Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 837607 )La gifle par Jean Kinzler (2017-10-27 10:33:54) 

La gifle de François au cardinal Sarah. Les dessous de l’affaire


La lettre dans laquelle François a dernièrement contredit et humilié le cardinal Robert Sarah, Préfet de la Congrégation pour le culte divin, est à nouveau emblématique de la façon dont ce pape exerce son magistère.

Lorsque François veut introduire des nouveautés, il ne le fait jamais par des mots clairs et univoques. Il préfère faire naître des discussions, mettre en œuvre des « processus » au sein desquels les nouveautés vont peu à peu s’affirmer.

L’exemple le plus parlant, c’est Amoris laetitia qui a donné à des interprétations et des mises en œuvre disparates sur le terrain alors que des conférences épiscopales optaient pour l’un ou l’autre camp.

Et lorsqu’on lui demande de clarifier les choses, il refuse. Comme dans le cas des cinq « dubia » soumis par quatre cardinaux auxquels il n’a pas daigné donner la moindre réponse.

Par contre, quand un cardinal comme Sarah, dont la compétence et la fonction sont unanimement reconnues, intervient pour fournir l’unique interprétation qu’il estime correcte devant être mise en œuvre par la congrégation dont il est le préfet au sujet d’un motu proprio papal concernant la liturgie, François ne se tait pas mais réagit avec âpreté pour défendre ces passages du motu proprio – par ailleurs fort peu clairs – renfermant les libéralisations qui lui sont chères.

C’est exactement ce qui vient de se passer ces derniers jours.

Retournons un peu en arrière. Le 9 septembre, François publiait le motu proprio « Magnum principium » concernant les adaptations et les traductions en langues courantes des textes liturgiques de l’Eglise latine.

En définissant le rôle de la Congrégation pour le culte divin concernant les adaptations et les traductions des textes liturgiques préparés par les conférences épiscopales nationales et soumises à l’approbation du Saint-Siège, le motu proprio fait la distinction entre la « recognitio » et la « confirmatio », entre révision et confirmation.

Mais cette distinction n’est pas clairement expliquée. En fait, les experts sont tout de suite partagés entre deux interprétations.

D’un côté ceux qui considèrent que la « recognitio », c’est-à-dire la révision prévue par Rome, ne concerne que les adaptations tandis que pour les traductions, le Saint-Siège doit se borner à donner une « confirmatio », c’est-à-dire son approbation.

De l’autre ceux qui considèrent que Rome doit également exercer une révision approfondie de ces traductions avant de les approuver.

C’est en effet que qui se passait auparavant et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle plusieurs traductions des missels ont eu un accouchement difficile – comme celles des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et d’Irlande – ou sont encore en attente d’approbation de Rome comme celles de France, d’Italie et d’Allemagne.

En particulier, la nouvelle traduction du missel en allemand a fait l’objet de critiques de Benoît XVI lui-même qui avait rédigé en 2012 une lettre à ses compatriotes évêques pour les convaincre de traduire plus fidèlement les paroles de Jésus lors de la dernière cène au moment de la consécration :


En revenant au motu proprio « Magnum principium », il faut souligner qu’il a été rédigé sans impliquer le cardinal Sarah, préfet d’un dicastère dont les cadres intermédiaires lui sont opposés depuis un bon moment.

Le 30 novembre, Sarah écrivait au pape François une lettre de remerciement accompagnée d’un « Commentaire » détaillé visant à faire une interprétation et une application plutôt restrictive du motu proprio, par rapport à ses formulations ouvertes à interprétation.

Selon le cardinal Sarah, « recognitio » et « confirmatio » sont dans les faits « synonymes » ou à tout le moins « interchangeables au niveau de responsabilité du Saint-Siège » dont la mission consistant à réviser les traductions avant de les approuver reste intacte.

Une douzaine de jours plus tard, le « Commentaire » du cardinal faisait son apparition sur différents sites web (dont la « Nuova Bussola Quotidiana » en Italie), laissant penser – vu l’autorité de l’auteur de ce « Commentaire » – qu’à Rome, la Congrégation pour le culte divin aurait agi en suivant ses directives.

Et c’est ce qui a fortement irrité le pape François qui a signé le 15 octobre une lettre désavouant sèchement le cardinal Sarah.

Une lettre dans laquelle le pape confère aux conférences épiscopales nationales la liberté et l’autorité de décider eux-mêmes des traductions, restant sauve la « confirmatio » finale de la congrégation vaticane.

Et dans tous les cas – ajoute le pape – sans aucun « esprit d’ ’imposition’ aux conférences épiscopale d’une traduction réalisée par le dicastère » romain, y compris pour les textes liturgiques « importants » tels que « les formules sacramentelles, le Credo et le Notre Père ».

Les conclusions de la lettre sont venimeuses :

« Constatant que la note ‘Commentaire’ a été publiée sur certains sites web et erronément attribuée à votre personne, je vous demande poliment de faire en sorte que ma réponse apparaisse sur ces mêmes sites et qu’elle soit également envoyée à toutes les conférences épiscopales ainsi qu’aux membres et aux consulteurs de ce dicastère ».

