Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=815402
images/icones/neutre.gif  ( 815402 )4 cardinaux publient leurs "doutes" par Abbé Claude Barthe (2016-11-14 07:19:02) 

Ces cardinaux qui questionnent le pape :
« Que votre oui soit oui ; que votre non soit non ».



Evénement considérable : parmi les cardinaux qui ont fait part au Pape François de leur incompréhension d’Amoris lætitia, quatre ont aujourd’hui décidé de rendre publiques les questions qu’ils lui ont posées formellement et auxquelles il leur a fait savoir qu’il ne répondrait pas.
...
Ce 14 novembre, quatre des cardinaux opposés à la remise en question de la morale, le cardinal Walter Brandmüller, ancien président du Comité pontifical des Sciences historiques, le cardinal Raymond L. Burke, patron de l’Ordre de Malte, le cardinal Carlo Caffarra, archevêque émérite de Bologne, et le cardinal Joachim Meisner, archevêque émérite de Cologne, rendent publiques sur le site de Sandro Magister, les questions sans réponse qu’ils ont posées au pape.
...

La forme du recours des cardinaux est celle des interrogations classiques que l’on adresse au Saint-Siège : ce sont des dubia (des doutes), formulés de telle sorte qu’ils demandent une réponse par « oui » ou « non », en référence à la parole évangélique : « Que votre oui soit oui ; que votre non soit non » (Mt 5, 37). Le schéma de chaque question est d’une simplicité qu’on peut justement dire évangélique : le magistère antérieur « fondé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition de l’Église » est-il invalidé sur les points où Amoris lætitia semble en contradiction avec lui ? Il s’agit ici de questions de foi et de morale dans les matières les plus graves. Elles sont posées par des membres du Sacré Collège. Elles sont adressées au Successeur de Pierre.

L'Homme nouveau
et :Sandro Magister
images/icones/fleche3.gif  ( 815408 )Une aide déjà pour s'opposer à la mise en ooeuvre d'AL par Johanis (2016-11-14 11:09:55) 
[en réponse à 815402]

Cette démarche et la non-réponse du pape sont importants au moment où dans les diocèses les évêques se croient obligés de travailler à la mise en application de la "nouvelle pastorale" et veulent y entraîner les prêtres, car ils sont aux avant-postes. C'est un appui solide pour refuser d'entrer dans ce qui contredit les enseignements précédents de l'Eglise, rappelés providentiellement par St Jean Paul II dans "veritatis splendor".
C'est aussi important pour l'avenir, comme étape dans le chemin vers un retour clair et définitif à l'enseignement de l'Eglise.
Merci excellences, en espérant que cela encouragera d'autres cardinaux et évêques à s'exprimer avec respect mais nettement.
images/icones/neutre.gif  ( 815411 )Je ne veux pas jouer... par Jean-François M (2016-11-14 13:12:19) 
[en réponse à 815408]

...Les rabats-joie mais ce ne sont que des cardinaux sans fonction ou émérites. Il en faudrait plus de ceux qui sont électeurs, les seuls à pouvoir déposer le pape, si ce dernier persistait à s'éloigner du magistère de l'Eglise.
images/icones/vatican.gif  ( 815420 )Oui je ne sais pas trop quelles sont les règles par Nemo (2016-11-14 17:39:35) 
[en réponse à 815411]

Mais je crois qu'il est temps de se poser la question : comment dépose-t-on le pape ?

J'imagine qu'il faut réunir un concile.

Et sans doute élire un autre pape.

Ce troisième millénaire ayant commencé avec un pape démissionnaire, je ne vois pas pourquoi nous n'aurions pas un pape déposé.

images/icones/idee.gif  ( 815424 )Renonciation tacite par N.M. (2016-11-14 18:24:41) 
[en réponse à 815420]

Personne n'a autorité pour déposer le pape, parce que "le Siège suprême n'est jugé par personne" (CJC 1917, canon 1556).

La solution est donc à rechercher du côté de la renonciation. La renonciation peut être expresse (le pape résigne expressément ses fonctions) ou tacite. La démence perpétuelle et l'hérésie formelle ont valeur de renonciation tacite. Dans chacun de ces cas, "ni l'acceptation des cardinaux, ni aucune sentence n'est nécessaire à la validité de cette renonciation" (cf. CJC 1917, canon 221).


