Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=834864
images/icones/fsspx.gif  ( 834864 )Amoris lætitia : le débat est loin d’être clos par Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (2017-09-15 07:52:52) 

Dans son numéro de mai-août 2017, la revue de théologie Medellín, publiée sous l’autorité du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM), fait paraître un ensemble d’études sur la question du magistère du pape François. On peut y lire une analyse de l’Exhortation apostolique Amoris lætitia par Mgr Victor Manuel Fernández, recteur de l’Université catholique de Buenos Aires, ami très proche du pape argentin.

Intitulé ‘Le chapitre 8 d’Amoris lætitia, le calme après la tempête’, cet article explique que l’intention du pape était de faire évoluer l’Eglise sur la question des divorcés-remariés de « façon discrète ». De fait, reconnaît l’auteur, cette intention a été manquée, notamment en raison de la publication des dubia par les quatre cardinaux, Brandmüller, Burke, Caffarra, et Meisner. Mais ceux qui critiquent l’exhortation sont dans un « piège mortel », affirme Mgr Fernández, et « trahissent le cœur de l’Evangile ». Le prélat argentin les accuse ainsi de « pélagianisme intellectuel ».

Cette revue a été recensée – sinon encensée – le 22 août 2017 par le quotidien officiel du Vatican, L’Osservatore Romano, après les interventions dans la presse de plusieurs théologiens légitimement critiques à l’égard d’Amoris lætitia.

NOUVELLES INTERVENTIONS CRITIQUES A PROPOS D’AMORIS LÆTITIA

Dans le quotidien en ligne américain The Wanderer du 14 août, le cardinal Raymond Burke, ancien préfet du Tribunal suprême de la signature apostolique au Vatican, explique ce qu’il entend par « correction formelle » à apporter à Amoris lætitia. Il s’agit d’une affirmation de l’enseignement « clair » de l’Eglise sur les points controversés du document, en ce qui concerne le mariage, la famille, et les actes « intrinsèquement mauvais ».

Le 18 août, le Père Aidan Nichols o.p., qui a enseigné à Oxford, à Cambridge et à Rome, a publié sur le site britannique Catholic Herald une conférence prononcée à la Communauté Saint-Alban-et-Saint-Serge, une association à but œcuménique, devant un auditoire non-catholique pour la plupart. Il y expose la nécessité d’une réforme canonique, pour permettre une telle « correction formelle » du souverain pontife. « Tenant compte des limites énoncées de l’infaillibilité papale, le droit canon devrait prévoir une procédure formelle pour examiner si le pape a enseigné des erreurs », considère-t-il.

Dans la revue allemande Die Neue Ordnung d’août 2017, un autre signataire des dubia, le cardinal Walter Brandmüller, estime souhaitable que les successeurs de Pierre publient une profession de foi catholique. Ce fut le cas dernièrement de Paul VI en 1968, avec le Credo du peuple de Dieu, comme déjà pour d’autres papes à partir du 5e siècle. Et le prélat allemand de s’interroger sur la conclusion qui peut en être tirée « pour l’Eglise de notre époque ».

UN UNIVERSITAIRE AUTRICHIEN INTERDIT D’ENSEIGNEMENT

Le 8 mai 2017, le Professeur Josef Seifert, fondateur et directeur de l’Académie internationale de philosophie du Liechtenstein, publiait dans la revue scientifique AEMAET, une étude qui lui a valu d’être suspendu d’enseignement auprès des séminaristes par Mgr Javier Fernández Martínez, archevêque de Grenade, au motif que l’universitaire d’origine autrichienne introduit la confusion chez les fidèles. En même temps, le prélat espagnol annonçait publiquement qu’il avait adopté pour son diocèse les directives pastorales très libérales des évêques de la région de Buenos Aires (Argentine) sur la communion des divorcés « remariés », directives que François a chaleureusement approuvées.

Quelle est la faute du Pr Seifert ? Il a tiré les conséquences logiques d’un passage d’Amoris lætitia. L’article 303 où il est question des couples « dits irréguliers » (en clair : divorcés « remariés », homosexuels), affirme que la « conscience peut reconnaître non seulement qu’une situation ne répond pas objectivement aux exigences générales de l’Evangile ; de même, elle peut reconnaître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine assurance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif ».

