, car ce qui relie ne peut être qu'un contenu de foi, ou à défaut des traditions plus ou moins fidèles à la religion qui les a fait naître.

Les pays musulmans ont tort de proscrire l’athéisme, mais les pays chrétiens ont tort de prescrire la laïcité comme norme fanatique.

L’antiracisme est une erreur stratégique, plus ou moins volontaire, qui consiste à imposer un sentiment, qui devrait êtrenaturel, y compris aux réflexes archaïques de la politique, qui jusqu’au vingtième siècle finissant, désignaient l’étranger comme un ennemi potentiel, étaient donc xénophobes, et pratiquaient l’amitié politique nationale et la méfiance politique internationale, au lieu qu’on voudrait de nos jours pratiquer l’amitié politique internationale et la vigilance intérieure, ce qui, en plus d’être absurde, comme de vouloir imposer un sentiment, braque les citoyens surveillés et les fait redoubler de racisme et d’animosité.

Il résulte de cette politique sentimentale qu’alors que la dissidence désignait jusqu’alors l’héroïsme avec lequel on s’opposait à un gouvernement tyrannique ou totalitaire, la dissidencedésigne aujourd’hui la haine, autrement dit l’opposition sentimentale de certains citoyens aux sentiments d’amour qu’on veut leur imposer.

La normalisation sentimentale procède à une dernière désorganisation mentale, en interdisant aux citoyens toute distance avec l’homosexualité, qu’on appelait jadis une inversion sexuelle et qu’on estimait contre nature. En forçant ainsi chacun, non seulement à avoir un avis, mais à aimer une sexualité qui n’est pas nécessairement la sienne et qui en toute hypothèse relève de la vie privée, la normalisation sentimentale, loin de faire passer le prétendu contre nature dans la culture, ce qui serait à l’honneur de la société, disloque une partie de la confiance que le citoyen lui faisait. Celui-ci la suspecte en effet de lui adresser une injonction antisociale d’amour du contre-naturel.
images/icones/fleche3.gif  ( 843922 )revenir plutôt à plus d'autorité par jejomau (2018-02-06 07:06:52) 
[en réponse à 843921]

Qu'est donc cette amitié politique ?

Le politique est issu du peuple : il y donc des laïcistes, des homosexuels, des identitaires, des fanatiques, etc.. en son sein.

C'est ce "plus de démocratie" que vous estimez nécessaire qui a provoqué les fractures actuelles. En effet, la République Française actuelle met en exergue toutes les minorités au détriment de la majorité. Ce n'était pas du tout ainsi que fonctionnait notre Démocratie dans les années 90. C'est d'ailleurs Mme Ségolène Royal qui voulait aller plus loin avec la "démocratie participative" qu'elle invente lorsqu'elle se présente aux élections présidentielles.

Ces multiples fractures ont amené les antagonismes que nous connaissons en suscitant les communautarismes. C'est justement plus d'Autorité qu'il nous faut en réalité. Ces communautés doivent "ressentir" le joug de l'Etat et redécouvrir qu'elles appartiennent à une communauté nationale qui, elle-même, a un destin ... National.

Ce qui fait obstacle pour l'instant, c'est que la plupart des communautés auront l'impression qu'une communauté, la communauté identitaire, l'a emporté sur elles.

Il leur faut donc percevoir tous les avantages qu'elles en retireront et qui sont supérieurs à leurs petits intérêts.




images/icones/neutre.gif  ( 843967 )La démocratie est un minoritarisme. par le torrentiel (2018-02-07 04:46:06) 
[en réponse à 843922]

Cher Jejomau,

1. Je comprends votre réaction et votre raisonnement, même si je ne le partage pas. Il est basé sur l'idée, selon moi théocratique (je l'ai encore vu dérouler par saint Pie X dans sa lettre sur le Sillon), que l'autorité est un reflet de Dieu et doit donc émaner de Dieu.

