Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 832271 )La tentation orthodoxe par Aigle (2017-07-26 07:14:24) 

Je suis surpris de sentir "dans nos milieux" l'apparition d'un intérêt voire d'une séduction de l'orthodoxie.

Dernièrement des amis très engagés dans la défense et la promotion de la Tradition catholique se sont en effet devant moi livrés à un éloge inattendu de nos frères sépares d'Orient avec deux arguments curieux.

Primo, l'absence de magistère actif (pas de pape, ni de conciles, ni d'encycliques, etc ...) aurait conduit le clergé orthodoxe a constamment privilégié l'analyse des Pères et de la Tradition sans aucune innovation excluant ainsi toute dérive doctrinale ou liturgique. Avec l'orthodoxie point de réformes !

Secundo, la subordination de l'Eglise orthodoxe au pouvoir politique aurait conduit le clergé à ne pas s'engager sur les chemins du temporel et à limiter son intervention au champ spirituel. Point de message épiscopal sur le syndicalisme ou la pollution !

Il s'agit là implicitement de deux critiques qui visent le cœur du fonctionnement de notre Église. Que répondre ?
images/icones/neutre.gif  ( 832272 )La Consecration de ce grand pays.... par Pol (2017-07-26 07:27:20) 
[en réponse à 832271]

....au Coeur Immaculé de Marie.
images/icones/croix.gif  ( 832273 )Orthodoxie ou Orient ? par Montes Gelboe (2017-07-26 07:59:46) 
[en réponse à 832271]

La décrépitude actuelle de l'Eglise d'Occident ne peut manquer de susciter des recherches et des réactions. Toutefois, la "Tentation de l'Orthodoxie" dont parle l'honorable correspondant parait méconnaitre un fait historique fondamental. Par "Orthodoxie" dans cet esprit-là, on peut entendre l'attrait pour l'Eglise d'Orient, son organisation, son ecclésiologie, son respect pour les traditions et sa liturgie inchangée etc...
Or cette ecclésiologie ne dépend pas de l'orthodoxie doctrinale du christianisme, mais de l'appréhension des faits historiques de l'Empire romain telle que l'Orient l'a élaborée et l'a adoptée, et qui est fondamentalement différente de l'appréhension donnée par l'Occident aux mêmes faits.
On ne peut ici que schématiser fortement et renvoyer aux études plus profondes :
La bataille navale d'Actium (2 septembre 31 av. J.C.) vit la victoire d'Octave (qui deviendra Auguste) sur Antoine. Elle mit fin à la République et instaura le Principat. Cette date de 31 av. JC est peu ou prou celle de la naissance du Christ, et l'ère chrétienne correspond peu ou prou avec l'"ère actiaque".
Cette concommitence a frappé les esprits. Et différemment en Orient et en Occident.
Les orientaux à la suite d'Eusèbe de Césarée (dans la "Préparation évangélique" et l' "Histoire Ecclésiastique") ont vu dans la bataille d'Actium et l'avènement d'Auguste un signe providentiel qui permettait l'établissement de l'Eglise, mais dans la soumission au pouvoir impérial, qui était investi d'une mission tout aussi providentielle dans l'Eglise : notement la convocation des Conciles, et même -hélas- l'intervention, souvent désastreuse, dans les discussions théologiques. Le rôle dévolu à l'Empereur et aux pouvoirs successifs dans la constitution de l'Eglise d'Orient a eu et a encore de nos jours des conséquences profondes, qui sont l'une des bases de la séparation consommée en 1054.
Les occidentaux à la suite, surtout, de saint Augustin ("La Cité de Dieu") ont vu dans la bataille d'Actium un fait banal, interessant le Pouvoir, mais non capital pour l'Eglise. L'Empire d'Occident s'est effondré, les royaumes nationaux (ne disons plus barbares...) ont morcelé le territoire. L'Eglise reste. Si l'avènement d'Auguste a crée des conditions favorables à la mission des Apôtres et à l'établissement de l'Eglise, son empire peut s'écrouler, l'Eglise lui est indépendante, respectueuse mais non soumise.
Charlemagne reconstitue l'"Imperium" c.a.d. la notion du pouvoir à la romaine, plus que l'"Empire" proprement dit au sens géographique. Dans l'Occident l'"impérium" subsistera, mais l'Eglise gardera ses distances. L'organisation de l'Eglise d'Occident sera donc différente de l'Orient, ses rapports avec les pouvoirs successifs de nature différente de l'Orient.
La "Tentation de l'Orthodoxie", telle qu'elle est exprimée ici, ne parait pas compatible avec les données historiques occidentales, ni avec la Tradition de l'Eglise d'Occident.
L'état désastreux de notre Eglise d'Occident, mérite-t-il d'ignorer notre propre tradition ? Il ne semble pas, restons nous-mêmes et combattons si possible...
C'est du moins une opinion que nous exprimons ici modestement et qui pourrait être largement complétée et même rectifiée dans le cours d'un échange.
Merci.
images/icones/1a.gif  ( 832275 )Je me suis toujours posé une question sur les orthodoxes par Regnum Galliae (2017-07-26 09:26:15) 
[en réponse à 832271]

