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images/icones/carnet.gif  ( 821533 )Le pape invite à changer les règles du système économique et social par gégé81 (2017-02-04 19:21:26) 

Le pape invite à changer les règles du système économique et social

Nicolas Senèze, à Rome, le 04/02/2017 à 14h09

Le pape François a appelé les acteurs de l’économie de communion à développer « une économie qui fait vivre »le pape François s’est, une nouvelle fois, livré à une sévère critique du système économique mondial / ALBERTO PIZZOLI/AFP



Recevant samedi midi 4 février en audience 1 100 acteurs de l’économie de communion, rassemblés à Rome par le mouvement des Focolari, le pape François s’est, une nouvelle fois, livré à une sévère critique du système économique mondial, exaltant l’action de ces entrepreneurs qui mettent en avant « la communion des biens, des talents et des profits ».
« En mettant dans l’économie le bon germe de la communion, vous avez lancé un profond changement dans la façon de voir et de vivre l’entreprise, s’est réjoui le pape L’entreprise non seulement, ne peut plus détruire la communion entre les personnes, mais peut l’édifier et la promouvoir. »
Dans son long discours en italien, le pape est revenu sur ses critiques répétées contre l’argent.

« La nouvelle divinité d’une certaine finance »
« L’argent est important, surtout quand on n’en a pas et que, de cela, dépend la nourriture, l’école, le futur des enfants, a reconnu le pape. Mais il devient une idole quand il devient la fin. L’avarice, qui n’est pas par hasard un péché capital, est péché d’idolâtrie car l’accumulation d’argent pour soi devient la fin de son action. »
« Quand le capitalisme fait de la recherche du profit son unique but, il risque de devenir une structure idolâtrique, une forme de culte, a mis en garde François dans ce discours étonnamment non retransmis par la télévision vaticane. La “déesse fortune” est toujours plus la nouvelle divinité d’une certaine finance (…), et que vous contrariez. »

À Lire Le pape dénonce la « dictature mondiale » de l’argent
Le pape a en effet félicité les acteurs de l’économie de communion de leur choix de « mettre les profits en commun » : « la manière la meilleure et la plus concrète de ne pas faire de l’argent une idole est de le partager avec les autres ».
Critiquant à la fois l’évasion fiscale comme les jeux de hasard, le pape s’est alors livré à une violente charge contre le capitalisme qui « continue à produire des déchets qu’il voudrait ensuite guérir (…) pour qu’on ne les voit plus ».
« Les avions polluent l’atmosphère, mais avec une petite partie de l’argent du billet on va planter des arbres pour compenser les dommages créés, a-t-il dénoncé. Les sociétés de jeux de hasard financent des campagnes pour traiter les joueurs pathologiques qu’ils créent. Et le jour où les entreprises d’armement financeront des hôpitaux pour soigner les enfants mutilés par leurs bombes, le système aura atteint son apogée. »
« Il s’agit d’abord de se battre contre les brigands »
Le pape a alors invité les acteurs de communion « à non seulement guérir les victimes, mais à construire un système où les victimes seront toujours moins nombreuses ».
« Il faut donc chercher à changer les règles du système économique et social, a expliqué pour qui Imitez le Bon Samaritain de l’Évangile ne suffit pas. »
Reprenant la célèbre parabole où le Samaritain vient aider l’homme attaqué par les brigands, le pape souligne que, certes l’entrepreneur de communion se doit de « prendre en charge » les victimes du système, « en y associant également le marché, l’aubergiste ».

À Lire Cette économie que promeut le pape François

« Je sais que c’est ce que vous essayez de faire depuis 25 ans », a reconnu le pape pour qui il faut désormais aller plus loin.
« Il s’agit surtout, d’abord de se battre contre les brigands, combattre les structures de péchés qui produisent brigands et victimes », a-t-il assuré, soulignant que « le “non” à une économie qui tue » doit se transformer en « un “oui à une économie qui fait qui fait vivre parce qu’elle partage, inclut les pauvres et utilise les profits pour créer la communion ».