Cette formulation est doublement problématique, souligne le philosophe catholique : « Outre qu’elle qualifie par euphémisme un état objectif de péché grave comme ne constituant “pas encore pleinement l’idéal objectif”, Amoris lætitia affirme qu’on peut savoir “avec une certaine assurance morale” que Dieu lui-même nous demande de continuer de commettre des actes intrinsèquement mauvais, tels l’adultère ou l’homosexualité active ».

Quelle est la conséquence logique d’une telle affirmation ? S’il est vrai que Dieu peut vouloir qu’un couple vive dans l’adultère en contradiction avec le sixième commandement, alors rien n’empêche que ce principe soit appliqué à « tous les actes considérés comme “intrinsèquement mauvais” ». Pourquoi ne pas justifier dans certains cas le meurtre, l’avortement, l’euthanasie, le suicide, le mensonge, le vol, le parjure et la trahison, au motif que Dieu lui-même les demande « parmi la complexité concrète des limites de la personne, quoique ne constituant pas l’idéal objectif » ?

« La logique pure n’exige-t-elle pas que nous tirions cette conséquence de la proposition du pape François ? », demande le Pr Seifert, montrant qu’une réponse positive à cette question entraîne ceci : « la conséquence purement logique de cette seule assertion d’Amoris lætitia semble détruire l’ensemble de l’enseignement moral de l’Eglise. » – Voilà pourquoi le philosophe a été prié de cesser tout enseignement à l’Académie internationale de philosophie à Grenade.

DECES D’UN DES AUTEURS DES DUBIA

Après le cardinal Joachim Meisner décédé le 5 juillet dernier, un autre signataire des dubia, le cardinal Carlo Caffarra, s’est éteint le 6 septembre, à l’âge de 79 ans. Archevêque émérite de Bologne, il avait accordé un entretien au quotidien italien Il Foglio, en janvier, où il affirmait son « respect » pour le pape, mais aussi sa préoccupation de « la division entre pasteurs », causée par les dubia. Il soulignait en outre le risque « d’arbitraire » d’une « pastorale qui n’est pas fondée et enracinée sur la doctrine ».

Camillo Langone rend hommage à ce prélat dans les colonnes d’Il Foglio le jour de sa mort : « Les cardinaux meurent, les doutes vivent. Ou plutôt, chaque fois que meurt un cardinal qui a exprimé des doutes au sujet d’Amoris lætitia sans obtenir de réponse, le silence du pape se fait plus assourdissant. Et les doutes, au contraire de ceux qui les ont formulés, augmentent. Que dit exactement cette exhortation apostolique ambiguë ? Les paroles de Jésus sur le mariage sont-elles encore valides ? »

Le 7 septembre, sur son blogue, le vaticaniste Antonio Socci rapporte ce témoignage : « Un prêtre me confie qu’il y a quelques jours, il est allé lui (cardinal Caffarra) dire sa douleur pour le désastre quotidien que l’on vit dans l’Eglise, lui rapportant plusieurs faits. Le cardinal a fondu en larmes et lui a dit : “Le Seigneur n’abandonnera pas son Eglise. Les apôtres étaient douze et le Seigneur recommencera avec quelques-uns. Imaginez la souffrance de saint Athanase, qui a été laissé seul pour défendre la vérité par amour du Christ, de l’Eglise et des hommes. Nous devons avoir la foi, l’espoir et le courage”. Ce prêtre me confie : “le cardinal était très peiné, mais il m’a transmis beaucoup de courage et beaucoup d’amour pour l’Eglise”. (...) Il était sûr que dans le monde et dans l’Eglise, à la fin, le Seigneur allait vaincre. Ainsi, au cours de ces dernières années, il s’est retrouvé le protagoniste d’une défense puissante de la foi catholique et des sacrements face à Amoris lætitia. Ce qui le réconfortait, dans ce témoignage de foi, c’étaient les paroles prophétiques qu’il avait reçues des années plus tôt de sœur Lucie de Fatima, dans une lettre où elle lui avait écrit que “la bataille finale entre Dieu et Satan sera sur la famille et le mariage” ».