“Canon 221. S’il arrive que le Pontife romain renonce à sa charge, ni l’acceptation des cardinaux ni aucune autre sentence n’est nécessaire à la validité de cette renonciation.

“Le pape saint Célestin renonça au souverain pontificat, en 1294. Son successeur Boniface VIII déclara à ce sujet : Après avoir délibéré de cette question avec les cardinaux de la sainte Eglise... nous statuons et décrétons, de par notre autorité apostolique, que le Pontife romain peut librement résigner ses fonctions.

“De plus, le pouvoir du pape cesserait par suite de démence perpétuelle ou d’hérésie formelle. Dans le premier cas, le pape, étant incapable de faire un acte humain, serait par conséquent incapable d’exercer sa juridiction. L’aide d’un vicaire ne pourrait y suppléer, puisque l’infaillibilité et la primauté de juridiction ne peuvent pas être déléguées.

“Le second cas, d'après la doctrine la plus commune, est théoriquement possible, en tant que le pape agirait comme docteur privé. Etant donné que le Siège suprême n’est jugé par personne (canon 1556), il faudrait conclure que, par le fait même et sans sentence déclaratoire, le pape serait déchu. Il n’est d’ailleurs pas d’exemple, dans l’histoire ecclésiastique, qu’un vrai pape soit tombé dans l’hérésie formelle, même en tant que docteur privé.”

Chanoine Raoul Naz (sous la direction de), Traité de Droit canonique, éd. Letouzey et Ané, Paris, 1954, tome I, pp. 376-377.



"Il n’est d’ailleurs pas d’exemple, dans l’histoire ecclésiastique, qu’un vrai pape soit tombé dans l’hérésie formelle, même en tant que docteur privé."

Evidemment, Naz écrivait avant Vatican II.





images/icones/1f.gif  ( 815432 )Il n'y a pas de renonciation tacite tant que le Pape veut le rester... par Rodolphe (2016-11-14 20:30:09) 
[en réponse à 815424]

C'est une contradiction dans les termes... Une renonciation peut être tacite, mais elle es toujours volontaire (volonté implicite éventuellement). Impossible de prétendre que le Pape "renonce" implicitement, s'il clame qu'il veut garder la charge pétrinienne !

Naz d'ailleurs ne dit pas que l'hérésie formelle équivaut à une renonciation tacite.

Il affirme qu'un Pape peut être déchu de son pouvoir en cas d'hérésie formelle. Il estime que cette déchéance s'opérerait ipso facto, du fait même de l'hérésie, sans qu'il soit nécessaire de le déposer, ce que conteste d'autres auteurs comme Journet.

Encore faut-il bien s'entendre sur le point de savoir qui peut déterminer l'hérésie du Pape qui n'est jugé par personne. La réponse est l'Eglise universelle uniquement, laquelle pourrait rompre la communion avec le Pape. Cette perte de communion conduirait, si pas automatiquement à une perte d'office -la question est débattue-, du moins à un perte de légitimé pouvant conduire, en théorie, à une déposition.

En effet, le canon 333 précise "Dans l'exercice de sa charge de Pasteur Suprême de l'Église, le Pontife Romain est toujours en lien de communion avec les autres Évêques ainsi qu'avec l'Église tout entière..." Le recours au présent ("est") suivi de "toujours" confère certainement un caractère obligatoire au lien de communion avec l'Eglise.
images/icones/interdit.gif  ( 816305 )Vous confondez renonciation tacite et renonciation expresse par N.M. (2016-11-27 00:19:27) 
[en réponse à 815432]

Et voilà ! comme d'habitude, quand on cite une référence, la "veuve montinienne" rapplique et s'exprime en tout et pour tout de son propre chef.

Ah si, j'oubliais ! On appelle Journet à la rescousse. Sans prendre garde au fait que Naz parle de "doctrine la plus commune" pour qualifier la renonciation tacite ipso facto. Prümmer parle même de "doctrine commune" tout court. C'est également l'enseignement de deux docteurs de l'Eglise (saint Robert Bellarmin et saint Alphonse de Liguori). Mais c'est pas grave. Journet doit sans doute avoir raison contre la "doctrine la plus commune" et contre deux docteurs de l'Eglise...

