Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 838895 )Bonnet pointu par Luc de Montalte (2017-11-23 10:13:19) 

Bonjour à tous,

Alors que je lisais les Institutions liturgiques de Dom Guéranger, je suis tombé sur le passage suivant qui m’intrigue…

Oui, nous le répétons avec confiance, dans nos églises restaurées d'après les conditions de leur inspiration première, ou construites de nouveau suivant les règles statuées aux siècles de foi, mystiquement éclairées par des verrières sur lesquelles étincelleront les gestes et les symboles des saints protecteurs, assorties d'un ameublement plein d'harmonie avec l'ensemble, il faudra bien que nos costumes sacrés participent à cette régénération, et perdent enfin les formes déplaisantes et grotesques que le XIX° siècle, enchérissant encore sur les coupes étriquées et rabougries du XVIII°, a trouvé moyen de faire prévaloir. Nous verrons infailliblement disparaître, par degrés, ces chasubles qu'un inflexible bougran a rendues, dans leur partie antérieure, semblables à des étuis de violon, pour nous servir de l'expression trop vraie de l'illustre artiste anglais, Welby Pugin; ces chapes non moins étranges qui, garanties contre toute prétention aux effets de draperies par les enduits gommés qui leur servent de charpente, s'arrondissent en cône autour du clerc condamné à habiter momentanément dans leur enceinte ; ces surplis, aux épaules desquels on a suspendu deux plaques de batiste décorées du nom d'ailes, en dépit de leur terminaison horizontale à l'endroit où elles s'évasent le plus ; ce qui leur ôte toute ombre de ressemblance avec l'objet qu'elles prétendent imiter. Ce serait ici le lieu de réclamer encore contre le bonnet pointu qui a remplacé la barrette de nos pères ; mais sa suppression récente dans plusieurs diocèses vient par avance confirmer nos prévisions. Le zèle des prélats pour la dignité du service divin l'a déjà fait disparaître dans les diocèses de Marseille, du Puy, d'Orléans, de Séez, etc. L'Église de Paris elle-même a récemment repris la barrette par l'ordre de son premier pasteur; et il est permis de prévoir que d'ici peu d'années le bonnet pointu n'existera plus que dans l'histoire des costumes nationaux de la France, où il excitera peut-être un jour le sourire de nos neveux, en la manière que nous nous sentons égayés nous-mêmes, lorsque quelque .description ou quelque dessin nous met sous les yeux la bizarre chaussure qui fit fureur il y a cinq siècles, sous le nom de souliers à la poulaine.


Qu’est-ce donc que ce bonnet pointu que Dom Guéranger fustige ? Est-ce le bonnet carré évoqué dans Le costume et les usages ecclésiastiques (ouvrage déjà évoqué ici) ?

Chose singulière, avant le retour du rite romain, nous nommions en France bonnet carré une coiffure d’aspect bizarre, dont la section donnait un cercle et l’élévation un cône.
images/icones/livre.gif  ( 838896 )Usage français par Turlure (2017-11-23 10:31:53) 
[en réponse à 838895]

Dans les églises françaises, les chantres portaient un chapeau pointu (qu'on a pu appeler turlututu) qui est un dérivé de la barrette qui, avec le temps, a pris de la hauteur.

Dom Guéranger a fait la guerre à ce couvre-chef, qui a fini par tomber complètement en désuétude au cours du XIXe siècle. Quelque part dans ses oeuvres, il dit que les chanoines de Notre-Dame de Paris avaient l'air d'astrologues.

Ici, un exemple à Amiens :

images/icones/1d.gif  ( 838906 )Les astrologues de Neptune ! par Yves Daoudal (2017-11-23 13:06:41) 
[en réponse à 838896]

Il y a ici une longue description de ce tableau, avec mention des chapeaux pointus et aussi une tentative d'explication des tridents...
images/icones/fleche3.gif  ( 838914 )Le sujet suivant de ce site : la procession de 1830... par Père M. Mallet (2017-11-23 14:47:16) 
[en réponse à 838906]

Au sujet du sujet suivant, la procession de la Fête-Dieu à St Germain l'Auxerrois (paroisse royale !) en 1830, il faut savoir que (alors que rien ne le laissait présager) Louis-Philippe, devenu "roi des Français" le 31 juillet suivant, soit quelques semaines plus tard, va interdire ces processions (au moins) à Paris.
Du moins, c'est ce que j'ai entendu lors d'une conférence sur Ozanam :
si un liseur compétent peut confirmer la chose ?...