Il y a un gouffre entre cette lettre de François et les chaleureux mots d’estime exprimés par écrit au cardinal Sarah il y a quelques mois par le « pape émérite » Benoît XVI. Ce dernier disait qu’il était persuadé qu’avec Sarah, « la liturgie est entre de bonnes mains » et que donc « nous devons être reconnaissants au Pape François d’avoir nommé un tel maître spirituel à la tête de la Congrégation qui est responsable de la célébration de la Liturgie dans l’Eglise ».

Il est inutile de préciser que l’objet du différend qui oppose François et le cardinal Sarah n’est pas anodin mais qu’il touche aux fondements de la vie de l’Eglise selon le vieux dicton « Lex orandi, lex credendi ».

Parce que le « processus » que François veut mettre en branle consiste également, à travers une décentralisation vers les Eglises nationales des traductions et des adaptations liturgiques, à transformer la structure de l’Eglise catholique en une fédération d’Eglises nationales dotées d’une large autonomie, « y compris une certaine autorité doctrinale authentique ».

Ces derniers mots sont tirés d’Evangelii gaudium, le texte qui contient le programme du pontificat de François.

Ces mots étaient énigmatiques lors de leur publication en 2013 mais ils le sont chaque jour un peu moins.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.diakonos

images/icones/barbu2.gif  ( 837689 )la découverte de la lune : épisode 2017 par Luc Perrin (2017-10-29 15:46:05) 
[en réponse à 837607]

Je suis toujours amusé quand on "découvre" la lune en ce qui concerne les orientations du pontificat chaque mois ou chaque année.

Pourtant tout était limpide depuis l'élection en mars 2013 du principal candidat présenté comme alternative au cardinal Ratzinger en 2005.

Le tout nouveau pape à peine élu a très franchement, sans ruse ni corne, déclaré urbi et orbi tenir le cardinal Kasper pour un des plus importants théologiens du temps, il a dans le passé fait l'éloge de feu le cardinal jésuite Carlo Maria Martini.

Lisez donc les écrits des cardinaux Martini et Kasper et ne soyez plus surpris de découvrir qu'il fait soleil en plein midi ou la lune chaque soir.
Souvenons-nous que l'Église traverse périodiquement des temps de crise interne et de grande faiblesse mais qu'elle se redresse ensuite.
D'aucuns "célèbrent" la Réformation qui déchire l'Église et fit tant de morts et de désastres spirituels et matériels. La Réforme catholique qui couvait avant Luther et Calvin fut ensuite agréée par le concile de Trente et a produit des fruits extraordinaires.

Clairement nous sommes entrés dans une phase de grand affaiblissement où l'esprit du monde souffle fortement sur l'Église. Le roseau plie et pliera encore beaucoup mais je reste convaincu qu'il se redressera fut-ce après mon propre décès.
Être pris dans le passage d'un de ces nombreux cyclones n'a rien de plaisant, j'en conviens et savoir que le vent et les pluies torrentielles vont cesser n'est sur le moment pas d'un grand secours.

Sur le point très précis de cette question d'interprétation, autant j'ai la plus grande estime et une admiration de longue date pour le cardinal Sarah qui est un grand exemple de l'Afrique catholique, autant à mon modeste avis, sa lecture était erronée. Il est évident que François voulait réduire à une simple "confirmatio", presque de pure forme, l'ancienne procédure de recognitio forte que Paul VI (et pas Liturgiam authenticam) avait instituée.

Et il est vrai que Vatican II pensait bien que le travail de traduction, dont les Pères ont grossièrement sous-évalué l'importance et la possible utilisation perverse - elle fut massive pour la langue anglaise -, serait l'apanage des seules conférences épiscopales (et groupes de conférences linguistiques). Paul VI avait deviné que les traductions pouvaient être détournées localement et avait institué une recognitio plus sérieuse. A cet égard, le pape François se rapproche - sur ce point - d'une lecture littérale de Sacrosanctum concilium. Si on doit en revenir à la lettre de la Constitution conciliaire, chose très souhaitable d'ailleurs, puisse le Saint-Père dans un prochain texte réclamer a) que le latin redevienne la langue première du rit romain b) le grégorien comme chant propre de cette liturgie c) faire réduire voire abroger les multiples prières eucharistiques qui s'opposent de front avec la règle herméneutique posée par le texte conciliaire ...

Ceci dit, la Congrégation romaine pour le Culte divin est très loin de disposer des experts dans toutes les langues du monde ! Un mien étudiant togolais a ainsi montré dans sa thèse que pour l'ewe une langue qui est parlée dans une partie du Togo et du Ghana voisin, les deux conférences épiscopales avaient seules promulgué le texte sans recours à Rome.
Quand on songe à l'extrême variété des langues locales, on voit mal comment en dehors des plus grosses langues vernaculaires Rome peut avoir les experts en nombre et qualifiés pour réviser sérieusement les textes.

Une raison de plus de conserver la liturgie latine traditionnelle ... J'ajoute que dans la plupart des pays d'Afrique et d'Asie, il y a plusieurs langues locales : dans le tout petit Togo, il y en a déjà 3 pour le Centre et Sud et une ribambelle au Nord. Bref le Togolais qui parle Guin ne comprendra rien à la messe en Ewe pourtant célébrée à 50-60 km de sa propre région. Mais tous les Togolais qui suivent la Forme extraordinaire pourront tout comprendre en tout point du globe où cette Messe est célébrée.

Quand la Babel néo-liturgique prétend avoir accru la "compréhension" des saints mystères de la part des fidèles tout en ayant en fait cloisonné celle-ci...