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images/icones/fsspx.gif  ( 837100 )Non plus cinq mais sept propositions hérétiques, par l'abbé Jean-Michel Gleize par La Porte Latine (2017-10-17 15:30:46) 

Non plus cinq mais sept propositions hérétiques, par l'abbé Jean-Michel Gleize



1. Non plus cinq, mais sept. Il y eut en effet jadis cinq propositions hérétiques : comme telles, elles furent condamnées par un Pape, et pas seulement dénoncées par une certaine élite du clergé et des fidèles catholiques. L'épisode est resté non seulement célèbre, mais aussi emblématique d'une difficulté quasiment insoluble. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est bien à craindre que le scandale (car c'en est un) suscité par Amoris lætitia ne soit pas près d'être réparé comme il le mérite.

2. Les cinq propositions (**) furent condamnées le 31 mai 1653 par le Pape Innocent X dans la Bulle Cum Occasione (1). Elles expriment toute la substance du jansénisme, doctrine contraire au dogme catholique de la grâce et de la prédestination, mais pourtant défendue par l'évêque d'Ypres Cornelius Jansénius (1585-1638) dans son ouvrage l'Augustinus, paru à titre posthume en 1640. Ce livre ayant été déféré au Pape Urbain VIII, celui-ci le condamna dans sa Bulle In Eminenti du 6 mars 1642. Mais la condamnation fut vite éclipsée par les disciples de Jansénius, l'abbé de Saint-Cyran, Jean Duvergier de Hauranne (1581-1643) et surtout Antoine Arnaud (1612- 1694), frère de Mère Angélique, supérieure du couvent devenu janséniste de Port-Royal, et auteur d'un traité De la fréquente communion, qui tire les conséquences pratiques et morales de la doctrine janséniste. C'est à l'occasion de la parution de ce livre que plusieurs théologiens de l'Université de Paris se décidèrent à étudier de façon plus approfondie la doctrine de l'Augustinus. Ils agirent sur leurs pasteurs, et c'est ainsi qu'en 1651, quatre-vingtcinq évêques français envoyèrent à Rome pour examen cinq propositions tirées de l'Augustinus.

3. La réaction des jansénistes fut très subtile. Ils distinguent entre la question de droit et la question de fait. Ils reconnaissent que les 5 propositions sont véritablement hérétiques et qu'elles méritent d'être condamnées comme telles (question de droit) mais ils prétendent qu'elles ne se trouvent pas dans l'Augustinus, ou du moins qu'elles ne rendent pas le compte exact des idées qui s'y trouvent (question de fait). Textuellement, c'est vrai, seule la première proposition se trouve dans l'Augustinus. Mais les quatre autres s'y trouvent en substance. Le 29 septembre 1654, un Bref d'Innocent X précise que, par la Constitution de 1651, se trouve condamnée la doctrine de Jansénius telle qu'elle est contenue effectivement dans son ouvrage l'Augustinus. Mais les jansénistes s'obstinent dans leur thèse, et se contentent de ne pas contredire davantage les prescriptions de Rome, sans pour autant leur donner leur assentiment : ils adoptent ainsi la tactique d'un assentiment purement extérieur, celui d'un religieux silence...

[...]

Lire l'article ici
images/icones/bravo.gif  ( 837101 )Toujours très intéressant par Jean-Paul PARFU (2017-10-17 15:39:27) 
[en réponse à 837100]

et même excellent !
images/icones/neutre.gif  ( 837103 )Merci de nous eclairer.... par Pol (2017-10-17 16:38:40) 
[en réponse à 837100]

....encore une fois par cet excellent article de l'Abbé Gleize.
images/icones/neutre.gif  ( 837104 )Parallèle surprenant ! par Marquandier (2017-10-17 17:23:46) 
[en réponse à 837100]

Le rapprochement le plus évident se fait pourtant avec la bulle Unigenitus qui a, comme Amoris Laetitia, suscité beaucoup d’incompréhensions dans l’Église, jusqu’à voir de nombreux clercs en appeler au Concile (les correctio et dubia de l’époque.)

