Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=834354
images/icones/fsspx.gif  ( 834354 )Réforme liturgique : ce qu’a dit le pape François par Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (2017-09-05 10:29:57) 

Le pape François s’est exprimé sur la célébration du culte divin, à l’occasion de la Semaine liturgique italienne qui fêtait cette année le 70e anniversaire de la fondation du Centre d’action liturgique. Au cours de l’audience qu’il a accordée le jeudi 24 août 2017 aux participants, le Souverain Pontife s’est étendu, comme il ne l’avait encore jamais fait, sur la réforme liturgique engagée au nom du concile Vatican II.

Son intervention présente la réforme de la messe entreprise par le pape Paul VI comme le résultat du mouvement liturgique encouragé par saint Pie X en 1903 et continué par Pie XII en 1947 (encyclique Mediator Dei). Pour François, il est manifestement vain de chercher la moindre solution de continuité entre le rite traditionnel, codifié par saint Pie V et enrichi de manière homogène au cours des siècles, et le nouveau rite fabriqué en 1969 en application de la Constitution sur la divine liturgie Sacrosanctum Concilium (4 décembre 1963). L’allocution du pape se divise en deux parties.

Les propos du pape François

Dans un premier temps, le pape François, tout en reconnaissant que l’histoire récente de la liturgie est marquée par « des événements substantiels et non superficiels », s’attache à les relier au mouvement liturgique d’avant Vatican II. Outre saint Pie X, il cite l’encyclique Mediator Dei et les réformes entreprises par Pie XII : « version du psautier, atténuation du jeûne eucharistique, usage de la langue vivante dans le Rituel, importante réforme de la Vigile pascale et de la Semaine sainte ».

Quant à la réforme voulue par les Pères du concile Vatican II, François s’emploie à la présenter comme un besoin de renouveau : « On désirait une liturgie vivante pour une Eglise toute vivifiée par les mystères célébrés ». Le moyen privilégié pour ce faire fut la participation des fidèles, qui devaient dorénavant comprendre et prendre part à l’action sacrée (Sacrosanctum Concilium, n°48). Paul VI engagea l’autorité de l’Eglise pour promouvoir et animer « cette nouvelle manière de prier ».

Cinquante ans plus tard, François affirme que l’application pratique du nouveau rite « est encore en œuvre parce qu’il ne suffit pas de réformer les livres liturgiques pour renouveler la mentalité. Les livres réformés selon les décrets de Vatican II ont unifié un processus qui requiert du temps, une réception fidèle, une obéissance pratique, une sage mise en œuvre de la célébration… »

Dans la seconde partie, le pape s’attache à commenter le thème de la rencontre : « Une liturgie vivante pour une Eglise vivante ». Cette vitalité liturgique s’exprime d’une part dans « l’actuation du sacerdoce du Christ Jésus, à savoir l’offrande de sa vie jusqu’à étendre les bras sur la croix, sacerdoce rendu présent de manière constante à travers les rites et les prières, au plus haut point dans son Corps et dans son Sang, mais aussi dans la présence du prêtre, dans la proclamation de la Parole de Dieu, dans l’assemblée réunie en prière en son nom ». Tout s’oriente vers l’autel autour duquel est réunie l’assemblée. C’est là qu’est « déposée l’offrande de l’Eglise que l’Esprit consacre comme sacrement du Sacrifice du Christ ».

Si la liturgie est pour le peuple de l’Eglise, elle est aussi une action du peuple. Elle n’est pas cléricale mais populaire. De la sorte, l’assemblée liturgique « exprime la piété de tout le peuple de Dieu ». Le pape met en avant le culte ainsi défini comme « une expérience initiatique » : ne se réduisant ni à une doctrine à comprendre ni à un rite à accomplir, elle est « une source de vie et de lumière pour notre chemin de foi » permettant d’entrer dans le mystère de Dieu. C’est une communion à expérimenter, une école de vie chrétienne, une catéchèse mystagogique.

Le souverain pontife achève son allocution en encourageant les responsables du Centre d’action liturgique à « servir la prière du saint peuple de Dieu », de sorte que la liturgie soit « source et sommet de la vitalité de l’Eglise » (Sacrosanctum Concilium, n°10).

