Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=837661
images/icones/livre.gif  ( 837661 )Et un entretien digne de lecture par Lycobates (2017-10-28 22:06:06) 

en allemand
avec le Professeur Brandmüller, un des Quatre.


ICI
images/icones/flagD.gif  ( 837663 )Le cardinal Brandmüller est excellent ! par Jean-Paul PARFU (2017-10-29 00:10:47) 
[en réponse à 837661]

Je ne savais pas qu'il était né protestant et qu'il s'était, adolescent, converti au catholicisme.

Bravo à lui !
images/icones/hum2.gif  ( 837668 )Merci par Diafoirus (2017-10-29 09:11:12) 
[en réponse à 837663]

de nous faire part de votre enthousiasme.
Nous aimerions le partager.
Y a -t-il une traduction en français des propos du cardinal Brandmüller?
images/icones/neutre.gif  ( 837718 )Le christianisme ne cherche pas les applaudissements (I) par Meneau (2017-10-29 19:26:43) 
[en réponse à 837668]

Essai de traduction (1ère partie)

L'amour peut-il être un péché? Et si oui, qui peut le croire? La controverse au sujet de la lettre "Amoris laetitia" couve partout dans le monde - également parce que le pape François reste silencieux.

Cardinal, l'Église catholique traverse actuellement une période difficile. Le Pape est soupçonné d'hérésie par certains, et célébré par d'autres comme un réformateur luthérien. Les obstacles sont les questions de moralité sexuelle, telles qu'elles sont abordées dans la lettre papale "Amoris laetitia" sur le mariage et la famille. Le débat devient mondialement parfois très vif et fondamental, avec une Conférence épiscopale opposée à l'autre, par exemple en ce qui concerne l'admission des divorcés remariés aux sacrements. D'un point de vue séculier, il est d'abord intéressant de voir comment on peut encore en venir au XXIe siècle à vouloir normer la vie sexuelle , du moment que les partenaires sont parvenus à un consensus

Je pense que nous devrions d'abord nous poser cette question fondamentale: qu'est-ce que la religion? Que signifie pour un catholique la religion? La religion dans la compréhension d'aujourd'hui est pour beaucoup de gens un phénomène purement psychologique, socioculturel. Selon l'entendement catholique, la religion n'est cependant pas un produit de l'esprit humain, ni une tentative d'alléger son existence à l'aide de la réflexion philosophique. La religion est la réponse de l'homme à un appel extérieur. Et donc la question est orientée vers Dieu, vers le Créateur, sans qui les hommes n'existeraient pas. Ce Dieu, selon la conception du christianisme comme religion de la Révélation, s'est fait connaître à l'homme. Et ce en se plaçant lui-même au niveau où se trouve l'homme. Dieu est devenu un homme selon la conviction chrétienne en Jésus de Nazareth, il est entré dans l'histoire pour rencontrer les gens et faire connaître son enseignement définitif. La réponse de l'homme à cette communication du Créateur est la religion, qui façonne naturellement aussi le mode de vie.

Mais c'est là que le débat commence. Dieu ne parle pas sans équivoque quand on admet son existence. La Révélation a à voir avec l'interprétation, puisqu'il s'agit de la langue. N'est-ce pas pour cela qu'il y a différentes écoles de théologie? En fait, la question qui est en jeu ici nous semble aller bien au-delà de la question de la morale sexuelle. La question n'est-elle pas essentiellement de savoir pourquoi quelqu'un - une institution, un être humain individuel - peut prétendre pouvoir parler au nom de Dieu d'une manière contraignante ? Et ne se pourrait-il pas que cette question religieuse séculaire, désormais pour la première fois se pose aussi au sein de la papauté, ce qui expliquerait pourquoi une lettre comme "Amoris laetitia" serait volontairement floue?

Tout d'abord, il existe une base en droit naturel sur laquelle le mariage, l'amour et la famille peuvent également être appréhendés.

Le recours au droit naturel ne fait que reporter la question: qui l'interprète pour quelles raisons?