La Croix
images/icones/1n.gif  ( 821539 )La DSE peut-elle s'appliquer dans le cadre de la globalisation ? par jejomau (2017-02-04 20:02:56) 
[en réponse à 821533]

Que l'Eglise prône la Doctrine Sociale de l'Eglise est une bonne chose. Savoir comment l'appliquer dans une économie globalisée c-à-d mondialisée me semble de l'utopie. Il me semble qu'elle ne peut se développer et prendre racine que dans le cadre des nations, lesquelles seront susceptibles de protéger et d'encourager son essor.

Il ne faudrait donc pas avoir deux discours : l'un portant sur la condamnation du système actuel et en même temps réclamer à cor et à cris un système d'échanges fondées sur l'internationalisation de ceux-ci avec en vue le secret espoir d'un gouvernement mondial.

Pourquoi la DSE n'est-elle applicable que dans le cadre des nations ?

Montesquieu montre bien que la Démocratie ne peut éclore et vivre que dans des peuples vertueux. Ce qui est vrai sur le plan politique l'est aussi sur le plan économique. Sinon point de société chrétienne !

A titre d'exemple : de nombreux pays musulmans ont de larges pans de leur économie fondés sur le commerce de la drogue. Ce sont donc des économies fondées sur une immoralité totale.

Par conséquent : comment faire pour échanger avec des systèmes économiques dont la moralité est totalement antinomique avec celle prônée par des chrétiens dans un monde qui conserverait le système de relations actuelles fondées sur la globalisation des échanges ?

Ainsi : d'accord avec le pape François ici dans l'idée.. Mais uniquement dans le cadre de systèmes politiques qui reviendrait instaurer de saines relations dans le cadre national.... Ce qui contredit l'idée souvent mise en avant par le Vatican d'un développement de la globalisation, non ?
images/icones/1y2.gif  ( 821548 )Doctrine sociale, avez-vous dit ! par baudelairec2000 (2017-02-05 00:57:08) 
[en réponse à 821539]

bonsoir jejomau, voici ce que m'inspire une partie de votre post, sur la Doctrine sociale de l'Eglise proprement dite. Post un peu long que le mien, je l'avoue, mais il me faut fournir des arguments pour essayer de convaincre...

Sur la notion de "doctrine sociale de l'Eglise

Vous vous félicitez de l'existence de La Doctrine sociale de l'Eglise. Que savez-vous d'elle, de son contenu? Est-elle seulement au sens strict une doctrine? Il me semble que, pour pratiquer depuis longtemps les textes sur lesquels elle s'appuie, je peux vous dire que ce que vous appelez "doctrine" avec d'autres, pour vous rassurer en fait sur sa pérennité et sa légitimité - car ce qui est doctrinal aurait plus de poids que le pastoral - ne relève en rien d'un enseignement sûr reposant sur des principes certains.

Les papes eux-mêmes, cela fait déjà un certain temps, refusent de donner le nom de doctrine à cette partie de leur "magistère": en effet, cet enseignement ne traite pas de la réalité sociale et économique d'un point de vue théorique, de manière abstraite; non, et je cite le Père Jean-Yves Calvez, l'un des meilleurs connaisseurs de la chose, la première référence à la "question sociale" qui est implicitement ou explicitement contenue dans toute la définition de la "doctrine sociale de l'Eglise", comporte encore l'avantage d'indiquer d'emblée que l'enseignement présenté par l'Eglise sous cette rubrique n'est pas une synthèse théorique, indépendante des conditions de son apparition, mais la réponse historique à un problème historique... Tout l'enseignement "social" de l'Eglise vise cette situation proprement moderne dans laquelle certains rapports entre hommes et entre groupes, issus de la vie économique, font l'objet d'une considération particulière, relativement indépendante de la considération des rapports familiaux et politiques. De plus, dans la société moderne qui nous sert de référence, les rapports économiques et sociaux ont pris en réalité une importance exceptionnelle, en quelque sorte dominante en comparaison des rapports familiaux, politiques et internationaux. L'Eglise tient compte de ces conditions imposées à l'homme d'aujourd'hui quand elle formule une "doctrine sociale" (Pie XII, en 1941, dans son message de la Pentecôte pour célébrer l'anniversaire de Rerum novarum de Léon XIII; notons que Pie XII emploie ici l'article indéfini et non le défini: " una dottrina sociale catttolica") ou une "doctrine en matière économique et sociale"(Pie XI, toujours à propos de Rerum Novarum).
Ainsi, poursuit Calvez, en raison même du terme choisi pour le désigner, nous savons qu'il ne s'agira pas d'un enseignement désincarné, détaché de l'histoire, mais au contraire de principes et de directives visant une situation historique déterminée, formulés à l'occasion de cette situation. La "doctrine sociale" de l'Eglise est une prise de position dans le débat historique qu'ont engendré sur le plan social la civilisation industrielle et le capitalisme moderne (Eglise et société économique, l'enseignement social des papes de Léon XIII à Pie XII, Aubier, 1959).