Pourquoi leurs prêtres donnent-ils toujours l'impression de faire la tronche ?
images/icones/1d.gif  ( 832276 )A cause de la barbe! par Leopardi (2017-07-26 09:52:29) 
[en réponse à 832275]

Tout est dans le texte
images/icones/neutre.gif  ( 832278 )Les arguments sont contestables par Turlure (2017-07-26 10:06:02) 
[en réponse à 832271]

Je ne connais pas suffisamment l'histoire et l'ecclésiologie des églises d'Orient pour répondre avec une grande précision mais ces deux affirmations sont étonnantes.


Primo, l'absence de magistère actif (pas de pape, ni de conciles, ni d'encycliques, etc ...) aurait conduit le clergé orthodoxe a constamment privilégié l'analyse des Pères et de la Tradition sans aucune innovation excluant ainsi toute dérive doctrinale ou liturgique. Avec l'orthodoxie point de réformes !



C'est faux : il y a bien au sein des églises orthodoxes et entre elles des conciles, des réformes (voir par exemple la réforme liturgique de l'église russe et le schisme des vieux-croyants). Leur tradition magistérielle est différente de la notre dans son esprit et n'a pas une source unique mais elle existe.


Secundo, la subordination de l'Eglise orthodoxe au pouvoir politique aurait conduit le clergé à ne pas s'engager sur les chemins du temporel et à limiter son intervention au champ spirituel. Point de message épiscopal sur le syndicalisme ou la pollution !



Je serais plutôt d'accord avec la première partie de cette proposition : on ne retrouve pas en Orient de prétention de l'Eglise à se placer au-dessus des souverains et à défendre une puissance temporelle comme c'est le cas avec le pape en Occident. Mais je ne comprends pas le rapport avec les messages épiscopaux actuels sur "le syndicalisme et la pollution". Vous pensez vraiment que ces messages ont quoi que ce soit à voir dans leur esprit avec les dictatus papae ? On pourrait regarder à l'inverse la complaisance très facile des ecclésiastiques orthodoxes à l'égard des pouvoirs civils. Mais ça passe beaucoup mieux chez les tradis parce que Poutine, il est fort et il en a.