La loi naturelle, à laquelle se réfère la dogmatique catholique, considère le mariage comme une union de vie entre l'homme et la femme dans le but de transmettre la vie humaine. Ce mariage naturel est élevé par le Christ à une dimension surnaturelle et divine et devient sacrement. Le sacrement est un signe extérieur utilisé par le Christ pour indiquer et accomplir une action de la grâce dans l'âme humaine. Les sacrements font ce qu'ils décrivent, ce qu'ils expriment. Par conséquent, dans cette perspective ecclésiastique, qui bien sûr n' a pas à être partagée par les agnostiques et les athées, mais qui peut être comprise, le mariage n'est plus une affaire entre l'homme et la femme et la société, mais plutôt une affaire entre l'homme et la femme et Dieu, qui leur donne le pouvoir de continuer sa création. L'apôtre Paul dit:"Le mariage chrétien et sacramentel est un véritable reflet de la relation entre le Christ et son Église. Nous envoyons ici un message qui, tout en dépassant la raison humaine, ne la contredit pas.

Comme vision poétique de l'amour, on aimerait le laisser ainsi. Mais comprise comme une ligne directrice normative, cette façon de voir se heurte à la conception autodéterminée des relations entre les sexes qui prévaut aujourd'hui. Les relations amoureuses sont devenues radicalement non traditionnelles. Les décisions culturelles concernant les enfants, les partenaires et les relations hétérosexuelles ou homosexuelles sont dissociées des lois biologiques. Il est également possible de se séparer d'un commun accord. L'assouplissement de la moralité sexuelle sous le signe théologique de la miséricorde, tel que François le prétend apparemment, n'est-il pas novateur si l'Église veut avoir quelque chose à dire aux gens à l'avenir?

L'Évangile de Jésus-Christ ouvre des horizons qui, sans ce que nous appelons Révélation, sont initialement inaccessibles à la raison naturelle. Cela signifie qu'une contradiction entre l'Évangile et la plausibilité sociale ne peut être surprenante. Jésus lui-même parle clairement dans ce contexte lorsqu'il parle sans équivoque de l'indissolubilité du mariage et de la répréhensibilité de l'adultère. Donc, quand je suis catholique, je m'inscris dans ce cadre. C'est un cadre qui prend en compte la réalité de l'échec éventuel d'un mariage et permet, par exemple, la séparation de la table et du lit en cas d'incompatibilité entre époux.

Se séparer, oui, se remarier, non? N'est-ce pas là une conviction provocante, étrangère à la vie, qui avec "Amoris laetitia" pourrait être corrigée de façon peut-être théologiquement désordonnée, mais au moins avec autorité?

Comme je l'ai dit, Jésus lui-même parle de l'indissolubilité du mariage et de la répréhensibilité de l'adultère. La possibilité d'échec dans l'église a toujours été prise en compte. Cela s'est souvent produit lorsque l'un des conjoints s'est avéré insupportable au sens littéral du terme. Mais il n' y a aucun moyen de se remarier. Cela n'existait pas dans toute l'histoire chrétienne jusqu' à Luther.

La séparation de corps rappelle l'aristocratie anglaise, où l'on se référait toujours au conjoint en disant: divorce jamais, meurtre à tout moment. Quand je rencontre ma voisine dans la cage d'escalier et que je ne fais plus avec ma femme "séparation de corps", mais que je préfère emménager avec ma voisine - qu' y a-t-il alors?

Adultère.

Et si je reste avec la voisine pour les dix prochaines années sans remords, mais avec bonheur?

Alors c'est un concubinage. Adultère continu.

Comment cela se situerait-il dans la hiérarchie des fautes ?

Comme un péché grave.

Mais pas comparable au remariage?

Non, parce que le concubinage peut être dissout à tout moment - également sur le plan humain et social. On déménage à nouveau et on part ailleurs.

Cette position ne vous semble pas très formaliste? Elle ne semble pas non plus être tout à fait compatible avec un langage d'amour.

Oui, mais excusez-moi! Le christianisme, surtout sous sa forme catholique, est une gêne pour le monde. Et le Christ était et demeure un défi pour le monde. Le christianisme et l'Église ne sont pas à la recherche de plausibilité et d'applaudissements. Cela ne va pas.