Du coup, ce tableau a une signification toute particulière !

(Ce tableau avait été mis en vente il y a près de 20 ans. Je ne sais pas qui l'a acheté.)
images/icones/1a.gif  ( 838908 )Bonnet carré… par Luc de Montalte (2017-11-23 13:27:55) 
[en réponse à 838896]

Merci !

En cherchant encore un peu, je constate que les Voyages liturgiques évoquent aussi un bonnet carré, mais qui semble ne pas être bien différent de la barrette romaine imposée au XIXe (p.48, dans le paragraphe sur l’église S. Jean de Lyon) :



J’ai dit que les chanoines de Lyon ont le bonnet-quarré en tête ; mais il faut en excepter les bas-formiers, même Chanoines-Comtes, qui auſſi bien que les autres Clercs & les Enfans de chœur autrement dits Clergeons, qui ont retenu les anciens uſages, n’en portent point ; mais ils vont de chez eux à l’Égliſe la tête nue, & s’en retournent chez eux de même : [marque qu’autrefois on priot toujours à l’Égliſe la tête découverte selon le précepte de l’Apôtre, I Cor. XI. 4. Nous en trouvons une preuve dans le Sacramentaire de S. Gregoire de l’édition de Hugues Menard p. 38. Nullus Clericus in eccleſiaſtat operto capite [niſi habeat infirmitatem,] ullo tempore.


Plus loin, page 276 dans le paragraphe sur Notre-Dame de Rouen, Desmarettes écrit :

Les Enfans de chœur ſont vétus de rouge ſous leur aube, ils ont auſſi la calote & le bonnet quarré rouge, & ſont raſez (?).

On peut voir à une vitre dans la Chapelle de ſaint Romain la forme des anciens bonnets des Chanoines & autres Eccleſiaſtiques ; ils étoient presque ronds.


Est-ce à dire que la barrette était ronde à l’origine ? Quant au chapeau pointu, je n’en ai point trouvé chez Desmarettes : s’agit-il donc d’une évolution tardive, ou bien ai-je simplement mal cherché (hypothèse probable !) ?

Encore merci !
images/icones/1f.gif  ( 838926 )aucune photo par Adso (2017-11-23 16:15:06) 
[en réponse à 838895]

ne nous en est parvenue ? Ils auraient donc été détruits ...?


On trouve trace de ces bonnets de chantre, dans Notre Dame de Paris de Victor Hugo (il parle si mes souvenirs sont bons, de la voix des chantres aussi pointue que leurs bonnets...)
images/icones/1e.gif  ( 838932 )Voici toujours la photo par Yves Daoudal (2017-11-23 18:04:34) 
[en réponse à 838926]

... du texte dont vous parlez.

images/icones/mitre4.png  ( 838935 )Mgr d'Astros par Peregrinus (2017-11-23 20:10:33) 
[en réponse à 838895]

Mgr d'Astros, archevêque de Toulouse et futur cardinal, qui savait vraisemblablement mieux que Dom Guéranger ce que c'était que souffrir pour les droits du Saint-Siège et du pontife romain, puisqu'il passa, pour avoir défié comme vicaire capitulaire les entreprises anticanoniques de Napoléon sur le siège de Paris, les dernières années de l'Empire dans la prison de Vincennes, commente ce passage des Institutions liturgiques dans sa brochure l'Eglise de France injustement flétrie (2e édition, 1843, p. 6-8).


