Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 817704 )Prof. de Mattei: Le Pape pourrait abdiquer (ou être corrigé) en 2017 par Chicoutimi (2016-12-18 07:52:14) 

Un texte du Professeur Roberto de Mattei publié dans Il Tempo et par Correspondance européenne :

80 ans du pape François


16/12/2016

"Le pape François passe le cap des 80 ans : Ingravescentem aetatem (âge avancé), comme le définit le motu proprio du 21 novembre 1970 de Paul VI, qui impose à tous les cardinaux qui l’atteignent d’abandonner leur charge. Paul VI établit cette règle pour créer une nouvelle curie “montinienne”, mais introduisit par là-même une profonde contradiction dans la pratique plurimillénaire de l’Eglise. Si en effet l’âge avancé est un obstacle pour diriger un diocèse ou un dicastère, et va même jusqu’à empêcher un cardinal d’élire le pape, comment peut-on imaginer que, passé les quatre-vingt ans, un cardinal devenu pape puisse soutenir le poids de sa charge pour diriger l’Eglise universelle ?


Ce ne sont pourtant pas ces considérations qui ont poussé le pape François à déclarer, le 12 décembre : «J’ai la sensation que mon pontificat sera bref, 4 ou 5 ans». «Peut-être que ce ne sera pas le cas, mais j’ai comme la sensation que le Seigneur m’a placé là pour peu de temps. Mais c’est une sensation. C’est pourquoi je laisse toujours les possibilités ouvertes».

Il semble que le vrai motif d’une éventuelle abdication n’est pas l’affaiblissement de ses forces, mais la prise de conscience du pape Bergoglio qu’il est arrivé, moins de trois ans après son élection, à ce qu’Antonio Socci a appelé dans Libero, l’inéluctable «crépuscule d’un pontificat» (20 novembre 2016). Le projet du pape François de “réformer” l’Eglise, avec l’aide du Synode des évêques et de dociles collaborateurs, est en panne, et le bilan du Jubilé plus que décevant. «Le pape François a fermé la Porte Sainte, mais son message s’accompagne du grondement d’une crise souterraine. Une guerre civile est en cours dans l’Eglise» a écrit Marco Politi sur Il Fatto quotidiano (21 novembre 2016). C’est le pape François lui-même qui a ouvert le conflit, consciemment ou non, surtout après la publication de l’exhortation Amoris laetitia, et aujourd’hui l’Eglise n’avance pas, mais s’enlise dans un terrain labouré par les fissures de nombreuses divisions.

Quelqu’un a rapproché l’échec du pontificat du pape François de celui de Barack Hussein Obama. Il s’est passé à Rome en trois ans ce qui s’est produit à Washington en huit ans : le passage de l’euphorie du premier moment à la dépression finale, du fait d’avoir manqué totalement les objectifs que l’on s’était fixé. Mais il serait erroné de lire le pontificat du pape François en termes purement politiques. Le pape François n’aurait jamais pu prononcer le “Yes, we can” d’Obama. Pour un pape, à la différence d’un homme politique, tout n’est pas possible. Le Souverain Pontife possède un pouvoir suprême, plein et immédiat sur toute l’Eglise, mais ne peut changer la loi divine que Jésus-Christ a donné à son Eglise, ni la loi naturelle que Dieu a imprimé dans le cœur de tout homme. Il est le Vicaire du Christ, non son successeur. Le pape ne peut changer les Saintes Ecritures, ni la Tradition, qui sont la règle de la foi de l’Eglise, mais doit s’y soumettre. C’est là l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le pape Bergoglio.

Les “dubia” présentés par les quatre cardinaux (Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner) à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, l’ont placé dans une voie sans issue. Face à l’exhortation apostolique Amoris laetitia, les cardinaux demandent au pape de répondre clairement, par un oui ou un non, à la question suivante : les divorcés qui se sont remariés civilement et ne veulent pas abandonner la situation objective de péché dans laquelle ils se trouvent, peuvent-ils légitimement recevoir le sacrement de l’Eucharistie? Et, de façon plus générale : la loi divine et naturelle est-elle encore absolue, ou admet-elle en certains cas des exceptions ? La réponse concerne les fondements de la morale et de la foi catholique. Si ce qui était valide hier ne l’est pas aujourd’hui, ce qui est valide aujourd’hui pourrait ne pas l’être demain.