Que dites-vous à ceux qui pensent que si nous ne changeons pas maintenant, alors nous allons à notre perte?

Ah, vous voulez dire que l'église est en train de couler?

Eh bien, dans ce pays, pour parler prudemment, ça en donne l'impression ici et là.

Excusez-moi, que dit l'Evangile? Dans l'Évangile, ce n'est pas le triomphe glorieux de la foi et de l'Église qui est prédit, mais a grande apostasie. Je n'ai même pas besoin d'ouvrir l'apocalypse de Jean, les quatre évangiles suffisent. Et il est crucial que l'Église en tant que telle ne périsse pas. "N'ayez pas peur, petit troupeau, dit le Christ, car mon Père vous a promis de vous donner le royaume. Ce sont des choses que nous devons reconnaître et dire avec clarté. Et cet effort constant et étriqué pour éviter tout problème, pour être un enfant chéri entre tous, n'est certainement pas compatible avec l'Évangile, avec l'existence du chrétien dans ce monde. Dans l'Evangile, on parle du tièdissement de la Charité. Avons-nous un réchauffement de la Charité? Nous avons un tel refroidissement de la Charité que des enfants à naître et des personnes âgées, démentes et malades sont tués. Est-ce le refroidissement de la Charité? Je dois dire oui. Nous faisons aujourd'hui ce pourquoi on était condamné à mort il y a quelques années.

(à suivre)

images/icones/1b.gif  ( 837748 )Épatant ! par Lycobates (2017-10-30 00:52:00) 
[en réponse à 837718]

et merci, cher Meneau, pour la rapidité avec laquelle vous avez traduit ce texte, qui met méritoirement les points sur certains i's, et pour votre compétence.
Quand je mets ici des liens en allemand, pas trop souvent je crois, je songe aux cinq ou six personnes que je connais dans ce Forum qui sont capables de les lire, et j'ose espérer de ne pas exaspérer outre mesure les autres.
(Je n'utilise pas la tricolore de 1848, révolutionnaire et maçonnique comme toutes les tricolores, pour caractériser ces messages, mais je ne proposerai bien évidemment pas d'autre drapeau, ce qui serait d'ailleurs peu aisé)
Souvent l'un ou l'autre de mes interlocuteurs se fait spontanément l'interprète de ces messages allemands mais aujourd'hui vous avez dépassé toute exspectation.
J'avais songé un moment de proposer moi-même la traduction d'un ou d'autre passage saillant, mais j'y ai renoncé par manque de temps, et de toute façon pour traduire, l'idéal est d'avoir une compétence native dans la langue cible, ce que je n'ai pas en français.

Si je me permets quelques remarques ce n'est donc pas une critique, ce serait bien malvenu, mais pour élucider davantage.

Le titre de cet entretien, choisi sans doute par les deux journalistes de la FAZ (un journal très libéral) n'est pas anodin.
Kann die (cité souvent: denn) Liebe Sünde sein: l'amour peut-il être péché? est aussi le titre d'une chanson, d'abord dans un film (que je n'ai pas vu) Der Blaufuchs de 1938, mais devenue rapidement indépendante et interprétée notoirement par la chanteuse suédoise Zarah Leander (pas une sainte dans nos paroisses).
"Jeder kleine Spießer macht das Leben mir zur Qual: denn er spricht nur immer von Moral"
Vous voyez, le ton est donné ! ICI (âmes sensibes s'abstenir)
C'est la version pervertie et amorale du Ama et fac quod vis.


Deux remarques encore :
"das Sexualleben normieren zu wollen" vous traduisez: "vouloir uniformiser la vie sexuelle"
C'est une des significations de "normieren", mais je crois qu'ici il veulent dire: soumettre à une norme, contraindre, car uniformiser on le pourrait dans un sens libéral aussi.
"comment on peut encore en venir au XXIe siècle à vouloir contraindre à des normes la vie sexuelle, pourvu que les partenaires soient parvenus à un consensus"

"der große Abfall", ce n'est pas "le grand déclin", mais c'est le terme classique en allemand pour traduire la discessio, l'ἀποστασία de 2Thess. 2,3. Une allusion claire donc de la part de ce valeureux ecclésiastique à la "grande apostasie" des derniers temps.
Il parle d'ailleurs aussi du refroidissement de la charité, cet autre signe.

