Le Forum Catholique
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( 821787 )
l'Eglise de France a-t-elle été lâche ? par jejomau (2017-02-09 15:35:39)
La question est posée sur
KTO...
Question de lâcheté seulement ? Question de générations ?
Tout du moins c'est dit et clairement dit par quelqu'un qui incarne la nouvelle génération contemporaine...

( 821805 )
Quel talent.... par Justin Petipeu (2017-02-09 21:49:30)
[en réponse à 821787]
Entendre des paroles aussi claires, aussi courageuses dans la France de 2017...

( 821857 )
Et méconnu son talent par Ritter (2017-02-11 09:15:50)
[en réponse à 821805]
Elle gagnerait à être connue, qui est-ce?

( 821810 )
Je crois qu'il y a eu dénaturation et minimisation. par Scrutator Sapientiæ (2017-02-10 07:23:49)
[en réponse à 821787]
Bonjour jejomau,
A mon avis, mais je me trompe peut-être, il y a eu, de la part des évêques français, à la fois
- dénaturation, "dé-christianisation" de la mission de l'Eglise catholique, dans le cadre d'une ecclésiologie de communion qui est en fait une ecclésiologie de consensus ad extra, et dans celui d'une "ecclésiologie de Coubertin" pour laquelle "l'important, c'est de participer", d'une manière purement humaine, à la construction puis au déploiement du devenir intramondain,
et
- minimisation, "non dramatisation" de l'ampleur et de la portée de l'agir concret des êtres concrets, ou des courants de pensée et d'action, ou encore des principes et des pratiques, qui ont contribué à éloigner de Jésus-Christ, ou à opposer à Jésus-Christ.
Les catholiques diocésains pratiquants réguliers sont de moins en moins des pratiquants réguliers ? Ce n'est pas grave, dès lors qu'ils sont encore pratiquants irréguliers !
Les catholiques diocésains pratiquants irréguliers sont de moins en moins pratiquants ? Ce n'est pas grave, dès lors qu'ils sont encore chrétiens !
Nos contemporains croient de moins en moins en Dieu, Père, Fils, Esprit ? Ce n'est pas grave, dès lors qu'ils croient encore en "D-i-e-u", même si c'est avec des fondements et un contenu erronés !
Nos contemporains croient de moins en moins en "D-i-e-u" ? Ce n'est pas grave, dès lors qu'ils croient encore en "l'H-o-m-me" !
Il y a de moins en moins de (futurs) prêtres ? Ce n'est pas grave, car nous allons davantage prendre appui sur les fidèles !
Il y a de moins en moins de fidèles ? Ce n'est pas grave, car tous les êtres humains sont plus ou moins implicitement chrétiens !
Dans le cadre de la mise en oeuvre de cette dynamique de dénaturation et de minimisation, "la guerre c'est la paix" ; je le redis à dessein : "la guerre c'est la paix".
Je veux dire par là qu'à partir du moment où l'on priorise en permanence "la paix", "le dialogue", "l'unité" avec les non catholiques, les non chrétiens, les non croyants, l'homme et le monde contemporains (au sens de : porteurs de "valeurs" postmodernes), "la guerre", à tout le moins plus ou moins froide, contre les catholiques dits, aujourd'hui, "identitaires", constitue une conséquence et une contrepartie finalement assez cohérentes de cette priorisation.
Le monde contemporain fonctionne à l'apostasie et à l'idolâtrie, c'est d'ailleurs cela qui a rendu possible le développement des religions séculières telles que le fascisme, le nazisme, le communisme et le socialisme, puis celui de l'hédonisation ou de la mondanisation libérale et/ou libertaire des préoccupations.
La phrase qui précède découle d'un constat, et non d'un jugement, or, ce constat, encore aujourd'hui, bon nombre de clercs catholiques ne veulent pas l'effectuer, "notamment" d'une manière contra-positionnelle.
Je pense donc qu'il y a eu cécité collective, et que cette cécité collective a amplement contribué à ce que certains appellent une certaine forme de lâcheté, à l'égard du présent, et un certain type de trahison, vis-à-vis du passé.
J'ajoute enfin un dernier point : je suis de ceux qui pensent
- que l'on fait un bon usage de la liberté dans la mesure où l'on a en soi le respect et le souci, en pensées et en actions,
a) du bien commun, de la loi naturelle, de la personne humaine et de la vérité objective, y compris en matière religieuse,
b) des vertus de tempérance, de force, de justice et de prudence,
et
- que l'on fait un mauvais usage de la liberté dans la mesure où on ne respecte pas ces notions, ces vertus, ces réalités.
Force est de constater que cette conception, selon laquelle la liberté humaine n'est pas sans conditions, n'est pas explicitement celle de bon nombre de nos contemporains, ni celle de bon nombre de clercs catholiques contemporains...
Bonne journée.
Scrutator.