Mais si l’on admet que la morale peut évoluer, selon les époques et les circonstances, l’Eglise est destinée à sombrer dans le relativisme de la société liquide actuelle. S’il n’en est pas ainsi, il faut destituer le cardinal Vallini, qui dans son intervention au congrès pastoral du diocèse de Rome le 19 septembre, a affirmé que les divorcés remariés peuvent être admis à la communion, selon un «discernement qui distingue de façon adaptée, au cas par cas». Sa position a été reprise le 2 décembre par le quotidien Avvenire, organe de la Conférence Episcopale Italienne, selon lequel Amoris laetitia a exprimé des «paroles très claires sur lesquelles le pape a mis son imprimatur». Mais le pape peut-il attribuer au “discernement” des pasteurs la faculté d’enfreindre la loi divine et naturelle dont l’Eglise est la gardienne ?

Si un pape tente de changer la foi de l’Eglise, il renonce de manière explicite ou implicite à son mandat de Vicaire du Christ, et, tôt ou tard, sera obligé de renoncer au pontificat. L’hypothèse d’un coup d’éclat de ce genre au cours de l’année 2017 n’est pas à exclure. L’abdication choisie délibérément permettrait au pape François d’abandonner le terrain comme un réformateur incompris, attribuant à la rigidité de la Curie la responsabilité de son échec. Si cela devait advenir, il est plus probable que ce soit après un prochain Consistoire, qui permette au pape Bergoglio d’introduire dans le Sacré Collège un nouveau groupe de cardinaux qui lui sont proches, pour influencer le choix de son successeur. L’autre hypothèse est celle de la correction fraternelle de la part des cardinaux qui, une fois rendue publique, équivaudrait à une constatation d’erreurs ou d’hérésies.

Rien de plus éloigné, en tous cas, de la phrase du cardinal Hummes: «Ces cardinaux sont quatre. Nous, nous sommes deux cents». Outre le fait que la fidélité à l’Evangile ne se mesure pas selon des critères numériques, les deux cents cardinaux auxquels Hummes fait allusion n’ont jamais pris leur distance de leurs quatre confrères, mais par leur silence, les ont prises plutôt vis à vis du pape François. Le premières déclarations de soutien aux dubia du cardinal Paul Josef Cordes, président émérite du Conseil Pontifical Cor Unum, et du cardinal George Pell, préfet du Secrétariat pour l’économie, sont significatives. Quelques-uns commencent à rompre le silence. Ils ne sont pas deux cents, mais certainement plus de quatre."

(Roberto de Mattei, Il Tempo, 16 décembre 2016)

Source
images/icones/hum2.gif  ( 817705 )Quel optimisme ! par Justin Petipeu (2016-12-18 08:10:19) 
[en réponse à 817704]

Le synode annoncé sur la vocation ne me semble pas être le signe d'un ralentissement de François. Il a sa feuille de route et il coche ses cases.
images/icones/fleche2.gif  ( 817709 )En effet ! par Jean-Paul PARFU (2016-12-18 09:15:05) 
[en réponse à 817705]

Je crois que de Mattei prend ses désirs pour la réalité.

Ce pape, c'est comme de la mauvaise herbe, ça envahit tout et c'est très dur à arracher !
images/icones/fleche2.gif  ( 817714 )François n'est ni le premier, ni le seul Pape responsable de cette situation. par Scrutator Sapientiæ (2016-12-18 09:58:46) 
[en réponse à 817704]

Bonjour et bon dimanche, Chicoutimi.

1. Ne nous en déplaise, le Pape François n'est ni le premier, ni le seul Pape, responsable de la situation actuelle, laquelle n'est jamais que la quatrième composante du christianisme catholique contemporain, lequel est "essentiellement conciliateur" :

première composante : 1945 - 1958 : 14 ans

deuxième composante : 1959 - 1978 : 20 ans

troisième composante : 1978 - 2012 : 34 ans

quatrième composante : 2013 - ...

2. Or, à force de dénoncer ou de déplorer, avant tout, ou seulement, ce que François dit et fait, ou le fait qu'il semble vraiment encourager ceux qui veulent défaire ou faire taire ce qu'il y a, dans le catholicisme, de plus éclairant et exigeant, de plus fortifiant et nourrissant, de plus structurant et tonifiant, donc de moins consensuel ou suiviste, face à l'esprit du moment ou du monde présent, certains intellectuels catholiques vont finir par donner à croire qu'ils pensent que ce qu'ils dénoncent ou déplorent n'a vraiment commencé à prendre l'ampleur et la portée actuelles que depuis mars 2013, ce qui est ou serait à la fois inexact et injuste.

3. Plus je réfléchis sur ces questions, y compris avec le livre de Roberto de Mattei sur le Concile : "Vatican II, une histoire à écrire", et plus j'ai conscience du fait que le fond du problème est avant tout à caractère dogmatique, religieux, théologal, et n'est pas avant tout à caractère liturgique, moral, sacramentel, si je puis m'exprimer ainsi.

