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images/icones/neutre.gif  ( 825684 )Ce que la Cène de Léonard de Vinci nous dit de Judas... par Anne Charlotte Lundi (2017-04-12 11:33:05) 




La Cène de Léonard de Vinci, peinte entre 1495 et 1498, capte l’instant où Jésus vient de dire ces paroles, et où les apôtres sont bouleversés. Au centre, le visage du Christ est d’une immense sérénité. Tout le tableau est bâti autour de lui, il est le point de fuite central vers lequel convergent toutes les lignes de force. En ce visage, apparaît, se manifeste, se réalise la convergence de l’humain, proche, terrestre, et du lointain, céleste, divin, suggéré par le paysage sans fond encadré par les trois baies.
La légende dit que Léonard mit trois ans à finir son tableau, parce qu’il n’osait pas s’attaquer au visage du Christ. À sa droite, on reconnaît saint Jean, le disciple préféré, plein de confiance et de douceur. C’est presque un double de Jésus. Pour les autres personnages, on dirait des acteurs véhéments, ils sont figés dans des gestes théâtraux. La tempera résiste mal au passage du temps, les détails s’effacent. Heureusement, le tableau de Léonard a été copié, gravé, imité aussitôt, et même si chaque interprétation nouvelle l’infléchit ou l’appauvrit, il est d’une conception si puissante qu’elle reste toujours visible, incontournable, structurante.

Dans La Cène de Léonard, Judas a bien un costume vert, mais on ne voit guère son visage tourné vers le Christ ; il est impossible de repérer chez lui une expression ou un geste qui le trahirait : Judas est anodin, il est quelconque et il a moins de personnalité que l’apôtre consterné qui se penche, anxieusement, vers saint Jean, juste derrière lui.
La motivation première de la trahison de Judas est l’argent. On le reconnaît parce qu’il tient la bourse à la main ; Judas est ainsi l’emblème de la marchandisation universelle. Mais l’Église insiste sur le fait que Judas n’est pas maudit de naissance. Il était libre de ses actes comme nous tous. Les peintres ont souvent joué sur cette ambivalence, tel Rubens, qui a donné à Judas ses propres traits, et oriente son regard vers nous.

Notre façon d’être des Judas peut se décomposer en trois moments : le premier, quand étourdiment, nous choisissons de faire plaisir à quelque autorité, sans mesurer que notre attitude se transforme déjà en grave trahison. Trente deniers, à l’époque, ce n’est pas grand-chose, c’est la rémunération d’un petit service. Puis vient le moment où il faut passer à l’acte : c’est le moment du baiser de Judas, de l’hypocrisie, de la félonie, du crime par duplicité ; enfin vient la sanction, comme un retour de flamme : nous sommes accablés de remords. Judas s’est suicidé, en prenant conscience, après la mort de Jésus, de la gravité terrible de sa trahison.
Il existe un texte ancien, appelé Évangile de Judas ; c’est un texte apocryphe (c’est-à-dire non reconnu comme authentiquement écrit par Judas) qui tente de répondre à une question très difficile : pourquoi Dieu a-t-il permis qu’un homme comme Judas trahisse Jésus et soit donc responsable de la condamnation de l’Innocent ? L’Église propose une réponse : Judas a été un instrument de Dieu dans le rôle du traître presque malgré lui. Cette solution au mystère de l’iniquité peut être apaisante si on l’applique soi-même à ses propres cas de conscience, donnant lieu à des remords. D’un mal peut venir un bien, et Dieu seul sait où il veut en venir. Mais on ne saurait, une fois la trahison confessée, se contenter d’être un Judas pour le restant de ses jours.
Un saint Pierre ambivalent