Oui, par définition, une renonciation tacite est toujours volontaire. De la même façon que l'hérésie est toujours volontaire. En l'espèce, la "doctrine la plus commune" veut que, pour la pape, l'hérésie a valeur de renonciation tacite. Exactement comme pour n'importe quel autre office ecclésiastique. Cf. canon 188, § 4 (CJC 1917).

Dès lors peu importe que l'hérétique veuille continuer à occuper son office. C'est son hérésie et elle seule qui a valeur de renonciation tacite. Par définition, il n'y a pas besoin, en sus, de la renonciation expresse que vous décrétez nécessaire sine qua non du haut de votre absence de références.

Autrement dit : vous y en a confondre "renonciation tacite" et "renonciation expresse".

Comment "déterminer" l'hérésie du pontife en question ? Qui peut "déterminer" la chose ?


"Il ne serait hérétique qu'autant qu'il résisterait [1] aux décisions de l'Eglise qu'il aurait provoquées, ou [2] aux décisions antérieures qu'on lui aurait fait connaître. Quand une question a été décidée, il n'est pas nécessaire que l'Eglise prononce de nouveau."

Cardinal Gousset, Théologie morale, tome I, § 341.



Hé oui, "il n'est pas nécessaire que l'Eglise prononce de nouveau". Il suffit que le pontife professe le contraire de ce que l'Eglise a antérieurement décidé, en matière de foi, et que le même pontife connaisse les décisions antérieures de l'Eglise, ou qu'on les lui fasse connaître.

Ne tournons pas autour du pot. Dans le ou plutôt les cas qui nous occupent, nous avons affaire à des docteurs en théologie, et pas à des enfants du catéchisme. L'ignorance des décisions antérieures de l'Eglise ? Allons donc ! Et surtout, de surcroît, cela fait plus de cinquante ans que les cardinaux, les évêques, les prêtres et les fidèles qui professent encore la foi catholique (autant d'espèces il est vrai en voie de disparition) ont porté la chose à la connaissance des intéressés.


"Par le fait même et sans sentence déclaratoire, le pape serait déchu"

Naz.



images/icones/bible.gif  ( 816310 )Précision et références complémentaires par N.M. (2016-11-27 01:27:49) 
[en réponse à 816305]

Je précise que Gousset parle des hérétiques en général : "Il ne serait hérétique etc.". Gousset ne parle pas ici spécifiquement du pape. Cela va mieux en le disant.

Il est cependant intéressant de noter qu'il précise au paragraphe suivant :


"Les principales peines portées par le droit contre les hérétiques sont l'excommunication, l'irrégularité, la privation des bénéfices, de la juridiction spirituelle et de la sépulture ecclésiastique."

Cardinal Gousset, Théologie morale, tome I, § 342.




"La proposition qui prétend qu'il est nécessaire, selon les lois naturelles et divines, qu'un examen personnel doive précéder l'excommunication ou la suspense ; et que, par conséquent, les sentences dites ipso facto n'ont pas d'autre force qu'une grave menace sans effet actuel : est fausse, téméraire, pernicieuse, injurieuse à l'encontre du pouvoir de l'Eglise, erronée."

Pie VI, Bulle Auctorem fidei, 28 août 1794, condamnation de la 47e proposition du synode de Pistoie.




"Le droit admet certains cas de renonciation tacite qui provient d'un fait du titulaire d'où résulte la cessation de l'office en vertu d'une présomption juridique, et par laquelle l'office devient vacant ipso facto sans aucune déclaration ou acceptation du supérieur compétent ou du titulaire, sous aucune présentation de démission, ou autre formalité spéciale (canon 188)."

Adrien Cance, Le Code de Droit canon, commentaire succinct et pratique, 8e éd., 1950, tome I, p. 186.




"La renonciation tacite, produisant de plein droit et sans aucune déclaration la vacance de l'office résulte de [...] l'apostasie publique de la foi catholique."

Raoul Naz (sous la direction de), Traité de Droit canonique, 2e éd., 1954, tome I, p. 343.




"Le clerc qui a publiquement renié la foi catholique est présumé renoncer à tous ses offices ecclésiastiques : ils vaquent aussitôt, avant toute déclaration (canon 188, § 4)."

Raoul Naz, id., tome IV, p. 706 .



Evidemment chacun sait, ou devrait savoir, que l'hérésie se définit comme l'apostasie de la foi catholique. L'apostasie stricto sensu, c'est l'apostasie de la foi chrétienne.