Proclamer la continuité avec la Tradition ne suffit pas à la rendre effective

Contrairement à son prédécesseur immédiat qui avait parlé de « destruction de la liturgie » et avait appelé de ses vœux « une réforme de la réforme », le pape François revendique résolument l’œuvre accomplie. Il nie toute rupture avec le rite traditionnel en affirmant même, à la suite de Jean-Paul II, que la nouvelle messe s’inscrit dans le « respect de la saine tradition et du progrès légitime » au point de pouvoir dire « que la réforme liturgique est strictement traditionnelle ad normam Sanctorum Patrum » (Lettre apostolique Vicesimus quintus annus, 4 décembre 1988, n°4). En assumant ainsi la réforme liturgique, son esprit et sa mise en œuvre qui doit se poursuivre, François rejette de fait toute critique légitime du nouveau rite et ne veut pas voir la réalité de la crise liturgique.

Quand on connaît avec quels accents le pape Pie XII condamna l’archéologisme liturgique et fustigea les entreprises des novateurs de son époque, on ne peut que rester interdit face à une telle présentation. Il ne suffit pas de proclamer la continuité de la saine tradition pour qu’elle soit effective. L’insistance sur la vitalité de la célébration, la participation des fidèles et le rôle de l’assemblée du peuple de Dieu révèle l’exacte pensée du souverain pontife. Il entend assumer toute l’entreprise réalisée en la matière, une entreprise que n’aurait pas désavouée Luther. En effet, le retournement des autels, l’abandon du latin, des génuflexions, du recueillement, du culte latreutique, le primat de la parole sur le sacrifice, de l’assemblée sur le rôle du prêtre, de l’animation sur l’action sacrée, tout cela manifeste bien une certaine protestantisation de la messe catholique…
La note 10 cite une Allocution du pape Paul VI en 1977, un an après le consistoire qui déclara interdite la messe de toujours. Tout en affirmant que le nouveau rite de la messe est resté « substantiellement inchangé », le pape s’y félicite du « grand progrès » qui a résulté de sa promulgation et de ses « fruits indiscutablement bénéfiques » : « une plus grande participation à l’action liturgique, une conscience plus vive de l’action sacrée, une connaissance plus grande et plus ample des trésors inépuisables de la Sainte Ecriture, une augmentation du sens communautaire dans l’Eglise. Le cours de ces années montre que nous sommes sur la bonne voie ». Le seul regret concerne l’existence « des abus et des libertés dans l’application » qu’il convient désormais de « laisser définitivement tomber ».

François partage manifestement cet optimisme que l’on n’ose pas qualifier de fuite en avant. Ce qui ne va pas, ce sont les abus, mais le nouveau rite lui-même ne saurait être remis en cause. Pour preuve, il a ajouté : « Nous pouvons affirmer avec assurance et avec autorité magistérielle que la réforme liturgique est irréversible » (cette affirmation figure dans l’édition officielle italienne de l’allocution pontificale).

Les raisons de notre attachement irréversible à la messe traditionnelle

La Fraternité Saint-Pie X continue pour sa part de dénoncer comme mauvais ce rite qui a été fabriqué dans un but œcuménique et selon une définition tronquée de la nature de la messe. Le Novus Ordo Missae de Paul VI véhicule une « nouvelle manière de prier » qui rompt avec la liturgie catholique ; jusqu’ici celle-ci protégeait la foi des fidèles et dirigeait leur prière vers l’unique sacrifice rédempteur, en concentrant toute l’action sacrée sur la réalité du sacrifice eucharistique, conformément à la doctrine catholique.

Dès le 25 septembre 1969, le cardinal Alfredo Ottaviani, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, ainsi que le cardinal Antoinio Bacci, adressaient une lettre au pape Paul VI. Avec respect, ils lui exposaient comment, vu les éléments nouveaux introduits dans le rite, le nouvel Ordo Missae « s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la XXème session du concile de Trente, lequel, en fixant définitivement les "canons" du rite, éleva une barrière infranchissable contre toute hérésie qui pourrait porter atteinte à l’intégrité du Mystère ».

Les cardinaux Ottaviani et Bacci poursuivaient en expliquant comment, sous couvert de « raisons pastorales », la liturgie réformée provoque une rupture avec la doctrine catholique. Les nouveautés prennent le pas sur les réalités éternelles au grand désarroi du peuple fidèle. Lorsque la loi se révèle nocive, il est de leur devoir « de demander au législateur, avec une confiance filiale, son abrogation ».