Si je voulais faire un panégyrique de l'Orient par rapport à l'Occident, j'irai plutôt chercher du côté de la façon orientale d'appréhender la doctrine comme la pratique, historiquement beaucoup moins rigide et juridicisante qu'en Occident, qui a permis de mieux conserver nombre d'éléments traditionnels.
Quelques exemples :
- Pour le carême, la "norme" est restée l'observance antique : jeûne rompu après les vêpres et privation de tout aliment d'origine animal pendant quarante jours. Suivre cette observance très exigeante à la lettre n'est pas forcément répandu et l'Eglise renvoie à chaque conscience la décision de ce qu'elle peut faire. Du côté de l'Eglise latine, on a plutôt toujours tenu à mettre les points sur les i en disant que les règles de discipline obligent gravement sauf à en être dispensé par l'autorité. Du coup, on en arrive aujourd'hui à une norme quasi-vide (deux jours de jeûne et six jours d'abstinence de viande seule) en comparaison de ce qu'a été historiquement le carême, la règle contraignante finissant toujours par s'adapter à l'évolution des moeurs. Du coup, le modèle très exigeant a disparu et on ne va plus jeûner que dans les communautés religieuses, et encore.
- Il n'y a à ma connaissance pas d'obligation absolue à la récitation quotidienne de l'office pour le "clergé" en Orient. En revanche, dans toutes les grandes églises, on va chanter l'office dominical entier avec les matines la veille au soir etc. Il m'a déjà été soutenu (et cela a tendu à me convaincre) que l'obligation des clercs au bréviaire en Occident a transformé la prière de l'église, faite pour être chantée en commun, en une prière personnelle sacerdotale, leur solennisation n'étant pas nécessaire. D'où, là encore, le déclin du chant de l'office divin dans les paroisses à l'époque contemporaine. On pourrait parler aussi du chant de la messe, dont il est inenvisageable de se priver pour un chrétien oriental.
- Troisième point (mais ici, comme catholique, je ne peux adhérer par la foi à ce qui suit mais seulement en expliquer la logique) et qui ne concerne pas les églises unies à Rome : l'indissolubilité du mariage, vue comme une très grave obligation mais pas comme une impossibilité absolue pour le lien matrimonial de disparaître. En clair, la tradition orthodoxe ne fait pas de difficultés à affirmer qu'un mariage chrétien, aussi solides puissent être les bases sur lesquelles les futurs époux se sont appuyées, peut être un échec et qu'en conséquence, faute d'avoir pu être sauvé, le lien matrimonial peut mourir. Un second mariage est alors possible même si cela doit être exceptionnel, et que la célébration de ce mariage a une connotation moins joyeuse et plus pénitentielle. A l'inverse, l'Eglise catholique a affirmé haut et fort l'indissolubilité absolue du mariage. En conséquence, la seule possibilité pour une telle "seconde chance" est de faire reconnaître que le premier mariage n'en a pas été un. Les choses se résoudront ici de façon juridique et amorale (je n'ai certainement pas écrit "immorale" !) par le procès en nullité, laquelle nullité, avouons le, est envisagée très largement.

Sur un autre thème, une connaissance de confession orthodoxe m'a déjà soutenu que l'ecclésiologie catholique a détruit la figure apostolique de l'évêque en le transformant en un exécutant local de l'absolu souverain papal. Et il évoquait, comme exemple de court-circuitage du rôle central et antique de l'évêque, les encycliques recommandées à la lecture des fidèles, les JMJ etc.
images/icones/mitre4.png  ( 832283 )A propos du dernier point par Peregrinus (2017-07-26 11:56:06) 
[en réponse à 832278]

Il me semble que ce n'est pas l'ecclésiologie catholique qui a détruit la figure épiscopale, mais un certain ultramontanisme frénétique, poussé jusqu'à l'absurde, la plupart du temps sans véritable ecclésiologie, au XIXe siècle.
A l'époque de la Révolution française, par exemple, il me semble que dans l'Eglise de France on savait encore fort bien ce qu'est un évêque. Il a fallu les délires néfastes de Lamennais et de ses disciples (hélas souvent à l'honneur dans nos milieux) pour le faire oublier.

Peregrinus
images/icones/neutre.gif  ( 832285 )Oui vous avez raison par Turlure (2017-07-26 12:18:57) 
[en réponse à 832283]

Il était plutôt question ici de l'ecclésiologie catholique dans son état actuel, alors que beaucoup de fidèles connaissent finalement mieux le pape et ses enseignements que leur évêque diocésain.
images/icones/neutre.gif  ( 832312 )Merci de toutes ces réponses par Aigle (2017-07-26 21:54:43) 
[en réponse à 832278]

À la lecture des savantes réponses faites à ma question, me vient d'abord l'idée que l'orthodoxie est mal connue en Occident.

En gros nous la restreignons à de belles et intemporelles liturgies ainsi qu'à l'union du trône et de l'autel ...

Nous sous estimons ses querelles internes (notamment quand les évêques sont élus ) ses schismes et les effets très pervers de sa soumission au pouvoir temporel ...

Il n'en reste pas moins exact que "nos milieux" jusqu'à un certain Concile ont peut être eu trop tendance à faire confiance à Rome...retour de balancier aujourd hui ...