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images/icones/carnet.gif  ( 830348 )Révolution française et traditionalisme (V) : Etat de nécessité par Peregrinus (2017-07-01 19:55:35) 

Accusé de schisme et d’intrusion par le clergé fidèle hostile aux réformes de la Constituante, le clergé constitutionnel s’est aussitôt efforcé de lui répondre. Si les prêtres scandaleux n’ont pas manqué dans les rangs du clergé jureur, on aurait tort de procéder à des généralisations abusives et de le croire composé uniquement d’aventuriers, d’opportunistes vulgaires ou d’ignorants. M. l’abbé Jean-Claude Meyer, tout en montrant avec justesse les graves erreurs auxquelles les ont conduits les lacunes de leur pensée, a ainsi pu rappeler dans une excellente étude que par exemple les évêques constitutionnels Barthe et Sermet, dans le sud de la France, étaient de véritables théologiens, qui ont cru sincèrement que les réformes constituaient le point de départ d’un renouveau chrétien (1).

Ce ne sont cependant pas les réflexions de Barthe ou Sermet que j’examinerai ici, mais celles de l’un des plus notables apologistes de la Constitution civile, Louis Charrier de La Roche, chanoine à Lyon, puis évêque constitutionnel de la Seine-Inférieure (2), qui se distingue d’autres controversistes ecclésiastiques de l’époque par la modération de son ton et par le soin louable qu’il met à éviter les invectives. Soucieux de réfuter les adversaires des réformes, qui accusent le nouveau clergé constitutionnel d’être dépourvu de toute juridiction et d’être donc dans l’incapacité de donner des absolutions valides, il s’efforce donc de leur répondre par des arguments doctrinaux et canoniques.

Le premier axe de l’argumentation de Charrier de La Roche concerne l’articulation des deux pouvoirs d’ordre et de juridiction, dont la distinction a été explicitement énoncée (chap. XXVI, §II) par le Catéchisme romain de 1566 : l’ordre donne pouvoir sur le Corps véritable du Christ dans la très sainte Eucharistie, tandis que la juridiction donne pouvoir sur son Corps mystique. Si le concile de Trente lui-même ne mentionne pas explicitement cette distinction, celle-ci sous-tend son enseignement sur le sacrement de pénitence : pour absoudre validement, un prêtre doit avoir juridiction sur son pénitent (Sess. XIV, cap. XVI) ; il n’est un ministre légitime des sacrements que s’il a été canoniquement envoyé (Sess. XXIII, can. 7) ; il ne peut être reconnu apte à entendre les confessions qu’après avoir reçu une approbation de l’évêque (Sess. XXIII, décret de réformation, can. XV). Tandis que le pouvoir d’ordre est immutable, le pouvoir de juridiction est transitoire et peut être retiré par l’autorité ecclésiastique (cf. S.T., IIa IIae, q. 39, a. 3).

C’est donc sur le rapport entre ces deux pouvoirs que l’apologiste de la Constitution civile du clergé porte son attention :

La jurisdiction est un pouvoir spirituel, un pouvoir auguste & sur-humain, invisible & sacré, que tout Prêtre reçoit dans son ordination (3).


Si ordre et juridiction sont deux pouvoirs distincts, tous deux sont également reçus par l’imposition des mains. La juridiction, formellement exprimée par les paroles de l’ordination, n’a donc de soi pas besoin d’être conférée par l’autorité ecclésiastique : celle-ci se borne à en permettre ou à en restreindre l’exercice. L’approbation nécessaire pour absoudre doit donc être distinguée de la juridiction proprement dite : cette approbation, dont la nécessité a été introduite par le concile de Trente, est une « pure police », une mesure purement disciplinaire qui vise à écarter du ministère de la pénitence les prêtres indignes (4).

Dès lors, pour Charrier de La Roche, il est faux de dire que les prêtres constitutionnels exercent sans juridiction. Certes, l’approbation fait défaut. Mais pour l’apologiste des réformes, la discipline même de l’Eglise permet de pallier ce défaut :

C’est là le véritable esprit de Jésus-Christ, de l’Evangile et de l’Eglise, qui n’a pas manqué de le prévoir et de l’exprimer dans un des points fondamentaux de la discipline, qui donne à tout Prêtre l’exercice entier de sa jurisdiction dans les cas de nécessité (5).