A leur suite, Mgr Marcel Lefebvre (1905-1991) a dénoncé l’esprit œcuménique libéral qui avait présidé à l’élaboration du nouveau rite, sous la direction de Mgr Annibale Bugnini et avec l’aide de pasteurs protestants. Dans une lettre au cardinal Franjo Seper, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le fondateur d’Ecône montrait comment « la nouvelle Messe représente une dévalorisation très sensible du mystère sacré ». D’une part « l’expression de la foi catholique dans les réalités divines de ce mystère » a perdu son caractère de sublimité. D’autre part, et bien plus, « de nombreuses suppressions et attitudes nouvelles finissent par engendrer le doute dans l’esprit des fidèles et les amènent à adopter une mentalité protestante, sans s’en rendre compte ».
Face à ce qu’il appelait « une synthèse catholico-protestante », Mgr Lefebvre s’interrogeait : « Comment le Saint-Siège a-t-il pu engager une telle Réforme sans se soucier des actes du magistère, et en reprenant à son compte les errements des protestants, des jansénistes, du concile de Pistoie ? » Choisissant la voie la plus sûre, il concluait : « nous voulons garder la foi catholique par la Messe catholique, non par une Messe œcuménique, quand bien même valide et non hérétique, mais favens haeresim » [qui favorise l’hérésie].

Tel est le motif grave et profond de l’attachement indéfectible – et irréversible – à la Messe romaine de toujours, « qui ne peut être abolie et ne peut être l’objet de censures selon le jugement infaillible de saint Pie V ».

Source
images/icones/livre.gif  ( 834374 )Le jugement par Jean Ferrand (2017-09-06 07:41:46) 
[en réponse à 834354]

Le jugement de la Fraternité Sacerdotale saint-Pie-X, même modéré et pondéré - ce dont je la félicite - ne saurait prévaloir contre le jugement du pontife régnant actuel, pour nous pratiquants de ce nouvel Ordo. Si le Saint-Père déclare irréversible la réforme liturgique entreprise depuis le Concile, c'est qu'elle est irréversible. Puisque le pontife approuve pleinement ce nouvel Ordo, c'est, a priori, qu'il ne favorise pas l'hérésie, puisque le même pontife assume entièrement son orthodoxie. Le jugement particulier, ou même le jugement de certaines parties de l’Église, même importantes, ne saurait prévaloir contre celui du pontife universel auquel nous obéissons avec confiance. Sentire cum ecclesia, c'est avant tout sentir, ou juger, avec le pontife romain. S'il y a divergence entre les pontifes anciens et modernes ? Systématiquement, selon une saine théologie, nous choisirons le jugement actuel, le jugement le plus récent. Nous obéirons même aveuglément, je dis bien même aveuglément. Que saint Pie V ait déclaré infaillible, et irréversible, l'attachement à la messe de toujours (sauf en ses éléments révélés et scripturaires) tout simplement je n'y crois pas. Le rite tridentin pourrait être aboli. Il n'est en soi que de droit ecclésiastique et non pas de droit divin.
images/icones/hein.gif  ( 834375 )sa simple déclaration a-t-elle par Ritter (2017-09-06 08:26:14) 
[en réponse à 834374]

La même valeur que la bulle de Saint Pie V, Quo Primum ?
Cette bulle semble elle même irréversible.
Le pape ne s'engage-t-il pas dans un dialogue de sourds?

Dans le pire des cas, les catholiques ne peuvent il alors migrer vers, le culte maronite, ou gréco-catholique pour avoir une liturgie, non seulement pas ordinaire, mais moins expérimentale bien souvent ?
images/icones/hum2.gif  ( 834378 )Sentir comme l'Eglise par Jean-Paul PARFU (2017-09-06 08:43:47) 
[en réponse à 834374]

C'est sentir comme l'Eglise et non forcément comme le pape.

Vous transformez le Credo ! Il ne dit pas : "je crois en le pape", mais "je crois en l'Eglise" !

L'Eglise est sainte, pas forcément le pape !

Vous voulez vous en tenir à ce que le dernier pape dit, mais St Paul nous dit au contraire qu'il ne faut pas croire aux nouveautés, fussent-elles enseignées par lui ou un ange venu du Ciel, mais qu'il faut s'en tenir à ce qui avait toujours été dit auparavant.

S'en tenir à ce que dit le pape "en charge" est peut-être plus facile et dispense de réfléchir, mais dans des temps de crise, ce n'est peut-être pas la meilleure solution pour demeurer catholique.