Or ce qui est vrai de la paternité n'est pas vrai de l'autorité. La paternité est un reflet de Dieu, car on dit que Dieu est Père. En revanche on ne dit nulle part que Dieu est Autoritaire, d'où il résulterait que l'on ait le culte de l'autorité.

Quand saint Paul recommande qu'on obéisse aux autorités de l'Etat, il prend une mesure de sage police. Il place l'Eglise naissante sous la protection de ceux qui exercent le monopole de la violence légitime. Et il rassure ces dépositaires de l'autorité: les chrétiens ne sont pas des dissidents, ils peuvent donc prendre le pouvoir.

Saint-Paul met en œuvre une stratégie politique. Or les catholiques (et surtout les traditionalistes) ont l'air de considérer que l'injonction à obéir au gouvernemen civil a la même valeur sacrée que celle d'où un père retire l'ascendant qu'il exerce sur ses enfants, de ce que Dieu est Père.

Dieu a de l'autorité, mais Il n'est pas autoritaire. Il a de l'autorité, mais il nous a créés libres. Il n'a jamais renoncé à sa paternité come il a partiellement renoncé à son autorité.


2. Vous écrivez que, depuis des années que vous estimez postérieures aux années 90, la démocratie s'est mise au service des minorités. Je crois que cela s'inscrit dans un vaste mouvement de régression historique qui a pris naissance en 1995 et surtout après le 11 septembre 2001. Quelques exemples de cette régression historiques sont faciles à trouver :

-Il y a un petit parfum des années 30 dans la manière dont nos débats sont agités.

-Nous vivons un réveil des nationalités ou des identités comme à l'époque de la Grande Guerre.

-Dans le contexte français, la République a retrouvé ses constituants révolutionnaires en faisant appel à des valeurs minoritaires.

-Tout cela sur fond de guerre de religions, aggravée du fait que, depuis le 11 septembre, les Américains ne mettent plus de bornes à une hégémonie revendiquée, après avoir, avec la première guerre du golfe, attisé des dissentions à l'intérieur même des sociétés occidentales, entre les chrétiens majoritaires disposant de la force armée et une population allochtone minoritaire mais énergique, qui avait l'impression de ne plus être respectée, si le pays qui l'accueillait se battait contre leur pays d'origine ou la communauté des croyants de leur cœur.

3. C'est une anecdote personnelle qui me fait dater de 1995 les prémices de ce changement de ton.

En 1995, je me fracturais la rotule, et on me ramène chez moi plâtré, alors que je représentais aux agents hospitaliers que je n'avais pas de téléphone et par conséquent ne pourrais pas me débrouiller tout seul. Les agents hospitaliers ne voulurent rien entendre et me ramenèrent chez moi. Les choses finissent par s'arranger quand même, et je profite de l'élection présidentielle pour écrire aux trois principaux candidats, Jospin, Chirac et Balladur.

-Jospin me répond par une lettre manuscrite disant qu'on a besoin de gens comme moi pour faire changer les choses.

-Chirac reste muet comme une carpe, il sera élu.

-Et Balladur me répond par une lettre type sur l'exclusion, dont le premier tiers explique que la république est engagée dans la lute contre l'exclusion depuis la Révolution, car la République est comptable des valeurs de la Révolution. Vous m'avez bien lu. Les équipes de Balladur me parlent de Révolution.


4. Dès lors que la démocratie ne se pose pas en régime politique, mais en régime qui s'assigne un but, en l'occurrence l'égalité des conditions nous dit Tocqueville, même si, pour lui, l'égalité des conditions est au moins autant ce qui favorise les conditions d'émergence de la démocratie que le but qu'elle se fixe, la démocratie cesse du même coup d'être un régime politique pour devenir une idéologie de régime. Ce régime de la majorité des voix devient celui de la lutte pour les minorités. Cela s'aggrave lorsque le matérialisme domine et que le régime devient avare. La démocratie, sans être "populaire", abandonne la lutte des classes pour se consacrer exclusivement à la lutte des minorités.