Le lecteur me pardonnera de ne pas entrer dans cette grave question, savoir, si le surplis parisien est plus incommode et de plus mauvais goût que le surplis qu'on appelle, dans ce pays-ci, le surplis romain ; si le bonnet allongé peut compromettre l'Eglise catholique auprès des esprits forts, plus que le bonnet écrasé. Ce que je sais par expérience, c'est que mes bonnets de chœur, sans être écrasés, ont toujours été assez carrés pour tenir sur ma tête.



Sur les remarques de l'abbé de Solesmes sur la forme des chasubles :


Un jeune impie n'aurait pas mis plus d'esprit pour ridiculiser des objets dont le respect se confond, dans l'esprit du commun des fidèles, avec celui qui est dû à la religion même. Eh ! quel est le costume qu'on ne puisse de cette manière tourner en ridicule ?
[...]
Du reste, la censure que l'on fait ici de nos costumes religieux est sans fondement ; la forme des chasubles est partout à peu près la même. Celles de France ont sur celles d'Espagne, l'avantage de représenter l'image vénérable de la croix. Les chapes, dans les diocèses qui ont conservé la Liturgie romaine, sont de la même forme que celles des Eglises qui suivent le rit parisien. Nos surplis valent assurément les rochets italiens qui ne descendent pas au-dessous de la poitrine.



Le texte complet sur Gallica.

Peregrinus
images/icones/bravo.gif  ( 838938 )Excellent ! par Turlure (2017-11-23 21:14:17) 
[en réponse à 838935]

Je ne connaissais pas cette réponse à Dom Guéranger.

J'en profite pour vous remercier de toutes les sources historiques que vous proposez régulièrement à notre lecture et que j'ai toujours un grand intérêt à lire (le cas échéant, car trop souvent je ne les lis pas immédiatement et je formule le ferme propos de le faire à l'occasion ).
images/icones/fleur.gif  ( 838946 )Merci ! par Luc de Montalte (2017-11-24 00:16:29) 
[en réponse à 838935]

Je cherchais un bon ouvrage répondant à Dom Guéranger justement. Je lirai donc celui-là !
images/icones/fleche2.gif  ( 838962 )Autres réponses à Dom Guéranger par Peregrinus (2017-11-24 17:02:44) 
[en réponse à 838946]

Celle de Mgr Fayet, évêque d'Orléans.

La réponse de Mgr d'Astros à la défense par Dom Guéranger de ses Institutions liturgiques. On trouve dans ce dernier ouvrage un grand nombre de réactions épiscopales sous la forme de lettres envoyées par ses confrères à l'archevêque de Toulouse, et l'on peut noter que même parmi ceux (alors assez peu nombreux) qui sont convaincus des avantages de l'uniformité, c'est-à-dire de la romanisation complète, aucun ne soutient le bénédictin.
De fait, Mgr d'Astros n'avait pas entièrement tort de voir dans l'agitation guérangiste un sursaut du mennaisisme qu'il avait si vigoureusement combattu ; voir sur ce point le bon livre du chanoine Sevrin sur la jeunesse de Dom Guéranger et ses rapports avec Lamennais.

La brochure de l'Eglise de France injustement flétrie reste cependant la plus facile à lire, et montre bien les limites de certains arguments de Dom Guéranger (qui a certes en grande partie raison sur la question du droit, même si les choses sont un peu plus complexes qu'on le dit souvent), pour ne pas dire sa mauvaise foi ou son manque d'information en ce qui concerne par exemple le culte marial.
L'affaire de la liturgie chartraine est aussi un cas d'école et, de la part du bénédictin, un chef-d'oeuvre de mauvaise foi. Ayant eu entre les mains les registres du chapitre de Chartres au début de l'épiscopat de Mgr de Lubersac, lorsque ont été publiés les nouveaux bréviaire et missel sur le modèle parisien, je peux confirmer que le peu recommandable Sieyès, qui était alors encore chanoine de Tréguier, n'a eu aucune part à leur élaboration, contrairement à ce qu'on lit même dans quelques livres récents.