Quant à la liturgie, vous devriez lire ce livre qui est l'un des meilleurs sur le sujet

images/icones/fleche3.gif  ( 834379 )Faux débat ! par Exocet (2017-09-06 10:56:42) 
[en réponse à 834374]

Personne n'a jamais cru que le nouvel ordo pourrait être abandonné. D'ailleurs personne de raisonnable ne l'a jamais réclamé.
Bien sûr que la bulle Quo Primum pourrait être abrogée, comme n'importe quel acte législatif, entraînant par là l'abrogation de la messe dite de saint Pie. Mais quel serait l'intérêt du Pape (celui-là ou un autre) de prendre une telle mesure, qui conduirait à coup sûr à un schisme supplémentaire dans l'Eglise ? Mais si telle était bien l'intention de François, comment expliquer qu'il ait donné aux prêtres de la FSSPX la juridiction pour le sacrement de pénitence et des facilités pour le mariage ?
images/icones/fleche2.gif  ( 834381 )On peut aussi se demander par Regnum Galliae (2017-09-06 11:10:29) 
[en réponse à 834379]

pourquoi les continuateurs de la liturgie traditionnelle ont été (et dans une certaine mesure continuent d'être) combattus plus sévèrement que les nombreux abus constatés dans les messes Paul VI (allant parfois jusqu'au sacrilège)
images/icones/1g.gif  ( 834384 )La Bulle peut être abrogée mais pas la Messe par Jean-Paul PARFU (2017-09-06 12:13:11) 
[en réponse à 834379]

La bulle de St Pie V n'a pas fait la messe de St Pie V, comme Paul VI a fait le Nouvel Ordo Missae.

La bulle de St Pie V décrète simplement que seuls les rites qui ont plus de 200 ans dans l'Eglise sont légitimes et il institue pour toute l'Eglise latine, à deux ou trois exceptions près, le Missel romain, qui était déjà le rite de Grégoire le Grand et de l'Antiquité chrétienne, comme seul rite légitime de la Messe.

En 1986, d'après le témoignage du cardinal Stickler, le pape Jean-Paul II a posé deux questions à une commission de neuf cardinaux instituée sur le problème de la messe (et dont le cardinal Stickler faisait partie).

Première question : le pape Paul VI, ou toute autre autorité compétente, a-t-il interdit légalement une large pratique de la messe tridentine aujourd’hui ? (…).

La réponse donnée par huit des neuf cardinaux en 1986 fut : non, la messe de saint Pie V n’a jamais été supprimée. Un seul fit une réponse
opposée (…).

L’autre question était très intéressante : “Un évêque peut-il interdire à un prêtre, en situation correcte, de se remettre à célébrer la messe traditionnelle ?”.

Les neuf cardinaux, de façon unanime, ont reconnu “qu’aucun évêque ne peut interdire à un prêtre catholique de célébrer la messe traditionnelle. Nous n’avons pas d’interdiction officielle" ; "et le pape, ajoutait le cardinal Stickler, ne prononcera jamais une interdiction officielle".

En réalité :

1) le pape ne peut prononcer d'interdiction officielle du rite multiséculaire de la Messe, car il n'en a pas le pouvoir ;

2) Il peut modifier telle ou telle prière, ajouter ou enlever un saint du calendrier, mais il ne peut modifier le rite de la Messe lui-même !

3) C'est donc le NOM, qui est une construction artificielle, qui est illégitime ! La Messe ne peut en effet être une construction artificielle ex-nihilo. Elle provient forcément du développement organique et donc multiséculaire de l'expression de la foi et de la prière de l'Eglise. Le pape est là pour la conserver, non pour la modifier. Il n'est pas tout-puissant ! "Lex orandi lex credendi" : la loi de la prière est la loi de la foi. Autrement dit : On prie comme l'on croit. Changer le rite, c'est aussi changer la foi de l'Eglise et ça même le pape ne peut pas le faire !

images/icones/fleche2.gif  ( 834386 )Sur l'histoire de la Messe par Jean-Paul PARFU (2017-09-06 12:40:49) 
[en réponse à 834384]

Et sur le rapport qui existe entre le rite de la Messe et la Foi, On peut lire ceci
images/icones/neutre.gif  ( 834388 )Rite multiséculaire par Turlure (2017-09-06 13:31:03) 
[en réponse à 834384]


1) le pape ne peut prononcer d'interdiction officielle du rite multiséculaire de la Messe, car il n'en a pas le pouvoir ;

Qu'est ce qui caractérise LE RITE MULTISECULAIRE DE LA MESSE ? Pendant un millénaire, on a pu donner la communion sous les deux espèces, puis cela est tombé en désuétude et a été interdit. La hiérarchie de l'Eglise en avait-elle vraiment le pouvoir ou bien tout prêtre célébrant selon l'ancien missel peut-il choisir de présenter le calice à la consommation des fidèles, conformément à une pratique multiséculaire ?