4. A mon avis, dans l'ensemble, depuis Pie XII (mais ce "depuis Pie XII" me sert à procéder à un repérage chronologique relatif au pontificat de Pie XII, et non à dénoncer un positionnement programmatique attribuable à Pie XII), les Souverains pontifes successifs ont de plus en plus de mal, de plus en plus de réticence,

- à encourager EXPLICITEMENT à persévérer ceux qui, de par leur confiance en Jésus-Christ et en l'Eglise catholique, leur fidélité à Jésus-Christ et à l'Eglise catholique, ne sont pas trompés, dans le domaine de la religion,

ET

- à exhorter EXPLICITEMENT à la conversion chrétienne ceux qui, de par leur adhésion ou leur soumission à l'athéisme, à l'incroyance, ou à telle religion ou tradition croyante non chrétienne, pensent, prient, ou pas, et vivent, dans l'éloignement à l'égard ou dans l'opposition vis-à-vis de Jésus-Christ, et sont trompés, dans le domaine de la religion.

5. A mes yeux, mais je me trompe peut-être, c'est cela, le fond du problème ; une grande partie du reste ou presque tout le reste découle de cette réticence à expliciter, fermement, fréquemment, d'une manière objective,

- le fait qu'il y a une différence de nature entre la religion chrétienne et les autres positionnements religieux ou croyants,

et

- le fait que l'indifférence matérialiste, l'indifférenciation eudémoniste ou unanimiste, le relativisme et le subjectivisme, le sentimentalisme, etc., sont illégitimes ou infondés,

face à cette différence de nature, dont la signification surnaturelle et théologale, mais aussi anthropologique et eschatologique, engage, en profondeur, chacun, chacune d'entre nous, qu'il soit catholique ou non, qu'il soit chrétien ou non, qu'il soit croyant ou non.

6. Je crois donc vraiment que nous sommes en présence de clercs catholiques qui acceptent de moins en moins de s'exposer au risque "de se fâcher", d'une manière affichée, exprimée, assumée, avec qui que ce soit de non catholique, d'une part dans le domaine de la religion et de la révélation, d'autre part dans le domaine de la morale et des sacrements.

7. En d'autres termes, je ne vois pas très bien comment ni, en un sens, pourquoi, des clercs catholiques qui s'adonnent aux joies du "consensualisme fraternitaire" interconfessionnel et interreligieux depuis, à présent, un peu plus d'un demi-siècle, pourraient résister à la tentation de s'adonner aux mêmes joies, dans le domaine de la morale et des sacrements, a fortiori dans une Eglise catholique dans laquelle on considère en substance que toute personne non catholique, mais sincère, est plus proche de Jésus-Christ que tout catholique orthodoxe, mais pécheur...

8. C'est un peu comme si seuls les catholiques orthodoxes étaient pécheurs, ce qui, du point de vue iréniste, n'est pas incohérent : si l'irénisme systématique est "une grâce", il va de soi que la résistance ou la réticence d'un catholique face à cette "grâce" découle d'un péché, ou débouche sur un péché : le manque d'estime pour la foi des autres, ou le manque de respect total pour les conceptions, convictions, idées, valeurs, des autres...

Bon dimanche.

Scrutator.
images/icones/fleche3.gif  ( 817749 )C'est la pointe de l'iceberg par jejomau (2016-12-18 18:19:25) 
[en réponse à 817714]

qui émerge enfin.

Il est le pur produit du Concile Vatican II . Il appartient à cette génération formée par et pour ce Concile . C'est cela qui transparait si fortement aujourd'hui.

Cela transparait avec d'autant plus de force que, avec Jean-Paul II et Benoit XVI, on a eu deux pontificats qui ont cherché à revenir à une certaine orthodoxie en même temps que le mouvement traditionnel a pris un essor (et donc une influence) de plus en plus important quand s'effondrait parallèlement les structures ecclésiales issues du Concile.

Les prises de position de François apparaissent d'un seul coup anachroniques pour nombre de contemporains nés dans les années 80 .. C'est une époque charnière extrêmement intéressante où des luttes de courants antinomiques s'affrontent de la même manière qu'elles s'affrontent dans le champ sociétal ou politique partout dans le monde aujourd'hui.

Car l'Eglise est composée d'hommes
images/icones/neutre.gif  ( 817717 )Mon cher Chicoutimi... par Jean-François M (2016-12-18 10:47:43) 
[en réponse à 817704]

...Le professeur de Mattei est d'un optimisme béat. François s'accroche au pouvoir comme tout bon péroniste qu'il est.
Son ambition est de révolutionner l'Eglise et tant qu'il n'y est pas parvenu, on aura encore à le supporter.