SOURCE : FSSPX.Actualités
images/icones/fleche3.gif  ( 834874 )Persécution officielle et schisme de fait au sein de l’Église par jejomau (2017-09-15 14:51:19) 
[en réponse à 834864]

L'article de la Porte Latine concernant le professeur Josef Seifert est également en ligne sur Settimo Cielo. Mais Sandro Magister poursuit plus loin avec les propos de Claudio Pierantoni que voici :

[…] En dépit de la force et de la puissance de son argument, Josef Seifert n’en tire pas lui-même les conséquences logiques (ce qui reviendrait à relever une hérésie matérielle) mais laisse plutôt au Pape le soin de réfléchir sur un sujet d’une telle gravité. Pourrait-on imaginer démarche plus humble et respectueuse que celle-là ?

Or c’est précisément cet article qui a poussé l’Archevêque de Grenade, Mgr Martínez, à affirmer que : « l’article récemment publié par le professeur Josef Seifert […] porte atteinte la communion de l’Eglise, provoque la confusion dans la foi des fidèles et sème la méfiance envers le successeur de Pierre ce qui, en définitive, ne sert pas la vérité de la foi mais plutôt les intérêts du monde. »

Avec tout le respect que je lui dois, je pense qu’en affirmant cela Mgr Martínez fait preuve d’une surprenante naïveté dans sa perception de l’état actuel de l’Eglise. Surprenante en effet puisqu’il s’agit non seulement d’un prélat de haut niveau mais également d’une personne d’une grande érudition.

Avant tout, pour pouvoir affirmer que quelqu’un « porte atteinte à la communion de l’Eglise » sur un point quelconque, il convient de s’assurer au préalable qu’une forme de communion existe bel et bien au sein de l’Eglise sur le sujet en question. Or dans l’Eglise catholique d’aujourd’hui, quel évêque, quel prêtre, quelle personne un tant soit peu instruite et informée pourrait ignorer qu’aucun sujet n’est actuellement plus controversé et noyé dans une épouvantable confusion que celui-là ? Sur quel autre sujet, je vous le demande, la « foi des fidèles » est-elle davantage induite en confusion par les voix les plus contradictoires en conséquence à la publication d’Amoris laetitia ?

On pourrait objecter que la confusion était déjà présente avant Amoris laetitia. Certes, mais le grand problème avec Amoris laetitia c’est que les courants de pensée relativistes et « d’éthique de situation » que les trois papes précédents avaient tenté d’endiguer de toutes leurs forces se sont à présent glissés dans les pages d’un document papal officiel. Les choses en sont donc arrivées au stade où l’homme qui a été l’un des principaux et des plus lucides défenseurs du Magistère précédent pendant plus de trois décennies, qui avait été personnellement soutenu et encouragé dans son œuvre philosophique par Saint Jean-Paul II et qui fut d’ailleurs l’un de ses alliés les plus précieux dans la défense de la doctrine morale infaillible de l’Eglise, le Professeur Josef Seifert, est à présent renvoyé et traité comme un ennemi de la communion de cette même Eglise.

Je pense que l’affirmation selon laquelle Seifert « sème la méfiance envers le successeur de Pierre » est tout aussi naïve et injustifiée. L’Archevêque Martínez semble ne pas être conscient de ce qui est pourtant évident comme nous l’avons déjà dit : en introduisant dans un document officiel des affirmations qui contredisent des points essentiels du Magistère précédent et de la doctrine millénaire de l’Eglise, le Pape François s’est lui-même attiré la plus haute défiance d’un très grand nombre de fidèles catholiques. Avec la conséquence désastreuse que cette défiance retombe également, dans l’esprit de beaucoup, sur la papauté elle-même.

Quelle est donc la véritable raison de cette méfiance ? Se pourrait-il qu’il s’agisse des efforts solides et continus de Josef Seifert pour s’opposer à l’erreur de l’éthique de situation, un engagement auquel il a consacré pratiquement toute sa vie ainsi que celle de l’institution qu’il a fondée, dans une démarche de service fidèle de l’Eglise et de la parole de Dieu ? Ou ne serait-ce pas plutôt dû au fait qu’on ait laissé cette même erreur, contraire à toute la tradition chrétienne (une tradition récemment réaffirmée dans une encyclique aussi solennelle et importante que Veritatis splendor), s’immiscer dans un document papal ?

Troisièmement, il faut être clair sur le fait que ce que suggère Amoris laetitia à ce propos (c’est-à-dire que les personnes en état d’adultère objectif pourraient désormais dans certains cas ne plus être considérées en état d’adultère objectif) ne peut en aucun cas être considéré comme faisant partie du véritable Magistère, même si cela figure dans les pages d’un document magistériel. Supposer que ce puisse être le cas reviendrait à adopter une conception assez mécanique et simpliste du Magistère qui reviendrait à considérer que quelque chose serait « enseigné » par un Pape par le simple fait qu’il apparaisse d’une façon ou d’une autre dans une exhortation apostolique.