Ce qui fonde la légitimité du ministère du clergé constitutionnel aux yeux de Charrier de La Roche, c’est donc l’état de nécessité dans lequel se trouvent les catholiques français privés des secours de la religion par l’attitude de leurs évêques qui en refusant de coopérer avec la puissance temporelle ont provoqué la vacance de leurs sièges. Ce point est fondamental dans l’argumentation du prêtre lyonnais, qui invoque constamment les « cas de nécessité ». Il est donc inutile de s’inquiéter du refus de la hiérarchie ecclésiastique de coopérer à l’établissement de l’Eglise constitutionnelle :

Ce sera l’Eglise qui donnera tous les pouvoirs nécessaires, par la constitution même de sa discipline, la moins contestée, qui a pourvû à tout.
D’abord l’Eglise confére tous les pouvoirs, par le seul fait de la nécessité qui, faute d’Evêques dans les Diocèses supprimés, & faute de chapitre dans les Cathédrales qui les exerce à leur défaut, donne l’exercice de la jurisdiction nécessaire pour le salut des ames, à ceux qui, dans les Diocèses conservés, voudront les exercer pour la portion du territoire qui leur sera échue (6).


L’Eglise, quoi qu’en pensent le pape et les évêques, donnera donc juridiction au clergé constitutionnel pour le salut des âmes : certes, il ne s’agit pas de procédés ordinaires, mais un « ordre de choses extraordinaires […] demande une marche & des procédés extraordinaires aussi (7) ». Du reste, estime Charrier de La Roche, il ne faut pas craindre les accusations de schisme : en effet, l’Assemblée Nationale a consacré les droits du pape comme chef de l’Eglise (Décret du 12 juillet 1790, titre II, article 19) ; on ne saurait donc comparer le clergé constitutionnel à l’Eglise anglicane (8). C’est un point que ne rappellent que rarement les « résistants » traditionalistes d’aujourd’hui : jamais les prêtres impliqués dans le schisme constitutionnel n’ont omis de mentionner le pape au Canon de la messe (9).

On aurait tort de croire que cette argumentation fondée d’une part sur l’atténuation de la distinction entre pouvoirs d’ordre et de juridiction, d’autre part sur l’invocation de l’état de nécessité est propre à Charrier de La Roche : elle a été au contraire celle de la plupart des théologiens et canonistes constitutionnels qui se sont efforcés de dépasser la polémique antiromaine ou le pur régalisme. Ainsi la retrouve-t-on encore à la veille du Concordat sous la plume d’Augustin Clément, évêque intrus de Versailles après la Terreur :

Dans le principe, on ne peut nier que le pouvoir foncier du sacerdoce ne comprenne essentiellement tout pouvoir d’exercice conféré à celui qui le reçoit. […] La retraite, coupable et inexcusable en tout sens, des anciens évêques, et même des ministres du second ordre, ayant fait vaquer une multitude de places ecclésiastiques, et provoqué, par ce fait, la cessation de tout culte catholique en France, il a fallu retrouver, pour le territoire de ces places, un supplément de ministres validement pourvus du caractère (10).


On retrouve donc substantiellement la doctrine exposée par Charrier de La Roche : la nécessité justifiait l’exercice du ministère par les prêtres constitutionnels dès lors que ceux-ci étaient validement ordonnés.

Telles étaient donc les raisons doctrinales et canoniques alléguées par le clergé constitutionnel soucieux de se laver de l’accusation de schisme et de justifier la validité des sacrements dispensés. L’état de nécessité, dans un sens extrêmement étendu, a bien été invoqué sous la Révolution ; mais il l’a été par le clergé jureur, pour justifier à la fois son refus de communiquer réellement avec le pontife romain et son droit d’administrer les sacrements, y compris ceux qui nécessitent le pouvoir de juridiction.

