( 819111 )Centenaire de la première ordination au Congo (RDC) par Paterculus (2017-01-06 21:45:03)
Il y avait eu des prêtres dans les territoires sous influence portugaise vers l'embouchure du fleuve Congo au XVIème siècle, mais la présence chrétienne s'était bientôt repliée vers l'Angola et Cabinda.
Les Belges étaient peu préparés à la rencontre avec l'Afrique. Les Français étaient implantés à Saint Louis du Sénégal et Gorée depuis des siècles et c'est au début du XIXème siècle qu'on y a ordonné les premiers prêtres indigènes, de même que c'est vers 1830, je crois, qu'on a eu le premier député noir à Paris.
Rien de tel pour les Belges. Jusqu'à le seconde guerre mondiale, il n'y avait pour ainsi dire pas d'enseignement supérieur au Congo Belge, si ce n'est pour les futurs instituteurs et pour les séminaristes.
Ces rappels permettent de situer dans son contexte l'ordination de Stéfano Kaozé, en 1917, à Kalémié, sur les bords du lac Tanganyka.
Il a raconté ses souvenirs de l'arrivée des premiers missionnaires dans son village. Pour lui, ils étaient entièrement blancs, sauf les pieds qui étaient noirs et n'avaient pas d'orteils !
Il va à l'école, est choisi pour devenir instituteur. Là, il remarque qu'un petit groupe de trois garçons étudient quelque chose que les autres n'étudient pas. C'étaient des cours de latin, et ces garçons étaient pressentis pour devenir prêtres, ce qu'ils ne sont d'ailleurs pas devenus. Mais voulant apprendre le maximum de choses, le jeune Stéfano demande à être agrégé à ce groupe, ce qui lui est accordé.
C'est ainsi qu'il est entré dans la filière qui allait le mener à l'ordination.
Permettez-moi de situer encore un peu mieux le contexte. Ces missionnaires, des Pères Blancs fondés par le Cardinal Lavigerie, partaient à l'aventure en sachant qu'un très grand nombre d'entre eux ne survivraient pas plus de quatre ou cinq ans. Quant aux élèves des séminaires de l'époque, ils étaient pieds nus : on ne voulait pas qu'ils se distinguent trop de leurs concitoyens. Il y eu discussion entre les vieux missionnaires et les jeunes, dans les années 1940, quand beaucoup d'indigènes avaient déjà des chaussures : les jeunes voulaient qu'on autorise les séminaristes, par ailleurs en soutane, à en porter eux aussi. J'ai entendu des prêtres ayant connu cette époque ironiser : "Dans leur humilité, les missionnaires cachaient leurs jolis pieds, tandis que nous, dans notre vanité, nous voulions cacher nos pieds laids."
Arrive le jour de l'ordination. Les fidèles voient tous les prêtres imposer les mains sur la tête de Stéfano. Ils disent : "Ah, il leur sera soumis." Après la cérémonie, ils voient les prêtres faire la queue pour recevoir la bénédiction du nouveau prêtre, les gens disent : "Ah, non, il sera comme eux."
Après quelques années comme vicaire, il est nommé curé, avec d'autres prêtres indigènes comme vicaires. La cure est à elle-même une leçon de catéchisme : construite exprès, elle est exactement comme celles des missionnaires.
Entre-temps l'évêque missionnaire qui avait ordonné l'abbé Stéfano Kaozé l'avait emmené avec lui à diverses réunions d'évêques, pour persuader ses confrères qu'on pouvait très bien faire étudier toute la philosophie et toute la théologie en vue du sacerdoce à un séminariste indigène. Sans doute ces évêques en étaient-ils persuadés, mais certains devaient penser qu'il y faudrait plusieurs générations.
L'Abbé Stéfano Kaozé a laissé une oeuvre écrite originale, sur la psychologie et les traditions des Bantous. On peut s'en faire une idée en introduisant "Stéfano Kaozé" dans un moteur de recherche.
( 819114 )Un peu comme suite à ce message par AVV-VVK (2017-01-06 22:08:45)
[en réponse à 819111]
Avez-vous, cher Paterculus, déjà visité l' exposition "Du Jourdainau Congo" au musée "Quai Branly-Jacques Chirac" à Paris?
( 819146 )Non par Paterculus (2017-01-07 18:19:22)
[en réponse à 819114]
Pouvez-vous nous en dire plus ?
VdP
( 819156 )Voici un lien par AVV-VVK (2017-01-07 19:59:24)
[en réponse à 819146]
J'ai lu que cette influence chrétienne pourrait pas être authentique concernant certaines représentations.
( 819116 )Et il y a 86 ans par Jean-Paul PARFU (2017-01-07 08:50:30)
[en réponse à 819111]
Publication de ... "Tintin au Congo" ....
( 819193 )29/11/55, voici 61 ans, sacre du premier évèque noir du Cameroun par Ewondo (2017-01-08 18:55:10)
[en réponse à 819111]
Mgr Graffin (1943-1961) a été un évêque ardent au travail des conversions et à l'extension de la foi au Cameroun. Il fut également le digne successeur des évêques précédents : Mgr Vieter, l'évêque allemand, et Mgr Vogt, qui peut être considéré comme le véritable fondateur de la chrétienté du Cameroun. La vertu apostolique que montra Mgr Graffin fut la force, qui est un don de lEsprit-Saint, mais aussi un trait caractéristique de son tempérament. D'une nature plutôt autoritaire, il n'aimait pas trop partager ses responsabilités. Il y fut contraint cependant par le Saint-Siège qui lui imposa de désigner un évêque auxiliaire. Ce fut Mgr Paul Etoga qui fut désigné, et qui fut sacré évêque à Yaoundé le 29 novembre 1955 : cérémonie fameuse qui rassembla 100.000 assistants à l'hippodrome de Yaoundé.
J'ai eu la chance d'assister à la cérémonie du sacre de ce premier évêque noir, à l'âge de six ans, mais à cet âge, on a déjà une mémoire qui se forge des évènements marquants.
Monseigneur Etoga était un homme merveilleux et j'ai eu l'honneur (nous étions hélas en plein terrorisme) d'être confirmé par lui en 1959, à la cathédrale de Yaoundé.
L'année suivante, il a prêché notre retraite de préparation au renouvellement des vœux du baptême qui a eu lieu de nouveau à la cathédrale de Yaoundé.