Quelle autorité, alors, a cette "doctrine" face à de valeurs sûres comme Aristote dans l'Ethique à Nicomaque ou la Politique, ou bien encore comme saint Thomas dans ses commentaires du précédent et dans certaines parties de la Somme. Je me limite volontairement à ces deux grands, autorités incontestables qui vécurent à des époques où il était impossible d'envisager une "doctrine sociale"; car l'adjectif "social" est connoté, renvoyant à une période spécifique, celle du XIXe siècle. Et on ne peut donc faire de "social" un synonyme de politique.


Le contenu, l'objet de la DSE

En voilà assez pour le vocabulaire. Passons rapidement au contenu de cet enseignement des papes dans le domaine social. A l'époque de Calvez, en 1959, la "doctrine sociale" s'intéressait, on s'en doute, aux problèmes économiques, plutôt à " la norme de la société économique économique dans son ensemble, à ses structures et ses institutions". Mais le contenu de cet enseignement "s'est étendu à mesure que l'on apercevait davantage l'ampleur et les dimensions de la question sociale, à laquelle elle s'efforçait de répondre depuis Léon XIII." Depuis l'Eglise s'est intéressé au développement des peuples, à la paix dans le monde, à l'écologie, et a intégré dans ce corpus social tout ce qui relève des problèmes posés par les prétentions de la technique, de son développement prométhéen; c'est ainsi que la bio-éthique est devenu une partie de la fameuse "doctrine sociale".


Un détour par Benoît XVI


Jusqu'où ira-t-on? La globalisation, cela intéresse évidemment les papes. A "interdépendance mondiale", "gouvernance mondiale", deux notions flanquées des inévitables principes de "subsidiarité" et de "solidarité". J'en veux pour preuve l'encyclique de Benoît XVI, Caritas in veritate (& 67):

" Face au développement irrésistible de l’interdépendance mondiale, et alors que nous sommes en présence d’une récession également mondiale, l’urgence de la réforme de l’Organisation des Nations Unies comme celle de l’architecture économique et financière internationale en vue de donner une réalité concrète au concept de famille des Nations, trouve un large écho. On ressent également fortement l’urgence de trouver des formes innovantes pour concrétiser le principe de la responsabilité de protéger [146] et pour accorder aux nations les plus pauvres une voix opérante dans les décisions communes. Cela est d’autant plus nécessaire pour la recherche d’un ordre politique, juridique et économique, susceptible d’accroître et d’orienter la collaboration internationale vers le développement solidaire de tous les peuples. Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII. Une telle Autorité devra être réglée par le droit, se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité,
être ordonnée à la réalisation du bien commun, s’engager pour la promotion d’un authentique développement humain intégral qui s’inspire des valeurs de l’amour et de la vérité. Cette Autorité devra en outre être reconnue par tous, jouir d’un pouvoir effectif pour assurer à chacun la sécurité, le respect de la justice et des droits. Elle devra évidemment posséder la faculté de faire respecter ses décisions par les différentes parties, ainsi que les mesures coordonnées adoptées par les divers forums internationaux. En l’absence de ces conditions, le droit international, malgré les grands progrès accomplis dans divers domaines, risquerait en fait d’être conditionné par les équilibres de pouvoir entre les plus puissants. Le développement intégral des peuples et la collaboration internationale exigent que soit institué un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale de type subsidiaire pour la gouvernance de la mondialisation et que soit finalement mis en place un ordre social conforme à l’ordre moral et au lien entre les sphères morale et
sociale, entre le politique et la sphère économique et civile que prévoyait déjà le Statut des Nations Unies."