Il ne s’agit pas ici de procéder à des assimilations anachroniques, simplistes et fausses. L’état de nécessité allégué par les constitutionnels en 1790 était largement imaginaire, ou du moins résultait précisément des mesures schismatiques auxquelles ils avaient consenti aux dépens du clergé fidèle, tandis qu’il n’y a malheureusement rien d’imaginaire dans la confusion doctrinale, liturgique et pastorale subie par les fidèles après le dernier Concile. Mais il s’agit de rappeler un fait tenace : sous la Révolution, l’état de nécessité a été invoqué et transformé en système, au nom bien sûr de circonstances exceptionnelles, afin de justifier un schisme.

(A suivre)

Peregrinus

(1) Jean-Claude Meyer, Deux théologiens en Révolution, Parole et Silence, Paris, 2011.
(2) Chanoine de la collégiale d’Ainay, vicaire général de Mgr de Montazet, archevêque jansénisant de Lyon, député à la Constituante, l’abbé Charrier de La Roche n’est pas le premier venu. Après avoir été élu évêque de la Seine-Inférieure, il démissionne de son siège dès l’automne 1791, manifestement déçu par le tour pris par la Révolution, puis, après avoir tenté de participer au relèvement de l’Eglise constitutionnelle après la Terreur, se soumet à Rome et devient en 1802 le premier évêque de Versailles, diocèse qu’il gouverne fort dignement jusqu’à sa mort en 1827.
(3) Louis Charrier de La Roche, Réfutation de l’instruction pastorale de M. l’évêque de Boulogne sur l’autorité spirituelle, Le Clère, Paris, 1791, p. 128.
(4) Ibid., p. 94.
(5) Louis Charrier de La Roche, Examen des principes sur les droits de la religion, la jurisdiction et le régime de l’Eglise catholique, Le Clère, Paris, 1790, p. 35.
(6) Louis Charrier de La Roche, Réfutation de l’instruction pastorale, op. cit., p. 46.
(7) Ibid., p. 47.
(8) Ibid., p. 127.
(9) On peut accorder cependant à ces « résistants » que contrairement aux constitutionnels, ils ne mentionnent pas au Canon un évêque intrus, ce qui est loin d’être négligeable.
(10) Augustin Clément, Principes décisifs sommairement établis sur les Pouvoirs du Clergé constitutionnel de France, et la legitimité de sa jurisdiction, exclusive de toute autre, s. n. l. s. d., p. 1-2.
images/icones/bravo.gif  ( 830349 )Au delà du fond par Rémi (2017-07-01 20:31:17) 
[en réponse à 830348]

et de l'érudition remarquable, on peut aussi saluer la tenue et la fluidité de votre style, cher Monsieur, qui rendent cette lecture non seulement très intéressante mais tout simplement agréable.


Si la page des Documents du FC qui enregistre me semble-t-il les contributions les plus travaillées des liseurs n'était pas suspendue la vôtre devrait y figurer sans contredit.
images/icones/1a.gif  ( 830350 )Merci beaucoup par Peregrinus (2017-07-01 22:03:31) 
[en réponse à 830349]

Merci beaucoup, cher Monsieur, pour vos encouragements.

L'énorme masse des brochures produites par le clergé à cette époque reste étonnamment peu étudiée, du moins sur le fond (très souvent, on se focalise trop exclusivement sur la question, il est vrai essentielle, des rapports entre Eglise et Etat), malgré l'intérêt pour l'ecclésiologie qui s'est manifesté dans l'histoire religieuse de la Révolution française depuis la fin des années 1960, alors qu'au-delà du caractère parfois répétitif de l'argumentation et d'une manière d'exposer les raisons qui ne correspond pas nécessairement à celle qui nous paraît la plus évidente aujourd'hui, ces écrits sont très riches. Ils ont été pour moi une véritable découverte lorsqu'une heureuse série de hasards dans mes recherches m'a conduit à m'y plonger.

Peregrinus
images/icones/bravo.gif  ( 830357 )Continuez ! par baudelairec2000 (2017-07-02 01:19:31) 
[en réponse à 830348]

je souscris à ce qu'écrit l'ami Rémi: même si je ne partage pas tous vos points de vue: merci, Peregrinus, pour vos posts qui respirent l'intelligence... C'est devenu rare sur le Forum.

