Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 832314 )La Tentation des clercs par Aigle (2017-07-26 22:04:07) 

Au risque d'etre un peu schématique, je me demande si le problème numéro UN de l'Eglise catholique n'est pas l'existence constante parmi le clergé de la tentation de chercher à plaire au monde. Et ce dans un but très louable : si on veut convertir le monde, il ne faut pas l'effrayer par des expressions abruptes et des contraintes pénibles et incompréhensibles. Il faut au contraire chercher les points communs plus ou moins clairs entre le monde et l'Eglise.car après tout Dieu tant aime le Monde ...qu'il a donné son Fils ...

Mais cela tant parfois à aller un peu loin et on a l'impression que le sel de la Terre perd sa saveur ..

Exemple classique : Vatican II, Gaudium et Spes, l'engagement des clercs contre la colonisation, le capitalisme, etc ...il fallait plaire au monde d'aujourd hui et de demain ...qui il y a 50 ans était le monde des intellectuels de gauche , des agrégés de philo et des journalistes du Monde...

Mais faisons notre auto critique : jusqu'en 1945 de nombreux clercs n'étaient ils pas aussi désireux de plaire au monde... Simplement il s'agissait du monde d'hier. Celui des chaumières et des châteaux, des paysans et des chevaliers ...

Un pape comme Saint Jean Paul II a pu surprendre justement car il ne char hait pas trop (ou pas trop clairement) à plaire ...aujourd'hui d'autres clercs cherche et à gagner la complaisance des libertins tout simplement parce que ces libertins tiennent la,presse et peuvent dès lors nuire à l'Eglise ...

Cette analyse a t elle un sens ?
images/icones/fleche2.gif  ( 832782 )La tentation contemporaine me semble être d'une autre nature. par Scrutator Sapientiæ (2017-08-07 08:57:09) 
[en réponse à 832314]

Bonjour Aigle,

Il me semble ce qui suit.

C'est une chose pour un seul clerc, pour plusieurs clercs, ou même pour de très nombreux clercs, de baisser la garde face à l'esprit du monde, localement ou ponctuellement, par négligence personnelle ou collective, ou d'abaisser le niveau d'exigence catholique face au monde, dans tel milieu ou à tel moment, par pastorale attractive ou séductrice. Cette attitude, "philo-mondaine", n'a certes pas attendu le XX° siècle pour se manifester, et je me demande si Saint Jean Chrysostome, entre autres, ne s'est pas insurgé contre elle.

C'est une autre chose, pour la grande majorité des clercs de tout un demi-continent, l'Europe occidentale, voire pour la grande majorité des clercs du monde occidental, de se conformer, par adhésion plus ou moins consciente, ou par soumission plus ou moins volontaire, à un esprit de système, et à la vision idéologique selon laquelle plus l'Eglise catholique baisse la garde face à l'esprit du monde, ou abaisse le niveau d'exigence catholique face au monde, et plus elle est "authentiquement chrétienne" ou "authentiquement évangélique".

En d'autres termes,

- je crois que c'est une chose de se dire : "en tant que clerc, plus je suis catholique, d'une manière affichée et assumée, éclairante et exigeante, susceptible de donner l'impression que la religion chrétienne est austère et intransigeante, et moins j'incite certaines personnes, ou les personnes de certains milieux, à envisager de s'ouvrir sur Jésus-Christ",

et

- je crois que c'est une autre chose de se dire : "en tant que clerc, plus je suis catholique, d'une manière vraiment bien plus fidèle à l'Ecriture, à la Tradition, au Magistère, que confiante en la (post)modernité, et moins je suis "adapté" et "ouvert", ou plus je suis "fermé" ou "en retard", en présence d'une conception post-chrétienne du bonheur et des valeurs sur laquelle l'Eglise peut et doit prendre exemple pour pouvoir être, certes, moins formellement catholique, mais aussi plus vitalement chrétienne".

Je viens d'essayer de procéder à une distinction, et je vous remercie pour toute remarque ou suggestion.

Scrutator.