Retour à François

Rapidement, et pour ne pas abuser de votre temps, quelques références à François sur cet enseignement social (Evangelii gaudium, & 182-184):

L’enseignement de l’Église sur les questions sociales

182. Les enseignements de l’Église sur les situations contingentes sont sujets à d’importants ou de nouveaux développements et peuvent être l’objet de discussion, mais nous ne pouvons éviter d’être concrets – sans prétendre entrer dans les détails – pour que les grands principes sociaux ne restent pas de simples indications générales qui n’interpellent personne.Il faut en tirer les conséquences pratiques afin qu’« ils puissent aussi avoir une incidence efficace sur les situations contemporaines complexes ». Les pasteurs, en accueillant les apports des différentes sciences, ont le droit d’émettre des opinions sur tout ce qui concerne la vie des personnes, du moment que la tâche de l’évangélisation implique et exige une promotion intégrale de chaque être humain. On ne peut plus affirmer que la religion doit se limiter à la sphère privée et qu’elle existe seulement pour préparer les âmes pour le ciel. Nous savons que Dieu désire le bonheur de ses enfants, sur cette terre aussi, bien que ceux-ci soient appelés à la plénitude éternelle, puisqu’il a créé toutes choses « afin que nous en jouissions » (1 Tm 6, 17), pour que tous puissent en jouir. Il en découle que la conversion chrétienne exige de reconsidérer « spécialement tout ce qui concerne l’ordre social et la réalisation du bien commun »...

& 183 Nous aimons cette magnifique planète où Dieu nous a placés,et nous
aimons l’humanité qui l’habite, avec tous ses drames et ses lassitudes, avec ses aspirations et ses espérances, avec ses valeurs et ses fragilités. La terre est notre maison commune et nous sommes tous frères. Bien que « l’ordre juste de la société et de l’État soit un devoir essentiel du politique », l’Église « ne peut ni ne doit rester à l’écart dans la lutte pour la justice ». Tous les chrétiens, et aussi les pasteurs, sont appelés à se préoccuper de la construction d’un monde meilleur. Il s’agit de cela, parce que la pensée sociale de l’Église est en premier lieu positive et fait des propositions, oriente une action transformatrice, et en ce sens, ne cesse d’être un signe d’espérance qui jaillit du coeur plein d’amour de Jésus Christ. En même temps, elle unit « ses efforts à ceux que réalisent dans le domaine social les autres Églises et Communautés
ecclésiales, tant au niveau de la réflexion doctrinale qu’au niveau pratique ».

& 184. Ce n’est pas le moment ici de développer toutes les graves questions sociales qui marquent le monde actuel, dont j’ai commenté certaines dans le chapitre deux. Ceci n’est pas un document social, et pour réfléchir sur ces thématiques différentes nous disposons d’un instrument très adapté dans le Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, dont je recommande vivement l’utilisation et l’étude. En outre, ni le Pape, ni l’Église ne possèdent le monopole de l’interprétation de la réalité sociale ou de la proposition de solutions aux problèmes contemporains. Je peux répéter ici ce que Paul VI indiquait avec lucidité : « Face à des situations aussi variées, il nous est difficile de prononcer une parole unique, comme de proposer une solution qui ait une valeur universelle. Telle n’est pas notre ambition, ni même notre mission. Il revient aux communautés
chrétiennes d’analyser avec objectivité la situation propre de leur pays ».






images/icones/neutre.gif  ( 821550 )Oui par Meneau (2017-02-05 01:11:44) 
[en réponse à 821548]


nous savons qu'il ne s'agira pas d'un enseignement désincarné, détaché de l'histoire, mais au contraire de principes et de directives visant une situation historique déterminée, formulés à l'occasion de cette situation. La "doctrine sociale" de l'Eglise est une prise de position dans le débat historique qu'ont engendré sur le plan social la civilisation industrielle et le capitalisme moderne



Et c'est bien pour cela que l'accent mis sur le principe de totalité change de perspective, et que vous allez à mon sens un peu vite en écrivant que François suit la voie ouverte par Pie XI en matière de critique de l'Etat. A l'époque, jusqu'à Pie XI l'Eglise s'attachait à lutter contre l'individualisme, mais à partir de Pie XII l'accent a plutôt été mis sur la lutte contre le totalitarisme.

