Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=840961

( 840961 )
nouvelle et étrange controverse concernant François par jejomau (2017-12-20 07:20:43)
et ça devient sulfureux....
L'Italie a adopté tout récemment une loi sur l'Euthanasie ne donnant d'ailleurs pas aux médecins l'objection de conscience quand les personnes désireuses de ne plus s'alimenter ni de boire seraient ainsi euthanasiées.
L'Eglise appelle ceci l'euthanasie passive. Il ne s'agit donc pas de stopper l'acharnement thérapeutique permis par la doctrine de l'Eglise.
Or François s'est exprimé en novembre dans la nouvelle Académie pour la vie . Voici ce qu'en retire comme enseignement différents intervenants:
Selon la Repubblica italienne et le New York Times, de nombreux partisans du projet de loi, et de nombreux catholiques, ont vu dans le discours de François un «feu vert» à la nouvelle loi.
"Les paroles du Pape François sur la fin de la vie, le 16 novembre à l'Académie pontificale pour la vie, ont été interprétées par tous comme une" porte ouverte "à la forme d'euthanasie qu'est la volonté vivante", écrit Roberto di Mattei, catholique historien et directeur de l'Institut Lepanto en Italie.
Les mots du Pape sur le sujet étaient nécessaires, écrivait Corrado Augias dans La Repubblica, "pour renverser la dernière résistance de certains catholiques et - probablement - pour convaincre au moins un groupe d'entre eux de donner leur consentement à [la loi pro-euthanasie ] "."
Le défenseur du droit de la mort Marco Cappato, membre du "Parti radical" d'extrême gauche, a félicité François immédiatement après son discours de l'Académie pour la vie pour avoir placé les désirs du malade au centre de la controverse sur les soins médicaux pour les malades en phase terminale. . François, pensait-il, était du côté du projet de loi.
lifesitenews
Est-ce possible ?

( 840968 )
oui c'est possible par Adso (2017-12-20 13:15:58)
[en réponse à 840961]
François dit tout et son contraire ... Chacun prend ce qu'il désire, tout le monde au ciel sauf les méchants pélagiens rigides ...

( 840991 )
stratégie réfléchie de compromis avec la modernité par Luc Perrin (2017-12-20 19:58:38)
[en réponse à 840968]
Rien d'étonnant ni rien d'incohérent. Le pape régnant a une ligne pastorale claire qui s'apparente à celle à laquelle s'était résigné, de mauvais gré lui, Paul VI en matière de liturgie.
Il s'agit après le compromis sur la stricte intransigeante syllabusienne élaboré peu à peu entre Léon XIII et Dignitatis humanae (1965), d'élaborer un compromis de type catholique néo-libéral sur le domaine le plus chaud du conflit (de 1968 à Jean-Paul II), soit la morale/l'éthique. Les éléments en sont :
- procédés pastoraux et circonvolutions pour aboutir par la bande, via une casuistique ancienne réactivée, à un divorce licite qui ne dit pas son nom
- sans admettre les relations de même sexe, réduire le conflit Église/Occident à leur sujet par des petits gestes, petites phrases
- amoindrir la doctrine constante de l'évangile de la vie (contraception)
- et maintenant l'euthanasie qui est "adorée" par les opinions occidentales massivement comme le Veau d'or en son temps.
Denis Pelletier, notamment, a bien montré combien le terrain éthique est le Verdun contemporain entre catholicisme (foi chrétienne de base) et la modernité libérale sécularisée qui a complètement largué les amarres avec l'antique morale chrétienne.
Paul VI et surtout Jean-Paul II ont été des Clemenceau : ils faisaient la guerre à l'anomie libérale du "fais ce que tu veux, quand tu veux". Dans le vain espoir de se concilier les peuples occidentaux qui en fait se moquent complètement des tactiques vaticanes aujourd'hui comme hier, hormis une complaisance médiatique à géométrie variable, le pape et ses conseillers tiennent à endosser le rôle de Chamberlain en 1935-1939. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : c'est Sir Winston qui avait vu juste et au final la Grande-Bretagne a survécu.
Tout est affaire de dosage en ces matières comme partout. La figure de la femme adultère est là, centrale, et induit une pastorale oui de la miséricorde. Mais cette miséricorde est indissociable du rappel ferme de la Loi : "va et ne pèche plus" (Jean 8:11).
La casuistique du XVIIe procédait de la même façon.
Pas plus que la forme ordinaire n'a empêché (accéléré plutôt) la fuite des églises le dimanche en Occident (ailleurs c'est différent), pas plus la néo-casuistique ne remplit et ne remplira les séminaires et noviciats ni ne ramène ou ramènera les Occidentaux déboussolés au pied de la Croix comme autour de la crèche.