2) Il peut modifier telle ou telle prière, ajouter ou enlever un saint du calendrier, mais il ne peut modifier le rite de la Messe lui-même !

Nous sommes d'accord que ni le pape ni un concile oecuménique ni une quelconque autorité ne pourrait, par exemple, autoriser de remplacer le pain et le vin par autre chose, abolir le sacerdoce, supprimer le récit de l'institution (encore qu'il ne soit apparemment pas considéré comme indispensable à la validité du rite) ou bien la communion du prêtre. Mais, au fond, lors de la réforme liturgique, a-t-on fait autre-chose que "modifier telle ou telle prière, ajouter ou enlever un saint du calendrier" mais dans des proportions extrêmement importantes ? On a connu ce genre de changements profonds à l'époque de Grégoire le Grand ou, par exemple, dans les diocèses français aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il est vrai, en revanche, qu'on n'a que très peu touché au canon de la messe durant un millénaire et demi.

3) C'est donc le NOM, qui est une construction artificielle, qui est illégitime ! La Messe ne peut en effet être une construction artificielle ex-nihilo. Elle provient forcément du développement organique et donc multiséculaire de l'expression de la foi et de la prière de l'Eglise. Le pape est là pour la conserver, non pour la modifier. Il n'est pas tout-puissant ! "Lex orandi lex credendi" : la loi de la prière est la loi de la foi. Autrement dit : On prie comme l'on croit. Changer le rite, c'est aussi changer la foi de l'Eglise et ça même le pape ne peut pas le faire !

Mais les éventuelles modifications promulguées par le Pape font aussi partie du développement organique de la liturgie.



Si je me félicite que la liturgie romaine traditionnelle ait pu être préservée malgré les interdictions et que nous soyons nombreux à pouvoir bénéficier de sa richesse aujourd'hui pour notre pratique, je m'interroge un peu sur cette affirmation très tranchée selon laquelle le pape n'aurait pas pu imposer le rite de 1969 comme expression unique du rite romain.

Il serait intéressant d'avoir un peu plus de détails sur les réponses de ces huit cardinaux.
images/icones/rose.gif  ( 834419 )le Canon romain est multiséculaire par Luc Perrin (2017-09-07 00:33:43) 
[en réponse à 834388]

et très au-delà du pluriel qui commence à deux.
Bien d'autres parties de la Mess romaine latine ont également de nombreux siècles derrière elles, avant la codification de Quo primum.

Les rits orientaux de même.

Quant à la question posée sur le pouvoir limité du pape en la matière, Paul VI trop peu (indult et disposition de 1969) puis plus nettement Jean-Paul II et principalement Benoît XVI ont répondu.

Le concile Vatican II au demeurant n'évoque nulle part le chambardement opéré par Bugnini et ses sbires. Au contraire, l'herméneutique de la "réforme" devait être minimaliste au terme d'un article de Sacrosanctum Concilium (1963) qui a été ouvertement bafoué par les bugninistes et par Paul VI.

Au Moyen Age, un pape avait tenté d'abolir le rit mozarabe et cela avait entraîné une longue résistance jusqu'à ce que Rome reconnaisse l'abus.
Benoît XVI a rappelé dans son homélie de 2005 que le pape est l'intendant de la Vigne du Seigneur : il est là (et la hiérarchie) pour la préserver des maladies, la maintenir vigoureuse et productive et faire les travaux nécessaires comme de replanter.
Le bulldozer et mettre un parking de supermarché à la place, ce n'est pas prévu dans la Tradition ecclésiale (et le bon sens).

Il faut relire cette remarquable homélie de Benoît XVI qui récuse l'idée du pape monarque absolu au-dessus de la Bible et de la Tradition. Non le pape est le servus servorum Dei d'abord et avant tout, son titre plus ancien.
images/icones/1b.gif  ( 834431 )Vous prêchez à un convaincu par Turlure (2017-09-07 11:04:48) 
[en réponse à 834419]

Quand vous évoquez la l'immense richesse des liturgies traditionnelles et la grande ancienneté de nombre de leurs éléments.