Mais vous me direz de la boucler au lieu de pinailler sur le travail des autres.


Alors, ab ins Körbchen!
images/icones/neutre.gif  ( 837750 )Au contraire ! par Meneau (2017-10-30 08:10:36) 
[en réponse à 837748]

Un traducteur, qu'il soit amateur comme moi (et aidé par les outils de traduction en ligne) ou professionnel comme l'était mon épouse, se réjouit toujours d'une relecture/correction ! Je vais reporter vos corrections directement dans ma traduction, cela aidera à la lisibilité globale du texte traduit (c'est l'avantage d'être aussi modérateur...)

Et tant que vous y êtes : j'ai eu des difficultés à saisir le sens, la nuance exacte, du passage suivant :

Es geht hier in der Hauptsache um die Fußnote 352. Und jetzt soll mir einer sagen, dass die gesamte moraltheologische Überlieferung der Kirche durch eine Fußnote außer Kraft gesetzt werden kann. Dabei beruft man sich auf die Kirchenväter.


Veut-il dire qu'avec cette note ou peut effectivement remplacer toute la théologie morale de l'Eglise ("il faut dire que"), ou veut-il dire plutôt que ce ne peut pas être le cas ("osez donc dire que") ?


Cordialement
Meneau
images/icones/fleche2.gif  ( 837763 )Une précision par Lycobates (2017-10-30 12:36:47) 
[en réponse à 837750]


Veut-il dire qu'avec cette note ou peut effectivement remplacer toute la théologie morale de l'Eglise ("il faut dire que"), ou veut-il dire plutôt que ce ne peut pas être le cas ("osez donc dire que") ?



Sûrement la deuxième interprétation.
"Ne venez pas me dire que ..." "N'allez pas dire que ..." "Osez donc dire que ..."


Autres remarques pour cette partie :

"Und damit ist die Frage nach Gott gestellt, nach dem Schöpfer, ohne den es den Menschen nicht gäbe."
plutôt: "ainsi est posée la question (de l'existence) de Dieu, du Créateur, sans qui l'homme n'existerait pas"

"Als eine poetische Sicht der Liebe möchte man das gerne so stehen lassen" dans le sens: "l'on pourrait accepter cette vision comme idée poétique de l'amour", sous-entendu : mais pas dans la pratique de la vie réelle.

"... ein Ärgernis für die Welt" une "gêne", oui, mais pourquoi ne pas utiliser le langage biblique : un scandale pour le monde.
(Anlaß zum) Ärgernis geben, c'est donner (l'occasion de) scandale ; la Croix, la foi chrétienne, est un scandale pour le monde, c'est plus fort qu'une gêne, si je vois bien.

"Und entscheidend ist, dass die Kirche als solche nicht untergeht" :
"il est essentiel que l'Église ne périt pas."
Il ne faut pas de subjonctif ("périsse"), le sens est : malgré la grande apostasie, l'essentiel est la certitude, le fait, prédit et avéré, que l'Église, même diminuée (le pusillus grex), existera jusqu'au bout.

Voilà !
Cordialement
images/icones/neutre.gif  ( 837723 ) Le christianisme ne cherche pas les applaudissements (II) par Meneau (2017-10-29 20:50:02) 
[en réponse à 837668]

Vous mettez l'euthanasie systématique sur le même plan que le secours possible des personnes atteintes de démence par la mort ?

Mais naturellement !

Dans vos "Dubia", doutes que vous avez exprimés avec d'autres Cardinaux au Pape, vous vous référez en particulier à la lettre encyclique "Veritatis splendor" de Jean-Paul II. et à la doctrine des " absolus moraux "qui y est présentée. Ainsi il y a donc des choses qui ne vont jamais, quelles que soient les circonstances aggravantes et les bonnes intentions. Au rang desquelles le meurtre des innocents, la torture ou justement l'adultère. Que vous ayez des objections justifiées ou injustes contre "Amoris laetitia" dans la présente affaire - votre "dubia" nous semble être une demande poliment formulée de clarification du Pape. Au lieu de la clarification demandée, cependant, il y a eu des menaces et des insinuations, vos questions ont été qualifiées de questions de pharisiens. Le président du Comité central des catholiques allemands a déclaré qu'il s'agissait "de questions pièges viles et minables".