"L'hérésie est une erreur dans l'intelligence par suite de laquelle un baptisé nie ou met simplement en doute d'une manière opiniâtre une vérité révélée par Dieu et proposée à notre foi par l'Eglise (can. 1325, § 2).

"On nie opiniâtrement une doctrine quand on la nie tout en sachant bien qu'elle est proposée par l'Eglise comme doctrine révélée et vérité à croire."

R.P. Héribert Jone, Précis de Théologie morale catholique, 1941, n°123, p. 70.




"L'apostasie est l'abandon complet de la foi chrétienne de la part d'une personne qui a reçu au Baptême la vraie foi (can. 1325, § 2).

"On devient, par conséquent, apostat, par ex. : en niant un Dieu personnel ou la divinité du Christ. Il n'est pas nécessaire pour cela d'adhérer à une autre communauté religieuse."

Id., n°122, p. 70.



Cela va sans dire. Mais cela va mieux en le disant. Manifestement.

images/icones/fleche2.gif  ( 816343 )Vous semblez ne pas tenir compte ... par Ion (2016-11-27 16:33:51) 
[en réponse à 816305]

... de l'infaillibilité in credendo qui est conférée à l'ensemble des fidèles baptisés.

Pour déposer un Pape, il faudrait que la quasi totalité du peuple de Dieu, de par son sensus fidei, qui revêt cette infaillibilité in credendo, dépose unanimement le Pape ou soutienne les évêques et cardinaux qui le déposeraient.

Or, ici, non seulement il n'y a pas unanimité pour aller à l'encontre de Vatican II, du Magistère post-Vatican II ou encore des enseignements de François (vous-mêmes parlez d'espèce en voie de disparition !), mais il y a quasi unanimité autour de ce Magistère et de cet enseignement.

Bref, cher NM, les principes que vous ou Lycobates ne cessez de rappeler, sans doute avec une justesse toute théorique, est tout sauf applicable, aujourd'hui !

Ion
images/icones/radioactif.gif  ( 816345 )Voyage en Absurdie... par Rodolphe (2016-11-27 16:58:28) 
[en réponse à 816305]

Il est dommage, N.M., que vous n’ayez pas lu plus objectivement le canon 188 du Code de droit canon de 1917 ainsi que vos propres références le concernant.

Le Canon 188 précise :

« En vertu de la renonciation tacite admise ipso jure, sont vacants 'ipso facto' et sans aucune déclaration, quelque office que ce soit si le clerc : (…) Apostasie publiquement la foi catholique ».

Naz que vous citez indique, s’agissant du canon 188, « Le clerc qui a publiquement renié la foi catholique est présumé renoncer à tous ses offices ecclésiastiques ».

De même, le Chanoine Bargilliat, (Droits et Devoirs des curés, p. 30) précise-t-il, « La renonciation tacite (c. 188) est la conséquence d’un fait qui implique la démission ».

Le canon 188 s’appliquait donc au clerc qui publiquement défaillait de la Foi Catholique, c’est-à-dire renonçait à celle-ci.

On peut donc penser qu’un Pape qui, en chaire, aurait annoncé qu’il n’était plus catholique ou qu’il n’était plus croyant, aurait pu éventuellement relever du canon 188 (s’appliquait-il au Pape ?) en ce que sa renonciation à la Foi catholique aurait impliqué nécessairement, par voie de conséquence, la renonciation à son office papale…implicitement. Il s’agit d’une présomption juridique comme le note Cance que vous citez, sans visiblement le comprendre.

Car prétendre, comme vous le faites, que l’hérésie constitue en soi une renonciation tacite, de sorte que même si « une renonciation tacite est toujours volontaire », « peu importe que l'hérétique veuille continuer à occuper son office. C'est son hérésie et elle seule qui a valeur de renonciation tacite » est un grossier contresens.

Comment affirmer en effet qu’un clerc renonce –volontairement- à son office, tout en voulant continuer –volontairement…- à occuper celui-ci ?

Si le canon 188 devait être interprété dans le sens que vous envisagez, à savoir que tout hérétique « public » perd ipso facto son office malgré sa volonté contraire, ce canon aurait institué en droit une sanction, c’est-à-dire une mesure répressive imposée au clerc indépendamment de sa volonté.