La révolte a été étouffée, Rome s’est bien défendu. Un autre scénario est-il encore possible, après Vatican I ?
images/icones/bravo.gif  ( 837117 )Unigenitus par Luc de Montalte (2017-10-17 19:37:10) 
[en réponse à 837104]

J’ai aussi fait le parallèle avec cette bulle. La répression qui frappa les augustiniens fut néanmoins sévère et même, à mon avis, scandaleuse. Rien de tel ne frappe les signataires de la correctio fort heureusement.
images/icones/salutscout.gif  ( 837114 )Le seul problème aujourd'hui est que cela est à front renversé par Athanase (2017-10-17 19:00:15) 
[en réponse à 837100]

Le problème, et il semble majeur, pour ne pas dire insoluble - du moins avec les protagonistes actuels - est qu'Unigenitus est un texte de l'Autorité suprême qui condamne l'hérésie, alors qu' Amoris Laetitia est défendue par cette même Autorité suprême, à qui l'on reproche de favoriser l'hérésie (terme peut-être flou, mais passons). La grande difficulté est que Rome condamnait l'hérésie, quitte à la faire naître conceptuellement pour mieux la tuer, alors qu'aujourd'hui, l'Autorité suprême joue avec quelque chose qui est aux limites de l'orthodoxie et de l'hérésie, mais sans aveu explicite, ni déclaration formelle.

Les jansénistes résistaient au pape, estimant ne pas être visés ou, aussi, cherchant à ne pas y adhérer. Les opposants à Amoris Laetitia, même s'ils prétendent ne pas désobéir au pape et invoquent des raisonnements assez convaincants, apparaissent de fait, dans les apparences et dans le contexte médiatique contre le pape, ce qui ne facilite pas les choses.

Je préfère encore le contexte d'Unigenitus, passablement moins compliqué, car celui d'AL est franchement délétère et risqué pour l'avenir. Du moins si les choses continuent ainsi.

images/icones/attention.gif  ( 837119 )Erreurs manifestes. par Luc de Montalte (2017-10-17 19:56:23) 
[en réponse à 837100]

1/ Les prétendus « jansénistes » ont tous condamné unanimement ces propositions, se contentant d’en contester le fait. Il a fallu recourir à l’aide d’habiles théologiens (dont un certain Fénelon) pour inventer des faits dogmatiques et les prétendre « hérétiques » pour une simple querelle intellectuelle sur un ouvrage (que le Saint-Père n’avait d’ailleurs pas lu – et on peut le comprendre –). Parler d’une « tactique d'un assentiment purement extérieur, celui d'un religieux silence » est donc très malhonnête.

2/
(…) De la fréquente communion, qui tire les conséquences pratiques et morales de la doctrine janséniste


Le livre avait été salué quasi unanimement à sa parution sauf par certains jésuites. Il n’a rien à voir avec l’expression d’une prétendue doctrine janséniste (inexistante) mais avec ce qu’étaient les pratiques courantes des catholiques du XVIIe siècle. Rappelons le mot de Bérulle, peu soupçonnable de « jansénisme » : il faut « induire les fidèles plus à la révérence qu’à la fréquence du sacrement d’eucharistie ».

Rappelons d’ailleurs que l’ouvrage fut examiné un an durant à Rome en 1645 et que son auteur en ressortit blanc comme neige.

Enfin, selon le témoignage de Besoigne dans son Histoire de l’abbaye de Port-Royal : « Les messieurs communiaient les uns tous les quinze jours, les autres tous les huit jours ; d’autres tous les dimanches et toutes les fêtes, et quelquefois la semaine. Ils se confessaient assez souvent, et leurs directeurs furent successivement Singlin, Manguelein et Le Maître de Saci. »