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images/icones/livre.gif  ( 837671 )Martin Luther, le chant du coq de la modernité par XA (2017-10-29 10:52:09) 

Lu sur le site de l’Homme Nouveau, cette présentation de Philippe Maxence.

Martin Luther, le chant du coq de la modernité

Sous ce titre, les éditions de L'Homme Nouveau viennent de faire paraître un livre de Danilo Castellano qui, dans une approche novatrice, ausculte la Réforme protestante, principalement dans ses conséquences politiques et montre ainsi la place déterminante qu'occupe l'esprit protestant dans notre monde actuel.


Doyen émérite de la Faculté de droit de l’université d’Udine (Italie), membre correspondant de deux académies royales espagnoles, Danilo Castellano est un philosophe connu et reconnu aussi bien dans son propre pays que dans ceux de langue hispanique. Auteur de très nombreux ouvrages, son travail porte essentiellement sur la philosophie politique et le droit. À ce titre, il est aujourd’hui l’un des plus éminents représentants des défenseurs du droit naturel classique qu’il illustre de façon aussi originale qu’incisive.

Un auteur à découvrir

En France, pourtant, à l’exception notable de la revue Catholica, dont il est membre du Conseil scientifique, il reste encore trop méconnu. Martin Luther, le chant du coq de la modernité, essai profondément novateur, est le premier livre qui paraît en français sous son seul nom et vient ainsi compléter les livres collectifs auxquels il a contribués. Publié à l’origine en 2016, simultanément en Italie et en Espagne, cet essai aurait dû voir le jour beaucoup plus tôt en langue française, si une série de difficultés ne s’étaient pas mises en travers pour en retarder la publication.

Fallait-il, pour autant, renoncer à sa publication ? Nous ne le croyons pas. Les analyses qu’offre dans ce petit livre le professeur Danilo Castellano dépassent de très loin le seul moment d’une commémoration, en l’occurrence celle de la Réforme protestante. Pour Danilo Castellano, la Réforme de Luther pose, en effet, les prémisses et les fondements du monde dans lequel nous vivons. Habités par la modernité, l’Europe et les États-Unis, et non les seuls États-Unis, en sont directement issus. Saisir ce lien revient donc à mieux comprendre ce que les Allemands appellent la Weltanschauung, cette conception du monde qui préside à nos destinées. L’enjeu n’est pas mince. Il est même déterminant si l’on entend sortir des conséquences que celle-ci a produites et dont nous constatons chaque jour les méfaits.


Extrait de la préface de l'auteur :


Il semble plus opportun d’examiner les conséquences des théories et des choix de Luther sur le plan éthique, politique, juridique, les conséquences sur le plan de la philosophie pratique. Aussi bien l’Europe moderne et contemporaine que l’Amérique du Nord et même, en partie, l’Amérique du Sud sont filles du protestantisme, même si elles présentent certaines caractéristiques particulières qui les rendent en partie différentes. Même l’Espagne, qui a cherché à s’opposer à la culture protestante, en est restée partiellement victime. Il suffit de voir par exemple que la Seconde Scolastique chercha à y résister, à s’y opposer, mais à la fin en resta considérablement marquée malgré la persistance de cette opposition. Il suffirait de penser, en particulier, aux doctrines politiques de Suarez pour comprendre cette affirmation qui peut sembler paradoxale et certainement inhabituelle. (…)

Luther joue un rôle important en ce qui concerne les doctrines politiques qui entrèrent rapidement dans l’histoire, même si elles se traduisirent en pratique avec des contradictions.

C’est pourquoi le poids qu’a eu le luthéranisme ne concerne pas seulement la question religieuse : c’est surtout dans le domaine mondain qu’il s’est révélé considérable et même déterminant.