Peregrinus
images/icones/1n.gif  ( 838964 )Je ne sais pas par Yves Daoudal (2017-11-24 18:35:06) 
[en réponse à 838962]

ce que dom Guéranger, que vous poursuivez de votre vindicte, vous a fait, mais en ce qui me concerne il est un acteur majeur de mon retour à l'Eglise et de ma connaissance de la liturgie. Et je ne suis certainement pas le seul, si l'on considère qu'en 1900 sortait la 14e édition de L'Année liturgique.

Je ne suis pas toujours d'accord avec dom Guéranger, mais sur la chasuble il a évidemment raison, et quand Mgr d'Astros affirme que "la forme des chasubles est partout à peu près la même", c'est évidemment absurde (sauf pour un myope à oeillères).

La chasuble doit avoir une forme qui ressemble à ce qu'est resté le phelonion byzantin, même si celui-ci a été rétréci par devant pour faciliter les mouvements. Le mot chasuble vient de casa, casula, casubla, c'est une "petite cabane", une petite tente qui enveloppe le prêtre de la gloire divine. Dom Guéranger a bien raison de fustiger les "étuis à violon" qui n'ont plus rien de commun avec le vêtement de gloire et de justice qui doit recouvrir le prêtre montant à l'autel.
images/icones/1a.gif  ( 838965 )Tout simplement par Peregrinus (2017-11-24 21:30:26) 
[en réponse à 838964]

A vrai dire, personne, ni les vénérables prélats que je cite, ni moi, ne reproche à Dom Guéranger d'aimer la liturgie romaine, ni d'en faire un beau commentaire (même si Mgr Fayet ne semble pas l'apprécier beaucoup ; mais après tout, c'est son droit), et encore moins d'avoir restauré l'ordre de saint Benoît en France.

Ce que l'on peut reprocher en revanche à Dom Guéranger, c'est les moyens qu'il a pris dans sa polémique (très mennaisienne dans sa forme) contre l'épiscopat et les liturgies alors en usage en France. C'était une chose d'argumenter calmement contre la canonicité, l'opportunité ou la pertinence des livres liturgiques promulgués par les évêques français depuis le XVIIe siècle. C'en était une autre de mettre en cause leur orthodoxie comme il l'a fait, ou d'inventer des reproches difficilement recevables.

L'accusation faite aux livres parisiens d'avoir voulu diminuer la dévotion à la Sainte Vierge en est le meilleur exemple, et Mgr d'Astros le montre bien. Dans les années 1780, les chanoines de Toulouse jugeaient le bréviaire parisien, récemment adopté par l'Eglise de Toulouse, plus marial que le romain : on peut le lire dans leur registre capitulaire aux archives de la Haute-Garonne.

Je reviens au cas de la liturgie de Chartres. Dom Guéranger ne s'est pas contenté de juger peu canonique la publication des livres liturgiques inspirés de Paris en 1781-1782 par Mgr de Lubersac. Il a laissé entendre qu'ils avaient été fabriqués par l'horrible Sieyès, chanoine et chancelier de Notre-Dame de Chartres et avaient ainsi préfiguré la profanation révolutionnaire de cette cathédrale. Il a accusé Mgr Lubersac d'avoir approuvé l'impression d'une image impure au frontispice du missel de Chartres, image en réalité sans intérêt, mais sans rien de scandaleux (elle est reproduite dans le tome II de l'ouvrage du chanoine Sevrin sur Mgr Clausel de Montals) ; tout cela sur de vagues imputations, ce qui ne l'a pas empêché d'être péremptoire.
Le problème dans l'affaire est que tout est faux. Sieyès n'a eu aucune part dans l'élaboration des nouveaux livres chartrains, et pour cause, il n'a été installé dans le canonicat de Notre-Dame de Chartres qu'une semaine avant leur entrée en vigueur. Il n'y a d'ailleurs aucune forme de corrélation observable entre l'attitude du clergé et des fidèles pendant la Révolution et la liturgie en vigueur. La prétendue hérésie antiliturgique n'y est donc pour rien.
On pourrait en dire autant de la statue de la Vierge coiffée du bonnet rouge. Il semble que dans l'affaire chartraine le bénédictin s'est fondé presque exclusivement sur ce que lui avait dit le cardinal Pie du temps où celui-ci était vicaire de la cathédrale, puis grand vicaire de Chartres (mais du moins le futur évêque de Poitiers ne prétendait-il pas faire de l'histoire).