Vous avez choisi un angle d'attaque original pour nous parler de la réforme que l'Eglise a entreprise il y a maintenant plus d'un demi siècle: un parallèle entre ces bouleversements sans précédent que nous voyons encore se produire sous nos yeux et la Révolution Française. Il faut dire, vous avez raison, que les réformateurs à l'oeuvre depuis le Concile Vatican II n'ont pas manqué d'insister sur la comparaison: Le Concile a été 1789 dans l'Eglise. Et on pouvait compter sur un certain nombre de commentateurs de sensibilité traditionnaliste, voire sédévacantiste, pour s'emparer de la métaphore.

Vous montrez votre scepticisme dès votre première intervention pour remettre en question cette assimilation simpliste qui consiste à faire des tradis les héritiers des "réfractaires" et les progressistes les descendants du clergé constitutionnel. Je sais que vous n'avez pas terminé votre démonstration - et je ne voudrais pas vous casser la baraque avant que vous ayez achevé la construction de l'édifice - mais tout de même, ne serait-ce que pour dissiper dès à présent cette confusion, n'y a-t-il pas une différence fondamentale entre ces deux processus? Le combat que l'Eglise de France doit mener durant les années 1789- 1801 (voire au-delà pour une minorité, je pense à la Petite Eglise), est une lutte contre un ennemi extérieur, la Révolution, même si celle-ci a trouvé au sein de l'Eglise de nombreuses complicités, à commencer par un courant gallican très influent tout au long du XVIIIe siècle, courant qui inspire la Constitution civile du Clergé et qui sera encore derrière les Articles Organiques. A ce propos, la tendance est de ne parler que du clergé séculier, pourquoi se désintéresser des "Réguliers", ces moines, ces consacrés, dont les esprits éclairés des Lumières ne comprenaient pas qu'ils pussent prononcés des voeux? Le premier acte, terriblement efficace, de la Révolution, c'est d'avoir mis fin aux voeux et, par là même, d'avoir mis la main sur un patrimoine financier considérable. Ceux qui se félicitent de la signature du Concordat oublient que l'accord entre Bonaparte et Pie VII n'a pas envisagé une seule seconde le retour des réguliers en France, ni la moindre question sur les spoliations dont ils furent victimes.

Les bouleversements auxquels nous assistons au sein de l'Eglise depuis le milieu du XXe siècle proviennent,eux, de l'intérieur de l'édifice. Et il étonnant de voir le clergé et les fidèles dans leur grande majorité suivre le mouvement, un mouvement extraordinaire qui conduit à la sécularisation de l'Eglise. Ce que les révolutionnaires accomplirent par la violence, les révolutionnaires en clergy, les innombrables moines défroqués et leurs complices féminins qui voyaient là un moyen de monter à l'autel et d'investir le choeur, l'ont réalisé, somme toute, beaucoup plus pacifiquement: en vidant, au moins pour la France et pour un certain nombre de pays européens, les églises. Il y a dans ce phénomène inoui de déchristianisation de nos sociétés, il y a dans ce mouvement de sécularisation qui ronge l'Eglise de l'intérieur, comme une contamination du catholicisme par les idées révolutionnaires, contamination qui, pour faire simple et non simpliste, commence au XVIIIe siècle par le succès que les idées des Lumières rencontrèrent dans le clergé; l'affaiblissement se poursuit avec l'acceptation du Concordat dont les catholiques français ne virent pas qu'il est était une machine de guerre insidieuse pour mieux les désarmer contre des institutions laïques sûres d'elles-mêmes. Et, pour couronner le tout, comme si la France était un laboratoire grandeur nature, Léon XIII prône du moins le désarmement unilatéral des catholiques face à l'ennemi laïcard, sinon le ralliement à la République dont il ne veut pas voir qu'elle régnera bientôt sur les esprits. D'autres épreuves, notamment deux guerres mondiales provoquées par nos chères démocraties - on ira jusqu'à parler de la croisade des démocraties - l'oubli du politique pour le social, c'est là un des ressorts de la doctrine "sociale" de l'Eglise,
tout cela contribuera à réduire pratiquement à néant les dernières forces de l'Eglise institutionnelle. C'est que les Droits de l'Homme contre lesquels luttèrent les papes du XIX e siècle, au moins jusqu'à Léon XIII, ont fini par percer les murailles de l'Eglise, avec la complicité de ses pasteurs: ce n'est plus à présent que dignité de la personne humaine", que droits fondamentaux de la personne humaine", dont on nous rebat les oreilles, avec les meilleures intentions du monde, comme ce "droit à la vie" qu'on oppose aux partisans de l'avortement; des droits, en tout cas, dont on ne soupçonne pas un instant qu'ils pourraient prendre leur source chez Hobbes. C'est ainsi que le Léviathan, même s'il sort du livre de Job, est devenu sans que beaucoup le réalisent vraiment une source d'inspiration pour nos "pasteurs" - en réalité des loups.