Nous le supportons calmement.

Mais vous comprenez qu'on tienne pour discutable de rendre publiques les questions que vous posez au Pape?

C'est peut-être vrai, mais les questions ont été rendues publiques après des mois d'attente de réponses, y compris un accusé de réception qui n' est jamais arrivé. Et surtout, compte tenu du fait que beaucoup de croyants avaient et ont encore les mêmes questions et attendent des réponses. Nous, les Cardinaux, nous ne vivons pas en dehors du monde. Nous avons beaucoup de relations. Que pensez-vous que nous recevions comme appels téléphoniques, lettres, et demandes de renseignements ? Entre autres choses, ils disent aussi:"Pourquoi ne faites-vous rien, Cardinaux" ? Nous avons enfin prêté serment et sommes, en vertu de notre fonction, les conseillers du Pape. Nous avions demandé une audience et nous n'avions reçu aucune réponse.

Est-il juste de penser que le coeur du différend sur "Amoris laetitia" se trouve dans une note de bas de page dans laquelle, à votre avis, comme par une brèche, la doctrine traditionnelle est annulée, dans la mesure où les circonstances et les intentions d'une action donnent maintenant le droit de considérer un acte soi-disant mauvais en soi - meurtre d'innocents, torture, adultère - comme une action "éventuellement" autorisée?

Il s'agit principalement de la note de bas de page 352. Maintenant, que quelqu'un me dise que toute la tradition théologique morale de l'Église peut être remplacée par une note de bas de page. On en appelle aux Pères de l'Eglise.

Cette entreprise de réforme n'est pas inélégante. La doctrine traditionnelle, la vérité du catéchisme, est laissée intacte, mais son degré d'engagement et sa force contraignante sont affaiblis. Ainsi, le Cardinal Walter Kasper aurait atteint le point culminant en disant: "Rien n' a été changé par cette lettre" Amoris laetitia ", et pourtant tout a changé.
Les référence qui y sont présentés ne ressortent pas. On s'en remet à un seul auteur qui, pour sa part, a travaillé non seulement négligemment mais idéologiquement. Et puis ils essaient de me faire croire qu'ils s'appuient sur les pères. Je dis: Quod non. C'est une histoire malhonnête, qui manipule les sources. Et en tant qu'historien, on est particulièrement allergique à cela. On ne devrait jamais faire ça.

L'impression est-elle trompeuse, ou considérez-vous le pontificat de François comme un épisode de l'histoire de l'Eglise, qui sera corrigé par ses successeurs?

La question, comme on l' a déjà dit, est la suivante: existe-t-il une autorité contraignante et obligatoire en matière de foi? Il y en a une. Quand Jésus dit au revoir à ses disciples, il dit:"Je suis avec vous tous les jours, jusqu' à la fin du monde, allez enseigner toutes les nations. Et alors il dit:"C'est bon pour toi que je m'en aille, car alors l'Esprit de vérité peut venir, l'Esprit qui vous enseignera toute vérité, qui restera toujours avec vous. En d'autres termes, les apôtres sont les prédicateurs authentiques de l'évangile du Christ. Les successeurs des Apôtres sont aujourd'hui le Pape et les évêques. Il y a donc un magistère d'église qui proclame de façon contraignante, sous l'autorité de Jésus-Christ, ce qui est l'évangile de Jésus-Christ. Cette proclamation est faite de telle sorte qu'elle est contraignante pour la conscience.

Il n' y a donc pas de marge de manœuvre, conformément à votre déclaration?