Seulement voilà, le canon 188 traite expressément des renonciations (nécessairement volontaires bien qu’éventuellement implicites)… et non des sanctions ou des peines.

La lecture que vous en faites est donc non seulement contraire à sa lettre –l’apostasie publique de la Foi catholique consiste à renoncer à cette foi publiquement et rien d’autre-, mais également à son objet. Au demeurant, aucun des auteurs que vous me citez n’assimile l’hérésie, même formelle, à une renonciation tacite.

Je n’ignore pas que c’est la thèse sédévacantiste, mais franchement cette contradiction est digne d’une mauvaise copie d’étudiants de 1ère en année en droit, même si les partisans de cette lecture tentent de la justifier par moultes élucubrations…

Pour le reste, vous vous focalisez sur la question de savoir si le Pape hérétique perdrait ipso facto son office ou s’il devrait être déposé, alors que je n’ai pas pris formellement position sur ce point…

Ainsi éludez-vous la question essentielle qui est très embarrassante pour vous, je vous le concède, à savoir qui détermine si le Pape est hérétique. Qui détermine/constate de manière à faire autorité si le Pape résiste effectivement aux décisions antérieures de l’Eglise au point qu’on puisse considérer qu’il est hérétique et qu’en conséquence il a perdu son office ou du moins qu’il ne l’occupe plus légitimement ?

Je vous ai dit que « La réponse est l'Eglise universelle uniquement, laquelle pourrait rompre la communion avec le Pape. Cette perte de communion conduirait, si pas automatiquement à une perte d'office -la question est débattue-, du moins à une perte de légitimé pouvant conduire, en théorie, à une déposition ».

Or, là encore, vous ne m’avez cité aucun auteur qui contredit ce point…

Certes, ce n’est évidemment pas la manière de voir des sédévacantistes qui ne peuvent sérieusement prétendre être à eux seuls cette Eglise universelle, dès lors que sociologiquement ils ne pèsent rien dans celle-ci !

Ceux-ci préfèrent donc être «confiant[s] en leurs propres lumières » (attitude que condamnait Paul IV dans la Bulle Cum ex que vous affectionnez tant) ou en celles de quelques chefs de file -mais c’est la même chose-, pour se faire juge de leur Pape, à même d'affirmer que celui-ci a perdu son office, en se fondant sur leur lecture subjective de la Tradition et de quelques passages théologiques.

Cette revendication d’une juridiction individuelle en matière de Foi est du libre examen chimiquement pur, dès lors que le sédévacantiste ne reconnait plus en réalité l'autorité de l'Eglise en matière de foi, puisque c'est lui qui prétend dire quelle est la vraie foi, où est la vraie église et qui en fait partie...

Elle correspond, par ailleurs, au tour d’esprit que dénonçait Pie IX dans son encyclique Etsi multa luctuosa du 21 novembre 1873, portant condamnation des erreurs des Vieux-Catholiques, que vous connaissez certainement :

« "... Puisqu’ils cherchent à prendre au piège le Pontife romain et les évêques, successeurs de Saint Pierre et des Apôtres et à ruiner la réalité du pouvoir de juridiction en le transférant au peuple ou, comme ils disent, à la communauté; puisqu’ils rejettent et attaquent obstinément le magistère infaillible du Pontife romain d’une part, de toute l’Église enseignante d’autre part; et puisqu’ils affirment avec une audace incroyable, et en cela ils pêchent contre l’Esprit-Saint promis par le Christ à son Église pour qu’il demeure toujours en elle, que le Pontife romain ainsi que tous les évêques, les peuples unis à lui dans une même communion, sont tombés dans l’hérésie quand ils ont ratifié et reconnu publiquement les définitions du Concile œcuménique du Vatican : c’est donc l’indéfectibilité même de l’Église qu’ils nient de la sorte et ils blasphèment lorsqu’ils proclament son anéantissement dans le monde entier pour en déduire que sa tête visible et ses évêques lui ont manqué».