Qu'a répondu précisément Benoît XVI à cette question ? Car, formellement, il a bien posé un acte juridique en faveur d'une édition particulière du missel et du bréviaire (on peut donc utiliser ces livres en vertu du Motu proprio, non en vertu d'un droit imprescriptible, qui du reste n'aurait pas de raison de ne s'appliquer qu'à l'édition de 1962). Et en maintenant le missel de 1969-2002 comme forme ordinaire, il n'a pas désavoué le bulldozer ni touché au parking de supermarché.

Pour le reste, je suis d'accord avec vous quand il s'agit de dire que le pape, l'évêque ou le patriarche devrait être extrêmement prudent et respectueux des usages immémoriaux lorsqu'il intervient dans le domaine liturgique. Vous évoquiez le rite mozarabe, on pourrait aussi parler du schisme des Vieux-Croyants chez les orthodoxes russes.
images/icones/abbe1.gif  ( 834448 )Vous savez très bien par Jean Ferrand (2017-09-08 07:52:24) 
[en réponse à 834419]

Vous savez très bien que dans mon esprit le pape n'est pas un monarque absolu au-dessus de la Bible et de la tradition apostolique. Au contraire il leur est entièrement soumis comme toute l’Église. Mais le pouvoir du pape, ainsi que celui de toute L’Église, est absolu dans l'ordre ecclésiastique, et ceci en vertu même des prescriptions contenues dans l'évangile selon saint Matthieu.

Matt 16, 19 "Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux : et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. "



De même en s'adressant à tous les apôtres :


Matt 18, 18 : "En vérité je vous le dis : tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié, et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié."



Le pouvoir des clefs ne comporte aucune restriction. Il est bel et bien absolu si l'on prend l'évangile à la lettre, comme il convient ici.

Faute de faire cette distinction entre l'ordre du droit divin et l'ordre du droit ecclésiastique, on ne comprend rien à la discussion et l'on ne fait pas avancer le problème.

La liturgie, sauf dans ses éléments essentiels contenus dans l’Écriture Sainte et appartenant à la Révélation Divine, fait partie de l'ordre ecclésiastique et peut parfaitement être réformée au gré de la hiérarchie ecclésiastique. Paul VI, en 1969, en réformant de fond en comble la liturgie, n'a certainement pas outrepassé ses droits ni ses pouvoirs. Et Benoît XVI dans son discours inaugural au Latran ne lui a certainement pas contesté ces mêmes droits ou ces mêmes pouvoirs. Sinon il aurait aboli la nouvelle messe. Ce qu'il s'est bien gardé de faire.
images/icones/fleche2.gif  ( 834451 )En affirmant que le missel de 1962 n'était pas abrogé... par Chicoutimi (2017-09-08 08:38:35) 
[en réponse à 834448]

Benoît XVI a très certainement voulu montré les limites du pouvoir papal exercé par Paul VI. En somme, Benoît XVI reconnaît que Paul VI avait le droit de créer un nouveau rite, mais il n'avait pas le droit d'abolir un rite multiséculaire.

images/icones/neutre.gif  ( 834453 )Nuance entre abrogation et interdiction par Donapaleu (2017-09-08 08:55:07) 
[en réponse à 834451]

Paul VI n'a pas abrogé l'ancien rite mais en pratique il l'a interdit (à quelques exceptions près, messes privées des vieux prêtres, "indult Agatha Christie") en rendant le nouveau rite universellement obligatoire. Cette interdiction a été un peu assouplie par Jean Paul II et quasiment levée par Benoit XVI.
images/icones/1q.gif  ( 834396 )Dites, Jean Ferrand... par Pétrarque (2017-09-06 16:13:27) 
[en réponse à 834374]

Si la messe, si le catéchisme, si les sacrements, si l'enseignement des séminaires, si les dispositions des conférences épiscopales, bref si tout ce qui se fait aujourd'hui dans l'Eglise s'était fait avant le concile dans la même Eglise, et par conséquent sous -à la louche- 260 papes, tout cela aurait été condamné, interdit, pourchassé par ces derniers comme hérétique, suspect d'hérésie, schismatique, j'en passe et des meilleurs.

Personne de sensé et d'honnête ne peut le nier.

Donc voici ma question, Jean Ferrand : comment résolvez-vous cela ?
images/icones/fsspx.gif  ( 834420 )Je vous ai déja répondu par Jean Ferrand (2017-09-07 07:21:19) 
[en réponse à 834396]

Je vous ai déjà répondu en écrivant :


Nous obéirons même aveuglément, je dis bien même aveuglément.



N'avez donc pas lu mon post ?