Dans le tableau de Léonard de Vinci, à la gauche du Christ, les contemporains ont reconnu saint Pierre ; il a un index levé, comme pour se signaler lui-même. Son visage fermé, son regard en dedans, inexpressif, contrairement à tous les autres, sa barbe hostile, tout semble dire qu’il cherche à cacher un secret, qu’il veut imiter l’indignation des autres, mais sans partager leur émotion à chaud. Comme dans un roman d’Agatha Christie, ou dans les scènes cathartiques de Mentalist, où le détective a rassemblé tous les suspects dans une pièce. Dans La Cène de Léonard, il est celui qui se trahit par une réaction différente des autres, sans s’en apercevoir. Saint Pierre serait-il donc un deuxième Judas, un autre coupable… ?
N’est-il pas celui qui a renié Jésus trois fois, juste après la Cène, et en public ? Il ne l’a pas fait pour de l’argent, certes, mais par lâcheté. Il est le faible par excellence, avant de devenir « la pierre d’angle », celle dont les maçons ne veulent pas pour la façade, mais qui soutiendra l’édifice de l’Église en construction, en devenant le premier pape.
Représentant le repas le plus important de l’histoire de l’humanité, La Cène de Léonard de Vinci multiplie les équivoques, pour nous donner à entendre que la réalité est bien plus compliquée qu’il n’y paraît. L’original se trouve dans le réfectoire d’un monastère, à Milan, le thème du repas étant en quelque sorte, inclus dans le décor et réactivé chaque jour par chaque membre de la communauté, avec des effets de miroir.

Ainsi Léonard de Vinci donne à voir l’ambivalence de notre nature, toujours hésitante entre le rôle de saint Pierre et celui de Judas. Ce que dit l’Église, et ici le peintre le transmet de façon très intime, très personnelle, à chacun, c’est qu’il peut être pardonné, à condition de faire son « examen de conscience » sans complaisance.
Cet index levé de Pierre n’accuse personne, ni lui-même ni un autre, c’est le fléau de la balance, et il pointe vers le ciel (comme il y a un index pointé vers le ciel dans chaque tableau de Léonard). Nous revivons, dans la contemplation de cet épisode de l’Évangile, l’immense libération qu’inaugure le christianisme : cette foi et cette espérance dans le salut personnel, sans en passer par le châtiment collectif. C’est ce qu’on appelle la « rémission des péchés », la rédemption individuelle. Quand Jésus meurt sur la croix, c’est pour faire passer le Judas qui est en chacun de nous au rang de saint Pierre. Le faible peut devenir le soutien de tous les autres.

Pas de leçon plus actuelle, en ces temps d’élections et de choix de civilisation : chrétienne ou antichrétienne.
images/icones/hein.gif  ( 825686 )"pas grand-chose" ? par Lycobates (2017-04-12 11:54:17) 
[en réponse à 825684]


Trente deniers, à l’époque, ce n’est pas grand-chose, c’est la rémunération d’un petit service.



Un petit service ?
Tout dépend.
Trente deniers c'est quand-même le salaire mensuel d'un ouvrier au premier siècle.
Ou bien la rémunération d'un précepteur pour un élève pour deux mois.
Ou l'honoraire pour un acteur pour six spectacles.
images/icones/fleche2.gif  ( 825692 )En effet. par Yves Daoudal (2017-04-12 13:31:42) 
[en réponse à 825686]

Le maître de la vigne donne un denier à ses journaliers, parce que c'est ce qui permet grosso modo à une famille pauvre de manger pendant une journée.

Le denier quotidien est en quelque sorte le SMIC de l'époque, si tant est que le SMIC puisse faire vivre une famille... Mais en en restant au SMIC, cela donne pour le salaire mensuel de 30 deniers un équivalent actuel de 1.480€.

A chacun d'évaluer ce qu'il entend par "petit service"...
images/icones/neutre.gif  ( 825728 )Belle remarque. par Steve (2017-04-16 10:38:18) 
[en réponse à 825692]

Félicitations pour cette actualisation.
images/icones/hein.gif  ( 825688 )Choix de civilisation par Ritter (2017-04-12 12:04:38) 
[en réponse à 825684]


Pas de leçon plus actuelle, en ces temps d’élections et de choix de civilisation : chrétienne ou antichrétienne.



Chrétienne ou Antichrétienne?