Cordialement
Meneau
images/icones/1i.gif  ( 821544 )quelques remarques rapides par baudelairec2000 (2017-02-04 23:15:21) 
[en réponse à 821533]

Etrange cette dénomination "d'acteurs de l’économie de communion", ces entrepreneurs qui mettent en avant « la communion des biens, des talents et des profits », la "communion entre personnes", précise François.

Le pape semble méconnaître une des caractéristiques de l'activité économique qui est d'individualiser et de diviser plutôt que de réunir. L'économie ne sera jamais autre chose que le domaine qui permet aux hommes de vivre et de survivre - je vous renvoie au premier livre de la Politique d'Aristote. Un monde qui au fil du temps devient celui de la concurrence... Comment des acteurs économiques pourraient-ils "partager l'argent avec les autres"? A moins de cesser d'être des agents économiques. Quant au bien commun, on ne doit pas le chercher dans la sphère de production des biens matériels et de l'accroissement des richesses, mais dans la sphère du politique ou de la cité: c'est au sein de la cité, c'est au plan politique seulement que peut se réaliser le bien commun dont saint Augustin, et bien d'autres après lui, nous dit qu'il consiste dans la paix (tranquillité de l'ordre). Le politique, c'est la sphère du bien commun.

François essaie de réconcilier les inconciliables: bien particulier/ bien commun, économie/politique, "en faisant l'économie" du politique et de l'Etat qu'il a contribué à discréditer dans l'encyclique écologique Laudato si. Il est vrai que la critique de l'Etat est une entreprise ancienne; François se contente de suivre la route ouverte par Pie XI quand celui-ci affirmait que la "société est faite pour l'homme" (Divini Redemptoris), ce qui implique que toute société ou Etat qui voudrait ramener les hommes à elle serait d'office totalitaire. Est totalitaire en effet la proposition suivante: l'homme est fait pour la société comme la partie pour le tout - c'est pourtant saint Thomas qui est l'auteur de cette affirmation. Il faut donc favoriser les personnes au détriment de l'Etat. Laudato si encourage en effet les mouvements citoyens contre l'inaction ou les excès du pouvoir. Ce qui revient à justifier implicitement l'individualisme. Sauf que, pour sauver la société, on fait appel à la charité qui vient se substituer à la justice, permettant ainsi aux "personnes humaines" (sacrée personne humaine et tous ses droits!) de rentrer à nouveau en relation, de communier ou si voulez de communiquer à nouveau. La charité ne peut être efficace que si l'homme se montre juste, rende à chacun ce qui lui est dû.


Etrange également cette récupération de la parabole du Bon Samaritain:
là ou il n'est question que de charité - le Christ étant le prochain par excellence, le voyageur tombé aux mains des brigands représentant l'homme blessé par le péché et l'auberge, la sainte Eglise - François oppose bizarrement, reliquat d'une théologie de la libération qui essaie peut-être de refaire surface, d'une part les victimes du système tombés aux mains des brigands de la finance, et d'autre part le marché, l'aubergiste. Dans la parabole, le Bon Samaritain installe la victime dans une auberge de référence, un endroit dans lequel il sait que le voyageur pourra refaire ses force, car on sait que l'Eglise a reçu sa mission du Sauveur; chez François, au contraire, l'aubergiste est du côté des truands, en ce sens que c'est lui qui produit les victimes.
Une question: si l'Eglise est une auberge - ce que m'inspire la parabole - que peut-on dire du comportement de l'aubergiste dans la lecture de la parabole par François? Que, solidaire du marché et de ses injustices, il a un comportement contraire à celui de l'entrepreneur de communion. Que l'aubergiste n'a plus grand chose en commun avec l'auberge qu'il était, dans la parabole, censé tenir. Allez comprendre...

images/icones/neutre.gif  ( 821547 )Le principe de totalité est totalitaire ? par Meneau (2017-02-05 00:23:27) 
[en réponse à 821544]

A première vue, cela ressemble à une lapalissade.