En fait, plusieurs éléments dans l’exhortation elle-même et dans les actions ultérieures du Pape François démontrent clairement que ce n’est pas le cas. Dans son introduction déjà, Amoris laetitia affirme clairement que « tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles. Bien entendu, dans l’Église une unité de doctrine et de praxis est nécessaire, mais cela n’empêche pas que subsistent différentes interprétations de certains aspects de la doctrine ou certaines conclusions qui en dérivent. […] dans chaque pays ou région, peuvent être cherchées des solutions plus inculturées, attentives aux traditions et aux défis locaux. Car les cultures sont très diverses entre elles et chaque principe général […] a besoin d’être inculturé, s’il veut être observé et appliqué » (AL 3, soulignement ajouté).

Or, puisque notre sujet porte précisément sur la question cruciale dont le Pape prédit à l’avance qu’elle fera débat, il est clair que pour éviter toute discussion sur l’orthodoxie de sa proposition, il la présente d’une façon indirecte et « discrète ». C’est tellement vrai qu’il reconnaît explicitement que ce qui se trouve proposé là pourrait tout à fait légitimement être remplacé par « différentes interprétations de certains aspects de la doctrine ou certaines conclusions qui en dérivent ». Or cela est bien entendu très différent de ce que l’on pourrait considérer de près ou de loin comme un « enseignement magistériel » : non seulement une telle affirmation là empêche toute tentative de considérer Amoris laetitia comme un enseignement infaillible mais elle empêche même qu’on puisse la considérer comme magistère authentique, à tout le moins en ce qui concerne les passages qui présentent des nouveautés voire même des contradictions avec le Magistère précédent.

En toute cohérence avec l’affirmation d’AL 3, le Pape n’a opposé aucune objection aux déclaration des évêques qui ont affirmé leur fidélité à Veritatis splendor et à Familiaris consortio, comme en Pologne, aux USA, au Canada et en Argentine. L’Archevêque Martínez déclare que « Le Diocèse de Grenade a adopté, depuis le tout début, l’application du texte pontifical préparé par les Evêques de la Région de Buenos Aires, reconnu par le Saint-Père ». Fort bien, mais c’est sa propre décision. D’autres évêques ont pris la décision opposée et ils n’ont pas été censurés par le Pape. Il est vrai que dans sa lettre aux évêques de Buenos Aires, le Pape affirme qu’« il n’y a pas d’autre interprétation » mais dans les faits, il a accepté l’existence d’autres interprétations et ne les a pas censurées, en cohérence avec ce qu’il avait affirmé dans AL 3.

Nous assistons donc ici à d’une tentative de « magistérialiser » la proposition du chapitre VIII d’Amoris laetitia qui est contraire aux preuves contenues dans AL lui-même et bien entendu aux actes du Pape lui-même. On ne manquera pas de remarquer que Martínez suit en cela la démarche proposée par l’Archevêque argentin Victor Manuel Fernández dans son récent article : Mgr Fernández considère que cette proposition est un acte du Magistère et tente de le confirmer en citant la même lettre du Pape aux évêques de Buenos Aires, en considérant de façon implicite que cette lettre constitue un acte supplémentaire du Magistère.

Je réponds à cela qu’une lettre qui ne fait que confirmer la réception d’une proposition qui ne peut pas en elle-même se prévaloir de la qualité de Magistère ne peut pas non plus, pour la même raison, faire partie du Magistère. Il s’agit tout au plus de la confirmation de la pensée du Pape sur le sujet. Mais tout ce que le Pape pense ou dit est bien loin de faire « ipso facto » partie du Magistère. Il faut pour cela que l’intention d’enseigner avec autorité soit clairement exprimée et non pas se borner à suggérer une interprétation possible comme le fait AL 3. En outre, il faut également qu’il y ait une harmonie et une cohérence claire avec le reste du Magistère.