5. Mais ceci est un dévoiement par la démocratie-idéologie de la démocratie-régime. La démocratie-régime n'a pas d'autre but que de construire le peuple à partir d'une discussion franche de tous avec chacun, au contraire de la République, dont le mythe de l'indivisibilité oblige chacun à devenir ce que veut l'idéologie républicaine.

La démocratie-régime dispose de grands moyens pour réunir le peuple. Comme elle est une discussion de tous avec chacun, elle propose en particulier d'entrer dans la logique de l'autre.

Enfin, au plan moral ou philosophique, je n'ose dire théologique, elle mesure l'adhésion du corps politique à la Volonté de Dieu, ce qui est conforme à la liberté dont jouit le corps politique. Encore faut-il que le peuple dispose de sa volonté, ce qui implique, non seulement qu'il ne soit pas manipulé, mais, toujours au plan moral et théologique, que l'exercice de l'autorité ne soit pas théocratique (car Dieu est père, il n'est pas autoritaire), mais représente les dispositions du peuple à l'égard des "propositions" de Dieu.
images/icones/croix.gif  ( 843968 )Relire Saint Pierre par Aigle (2018-02-07 06:55:10) 
[en réponse à 843967]

À méditer

11 Bien-aimés, je vous exhorte, comme des étrangers et des voyageurs, à vous garder des convoitises de la chair qui font la guerre à l'âme.
12 Ayez une conduite honnête au milieu des Gentils, afin que, sur le point même où ils vous calomnient comme si vous étiez des malfaiteurs, ils arrivent, en y regardant bien, à glorifier Dieu pour vos bonnes oeuvres au jour de sa visite.
13 Soyez donc soumis à toute institution humaine à cause du Seigneur, soit au roi, comme souverain,
14 soit aux gouverneurs, comme délégués par lui pour faire justice des malfaiteurs et approuver les gens de bien.
15 Car c'est la volonté de Dieu que, par votre bonne conduite, vous fermiez la bouche aux insensés qui vous méconnaissent.
16 Comportez-vous comme des hommes libres, non pas comme des hommes qui se font de la liberté un manteau pour couvrir leur malice, mais comme des serviteurs de Dieu.
17 Rendez honneur à tous; aimez tous les frères; craignez Dieu; honorez le roi.
18 Vous, serviteurs, soyez soumis à vas maîtres avec toutes sortes de respects, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais encore à ceux qui sont difficiles.
19 Car c'est une chose agréable à Dieu que ce soit en vue de lui que l'on endure des peines infligées injustement.

Première épître de Saint Pierre, chapitre II
images/icones/hum2.gif  ( 844018 )la chose du peuple moins républicaine ? par baudelairec2000 (2018-02-08 00:15:49) 
[en réponse à 843921]

Bravo, le torrentiel, pour ce fourre-tout sentimentalo-politique !

Non, ce n'est pas la Respublica qui est ici en cause, car, voyez-vous, il y a belle lurette, qu'elle a disparu. C'est la démocratie, laquelle, pour mieux tromper son monde - et Dieu sait si elle s'y entend dans le mensonge et la désinformation - se drape dans des semblants d'unité et d'indivisibilité. Vous n'aurez jamais d'amis dans le cadre démocratique, il n'y aura que des coquins et des fripons.

Il faudrait, me semble-t-il, que vous commenciez par distinguer les notions de république et de démocratie. Un guide, pour cela, très sûr, Cicéron qui commence par le commencement: définir le terme de Respublica.

La respublica, idéal de la Rome antique, est, selon Cicéron, "la chose du peuple"; et "par peuple, continue Cicéron dans son De Republica, il faut entendre, non pas un assemblage d'hommes groupés en troupeau d'une manière quelconque, mais un groupe nombreux d'hommes associés les uns aux autres par leur adhésion à un même droit et par une certaine communauté d'intérêts." Ce consentement au droit, saint Augustin le rappelle dans la Cité de Dieu, est le ciment de la cité; sans droit, il ne peut y avoir de respublica, autrement dit la respublica ne peut être gouvernée sans justice (rendre à chacun ce qui lui est dû). Sans justice, il ne peut y avoir de droit, car la justice a justement comme objet le droit. Et Cicéron d'ajouter que la concorde fut la cause première de ce groupement: "D'une multitude errante et dispersée la concorde fit une cité."