Certes, Vatican II n’a certainement pas la même valeur que Vatican I, néanmoins cette encyclique reste d’actualité, mutatis mutandis, en ce qu’elle condamne comme contraire à l’indéfectibilité de l’Eglise la thèse selon laquelle quelques factieux isolés pourraient proclamer l’ « anéantissement dans le monde entier de l’Eglise » pour « en déduire que sa tête visible et ses évêques lui ont manqué »...


images/icones/1b.gif  ( 816322 )Personne n'a autorité pour déposer le Pape par Rémi (2016-11-27 12:04:16) 
[en réponse à 815424]

En revanche:

"2331 p.2 Ceux qui conspirent contre l'autorité du Souverain pontife, de son légat ou de leur propre Ordinaire, ou contre leurs ordres légitimes, et aussi ceux qui provoquent les sujets à la désobéissance envers ces personnes, doivent être châtiés par des censures ou d'autres peines; de plus, s'ils sont clercs, qu'on les prive de leurs dignités, bénéfices et autres charges; s'ils sont religieux, qu'on les prive de voix active et passive et de leur office. "


Code abrogé bien sûr ...
images/icones/livre.gif  ( 815427 )Laurent Fonbaustier, « La déposition du pape hérétique », 2016 par Gaspard (2016-11-14 18:44:08) 
[en réponse à 815420]


Tout paraît commencer avec la fameuse Distinction XL, canon 6, du Décret de Gratien (vers 1140) : « Le pape n’est jugé par personne, sauf s’il dévie de la foi. »



L'ouvrage est une thèse, qui paraît partir de cette exception de la déposition d'un pape pour hérésie, pour une réflexion sur le statut de l'exception. Mais je suppose que vu le titre le sujet de la déposition d'un pape hérétique est traité abondamment.

L'auteur est professeur de droit à Paris-Sud.

Source Université Paris Sud

images/icones/fleche2.gif  ( 815441 )Le problème par Jean-Paul PARFU (2016-11-14 22:08:32) 
[en réponse à 815427]

C'est que ce n'est pas seulement le pape qui est hérétique, mais tout une partie de l'Eglise, je veux dire de ses membres : clercs, fidèles ...
images/icones/fleche2.gif  ( 816317 )Commençons par essayer de définir cette hérésie cliogyre futuriste. par Scrutator Sapientiæ (2016-11-27 09:27:22) 
[en réponse à 815441]

Bonjour et bon dimanche, Jean-Paul PARFU.

Commençons donc par essayer de caractériser cette "hérésie", et nous verrons que, le plus souvent, elle ne constitue pas une hérésie formelle, ou explicitée et formalisée, dans l'acception classique de la notion d'hérésie.

A mon avis, nous sommes en présence d'une hérésie "cliogyre futuriste". Le but de la manoeuvre, et j'emploie volontairement cette expression, compte tenu de l'habileté manoeuvrière de ceux qui oeuvrent dans ce but, est à peu près le suivant :

- faire aller les catholiques en direction d'une conciliation systématique entre le mouvement "christogyre" catholique et un mouvement "cliogyre" futuriste, chronolâtre ou cosmolâtre,

ou, si vous préférez,

- réduire ou soumettre la mobilisation et le positionnement des fidèles, en direction du mouvement "christogyre" catholique, à une mobilisation et à un positionnement en direction d'un mouvement "cliogyre" futuriste, plutôt partenaire qu'adversaire de l'esprit du moment ou du monde présent.

En d'autres termes, je vous parle de clercs qui ont tendance à avoir une vision restrictive et sélective des signes des temps, parce qu'ils adhèrent plus ou moins à la notion de "sens de l'histoire".

C'est je le crois la raison pour laquelle ils s'expriment d'une manière "fataliste", ou d'une manière qui consiste à "minimiser", face aux origines et aux conséquences de l'auto-décatholicisation du catholicisme contemporain.

Il importe peu, dans ces conditions, que tel ou tel dialogue, telle ou telle réforme, soit fécond(e), au sens de : propice à la conversion et à la sainteté : ce qui importe, c'est que ce dialogue, cette réforme, soient plutôt en accord, en ligne, en phase, avec les signes des temps, ou plutôt : avec le sens de l'histoire, avec l'inspiration et l'orientation "divines" attribuées à l'histoire, le suivisme étant accolé, voire préféré, à la sainteté.

