Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 829934 )Question à propos des excommunications de prêtres ? par Davidoff2 (2017-06-25 15:08:53) 

Un ami très pieu, mais version NOM, m'a posé une question hier soir, à laquelle j'ai répondu à côté, il me semble.

Il me dit : "Je discute avec beaucoup de prêtres qui ne croient plus à des choses que l'Eglise a toujours enseigné, comme le purgatoire par exemple, ou le péché originel, qui est pourtant dans la bible. Est-ce qu'ils sont excommuniés ?"

Je lui dis qu'à mon souvenir oui, à partir du moment où tu ne crois plus les vérités de foi que l'Eglise enseigne, tu ne peux plus te targuer d'appartenir encore à ladite Eglise, ça s'appelle une excommunication Latae Sententiae, qui n'a pas besoin d'une bulle du pape ou d'un évêque pour être effective. La négation des dogmes catholique, des vérités de foi ou même un doute obstiné suffit."

Question de mon ami : "Mais je t'assure, il y a vraiment une quantité de prêtres qui ne croient plus à des dogmes de l'Eglise ! Qu'est-ce qu'ils sont alors, quel est leur pouvoir ?"

Je ne sais pas précisément, mais je lui réponds que je pense que les sacrements étant ineffaçables (comme le baptême ou le sacrement de l'ordre), ils conservent le pouvoir de la consécration ou de l'absolution, même s'ils sont en dehors de l'Eglise (sans donner de garantie, je lui précise que ce n'est que mon point de vue, car j'avais lu que Julien l'apostat avait tenté d'effacer son baptême sans y parvenir).

Bref, aujourd'hui, par acquis de conscience, je vérifie, et je lis sur le net :

On distingue deux types d'excommunication (can. 1314) :

ferendæ sententiæ : excommunication qui ne frappe pas le coupable tant qu'elle n'a pas été intimée par une décision judiciaire ou administrative ;
latæ sententiæ : excommunication encourue du fait même de la commission du délit (le droit canonique doit prévoir expressément ces cas).
L'excommunié ne peut plus célébrer et recevoir les sacrements et sacramentaux ni remplir des offices ecclésiastiques, ministères et charges, ni poser des actes de gouvernement (can. 1331). Ces effets sont aggravés quand l'excommunication est notoire, c'est-à-dire qu'elle a fait l'objet d'une décision judiciaire ou administrative dans le cas d'une excommunication ferendæ sententiæ ou d'une déclaration quand elle est latæ sententiæ (can. 1332). Contrairement à la suspense, ces effets sont indivisibles.

Le Code de droit canonique de 1983 prévoit l'excommunication latæ sententiæ pour neuf délits :

...

l'hérésie, (can. 1364-1), définie au can. 751 comme « la négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité » ;

...


Donc j'ai répondu faux ? Un prêtre qui ne croit plus au purgatoire par exemple ou à un autre dogme, perd tout pouvoir, même sans bulle d'accusation de l'évêque ou du pape ?
images/icones/fleche2.gif  ( 829941 )"Ne peut plus" signifie ici par Rémi (2017-06-25 20:00:22) 
[en réponse à 829934]

n'en a plus la permission, et non n'en a plus le pouvoir. Si l'excommunication est levée, le prêtre ne devra pas être ordonné à nouveau pour retrouver la possibilité de célébrer validement.


La Messe ou la confession (sauf danger de mort dans ce cas) du prêtre excommunié est bien sûr illicite, mais néanmoins valide au conditions habituelles, l'intention de faire ce que fait l'Eglise étant éventuellement la pierre d'achoppement si le malheureux a fait complètement naufrage de la foi.

Comme vous le dites vous-même, le sacrement de l'ordre imprime un caractère indélébile: on est prêtre pour l'éternité.
images/icones/fleche3.gif  ( 829956 )Excommunications latae sent. : c'est beaucoup plus compliqué ! par Père M. Mallet (2017-06-25 22:17:52) 
[en réponse à 829934]

Cela fait des années que je n'ai pas relu cette question.
Mais de mes souvenirs il ressort :
- que l'excommunication latae sententiae (ou "ipso facto") pose beaucoup, beaucoup, beaucoup de problèmes théoriques.
Justement parce qu'on finit par ne plus trop savoir qui est ou n'est pas excommunié. Pour un laïc, ce n'est pas trop gênant. Mais quand il s'agit d'évêques, là, ça devient vraiment gênant, car il faut s'interroger sur la validité de ses actes... (là, je ne peux rien dire, il faudrait que je révise, peut-être y a-t-il des dispositions qui valident ces actes).
Les mauvaises langues disent que c'est justement à cause de ça qu'on a supprimé dans le Code de 1983 la mention explicite de l'excommunication pour appartenance à la maçonnerie. Ce qui a valu la célèbre explication ad hoc du Card. Ratzinger. Qui ne résout pas le problème.

- pour l'excommunication pour hérésie, il est précisé dans la définition de l'hérésie : négation obstinée, ce qui suppose qu'une autorité a rappelé à l'ordre le délinquant, qui refuse obstinément de se soumettre. De nos jours, ça devient hélas assez rare, qu'on rappelle à l'ordre un prêtre qui nie une vérité de foi.
Donc il ne suffit pas de dire, même à plusieurs reprises, une "hérésie matérielle" pour être excommunié.
J'ajoute que les dispositions générales sur les peines canoniques font que celles-ci ne sont encourues que si le délinquant a commis un péché mortel dans son délit ou crime.
Les prêtres (et évêques) matériellement hérétiques ne sont donc pas, en règle générale, excommuniés.

Par contre, ceux qui ont une part de responsabilité dans un avortement, le sont. Avec tous les problèmes théoriques évoqués.

C'est pourquoi je pense que l'idée de certains d'excommunier ceux qui sont mêlés à la Mafia ou à la corruption est une idée généreuse mais peut-être irréaliste (http://www.bfmtv.com/societe/le-vatican-envisage-une-excommunication-des-mafieux-et-corrompus-1188711.html)