Vous le voyez, il reste à un certain nombre de "tradis" qui se sont risqués à un parallèle entre Vatican II et la Révolution Française, il leur reste à étudier et à comprendre - après, ils pourront peut-être prendre la plume ou un micro - il vous reste beaucoup à dire, sur les origines d'une part de la Révolution Française, de sa lutte contre l'Eglise et des motivations des différents profanateurs à l'oeuvre, et, d'autre part, sur les causes de la Réforme religieuse qui a contribué, plus près de nous, à ébranler durablement l'édifice ecclésial. Aussi faut-il évaluer la part des facteurs internes et externes de ces phénomènes. Je compte sur vous pour nous éclairer.

Un regret cependant: vous choisissez de partir de citations et de parallèles faciles et réducteurs empruntés à des feuilles de choux. Pemettez-moi de penser que cela ne peut qu'affaiblir votre propos. Car, les rédacteurs de ces organes, savent-ils seulement ce qu'est le gallicanisme et ont-ils seulement lu M. Vovelle, T. Tackett, auteurs que vous citez, Bernard Plongeron,remarquable spécialiste du XVIIIe siècle, le père Aulard (sur la Constitution civile du Clergé), Frédéric Bluche, auteur d'un remarquable Danton et d'un ouvrage fondamental sur les massacres de Septembre 1792, livre dans lequel il revient sur la question du serment? Ils auraient intérêt à lire de Pierre de La Gorce, L'Histoire religieuse de la Révolution Française (5 tomes). Passionnant, bien plus que Jean de Viguerie... Ces auteurs passionnants, je ne peux pas tous les citer, nul doute que vous saurez nous les rappeler dans vos contributions à venir.

Cordialement
images/icones/fleche2.gif  ( 830370 )Quelques rapides réponses par Peregrinus (2017-07-02 14:06:38) 
[en réponse à 830357]

Un très grand merci tout d'abord pour vos quelques remarques.

Je commencerai par commodité par répondre à la dernière, à savoir que les parallèles sont repris de publications dont la teneur scientifique est assez faible, ce qui est exact.
J'ai choisi ces textes parce qu'il m'a paru intéressant de partir des usages de l'histoire, des représentations communes, voire des mythologies mobilisées par certains dans leurs combats.
Ce choix n'était peut-être pas le bon ; mais il m'a paru le plus commode pour introduire les problèmes à partir, précisément, de la manière dont ils sont communément évoqués et compris dans le milieu traditionaliste aujourd'hui.

Je suis tout à fait d'accord avec vous pour dire que les problèmes ne peuvent pas se poser exactement de la même manière en 1790-1791, lorsque la juridiction spirituelle est envahie par les prétentions de la puissance temporelle révolutionnaire, et dans le contexte d'auto-démolition de l'Eglise après le dernier Concile.

C'est principalement sur le Concordat, vous vous en doutez certainement, que je ne vous suivrai pas. Le Concordat était très imparfait, Pie VII en était parfaitement conscient. Mais il était par nature une transaction, et était me semble-t-il, à peu de choses près, ce que l'Eglise pouvait obtenir de mieux à cette époque très difficile : l'échec du Concordat de 1817, dans le contexte de la Restauration, qui aurait permis de revenir peu ou prou au régime plus favorable du Concordat de 1516, est là pour le suggérer.
Sur le Concordat, je me sens à vrai dire très proche de ce qu'a pu écrire le chanoine Sevrin, historien que j'aime beaucoup, aussi bien dans son livre sur la jeunesse de Dom Guéranger que dans sa biographie de Mgr Clausel de Montals.

Je vous remercie une fois encore pour vos très intéressantes remarques.

Peregrinus