Si ma tentative de caractérisation de "l'hérésie" dont il est question ici est appropriée, elle permet de comprendre pourquoi la concrétisation de cette hérésie risque de finir par déboucher sur la formation d'une véritable religion de l'oxymore, dans le cadre de laquelle on considère en substance que MOINS les catholiques connaissent et comprennent, respectent et transmettent, tenez-vous bien, LEUR PROPRE CONFESSION CHRETIENNE, et PLUS ils sont disponibles, "non structurés a priori", pour aller à la fois dans le sens du Christ et dans le sens de l'histoire, ou pour aller dans le sens du Christ, assimilé ou subordonné au sens de l'histoire.

Dans le cadre de cette religion de l'oxymore, LA GUERRE C'EST LA PAIX. Je répète à dessein : LA GUERRE C'EST LA PAIX. La "guerre", le dissensus, contre les catholiques conservateurs ou traditionnels, est la condition sine qua non, ou le prix à payer, pour qu'il y ait la "paix", le consensus, avec les chrétiens non catholiques, avec les croyants non chrétiens, avec les non croyants.

Et l'on voit bien, à partir de là, que cette hérésie est avant tout, mais n'est pas seulement, cliogyre futuriste : elle est aussi "alliancelle" ou "conjuguale", en amont et en vue d'une perspective de "grand mariage", plus christique que chrétien, de l'Eglise catholique avec le monde contemporain.

Il y a quelque chose qui est très révélateur, dans le discours des clercs sur et contre "ce qui ne va pas" dans le monde contemporain : il y est bien plus souvent question de déplorer des problèmes non religieux (des abus, des excès, du désordre, des exclusions, des injustices, des oppressions, de la violence), qu'il n'y est question de dénoncer les mensonges (axiologiques, idéologiques) qui sont à l'origine de ces problèmes, je dirais même LE MENSONGE qui est à l'origine de ces mensonges, et qui a un caractère fondamentalement religieux, explicitement ou implicitement anti-chrétien.

Le monde contemporain, pour des raisons fondamentales, fonctionne à l'apostasie, à l'égolâtrie, à l'idolâtrie, et c'est bien souvent ce que ne veulent pas voir les adeptes et les apôtres de cette hérésie cliogyre futuriste, à tendances ou à tentations "chronolâtres" ou "cosmolâtres", et "alliancielles" ou "conjuguales".

Evidemment, dans cet ordre d'idées, force est de constater que depuis la fin des années 1980 ou le début des années 1990 (je pense ici à l'effondrement du communisme soviétique), et plus encore depuis la fin des années 2000 ou le début des années 2010 (je pense ici à la construction de la désunion européenne), LA OU IL Y A DE LA GENE, IL N'Y A PAS DE PLAISIR...

Bon dimanche.

Scrutator.
images/icones/musique.gif  ( 816321 )Problème: par Rémi (2016-11-27 11:51:27) 
[en réponse à 815441]

Par définition le hérétiques sont hors de la véritable Eglise. Cf. tous les catéchismes.
images/icones/fleche2.gif  ( 816372 )Ce n'est pas une hérésie par contestation, mais par dépassement. par Scrutator Sapientiæ (2016-11-28 07:12:04) 
[en réponse à 816321]

Bonjour Rémi,

Le plus souvent, nous ne sommes pas en présence d'une hérésie formelle par contestation explicite et spécifique de tel ou tel dogme, mais nous sommes en présence d'une hérésie matérielle,

- par contournement ou par dépassement dialectique et pragmatique de ce que décrivent ou prescrivent ces dogmes, ou des catégories et comportements qui découlent en principe de la prise en compte, respectueuse, de ces dogmes,

- et par acceptation bienveillante, quand il ne s'agit pas d'approbation militante, de positions qui sont situées parmi les plus éloignées ou les plus opposées à ces dogmes.

Une Eglise catholique dans laquelle on ne parle presque plus aux fidèles, parmi d'autres choses,

- du Credo et du Décalogue, du péché originel et des fins dernières,

- de la nécessité de la confession de la foi et de celle de la confession des péchés, en vue du salut des âmes,

- de la nécessité de la conversion vers Jésus-Christ et de celle de l'exhortation des non chrétiens, en vue de leur conversion vers Jésus-Christ,

- de la différence de nature entre la confession catholique et les autres confessions chrétiennes,

- de la différence de nature entre la religion chrétienne et les autres religions ou traditions croyantes,

- de la différence de nature entre les vertus chrétiennes : la Foi, l'Espérance, la Charité, et les valeurs humaines telles que la dignité, la liberté, la solidarité,

pense-t-elle, à votre avis, plutôt dans l'orthodoxie, ou plutôt dans une ambiance, une culture, propices à de l'hétérodoxie ?