Heureusement Pie XII a complété l'enseignement de Pie XI. D'une part en expliquant exactement dans quelle mesure le principe de totalité doit être appliqué :

Cependant, afin de pouvoir l'appliquer [le principe de totalité] correctement, il faut toujours expliquer d'abord certains présupposés. Le présupposé fondamental est de mettre au clair la quaestio facti, la question de fait: les objets auxquels le principe est appliqué, sont-ils dans le rapport de tout à partie ?
Un deuxième présupposé: mettre au clair la nature, l'extension et l'étroitesse de ce rapport. Se place-t-il sur le plan de l'essence, ou seulement sur celui de l'action, ou sur les deux ? S'applique-t-il à la partie sous un aspect déterminé ou sous tous ses rapports ? Et dans le champ où il s'applique, absorbe-t-il entièrement la partie ou lui laisse-t-il encore une finalité limitée, une indépendance limitée ? La réponse à ces questions ne peut jamais être inférée du principe de totalité lui-même: cela ressemblerait à un cercle vicieux. Elle doit se tirer d'autres faits et d'autres connaissances. Le principe de totalité lui-même n'affirme rien que ceci: là où se vérifie la relation de tout à partie, dans la mesure exacte où elle se vérifie, la partie est subordonnée au tout, celui-ci peut, dans son intérêt propre, disposer de la partie.



D'autre part en remettant la relation individu / société en perspective :

Il faut remarquer que l’homme dans son être personnel n’est pas ordonné en fin de compte à l’utilité de la société mais, au contraire, la communauté est là pour l’homme. La communauté est le grand moyen voulu par Dieu pour régler les échanges où se complètent les besoins réciproques, pour aider chacun à développer complètement sa personnalité selon ses aptitudes individuelles et sociales. La communauté considérée comme un tout n’est pas une unité physique qui subsiste en soi, et ses membres individuels n’en sont pas des parties intégrantes.
L’organisme physique des êtres vivants, des plantes, des animaux ou de l’homme possède en tant que tout une unité qui subsiste en soi; chacun des membres, par exemple la main, le pied, le cœur, l’œil est une partie intégrante, destinée par tout son être à s’insérer dans l’ensemble de l’organisme: hors de l’organisme, il n’a, par sa nature propre, aucun sens, aucune finalité; il est entièrement absorbé par la totalité de l’organisme auquel il se relie.
Il en va tout autrement dans la communauté morale et dans chaque organisme de caractère purement moral. Le tout n’a pas ici d’unité qui subsiste en soi, mais une simple unité de finalité et d’action.
(...)
Que s'ensuit-il pour l’organisme physique ? Le maître et l’usufruitier de cet organisme, qui possède une unité subsistante, peut disposer directement et immédiatement des parties intégrantes, les membres et les organes, dans le cadre de leur finalité naturelle; il peut intervenir également, aussi souvent et dans la mesure où le bien de l’ensemble le demande, pour en paralyser, détruire, mutiler, séparer les membres. Mais par contre, quand le tout ne possède qu’une unité de finalité et d’action, son chef, c’est-à-dire dans le cas présent l’autorité publique, détient sans doute une autorité directe et le droit de poser des exigences à l’activité des parties, mais en aucun cas il ne peut disposer directement de son être physique. Aussi toute atteinte directe à son essence constitue un abus de compétence de l’autorité



Finalement, pas si totalitaire que ça ?

Quant à la notion de bien commun, Pie XII dit dans le même discours : "Il est hors de doute qu'un tel bien commun existe: on ne peut non plus contester qu'il appelle et justifie des recherches ultérieures."

Pie XII, 1952, Discours aux médecins neurologues.

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 821549 )"Le politique, c'est la sphère du bien commun" par Meneau (2017-02-05 01:02:04) 
[en réponse à 821544]

... dites-vous.

Oui, si l'on parle du bien commun temporel de la société politique.
Mais il y a d'autres biens communs...

Par ailleurs, ce bien commun temporel de la société politique lui-même requiert que "par l’application du gouvernant, il y ait une quantité suffisante de choses nécessaires au bien-vivre" (De Regno). Cela implique forcément une interaction entre la sphère politique et la sphère économique non ?

Cordialement
Meneau