
( 816982 )
L'Immaculée et la joie de Noël par Abbé Néri (2016-12-08 17:08:31)
Providentiellement placée dans le temps de l'Avent la fête de l'Immaculée Conception nous permet de mieux nous rappeler ce qui doit être pour nous la joie de Noël. S' appuyant sur une des béatitudes un disciple de saint Bernard (1) souligne avec une grande finesse ce que les âmes pieuses attendaient de la venue du Sauveur :
« Bienheureux ce qui pleurent car ils seront consolés »
Bienheureux les cœurs brisés par une salutaire douleur, car une bonne parole viendra les inonder de joie. (2)
Considérez, ici quelle est la condition indispensable à la véritable joie de Noël : la contrition, c'est à dire un cœur brisé par une salutaire douleur.
Ah ! Seigneur ton Verbe tout-puissant est bien cette bonne et réconfortante parole, lui qui, aujourd'hui est descendu des demeures royales pour venir dans le sein de la Vierge, et là s'y bâtir un autre trône.(3)
Prononcé le jour de la fête de l'Annonciation, le moment où le Verbe s'est fait chair dans le sein de la Vierge Immaculée :
Il vient de s'y asseoir, et si, au ciel, il est le Roi autour duquel se presse l'armée des anges, sur terre il se trouve être le consolateur des affligés.(4)
Nous que sommes encore dans cet exile terrestre pour jouir pleinement des consolations du Roi céleste devons nous reconnaître dans le nombre des affligés.
Et, si Dieu a voulu que la Vierge Immaculée soit issue d'une noble lignée c'est pour mieux faire ressortir la noblesse plus grande de la vertu dont il l'a revêtue :
Car si la Vierge a été choisie de souche royale, noble rejeton d'une lignée des rois, et plus noble encore par sa vertu, ce fut pour que le Roi éternel, le Fils du grand Roi, trouvât, pour lui rendre les honneurs royaux, la noblesse de sa mère, pour qu'il trouvât aussi un trône dans le palais virginal de cette reine, sa mère.(5)
Sainte Mère de Dieu Vierge Immaculée priez pour nous qu 'avons recours à vous.
(1) Bienheureux Guerric d'Igny
(2) 1er Sermon pour l'Annonciation
(3) idem
(4) idem
(5) idem

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Trésors enfouis par Montes Gelboe (2016-12-08 18:09:07)
[en réponse à 816982]
Merci de l'extrait de Gueric d'Ingny, bien oublié... Voici quelques strophes de la séquence "Epithalamica dic, Sponsa, cantica..."" œuvre anonyme, antérieure au XIVe s. fréquente dans les bréviaires et missels romano-aquitains pour la fête de la "Conception de la Vierge Marie". La langue latine y apparait prodigieusement vivante et la versification éblouissante de virtuosité, ce que ne rend pas, hélas, la traduction française.
Dis, Epouse, un chant d'épithalame, toi qui as conçu en dedans, dis au-dehors ta joie, et réjouis-nous en nous annonçant l'Epoux dont la présence t'anime toujours.
Jeunes adolescentes, menez vos chœurs, donnez les répons à son cantique: les amis de l'Epoux vous ont conviés à la noce, adaptons les modes de nos chants à la nouvelle Reine.
Le voici qui gravit les montagnes, le voici qui arrive en franchissant les collines. Me regardant à travers la fenêtre, il dit en m'apercevant à travers les barreaux : "Debout, amie, hâte-toi ! colombe brillante, accours, vole" !
Le Roi s'était déjà installé sur le lit de table, il respirait mon parfum embaumé, j'étais venue au jardin où il était descendu, mais Lui, passant, s'était déjà éloigné.
A la nuit je sors donc pour le chercher, pleine d'anxiété, je cours de-ci-de-là à sa recherche. Les vigiles accourent avec un zèle ardent. Lorsque je les eus dépassés, je trouvai l'Epoux.
J'ai pleuré la nuit, j'ai ri le matin, la nuit j'ai pleuré et le matin j'ai ri, la douleur m'avait donné une nuit sans sommeil que mon amour avait rendue passionnée.
L'attente avait accru mon désir, jusqu'à ce que l'Amant visitât l'Amante. Les pleurs la nuit, la joie le jour, la nuit les pleurs, le jour la joie.
.../...Allons, compagnons, et filles de Sion, joignez votre psaume au cantique de l'Epouse.
Car la présence de l'Epoux, rendue aux affligés, convertit notre élégie en cantique.
Voici le Jour qu'a fait le Seigneur, voici le Jour que nous attendions. Voici le Jour où nous avons ri, voici le jour qui nous a ravis, voici le Jour qui anéantit nos ennemis, voici le Jour que le psaume a annoncé.
Voici le Jour qui anime l'Epoux, voici le Jour qui suscite l'Epouse, voici le Jour qui restaure toute chose.
Voici le Jour de toute plaisance, voici le Jour de la joie du monde, et voici le Jour de la nouvelle vie.
Voici le Jour qu'a fait le Seigneur, Amen, Alleluia.
In Henry Spitzmuller "Poésie latine chrétienne du Moyen-Age, IIIe-XVe siècles", Desclé de Brouwer, 1971, p. 1586.