Voilà donc ce qui me gêne chez Dom Guéranger, et qui me gêne d'autant plus que beaucoup sont persuadés que ces diverses inventions sont vraies.
J'apprécie beaucoup, en revanche, certains de ses commentaires des beautés de la liturgie romaine.

Quant à la forme des chasubles, lorsque Mgr d'Astros dit qu'elle est partout la même, il entend, c'est le sens obvie de son écrit, qu'elle est à l'époque où il écrit partout la même dans les grands pays de la chrétienté latine, que les diocèses y soient ou non de rite romain.

Peregrinus
images/icones/4a.gif  ( 838989 )Le petit (tout petit) bout de la lorgnette par Yves Daoudal (2017-11-25 16:09:03) 
[en réponse à 838965]

Pour descendre l’immense dom Guéranger, vous ne trouvez que deux toutes petites polémiques, qui font exactement deux phrases dans les Institutions liturgiques.

1. Le jugement de l’abbé de Solesmes concernant le frontispice du missel de Chartres. Je ne connais pas ce chef-d’œuvre de Nicolas Cochin, mais je connais le frontispice qu’il fit pour l’Encyclopédie, et ça me suffit pour savoir qui était l’artiste et qui était l’évêque qui engageait un tel personnage pour illustrer un missel… Quoi qu’il en soit polémiquer là-dessus n’a aucun intérêt.

2. Sieyès et le bréviaire de Chartres. Ce bréviaire a été publié en 1783. Sieyès était arrivé de Tréguier à Chartres en même temps que son protecteur Mgr Lubersac en 1780. Il est plus que vraisemblable que celui qui était le bras droit de l’évêque fût impliqué en 1782 dans la fabrication du bréviaire. Er c’est Mgr Fayet qui se trompe quand il affirme qu’avant même 1783 Sieyès avait abandonné la carrière ecclésiastique, puisqu’en 1787 il était Grand Vicaire de Chartres. Et ce débat aussi sur Sieyès à Chartres est du plus mince intérêt.

Ce qui, en revanche, est d’un intérêt primordial, est de savoir si oui ou non il y avait une hérésie antiliturgique, que vous appelez « prétendue hérésie antiliturgique ». Eh bien oui, il y avait hérésie antiliturgique. Et ce qui est le plus passionnant, hélas, dans le livre de dom Guéranger, est de voir comment c’est cette hérésie même qui a triomphé après Vatican II.

Or voici ce qu’écrit dom Guéranger sur le missel et le bréviaire de Chartres, et quoi qu’il en soit du frontispice et de Sieyès c’est cela qui importe :
En 1782, on imprimait pour l'usage de l'église de Chartres un missel, et en 1783 un bréviaire, et quelques années après, le processionnal du diocèse et celui de la cathédrale. Ces livres, dont le fond était emprunté du nouveau parisien, paraissaient par l'autorité de l’évêque Jean-Baptiste-Joseph de Lubersac. A partir de cette réforme liturgique, le Bréviaire de l'église des Yves et des Fulbert dissimula comme par honte les saintes et patriotiques traditions sur la Vierge des Druides, et l'on cessa de chanter, sous les voûtes mêmes de Notre-Dame de Chartres, ces doux et gracieux répons dont Fulbert composait les paroles, et dont Robert le Pieux créait la mélodie. Quelques années plus tard, l'auguste cathédrale vit s'accomplir, sous son ombre sacrée, le plus hideux de tous les sacrilèges, quand l'image de la Vierge encore debout sur l'autel profané, transformée en déesse de la Liberté ou de la Raison, parut la tête couverte du bonnet ignoble dont l'abbé Sieyès et ses pareils avaient fait pour la France un symbole de terreur. C'est par degrés sans doute et non tout à coup que de semblables excès deviennent possibles chez un peuple.