En ce sens, il est complètement vrai d’affirmer, en ligne avec la soi-disant « interprétation orthodoxe d’Amoris laetitia » que même en réservant notre jugement quant à savoir si le Pape en tant que personne est tombé dans l’erreur ou pas, aucune interprétation contraire à l’enseignement solennel et ordinaire de l’Eglise ne peut être correctement extraite du document.

Nous souhaiterions cependant ajouter ceci : même si le véritable Magistère de l’Eglise ne peut en lui-même jamais être altéré par ce qu’un Pape pense et dit à titre personnel puisqu’il repose sur la promesse et la protection de Jésus-Christ, il n’en demeure pas moins qu’une opinion personnelle erronée du Pape peut avoir des effets dévastateurs, principalement parce que de nombreuses personnes, à tous les niveaux, vont inévitablement avoir tendance à faire la confusion entre « Magistère » et « ce que dit le Pape ».

C’est précisément ce qui se passe aujourd’hui avec le renvoi du Professeur Seifert de l’Académie Internationale de Philosophie de Grenade. En l’occurrence, l’Archevêque de Grenade est officiellement en train de persécuter l’un des penseurs catholiques les plus orthodoxes, précisément en partant du principe que « ce que dit le Pape » dans le chapitre VIII d’Amoris laetitia fait partie du Magistère. Alors que, de toute évidence, critiquer le Pape sur quelque chose qu’il déclare à titre privé ne peut en aucun cas suffire à accuser quelqu’un de « porter atteinte la communion de l’Eglise, de provoquer la confusion dans la foi des fidèles et de semer la méfiance envers le successeur de Pierre ».

Ainsi, Josef Seifert n’est pas simplement un nom de plus qui vient s’ajouter à la liste des penseurs orthodoxes discriminés à cause de leur orthodoxie. Il y en a eu bien d’autres exemples dans l’histoire de l’Eglise, non seulement dans ces quatre dernières années mais également au cours des dernières décennies. Mais dans le cas présent, il y a quelque chose de plus : il ne s’agit plus d’une simple discrimination (qui nécessiterait une forme de prétexte pour dissimuler ses véritables motivations) mais bien d’une persécution officielle sur base d’un document papal. Il serait difficile d’en trouver un autre exemple dans l’histoire récente de l’Eglise. Il faudrait pour cela remonter aux anciennes controverses christologiques, quand des pans entiers et vitaux de l’Eglise – parfois incluant la papauté – avaient succombé à l’hérésie et ainsi persécuté ceux qui étaient orthodoxes.

En conclusion, même si nous critiquons l’Archevêque de Grenade pour la punition injuste qu’il a infligée au Professeur Seifert, nous devons lui être reconnaissants dans un certain sens. En punissant officiellement un penseur catholique pour le seul crime d’être orthodoxe, il confirme malgré lui et met clairement en évidence le schisme de fait dont nous souffrons au sein de l’Eglise catholique à cause des graves erreurs qui se sont glissées dans un document papal.

Ainsi, aujourd’hui, non seulement quelqu’un qui à Philadelphie vit en état d’adultère public peut automatiquement devenir un bon catholique « qui fait ce que Dieu attend de lui » en déménageant à Chicago mais, de la même manière et en toute logique, un penseur qui à Vaduz est un fidèle défenseur de l’orthodoxie peut être puni à Grenade comme constituant une menace à la communion ecclésiale et ennemi du Pape.

Mais rien de tout cela ne pourrait arriver sans que le Pape ne contribue lui-même activement à entretenir la confusion entre le Magistère et ses opinions personnelles.

A la lumière de ce qui précède, une correction « formelle », ou mieux « filiale », du Pape semble d’autant plus nécessaire et urgente. Puisse Dieu faire don au Saint-Père d’un cœur ouvert pour l’écouter


images/icones/fleche2.gif  ( 834930 )La survalorisation de la sincérité subjective est probablement suicidaire. par Scrutator Sapientiæ (2017-09-17 09:31:34) 
[en réponse à 834874]

Bonjour et bon dimanche, jejomau.

Que ce soit dans le cadre de la mise en oeuvre de la "dialogui utopia", ou dans celui de la mise en oeuvre d'Amoris laetitia, la survalorisation de la sincérité subjective, en l'occurrence de la sincérité subjective des croyants non chrétiens et de la sincérité subjective des catholiques induits en erreur, est probablement suicidaire pour, ou plutôt contre, l'Eglise catholique.