Si je dis fermement non à la proclamation, je risque mon salut éternel, si c'est un dogme. Un dogme peut être proclamé sous une certaine forme par un Concile Général ou par le Pape seul dans certaines conditions. Le dogme veut que le mariage soit un sacrement et, par conséquent, indissoluble. N'oubliez pas que c'est le Concile de Trente (1546-1564) qui, dans le contexte des scandales du mariage d'Henri VIII, et du double mariage de Philippe de Hesse "permis" par Luther et Melanchthon, a proclamé la doctrine constante de l'Église comme dogme formel.

Qu'est-ce que cela signifie concrètement? Et quelle serait la force d'une contradictions postérieure en la matière ?

Cela veut dire que celui qui prétend qu'on peut contracter un nouveau mariage pendant la vie de l'épouse légitime est excommunié, car il s'agit d'une hérésie. Celui qui le prétend. Et celui qui le fait pèche gravement. Et puis il y a aussi le fait que celui qui est conscient d'un péché grave - ne peut accéder à l'Eucharistie - que s'il a fait pénitence, s'est confessé et a été absous au préalable. Donc, si quelqu'un pense qu'il peut contredire le dogme défini d'un Concile Général, c'est une affaire grave. C'est ce qu'on appelle l'hérésie - et cela signifie exclusion de l'Église - parce qu'on abandonne la base commune de la foi.

Et celui qui, comme le Pape, croit simplement au monde d'hier et dit:"Je suis un homme d'aujourd'hui?

Quiconque pense que cela a depuis longtemps été dépassé par le développement social et culturel, est en faveur du modernisme classique de 1900. Il peut le faire. Ce n'est plus catholique. Ces théologiens modernistes - c'est-à-dire modernistes au sens technique du terme, pas en général - n'ont rien fait d'autre que d'adopter Hegel et l'évolutionnisme. Le concept évolutif en théologie signifie: l'homme évolue constamment vers le haut, d'un niveau culturel de conscience à l'autre. Et la religion évolue avec elle. Pour que demain soit vrai, ce qui était faux hier. Et vice versa. Et cette idée de développement, que les modernistes ont transposée dans la théologie au tournant du XXe siècle, c'est ce à quoi les modernistes ont pensé. Et voilà, nous avons la cacophonie théologique d'aujourd'hui.

Le théologien libéral de Fribourg, Magnus Striet, écrivait au début de l'année dans le "Herder Korrespondenz":"Dire que" Amoris laetitia "n' aurait pas changé l'enseignement de l'Église, mais l' aurait compris plus profondément, ce serait déjà étonnant. Au lieu de cela, soyons franc en disant ouvertement qu'il sera changé avec cette lettre.

Bien sûr, il a raison. Il y a des gens qui peuvent encore réfléchir. Je suis très inquiet que quelque chose explose Les gens ne sont pas stupides. Le simple fait qu'une pétition avec 870.000 signatures au Pape demandant des éclaircissements, que cinquante érudits de réputation internationale n'obtiennent pas de réponse, soulève des questions. C'est vraiment difficile à comprendre.

Dans ce contexte, les critiques accusent le Pape d'être un type autoritaire derrière la façade souriante, qui règne avec une politique de ressources humaines douteuse: il échange du personnel théologiquement qualifié contre des ouvrier pires. En outre, il y aurait eu une direction synodale sophistiquée, quand les bases de "Amoris laetitia" ont été discutées à Rome, couplée avec le raffinement jésuite.

En fait, ces critiques sont de plus en plus nombreuses - jusqu'aux articles de Ross Douthat publiés dans le New York Times. Il y a des journalistes qui disent que l'atmosphère au Vatican a complètement changé. On ne parle qu' à ses amis proches. Quand on téléphone, on utilise son portable. Que voulez-vous que je vous dise?

Que pensez-vous de la construction de "pape émérite" dont Joseph Ratzinger se réclame?

La figure de "Pape émérite" n'existe pas tout au long de l'histoire de l'Église. Et le fait qu'un pape s'en aille et renverse une tradition vieille de deux mille ans n' a pas seulement complètement dépassé les cardinaux. J'ai eu des invités ce lundi-là, en 2013, une table ronde intéressante. Nous étions assis à l'apéritif en attendant l'invité qui n'était pas encore arrivé quand un journaliste nous a posé la question:"L'avez-vous entendu"? Je croyais que c'était une blague de carnaval. Rosenmontag en l'occurrence.[le Lundi qui précède le Mardi gras - NDT].