Quant au reste je ne puis dialoguer correctement sur ce Forum car je suis limité à un post par jour ce qui est pour moi tout à fait insuffisant. C'est sans doute une punition. J'ai envoyé maints messages à l'administration du Forum sans obtenir la moindre réponse. A moins que mes messages ne leur soient pas réellement parvenus, je trouve cela tout à fait anormal. Qu'on me raye carrément plutôt.
images/icones/1r.gif  ( 834426 )L'obéissance aveugle n'a strictement rien de catholique. par Pétrarque (2017-09-07 09:43:22) 
[en réponse à 834420]

L'obéissance est ordonnée au Bien. Vous êtes, je crois, attaché à "la forme extraordinaire" du rite romain.

Vous n'êtes pourtant pas sans savoir, cher Jean Ferrand, que l'existence et la survie de la messe traditionnelle sont, sur le plan humain, UNIQUEMENT dues à une suite de désobéissances.

Ces désobéissances, celle de Mgr Lefebvre, de Mgr de Castro-Mayer, de l'abbé Coache, de Dom Gérard, du Père Eugène de Villeurbanne, du Père Guérard des Lauriers, de l'abbé de Nantes (avant que ces deux derniers, de manières différentes, ne quittent la piste...) et de bien d'autres sont, au regard du droit de l'Eglise, des désobéissances graves.

Excessivement graves.

Graves, mais héroïques, car les failles, les démissions et -parfois- la prévarication des autorités légitimes de l'Eglise étaient, elles aussi, excessivement graves.

Nier les faits ne sauve pas les principes.

Ces désobéissances héroïques montrent justement que l'obéissance est un moyen vers la sanctification, et non une fin en soi.

Mgr Lefebvre, au moins lui, sera un jour réhabilité. Lorsque la Tradition aura enfin retrouvé ses droits dans une Rome débarrassée du néo-modernisme et de l'esprit néo-protestant qui l'habitent et l'infectent depuis l'après-Concile, ce jour-là, Mgr Lefebvre sera porté à la gloire des autels.

Il sera remercié, glorifié, et l'on viendra chercher ses prêtres.

Tous les traditionalistes devraient prier à cette intention.

Sans Mgr Lefebvre, qui a donné à l'Eglise des prêtres et des évêques pour la pérenniser, la messe traditionnelle aurait tout simplement disparu.

En udp.
images/icones/neutre.gif  ( 834433 )Je me pose toutefois une question par Regnum Galliae (2017-09-07 11:19:21) 
[en réponse à 834426]

Mgr Lefebvre n'a-t-il jamais craint pour son salut ? C'est risqué, une excommunication. Dans le fond, il a fait le pari que Jean-Paul II n'était pas un pape légitime, ce qui est à double tranchant car une excommunication forumlée par un pape est valide, quand bien même elle serait injuste ou arbitraire.
images/icones/1b.gif  ( 834435 )Vous n'y êtes pas par Pétrarque (2017-09-07 12:01:38) 
[en réponse à 834433]

Mgr Lefebvre a toujours considéré que Jean-Paul II était un pape légitime. On ne compte pas, quoiqu'en disent les sédévacantistes pour tenter de le récupérer, les interventions, conférences, sermons dans lesquels il a sans cesse réaffirmé que, quoique défaillantes et parfois dangereuses pour la foi, les autorités romaines étaient bien celles de l'Eglise.

Pour autant, Mgr Lefebvre avait bien à l'esprit le caractère grave et anormal de sa position d'évêque contraint de désobéir et d'encourir des peines comme la suspense et, à terme, l'excommunication. Il le dit clairement dans son sermon du 29 août 1976 à Lille.

Il a résolu ce conflit intérieur progressivement, en constatant l'attitude de Rome face aux erreurs, pour le moins libérale et compréhensive, qui tranchait de manière éclatante avec le sort qui lui était réservé à lui, qui ne faisait ni ne disait rien d'autre que ce que l'Eglise avait toujours fait et dit.

Rome ne disait rien, ou pratiquement rien contre les clercs novateurs qui détruisaient la messe, ruinaient le sacerdoce et arrachaient la foi du coeur des fidèles, mais ses occupants réservaient l'arsenal des peines canoniques aux seuls défenseurs de la Tradition. C'est là un mystère d'iniquité qui invalide évidemment l'effet des sanctions prononcées contre Mgr Lefebvre, en même temps qu'elles scellent son héroïsme.