Mais qui représente le choix chrétien?
images/icones/neutre.gif  ( 825699 )Le choix chrétien... par Anne Charlotte Lundi (2017-04-12 18:33:06) 
[en réponse à 825688]

Jamais pour une élection les fondamentaux n'ont été évoqués avec tant de pertinence et d'insistance par "le peuple" représenté par tous nos amis qui s'engagent dans le combat politique sans pour autant se présenter, mais qui harcèlent les partis politiques pour que ces idées qui nous sont chères prennent leur place dans le paysage et soient entendues, connues...

Le choix chrétien n'est pas ici celui d'un parti à choisir...
Mais le choix que nous, nous voulons, ... de nous battre ou pas pour la restauration d'une civilisation chrétienne, d'attendre ou de se retrousser les manches ...

Vaste programme, mais qui commence dans nos familles, nos écoles, nos paroisses, nos quartiers, nos villages... comme toujours !

images/icones/hein.gif  ( 825700 )Restauration d'une civilisation chrétienne ... par Exocet (2017-04-12 19:00:43) 
[en réponse à 825699]

Vous voulez suggérer qu'il faut nous battre pour la restauration de la monarchie ?
images/icones/neutre.gif  ( 825705 )Un choix chrétien entre la peste, le choléra ou la lèpre ? par Davidoff2 (2017-04-12 21:22:23) 
[en réponse à 825699]

En ce qui me concerne, et si j'étais français, je voterais blanc.

Enfin... pour dire la vérité, je ne me déplacerais même pas.
images/icones/hein.gif  ( 825689 )de Judas à Saint Pierre ? par jejomau (2017-04-12 12:37:54) 
[en réponse à 825684]

Pas bien d'accord.

Pierre est finalement un beau traître . Le premier même : il trahit Jésus trois fois.

Judas aussi, nous sommes d'accord.

Mais si l'un se repent et pleure trouvant alors le pardon... et la rédemption; l'autre s'entête dans son orgueil et finit par le suicide, refusant de croire

Comment passer de Judas à Saint-Pierre, de l'irréversible à l'humanité ? Impossible, non ?
images/icones/neutre.gif  ( 825743 )St Pierre ? par Steve (2017-04-16 23:25:22) 
[en réponse à 825684]

Considérez que Pierre est un traître (provisoire) et le placer à côté de Judas, cela paraît injuste.

Pierre est peu calculateur, voire téméraire.
Pour connaître le sort réservé à Jésus, il s'est mis dans la gueule du loup. Il est découvert.
Et comme il n'est pas suicidaire, dans l'urgence, il a menti pour en sortir.
C'est là toute sa "trahison".
Et après ?
Sorti d'affaire, il fond en larmes.

Rien à voir avec la trahison de Judas qui est préméditée et réalisée dans le calme.

La lecture classique de ces événements-là n'oublie-t-elle pas de les mettre en relation avec une communauté qui vit les 1ères persécutions ?
Les messages seraient alors :
- il ne faut pas renier le Christ, même devant le danger.
- tout le monde peut craquer (même Pierre).
- le pardon est possible, y compris pour un reniement public.

N'en déplaise, ces messages-là ne sont pas adaptables au comportement de Judas.
images/icones/1w.gif  ( 825765 )Un chrétien seul par PEB (2017-04-17 14:56:11) 
[en réponse à 825743]

est un chrétien en danger.

Pierre s'est retrouvé seul tandis que Jean, qui avait les bons laisser-passer, allait de ça de là entre les divers groupes de disciples. Au milieu des ennemis du Christ, Pierre a craqué.

Cela rappelle comment Eve succomba, seule en premier, car Adam n'en prenait guère soin.
images/icones/1b.gif  ( 825780 )Un chrétien... par Steve (2017-04-17 19:25:08) 
[en réponse à 825765]

D'une part.
St Jean (le frère de St Jacques ?) pouvait entrer semble-t-il. Il aurait introduit Pierre.
Est-il entré pour autant ? S'il est entré, est-il resté ? Personne n'en sait rien.
Pas même vous PEB.

D'autre part.
Un chrétien n'est jamais seul : à tout le moins, il a son ange gardien.
En général, dans la communion des saints, il a une armée d'amis à solliciter, dont la Vierge et le Christ.