( 821811 )
Le problème de l'Eglise de France par Jean-Paul PARFU (2017-02-10 07:45:30)
[en réponse à 821787]
C'est la force du laïcisme et de l'impiété dans notre pays. Cette force, elle vient de 1789, de la Révolution.
Pour reprendre l'exemple des Etats-Unis donné par Marion, il faut comprendre qu'ils ont été créés par "les pères pèlerins", tandis que la France moderne, c'est la République et ses valeurs ! Et les valeurs de la République, c'est l'Etatisme, l'universalisme abstrait et le laïcisme.
Dans ce contexte, l'Eglise de France est réduite à rien ! Elle pense que pour exister, elle ne peut être qu'un rouage de l'idéologie d'Etat. La dernière déclaration des évêques au sujet des prochaines élections est un modèle de soumission à l'idéologie d'Etat dont elle reprend même toutes les expressions actuellement à la mode.

( 821849 )
Phénomène européen par Aigle (2017-02-11 06:31:10)
[en réponse à 821811]
89 c était il y a longtemps... Or le phénomène de minimisation dedramatusation fort bien décrit par Scrutator est à l'oeuvre dans toute l Europe du Nord...et particulièrement en Angleterre ou l'Eglise officielle tend à devenir une ONG antiraciste et promouvant l'ouverture à l'autre...
89 en Angleterre ?
Non Plutôt l'esprit des années 60

( 821854 )
" Moins on sera 'catho' et plus on sera 'chrétien'. '' par Scrutator Sapientiæ (2017-02-11 09:01:41)
[en réponse à 821811]
Bonjour Jean-Paul PARFU,
Il me semble vraiment que ma vision des choses, selon laquelle l'année 1945 représente une deuxième fondation ou rupture anthropologique, axiologique, civilisationnelle, comportementale, qui explique davantage ou, en tout cas, au moins autant, ce qui est arrivé par la suite, dans l'Eglise catholique (mais aussi dans l'Education nationale, cf. le plan Langevin-Wallon) que l'année 1789, complète votre propre vision sans la contredire.
Mais la "décivilisation", postérieure à la fin de la seconde guerre mondiale, dont j'ai déjà parlé, concerne l'ensemble du monde occidental, en tout cas l'ensemble de l'Europe occidentale, or le triptyque républicain, même s'il n'est pas "franco-français", n'a pas, ailleurs, l'importance et l'influence qu'il a en France.
Quant à la "colonisation" de l'Eglise catholique par des idées venues d'ailleurs, que certains ont fait passer, à juste titre ou non, pour des idées que l'on trouve chez certains Pères de l'Eglise, elle pointe le bout de son nez dans les années 1930, mais ne commence à poser des problèmes et à ne susciter une reprise en main officielle, sinon vraiment effective, qu'à partir de 1945 (plus précisément, à partir de 1942, en ce qui concerne le Père Chenu).
La question est aussi de savoir qui a mis dans la tête des clercs que "moins on est culturellement et formellement catholique, et plus on est spirituellement et vitalement chrétien", or, dans ce deuxième ordre d'idées, je suis bien obligé de mettre en cause une mystique, plus ou moins inspirée par un ouvrage : la mystique du "levain dans la pâte", qui a fait son apparition d'une manière elle-aussi postérieure à la fin de la seconde guerre mondiale.
Vous allez me trouver provocateur, mais j'affirme que si les clercs étaient, à ce point-là, attachés à la vraie liberté, à la véritable égalité, à la vraie fraternité,
- ils aimeraient et feraient aimer la liberté de l'esprit, au point d'accepter que les catholiques soient libres, à l'égard de ce que certains appellent "l'esprit du Concile", "l'esprit d'Assise", "l'esprit de l'Evangile" ou "l'esprit de Tibhirine", or ils ont bien du mal à l'accepter cette liberté de l'esprit ;
- ils aimeraient et feraient aimer l'égalité dans le discernement, au point d'accepter que les catholiques considèrent non seulement les mérites, mais aussi les limites de la stratégie globale qui est celle du christianisme catholique contemporain, lequel est essentiellement conciliateur ad extra, or ils ont bien du mal à accepter cette égalité dans le discernement ;
- ils aimeraient et feraient aimer la véritable fraternité, et non le consensualisme fraternitaire, croire-ensembliste et vivre-ensembliste, qui fonctionne à l'artificiel et au superficiel, et qui relève de la dictature de l'opinion, pour ne pas dire de l'émotion, or ils ont bien du mal à accepter de distinguer entre la véritable fraternité et la convivialité massifiée postmoderne.
Je suis en train de vous dire, encore une fois, d'une manière provocatrice, que si nous en sommes là où nous en sommes, c'est parce que nous sommes en présence de clercs catholiques qui chérissent bien moins la liberté, l'égalité, la fraternité, notamment dans le sens qui figure ci-dessus, qu'ils ne le disent souvent ou ne semblent souvent le dire.
Depuis 1945, nous sommes en présence de clercs catholiques qui auront été, successivement (pas tous, bien sûr), "communisants", au sens d'anti anti-communistes, puis "socialisants", au sens de "droits-de-l'hommiste de centre-gauche et de centre-ville", puis "sociétalisants", d'une manière qui n'est pas médiatiquement ni mondialistement incorrecte.
Or, il me semble vraiment que les principes généraux de la Révolution de 1789, au sens strict du terme, ne sont ni d'inspiration communiste, ni d'inspiration socialiste, ni d'inspiration sociétaliste, dans l'acception la plus objective de chacun de ces termes.
De quels principes généraux s'agit-il ? Entre autres : de l'anthropocentrisme, de l'individualisme, de l'utilitarisme.
Je suis prêt à reconnaître que ces principes sont tellement généraux qu'ils se sont prêtés à des concrétisations ou, au contraire, à des falsifications, qui ont débouché sur ce que nous connaissons, voire subissons, aujourd'hui, mais si les mots ont un sens, je ne vois pas en quoi les mots utilisés par les révolutionnaires DE 1789, les plus importants et les plus influents, EN 1789, légitiment par avance, d'une manière explicite et spécifique, le communisme, le socialisme, ou le "sociétalisme" qui se sont manifestés par la suite, aux XX° et au XXI° siècles.
Je suis convaincu que nous sommes en présence de clercs essentiellement conciliateurs ad extra, donc plutôt portées sur le suivisme, qui sont prêts à recourir à tous les sophismes imaginables pour justifier ce positionnement "fluvial" ou "liquide", et qui, par ailleurs, ne disposent pas d'une aptitude ou d'une aspiration à la réflexion personnelle susceptible de leur permettre d'entrer davantage en vigilance puis en résistance, face à l'esprit du monde.
Vous parlez du problème de l'Eglise de France comme s'il s'agissait avant tout ou seulement d'un problème d'adhésion idéologique à 1789.
Je ne dis pas que vous avez tort, mais moi je vous parle du problème de l'Eglise de France en ce qu'il s'agit notamment d'un problème de positionnement relationnel, de conformisation axiologique, à l'égard d'un monde contemporain dont l'idéologie effective ou officielle complète, mais aussi contredit, à plusieurs titres, les principes de 1789 au sens strict du terme.
Je vous remercie pour cet échange et vous souhaite une bonne journée.
Scrutator.