En effet, il me semble que si le christianisme catholique commence, ou continue, à se transformer en une "mystique" de la prise en compte de "l'authenticité individuelle", ou en une religion du respect et du souci de "l'authenticité individuelle" de chacun d'entre nous, il finira par se mettre à l'école de l'esprit du monde ou à l'écoute de presque tout le monde, au point de ne plus rien faire entendre d'un tant soit peu objectivement éclairant et orthodoxement exigeant, que ce soit dans l'ordre du croire ou dans celui de l'agir.

Certes, la sincérité est nécessaire, mais elle n'est pas suffisante, que ce soit dans le domaine de la religion ou dans celui de la morale, et que vaudrait une exhortation au respect et au souci de la sincérité subjective de chacun d'entre nous, sans exhortation au respect et au souci de la foi surnaturelle et de la loi naturelle ?

Par ailleurs, chacun d'entre nous peut être amené à en faire l'expérience ou à en être témoin, la survalorisation de la sincérité subjective peut très bien déboucher sur un discours qui invite les individus à donner raison, en permanence, à leur sincérité subjective, comme si celle-ci était une instance régulatrice, alors que cette instance régulatrice peut très se comporter ou fonctionner, pour ainsi dire, comme une instance asservissante.

Quel positionnement est le plus libérateur et responsabilisant, dans le respect et le souci de la foi, de l'espérance, et de la charité : "l'intégralisme personnaliste", notamment dans la mesure où il comporte encore des "contre-distinctions" qui ne sont ni arbitraires, ni archaïques, ou "l'inclusivisme périphériste", qui donne raison à tout le monde, ou qui ne donne tort à personne, sauf, bien sûr, aux "docteurs de la loi qui ont perdu la foi" ?

Bon dimanche.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 834929 )Que vaut une Amoris laetitia sans Veritatis laetitia ? par Scrutator Sapientiæ (2017-09-17 08:56:13) 
[en réponse à 834864]

Bonjour et bon dimanche à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.

Voici, pour ainsi dire, la question que je me pose depuis le début de l'année 2007, c'est-à-dire depuis que j'ai commencé à prendre conscience, on ne peut plus tardivement, de l'ampleur et de la portée de la part de dangerosité pour la foi catholique, ou de la part de fragilisation de la foi catholique, qui est située à l'intérieur de l'inclusivisme périphériste ad extra qui sévit, au moins depuis la fin des années 1970, dans le cadre du dialogue interreligieux.

En effet, que vaut une amoris laetitia sans veritatis laetitia, avant tout à l'intérieur de ce qui est situé au carrefour de la religion et du théologal, et pas seulement à l'intérieur de ce qui est situé au croisement de la morale et des sacrements ?

Oui, vraiment, que vaut une amoris laetitia sans veritatis laetitia, éclairée et orientée par l'Ecriture, par la Tradition, mais aussi par le Magistère, notamment pontifical, dès lors que ceux qui en ont la charge acceptent de résister à la tentation de s'en remettre, et de le soumettre, à une attitude à la fois conciliatrice et rénovatrice, que ce soit sous couvert de "dialogue" interreligieux ou sous couvert de "discernement" intra-ecclésial ?

Où est donc la place laissée, depuis bientôt quarante ans, par le "dialogue" interreligieux et par le "discernement" intra-ecclésial, à la professio fidei et à la veritatis confessio, au sein-même de l'Eglise catholique ?

Qui ne voit l'intérêt de ce que souhaite ou suggère le cardinal Brandmuller, à savoir, en substance, la publication d'une profession de foi par chaque Pape, au début de son pontificat, pour préciser ou rappeler, d'une manière nourrissante et fortifiante, ce qu'est vraiment la foi catholique ?

A contrario, qui ne voit que le christianisme catholique contemporain fonctionne de plus en plus à l'hémiplégie ou à la schizophrénie, l'exhortation au dialogue post-missionnaire ayant pris la place de l'exhortation à la conversion, et l'exhortation au discernement post-orthodoxe ayant pris la place de l'exhortation à la prise en compte, pensée et vécue, du Catéchisme de l'Eglise catholique ?

Les chrétiens, en général, et les catholiques, en particulier, ont-ils "le droit" de sacrifier la veritatis laetitia sur l'autel de l'amoris laetitia, même si c'est dans le cadre du "discernement évangélique dans la miséricorde vers les périphéries" ?

Bon dimanche.

Scrutator.