Je me trompe peut-être, mais je crois que c'est ce que je viens d'essayer de décrire, de formuler, qui est en cause ici.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 815412 )[réponse] par Miserere (2016-11-14 13:32:02) 
[en réponse à 815402]

images/icones/neutre.gif  ( 815426 )Qui n'a pas de doutes par Scribe (2016-11-14 18:41:49) 
[en réponse à 815402]

aujourd'hui avec les déclarations du Pape ? Je dois avouer que je suis, jour après jour, déconcerté par ses propos qui sont contraires à la doctrine catholique. Je vais finir par penser qu'il n'y a plus de.....

Scribe
images/icones/iphone.jpg  ( 815438 )Plus de magistère ? par Adso (2016-11-14 21:55:51) 
[en réponse à 815426]

Oui, avec Francois et son cirque, le magistère est mort !
images/icones/bible.gif  ( 815440 )L'Eglise est éclipsée par Jean-Paul PARFU (2016-11-14 22:01:03) 
[en réponse à 815438]

La liturgie de la Passion, jusqu'au Samedi-Saint, nous montre les églises vides, les tabernacles vides et les statues voilées. Nous le vivons réellement et non plus seulement liturgiquement.
images/icones/colombe2.png  ( 815442 )Oui, cela fait penser à ce que dit le CEC... par Sacerdos simplex (2016-11-14 22:09:12) 
[en réponse à 815440]

...Catéchisme de l'Eglise catholique, ça doit être vers les n° 675 et suivants (et un peu avant aussi ?), l'Eglise, Corps mystique du Christ, va aussi passer par sa passion et sa mort apparente.
On n'y est pas encore, mais on n'en est plus loin...


Mais à la fin, Mon Coeur Immaculé triomphera. Un temps de paix sera donné au monde.


Quand il reviendra, le Fils de l'homme trouvera-t-il encore la Foi sur terre ?...




images/icones/1e.gif  ( 816381 )Votre Coeur immaculé triomphera ? par Regnum Galliae (2016-11-28 12:35:02) 
[en réponse à 815442]

quand donc ?
images/icones/fleche2.gif  ( 816374 )Qu'est-ce qui fait autorité, en principe, dans l'Eglise catholique ? par Scrutator Sapientiæ (2016-11-28 08:24:41) 
[en réponse à 815402]

Bonjour Monsieur l'Abbé.

Qu'est-ce qui fait autorité, en principe, dans l'Eglise catholique ?

N'est-ce pas la Parole de Dieu, à savoir l'Ecriture et la Tradition, interprétés par le Magistère ?

Qu'est-ce qui fait fréquemment autorité, aujourd'hui, en pratique, dans l'Eglise catholique ?

N'est-ce pas souvent la conscience de l'homme, le devenir du monde, ou "le visage de l'autre", l'autre étant le non pratiquant, ou le non catholique, ou le non chrétien, ou encore le non croyant ?

Voici une autre manière de poser la même question : combien de cardinaux ont-ils ne serait-ce qu'adressé leurs doutes, à Jean-Paul II, par exemple juste après son discours prononcé à Casablanca, en août 1985 ?

Je sais bien que je suis en train de parler de quelque chose qui n'est pas situé dans le même domaine, qui ne relève pas du même ordre, que ce dont il est question dans Amoris laetitia, mais je veux signaler ou souligner ici que le plus symptomatique est que beaucoup semblent vraiment avoir perdu conscience de la nécessité de s'en remettre à une instance régulatrice, la Parole de Dieu, afin et avant de s'exprimer dans quelque domaine que ce soit, que ce soit dans l'ordre du croire ou dans celui de l'agir, que ce soit en ce qui concerne les religions non chrétiennes ou pour ce qui a trait aux sacrements de l'Eglise.

On se demande vraiment parfois si, pour certains clercs, le contexte philosophique non chrétien ou théologique non catholique, ou le contexte culturel, historique, sociétal, présent autour de l'Eglise catholique, n'a pas ou ne fait pas, à leurs yeux, plus autorité que la Parole de Dieu...

Bonne journée.

Scrutator.