( 821874 )
Félicitations par Aigle (2017-02-11 12:02:38)
[en réponse à 821854]
Cher Scrutator Je suis bien d'accord avec vous. De quoi s'agit il ?
Les idées de 1789 ce sont d'abord la liberté de pensée et d'expression, l'égalité des droits et la défense de la propriété privée.
Les idées post 1945 sont plutôt centrées sur la pensée unique, l'égalité réelle et la collectivisation des biens.
Les ennemis les plus déterminés du communisme furent d'ailleurs les libéraux tels Raymond Aron ...

( 821916 )
Liberté de pensée ? par Thomas (2017-02-11 19:23:06)
[en réponse à 821874]
Autant je peux comprendre qu'on ne veuille pas mettre l'intégralité des dérèglements de la modernité sur le dos des idées de 1789, autant il me semble un peu abusif de dire que la liberté de pensée dominait la Révolution Française.
La liberté de pensée, au siècle des Lumières, n'était surtout qu'un prétexte à laisser s'exprimer ceux qui se révoltaient, en particulier contre l'Église et il n'a jamais été question, dans la pratique, de la laisser aux contestataires des idées des Lumières, en particulier de l'Église.
Thomas

( 821932 )
Les idées de 1789 par Peregrinus (2017-02-11 21:49:29)
[en réponse à 821874]
Il n'est pas évident de dire ce que sont les idées de 1789.
Mais il paraît clair qu'elles ne se résument pas au petit exposé que vous en faites.
Il y a, dès 1789, l'idée d'une table rase régénératrice, profondément négatrice de l'ordre naturel comme de l'ordre surnaturel. Il suffit à cet égard de citer même de futurs modérés, comme Boissy d'Anglas, pour s'en rendre compte. Ambition philosophique illimitée de régénération nationale et volontarisme absolu, tels sont les grands traits de la Révolution dès ses premiers jours.
Peregrinus