En revanche, on peut peut-être affirmer qu’il a imprimé un « tournant » à la politique, laquelle, a « transformé » (c’est-à-dire, trahie dans sa nature et dans sa finalité), a caractérisé toute la Modernité. À tel point qu’on pourrait dire que le protestantisme s’est rapidement diffusé non pour des raisons religieuses (du moins, pas principalement), mais pour des raisons mondaines : son expansion ne s’expliquerait pas autrement. Luther, en effet, est incohérent sur le plan théorique (ainsi que sur le plan moral), même s’il y a au fond de sa doctrine un choix qui lui donne une unité. Sa pensée, considérée en soi et pour soi, ne peut exercer aucune fascination. À tel point qu’il faudra attendre Hegel pour lui donner une structure, laquelle, toutefois, en est aussi en fait une transformation, bien qu’elle en soit le développement cohérent : l’ordonnance hégélienne de la doctrine luthérienne marque l’abandon définitif des résidus religieux en faveur des justifications rationalistes

Ce livre est disponible en librairie et sur la boutique de l’Homme Nouveau (236 pages, 12 €).

images/icones/carnet.gif  ( 837678 )Livre assez discutable par Peregrinus (2017-10-29 14:01:20) 
[en réponse à 837671]

J'ai eu l'occasion de lire l'année dernière ce petit livre dans sa version italienne.

La lecture m'a laissé extrêmement perplexe.

Le plan tout d'abord est très déconcertant. On trouve en conclusion ce que l'on attendrait en introduction. Parfois, l'étrangeté de la construction de l'ouvrage va jusqu'à rendre très difficile la compréhension du propos : il est question p. 19 (version italienne) d'une "révolution gnostique", mais l'auteur n'explique ce qu'il entend par-là qu'à la page 86.

Certaines affirmations, centrales dans le livre, mériteraient d'être solidement étayées, mais sont de fait à peine justifiées, voire à peine expliquées. Ainsi Hegel est-il désigné, de manière récurrente, comme le "saint Thomas d'Aquin du luthéranisme", ce que l'auteur ne prouve cependant jamais. Or cette affirmation n'a jamais droit fût-ce à la moindre note de bas de page.

Le livre manque de rigueur et l'absence de définitions claires en introduction rend son propos fuyant. Ainsi Jean-Jacques Rousseau est-il désigné comme un auteur "intégralement protestant" ; mais jamais le livre ne clarifie méthodiquement ce qu'il entend par protestantisme. On a parfois l'impression de lire une version savante de cette littérature qui tient absolument à ce que toutes les erreurs soient toujours réductibles à une seule, qui ne ferait que prendre différents visages au cours du temps. Les filiations intellectuelles sont plutôt affirmées que démontrées.
De même, l'auteur évacue comme un faux problème la question des herméneutiques du protestantisme (p. 127), alors que justement ce problème est central dans la perspective qu'il a choisie.

Enfin la bibliographie est faible et insuffisamment discutée. Lucien Febvre est désigné comme L. Favre (note de la page 137) ! Maritain dans les Trois Réformateurs est historiquement beaucoup mieux informé et se montre beaucoup plus subtil et mesuré.

En un mot, le livre, malgré quelques aperçus intéressants, ne m'a pas paru très bon ; je pense qu'il consternerait ou ferait rire beaucoup de spécialistes de cette période. Je m'étais laissé dire qu'il s'agissait d'un livre de circonstances, lié aux commémorations de la Réforme et composé assez rapidement ; mais quelle nécessité y avait-il de le traduire en français ?

Peregrinus

images/icones/fleche2.gif  ( 837680 )Autre exemple d'affirmation curieuse par Peregrinus (2017-10-29 14:35:22) 
[en réponse à 837678]

A la page 110 (de l'édition italienne), l'auteur nous explique avec le plus grand sérieux (ou plutôt, ne nous explique pas, et c'est bien le problème) que le Risorgimento n'est pas autre chose que l'imposition d'un ordre juridique d'inspiration protestante en Italie.

A la lecture de ce genre de livres et au vu de la définition implicite du protestantisme qui les sous-tend, on a aussi l'impression que finalement Luther n'était lui-même pas tout à fait protestant.

Peregrinus