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images/icones/fsspx.gif  ( 832399 )L'interview interdite et perdue de Hans Urs von Balthasar en septembre 1985 par La Porte Latine (2017-07-28 16:58:00) 

L'interview interdite et perdue de Hans Urs von Balthasar en septembre 1985



Voici, presque dans son intégralité, le livre-interview disparu et mis à l’index il y a plus de trente ans. ,
Dans cet entretien controversé de Hans Urs von Balthasar avec Vittorio Messorile grand théologien suisse se lance dans une critique en règle de l’Eglise post-conciliaire, du progressisme, sans pour autant épargner les "lefébvristes" (1), et prend ses distances avec « l’oracle » de Vatican II, Karl Rahner.

Il propose une réforme « tridentine » des séminaires et critique vertement le théologien Hans Küng, le maître à penser du cardinal Walter Kasper. La réaction de ce dernier fut si violente qu’elle a provoqué la mise à l’index de ce livre qui fut à l’époque presque immédiatement retiré de la vente et envoyé au pilon avant de tomber dans l’oubli d’une véritable damnatio memoriae (2) couverte par la loi du silence.

Le plus frappant cependant c’est que cette interview nous semble pourtant terriblement actuelle : rien n’a vraiment changé depuis lors. Nous vous proposons donc de redécouvrir ce document non seulement rare mais véritablement introuvable.

Ce document que son auteur lui-même pensait définitivement perdu et tombé dans l'oubli. Il s'agit d'un livret édité vers septembre 1985, il y a bientôt trente deux ans. Un livre qui fut retiré de la vente et envoyé au pilon avant même son arrivée en librairie sur ordre de l'éditeur, qui avait à son tour reçu un ordre du quotidien catholique l'Avvenire, qui l'avait à son tour reçu du Vatican, qui l'avait reçu des progressistes allemands, qui à leur tour l'avaient reçu du démon qui les avait inspirés.

Ce livre a été condamné à l'oubli, tant et si bien qu'il n'apparaît dans aucune bibliographie des nombreuses études réalisés sur Hans Urs von Balthasar.

Il s’agit en fait d’un long entretien dans lequel le célèbre von Balthasar, à l’issue du synode extraordinaire de 1985, se confie à Vittorio Messori, lequel avait, peu de temps auparavant, lui-même lancé une autre bombe ecclésiale, le fameux Entretien sur la foi dans lequel, pour la toute première fois, un certain préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi(2) sonnait la fin de la récréation et des excès contestataires et délirants qui avaient suivi le concile, notamment concernant la théorie de la libération et ses dérives marxistes. Ce livre avait provoqué à sa sortie un véritable tremblement de terre à l’échelle planétaire.

Ce document constitue lui aussi une bombe qui fut, elle, immédiatement désamorcée par une réaction en chaîne des lobbies théologiques, une réaction qui effraya von Balthasar lui-même qui dut se résoudre à publier un démenti dans les journaux allemands(3).

Hans Urs von Balthasar, né à Lucerne (Suisse) le 12 août 1905 et décédé à Bâle (Suisse) le 26 juin 1988, est un prêtre catholique suisse du diocèse de Coire. Jésuite de 1928 à 1950 et théologien de grand renom, il est créé cardinal par Jean-Paul II en 1988, mais meurt quelques jours avant d'en recevoir les insignes.

A lire ici
images/icones/neutre.gif  ( 832456 )sans langue de buis en effet par henri.p (2017-07-30 13:53:20) 
[en réponse à 832399]

Vous avez raison de nous donner cet interview , que je connaissais ,mais que j'ai relu avec plaisir . Hans Urs von Balthasar y est vrai jusqu'au bout des ongles .
images/icones/fleche2.gif  ( 832504 )Je n'exclus pas que Balthasar commette une petite erreur. par Scrutator Sapientiæ (2017-07-31 10:52:52) 
[en réponse à 832399]

Bonjour,

Je pense à cette réponse de HUV Balthasar :

« Monseigneur Lefebvre et les siens ne sont pas les vrais catholiques. L’intégrisme de droite me semble encore plus incorrigible que le libéralisme de gauche. Ils croient déjà tout savoir et n’avoir plus rien à apprendre. Par ailleurs, ils prétendent être fidèles aux papes mais uniquement à ceux qui leur donnent raison, c’est un peu contradictoire. Cependant ces attaques en tenaille, sur deux fronts à la fois, sont typiques de la phase qui suit chaque concile. »

Je n'exclus pas que Balthasar commette une petite erreur.

Il me semble d'abord

- que le durcissement, ou l'extrémisation, d'une composante de la Tradition catholique, la composante tridentine, ou la composante néo-scolastique post-tridentine, est une chose,

- que le dépassement, ou la falsification, de l'ensemble de la Tradition catholique, au moyen de philosophies et de théologies venues d'ailleurs, et sous couvert de retour au "christianisme authentique" ou au "christianisme des origines", est une tout autre chose.

Il me semble ensuite que ce n'est pas parce que le néo-protestantisme post-schleiermachien est souvent considéré comme du "protestantisme libéral" que le néo-catholicisme, lui aussi post-schleiermachien, dans sa conception des relations entre religion et sentiment, est "libéral", en économie et en politique.

Il me semble enfin que bien des modernistes et des progressistes sont des adversaires du libéralisme, cette notion étant utilisée ici dans son acceptation européenne et humaniste la plus classique : en ce sens, les artisans et concepteurs de la philosophie de la libération et de la théologie de la libération sont des adversaires du libéralisme, en économie politique et en philosophie politique.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/bravo.gif  ( 832508 )très justes observations de Scrutator par Luc Perrin (2017-07-31 14:34:22) 
[en réponse à 832504]

Balthasar est comme son adversaire théologique Karl Rahner de formation jésuite donc comme son maître de Lubac très flou quant à la rigueur historique.