Lequel de vos doutes exprimés dans la lettre "Dubia" est le plus important? Comment pourriez-vous l'expliquer à un profane?

Tout d'abord, présenter des "Dubia", c'est-à-dire des doutes, des questions au Pape, a toujours été une méthode pour éliminer l'ambiguïté. Totalement normal. Ensuite: Pour dire les choses simplement, il s'agit de la question: est-ce que quelque chose qui était un péché hier peut être bon aujourd'hui ? De plus, on se demande en outre s'il existe vraiment - selon la Foi constante - des actes moralement répréhensibles à tout moment et en toutes circonstances? Comme tuer une personne innocente ou un adultère? C'est à ça que ça se résume. Si la première question devait effectivement recevoir une réponse par Oui et la seconde par Non - alors, oui, ce serait une hérésie et ensuite le schisme. Division de l'Église.

Pensez-vous vraiment qu'un schisme est concevable?

Dieu nous en préserve.

images/icones/fleche2.gif  ( 837766 )Quelques remarques encore par Lycobates (2017-10-30 13:24:53) 
[en réponse à 837723]

"Was man da an Belegstellen vorbringt, sticht nicht."
vous traduisez : "les références qui y sont présentées ne ressortent pas."
Plus clair : les références y présentées ne tiennent pas, ne sont pas concluantes.
"stechen" dans le sens d'atteindre la cible (au sens figuré)

"Und wie heftig fiele ein Widerspruch dazu bei der Jenseitsvorsorge ins Gewicht?"
vous traduisez : "Et quelle serait la force d'une contradiction postérieure en la matière ?"
Non. Ils demandent : quelle serait la gravité, le poids, d'une contradiction (du dogme) au vu du salut éternel.
Die Jenseitsvorsorge (une manière bizarre, j'en conviens, de le formuler) est la sollicitude de l'au-delà, les soins, les précautions, qu'on prend (ici-bas) pour préparer l'éternité

"das einfach für die Welt von gestern hält"
(autre allusion, peut-être, au roman posthume de 1942 Die Welt von Gestern de Stefan Zweig), "etwas für die Welt von gestern halten" signifie: considérer quelque chose comme obsolète, arriéré, dépassé.
"auch als Papst" : même en tant que Pape.

Et une inadvertence :
"Es ist gut für euch, ..."
c'est bon pour vous (pluriel)

et là, je m'arrête !

Cordialement
images/icones/neutre.gif  ( 837736 )Effectivement ! par Lycobates (2017-10-29 22:28:57) 
[en réponse à 837663]

Né en Franconie de père catholique (un officier) et de mère protestante, baptisé protestant (contra legem), mais devenu catholique de son propre gré dans l'adolescence.
Ordonné prêtre pour l'archidiocèse de Bamberg en 1953.
Un historien de l'Église très apprécié (émérite de l'université d'Augsbourg), et grand spécialiste du schisme d'Occident.
Revenu occasionnellement à la messe de son ordination depuis quelques années.
À 88 ans l'appel du Maître ne saurait tarder.
Prions pour lui !
images/icones/bravo.gif  ( 837739 )Merci à Meneau par Diafoirus (2017-10-29 23:12:19) 
[en réponse à 837736]

pour cette traduction, qui nous permet de prendre connaissance de cet entretien très intéressant.
Merci à Lycobates pour les précisions sur ce cardinal.

J'ai trouvé ceci:
"Créé cardinal en 2010 par le pape Benoît XVI, considéré comme l’un de ses proches, Mgr Walter Brandmüller a été président du Conseil pontifical des sciences historiques de 1998 à 2009. C’est à l’aune du droit et de l’histoire qu’il s’interroge sur la situation inédite née de la renonciation du pape Benoît XVI."

http://www.hommenouveau.fr/1768/religion/cardinal-brandmuller---la-situation-actuelle-pose-des-problemes.htm