C'est cela, et son sermon du 30 juin 1988 le montre amplement, qui l'a à la fois décidé à agir et l'a amené à une grande paix intérieure le moment venu. Tous ceux qui l'ont connu ont témoigné de la grande paix qui l'habitait après avoir sacré ses évêques, persuadé qu'il était de ne pas avoir agi contre l'intérêt de l'Eglise et, surtout, intimement convaincu d'avoir agi comme Dieu voulait qu'il agisse.

Les peines d'excommunication alors prononcées n'ont aucune espèce de valeur au vu de l'état de nécessité qui existait alors dans l'Eglise. Si Mgr Lefebvre n'avait pas sacré des évêques pour continuer la Tradition après lui, c'en serait aujourd'hui fini de la messe, de la FSSPX, de la FSSP, du Christ-Roi et de tous les autres... Ce qu'ils ont parfois tendance à laisser de côté.

C'est bien la présence de centaines de prêtres, de chapelles et surtout de quatre évêques, qui ont freiné la Rome moderniste dans son entreprise de liquidation de la Tradition.

Aujourd'hui, quoiqu'en disent les résistants, la Tradition est sauvée. Grâce aux sacres de 1988. Mais, si le modernisme gangrène toujours le Siège apostolique, l'état de nécessité est aujourd'hui moindre. Il existe toujours mais ne justifie pas, en tout cas à mon sens et, je le crois, à celui de Mgr Fellay, que l'on sacre encore des évêques sans mandat pontifical.

Jusqu'à preuve bergoglienne du contraire...
images/icones/2a.gif  ( 834402 )Non, l'Eglise n'exige pas que nous soyons "aveugles" !! par vistemboir2 (2017-09-06 18:04:53) 
[en réponse à 834374]

"S'il y a divergence entre les pontifes anciens et modernes ? Systématiquement, selon une saine théologie, nous choisirons le jugement actuel, le jugement le plus récent. Nous obéirons même aveuglément, je dis bien même aveuglément", dites-vous.

Vous vous trompez de religion, ce sont les musulmans qui doivent se soumettre "aveuglément" ... à la version la plus récente du Coran !!! (islam = soumission)

Permettez-moi donc de ne point être d'accord sur cette prétendue soumission "aveugle", terme malheureux, au "jugement" du pape actuel.

En revanche, l'obéissance "totale" (ce qui ne signifie pas "aveugle !") est due aux enseignements irréformables de l'Eglise ainsi qu'aux jugements du souverain pontife en matière de foi et de morale, quand le pape ne fait que réitérer ce qui a toujours et partout été cru et enseigné dans l'Eglise ou lorsqu'il engage solennellement son infaillibilité dans ces deux domaines.

Mais même dans ce cas, il ne peut y avoir "aveuglement" puisqu'il faut bien voir si le jugement du souverain pontife entre ou non dans le cadre et les conditions de l'Infaillibilité dont il jouit suivant le dogme proclamé par le Bienheureux Pape Pie IX... Autrement dit, ne soyons pas plus papistes que l'Eglise !...
images/icones/2a.gif  ( 834408 )réforme liturgique par Naziance (2017-09-06 21:13:25) 
[en réponse à 834374]

De quoi parlez vous exactement : de la réforme voulue par le concile ou de ce qui nous est proposé dans les églises de France ou d'ailleurs et que considère le Pape régnant comme le fruit de la réforme liturgique, ce dernier n'ayant aucune connaissance ni goût pour cette dernière.
images/icones/hein.gif  ( 834427 )Connaissances ou goûts ? par Montes Gelboe (2017-09-07 09:56:35) 
[en réponse à 834408]

Plus que cela, la spécificité liturgique des membres de la Compagnie de Jésus est : "nec cantant, nec rubricent" on peut traduire : "Ni chanter ni célébrer"...Il n'y a pas lieu de s'étonner des propos.
images/icones/hein.gif  ( 834432 )"Rubricent" par Turlure (2017-09-07 11:07:05) 
[en réponse à 834427]

Ne vaudrait-il pas mieux traduire cela par "suivre les rubriques" que par "célébrer" ?
images/icones/neutre.gif  ( 834436 )Certes par Montes Gelboe (2017-09-07 13:35:20) 
[en réponse à 834432]

Par "non rubricent" on peut entendre que les MM de la Compagnie de Jésus ne s'attachent pas à l'observation rigoureuse des rubriques.
Mais y a -t-il véritablement célébration du rite sans l'observation du "modus approbatus" ?