Mais surtout la formule - malgré son imprécision technique - vise à tracer une position médiane, celle de la néo-orthodoxie wojtylienne, l'école de HU von Balthasar (Communio) visait à contrecarrer Concilium, la revue qui mélangeait toutes les lectures hérétiques possibles de Vatican II du "libéralisme" réel (gender theology, théologie féministe) jusqu'au progressisme pro-castriste et pro-communiste le plus échevelé.

Tel était la cible principale. Mais, comme l'avait fait Paul VI avec Mgr Lefebvre et la FSSPX dix ans avant, l'ex-jésuite Balthasar avait besoin de se dédouaner et de faire acte de "conciliaire" patenté en vomissant "l'intégrisme". C'était une sorte de rituel rhétorique et aussi une conviction liée au rejet profond du néo-thomisme du XIX-XXe, l'école romaine de théologie bien installée par le très vénéré Léon XIII dans les institutions d'enseignement supérieur catholiques, par les tenants de "l'école dite de Fourvière".
Etienne Fouilloux a bien documenté ce processus de substitution d'une néo-orthodoxie à partir des années 1970-1990.
C'est cette "néo-orthodoxie" wojtylienne qui est aujourd'hui secouée à Rome par les rahnériens-kungiens-kaspérites et autres, rentrés en grâce après des décennies d'exil intérieur.

Le gros problème évidemment de cette fausse position médiane, c'est au final de faire le jeu du "libéralisme de gauche" théologico-pastoral pour user de l'expression balthasarienne.
C'est aussi sa fragilité car la pensée thomasienne, y compris dans la néo-scolastique et même chez un néo-scolastique réformateur comme Maritain ou Paul VI, est autrement plus solide que le sable lubacien et balthasarien.

Le conclave de 2013 en est la parfaite illustration (avec bien d'autres exemples antérieurs) : un Sacré Collège massivement wojtylien s'est précipité vers le tenant d'une tout autre sensibilité à corps perdu et les yeux et les oreilles fermés.
J'en reste encore aujourd'hui tout esbaubi.

ps. c'est peut-être l'imprévisible détour pris par la Providence pour obtenir à la FSSPX un statut canonique convenable ?
images/icones/hein.gif  ( 832510 )Néo-orthodoxie par Peregrinus (2017-07-31 15:38:21) 
[en réponse à 832508]

Merci beaucoup pour vos remarques très justes. Je retiens votre expression très adéquate de "rituel rhétorique" (on en trouve aussi un exemple si ma mémoire est bonne dans le Paysan de la Garonne de Maritain).

Dans quels ouvrages ou articles E. Fouilloux revient-il sur la formation de cette néo-orthodoxie d'inspiration lubacienne ?

J'ai pour ma part été très édifié, si l'on peut dire, lorsque j'ai entendu un prêtre diocésain qui passe pour un bon théologien, d'obédience blondélo-lubacienne, assez conservateur en matière de liturgie, de pastorale et de morale, consterné à juste titre par Amoris Laetitia, expliquer sans vouloir en démordre que l'évangélisation n'était destinée qu'aux seuls athées, mais devait être remplacée par le dialogue interreligieux auprès des croyants des fausses religions et par le dialogue œcuménique auprès des chrétiens séparés.

Peregrinus
images/icones/fleche2.gif  ( 832585 )Petit cadeau : une recension du livre "Etre chrétien", de Hans Kung. par Scrutator Sapientiæ (2017-08-01 20:53:03) 
[en réponse à 832399]

Bonsoir à La Porte Latine,

Voici une recension du livre "Etre chrétien", de Hans Kung :

Ici.

Cette recension devrait permettre aux liseurs de comprendre pleinement ceci :

" Sur son bureau, devant une petite photo de Jean-Paul II, un exemplaire du Basel Zeitung est ouvert. Il s’agit de l’un des nombreux journaux du monde qui ont publié la dernière diatribe de Hans Küng contre le Pape et ses plus proches collaborateurs.

Au début de l’entretien, je lui demande spontanément s’il a lu le texte de son collègue qui, comme lui, est né dans le canton de Lucerne. Il hoche la tête d’un air triste et se met à parler d’une voix basse en me fixant droit dans les yeux :« Cela fait au moins dix ans que cet homme répète sans cesse la même chose. La seule chose qui a changé c’est que son ton est de plus en plus polémique. En réalité, depuis la publication de son livre “Etre chrétien”, Hans Küng n’est plus chrétien. »

Vous voulez dire qu’il n’est plus catholique.

« Non, il n’est plus chrétien. Il suffit de lire ses derniers livres, même le tout dernier dans lequel il parle des autres religions. Kung n’est plus chrétien. Pour lui, Jésus n’était rien d’autre qu’un prophète et le problème se réduit à une discussion pour savoir s’il a été un prophète plus grand que le Bouddha, que Confucius ou que Mahomet. Ce n’est pas par hasard que l’Ayatollah Khomeini l’a invité en Iran pour donner des conférences dans lesquelles il a répété qu’il n’y avait qu’un seul Dieu et de nombreux prophètes. Désormais, pour lui – et il le dit d’ailleurs clairement dans son livre qui n’a pas encore été traduit en italien – le christianisme n’est qu’une voie de salut parmi d’autres. » "

De fait, Hans Kung est ou, en tout cas, a été hégélien.

Bonne soirée.

Scrutator.