"Un peuple quel qu'il soit, c'est-à-dire une multitude groupée dans les conditions que j'ai exposées, une cité qui n'est autre chose que la constitution du peuple - un peuple organisé - , un Etat [terme français qui traduit le mot latin respublica] qui est, comme je l'ai dit précédemment, la chose du peuple, doivent être, pour durer, dirigés par un gouvernement qui veille sur eux." L'occasion, pour moi, de rappeler qu'en politique la notion de pouvoir (potestas, regimen) importe plus que celle d'autorité, promue en son temps par Jean Ousset et par tous les perroquets qui composaient son entourage... L'auctoritas des Anciens avait un poids tout autre. Il suffit de se référer à la fameuse distinction des pouvoirs du pape Gélase.

Et, à partir de ces fondements que sont l'adhésion de tous à un même droit, leur communauté d'intérêt et la nécessité qui les pousse à se soumettre à un pouvoir commun, Cicéron définit les trois formes possibles de Respublica: la royauté, régime où les affaires publiques sont aux mains d'un seul homme, l'aristocratie (le régime des meilleurs), celui dans lequel la cité est gouvernée par une élite, et le gouvernement populaire (civitas popularis), régime dans lequel le pouvoir appartient au peuple. On remarquera que Cicéron se garde bien d'employer le terme de démocratie, terme péjoratif pour la plupart des philosophes grecs, un régime injuste selon Platon et Aristote.
Pourquoi un tel mépris des Anciens pour la démocratie? Tout simplement par ce qu'elle voit régner, non pas la liberté du peuple, mais la licence de la populace. Si elle tombe entre les mains d'un peuple guidé par le seul désir de revanche sur les riches, la respublica risque quotidiennement l'émeute populaire; elle est prise en otage par des individus dont les seules motivations consistent dans la satisfaction de leurs désirs les plus vils. C'est que la démocratie n'a pas le sens du bien commun, c'est le règne de la division.

Et pour retrouver le sens du bien commun, il faut souhaiter nécessairement la disparition du pire des régimes, surtout depuis son inscription dans l'ère moderne par Rousseau. Un tel régime, je ne cesse de le répéter, permet l'épanouissement de cet être totalitaire qu'est l'homme régénéré par le Contrat social du même Rousseau: "un tout parfait et solitaire" qui n'a pas besoin de vivre en société, un être pour qui la société est par nature une contrainte et qui voit dans chacun de ses semblables un ennemi, homo homini lupus, selon la formule de Hobbes. Comment l'homme, ennemi de l'homme, pourrait-il devenir l'ami d'un autre? Comprenez donc que dans la démocratie il ne peut y avoir d'amitié; dans la démocratie, des hommes liés par un semblant d'amitié ne sont que des complices. Tandis que la Respublica suppose l'existence d'un bien commun, lequel n'est autre que la paix, cette "tranquillité de l'ordre" chère à Augustin. Paix, concorde et justice constitue le contexte dans lequel l'amitié, vertu politique, tant vantée par Aristote et qui fit l'objet d'un traité de Cicéron, peut s'épanouir.

Vous voulez l'amitié jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir, il vous faudra haïr le pire fléau des deux cents cinquante dernières années, la démocratie, régime bienveillant, on le sait, autant pour ses détracteurs que pour ceux qui ne manifestent pas assez leur adhésion ou leur enthousiasme pour l'idéologie du progrès et de la liberté... La démocratie s'est installée dans le sang, son moteur est toujours la violence car elle a besoin, pour survivre - c'est dans ses gènes - de diviser toujours davantage.