( 841023 )
Demande de renseignement et de conseil par pacem tuam da nobis, Domine (2017-12-21 09:26:37)
[en réponse à 840991]
Bonjour,
Vous dites: «Denis Pelletier, notamment, a bien montré combien le terrain éthique est le Verdun contemporain entre catholicisme (foi chrétienne de base) et la modernité libérale sécularisée qui a complètement largué les amarres avec l'antique morale chrétienne.»
Quel ouvrage de Denis Pelletier conseillerez-vous à propos de cette thématique?
Par ailleurs, parmi tous les ouvrages de cet auteur, de(s)quel(s) conseillerez-vous le plus la lecture?
Je vous adresse d'ores et déjà mes remerciements les plus vifs et vous souhait un très beau Noël «autour de la crèche», pour reprendre vos termes.
Pacem tuam da nobis, Domine

( 841024 )
Corrigendum par pacem tuam da nobis, Domine (2017-12-21 09:31:48)
[en réponse à 841023]
…et vous souhaite un très beau Noël…
Désolé pour le “e” oublié.

( 841028 )
c'était à l'occasion d'un colloque à Paris par Luc Perrin (2017-12-21 10:08:44)
[en réponse à 841023]
il y a déjà plusieurs années dont je ne sais pas si les Actes ont été publiés. Je pense que depuis il a poursuivi ses travaux sur "l'intime", il faudrait voir dans sa bibliographie récente.Actes de colloque et articles plutôt que livres.
Je participais à ce colloque et, était-ce lors de nos échanges ou il me semble dès sa communication, il avait émis cette hypothèse de travail : le déplacement du terrain chaud de conflit, après la friction Église/État du long XIXe jusqu'à 1929 puis DH, puis la question sociale qui perdure mais avec bien des évolutions, désormais "l'intime" était devenu le lieu d'affrontement catholicisme (d'autres aussi)/modernité.
Je souscris pleinement à cette lecture.
Sa thèse est très bonne sur le P. Lebret et "Économie et humanisme" : il a bien utilisé le système interprétatif d'Émile Poulat. Son travail sur la crise de l'Église est stimulant mais il intègre un peu trop, à mon sens, dans ce livre la "ligne Fouilloux" [La crise catholique. Religion, société, politique en France (1968-1975), Payot 2002/2005]. En tout cas c'est un auteur qui produit des réflexions ... qui font réfléchir si je puis dire. Qu'on y adhère ou pas, les questions soulevées méritent souvent attention et discussion. Il renvoie aux travaux en sociologie religieuse contemporaine bien entendu.
Il n'a aucune sympathie pour l'approche traditionaliste, sans vindicte car ce n'est simplement pas son objet, mais je ne vous apprends rien.
Voici la conclusion d'un article en ligne qui montre bien sa lecture des événements :
"Cette bascule des années 68, des politiques du progrès vers ce que nous désignons désormais comme les politiques de la mémoire, me paraît un des lieux à partir desquels il est possible de continuer à penser la sécularisation, non comme un phénomène ordonné à la perte de signification du religieux, mais comme le mouvement, sans cesse remis sur l’ouvrage, de circulation du sens entre savoirs religieux et savoirs sur le religieux, pour autant que l’on admette qu’un des rôles désormais assigné aux religions est d’être un récit commun mis à disposition des sociétés et ouvert à la pluralité des lectures, alors même que s’efface le régime de vérité qui a longtemps suffi à fonder leur légitimité."
https://www.cairn.info/revue-recherches-de-science-religieuse-2013-2-page-167.htm

( 841058 )
Merci! par pacem tuam da nobis, Domine (2017-12-21 21:16:25)
[en réponse à 841028]
Merci beaucoup vos renseignements et de vos précisions, les uns et les autres fort précieux!
M. Denis Pelletier me semble effectivement tirer un des fils principaux de la pelote idéologique fort complexe qui embrouille, à leur insu, un nombre important de chrétiens et de catholiques. Je vais m'y intéresser de plus près, en suivant vos suggestions.
Je vous souhaite une excellente soirée.
Pacem tuam da nobis, Domine

( 841035 )
Bravo Luc ! par Jean-Paul PARFU (2017-12-21 12:15:15)
[en réponse à 840991]
Tout est dit et très bien dit !