Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 810848 )Dilemme d'un Pape ? par Aigle (2016-08-19 23:33:22) 

Pardonnez moi l'apparente témérité de mon propos.

Ma conviction est que le saint Père , pour donner de l'Eglise une image attirante, ou pour d'autres raisons, n'a certainement pas l'intention de tenir un discours polémique, apologétique, évangélisateur...et qu'il préfère tenir un langage prudent, irénique, miséricordieux, en particulier à l'égard de tous ceux qui sont aux marges, aux périphéries du monde catholique : les protestants, les athées, les homosexuels, les juifs, les musulmans, etc ..."qui suis je pour le juger?" Etc ...

Ce discours peut à peu près tenir tant que ses destinataires se tiennent bien. Mais que faire quant aux périphéries , on devient agressif?

On l'a vu récemment : le saint Père éprouve la plus grande difficulté à condamner les crimes des islamistes, autrement que par des expressions vagues...

Mon intuition est qu'il va bientôt faire face à un dilemme. En effet, les périphéries sont loin de former un bloc sympathique dont la joie de vivre ensemble formerait un terrible contraste avec le visage coincé des pélagiens ... Bien au contraire les périphéries sont divisées. Les juifs ou les homosexuels par exemple sont de plus en plus souvent animés de sentiments de rejet profond contre les musulmans et les migrants ...il est de plus en plus notoire qu''en France ou ailleurs, l'extremisme de droite est le choix politique premier des homosexuels, par exemple.et que l'homophobie est une valeur dominante parmi les musulmans même modérés ...

Dès lors que fera le pape ? Ne sera t il pas conduit à faire un choix ? Question stupide ?
images/icones/fleche3.gif  ( 810855 )le Saint-Père est prisonnier par jejomau (2016-08-20 08:18:45) 
[en réponse à 810848]

de l'idéologie moderniste d'une part et du rejet du dogme du péché originel d'autre part auquel la plupart du clergé catholique ne croit plus, consciemment ou inconsciemment.

Prégnance du marxisme en Occident

Dire que le pape adhère à l'hérésie moderniste en tant que telle ne serait pas juste. Mais ce qui est vrai certainement, c'est qu'il adhère profondément au monde moderne dont la caractéristique majeure réside dans son adhésion au marxisme historique pour lequel l'homme est d'abord un homo-economicus. C'est ce que relève de manière significative Daech qui répond aux propos du Saint-Père s'exprimant sur l'islam dans l'avion qui le ramène des JMJ:

(Le) pape François ... se cramponne à la conviction que les musulmans veulent la paix et la coexistence pacifique et que les actes de terreur islamique sont motivés par des raisons économiques


C'est bien l'adversaire qui, dans un grand éclat de rire propre au Malin, indique à l'Occident aux racines chrétiennes.... que nous sommes complètement à côté de la plaque avec nos analyses politiques et religieuses fondées sur des raisonnements issus de l'idéologie marxiste !

refus d'accepter le dogme du péché originel

Par ailleurs, j'en reviens à ma mmarotte. Et j'en demande pardon à l'avance pour ceux que ça lasse ... Mais je suis convaincu que tant que le clergé n'aura pas abandonné l'idée Rousseauiste issue de la Révolution Française d'un homme bon par principe vers lequel il suffit d'aller pour évangéliser toutes les nations ... Et tant que les séminaires ne persuaderont pas leurs futurs prêtres que le monde n'est pas bon depuis le péché originel, que nous sommes environnés d'ennemis, que le diable maneuvre... et que le peuple des fidèles catholiques est réellement un petit troupeau d'agneaux à protéger des loups qui rôdent pour les déchirer... Alors c'est peine perdue !

images/icones/hein.gif  ( 810857 )Un autre élément qui me touche par Diafoirus (2016-08-20 09:15:51) 
[en réponse à 810855]

c'est que la pape François refuse obstinément de s'agenouiller devant le saint sacrement comme le relève Antonio Socci :

"Antonio Socci a relevé cette anomalie, flagrante cette année encore durant la célébration de la Fête-Dieu, et la traditionnelle procession entre Sainte-Marie-Majeure et Saint-Jean-de-Latran (28/5/2016)

"Depuis son élection en 2013, le Pape refuse obstinément de s'agenouiller devant le Saint-Sacrement.
On a invoqué à titre d'excuse des problèmes de hanches ou de genoux, mais ils ne tiennent plus devant certaines évidences, apparues notamment lors du rite du lavement des pieds du jeudi saint..."

Lire à ce sujet Benoit et moi :
http://benoit-et-moi.fr/2016/actualite/le-pape-qui-ne-sagenouille-pas.html
ICI
images/icones/fleche3.gif  ( 810863 )symptomatique de la forme ordinaire du rit latin par jejomau (2016-08-20 10:21:04) 
[en réponse à 810857]

de toute façon. Sans y voir malice, c'est un fait que les prêtres dits "modernos" ne font aucune génuflexion déjà pendant l'élévation de l'Eucharistie lors de la Sainte Messe.

Ce n'est pas le cas des prêtres influencés par le renouvellement initié par Saint Jean-Paul II et qui semblent beaucoup plus respectueux de l'Eucharistie en même temps que beaucoup plus conscient de la Présence du Seigneur lors de la Transsubstantiation puisqu'ils font alors une génuflexion après avoir élevé l'eucharistie aux yeux des fidèles.

C'est une simple constatation faite de visu que n'importe quel fidéle peut remarquer lorsqu'il participe à ce type de messe....

Il semblerait donc qu'il y a toute une première génération issue de Vatican II qui prend Jésus pour son pote (au point d'ailleurs souvent de perdre la Foi au fil du temps et des années) quand une autre génération plus jeune semble avoir pris conscience de la REALITE de la Transsubstantiation et voit dans l'Eucharistie un Roi devant lequel on s'agenouille..
images/icones/neutre.gif  ( 810876 )Le pape est relativiste.... par le torrentiel (2016-08-21 09:04:32) 
[en réponse à 810855]

Cher Jejomau,

1. Tout d'abord, pourquoi ne pas admettre que le pape est moderniste? Il se revendique de Michel de certeau, cela devrait suffire en ce qui concerne sa personne.

Je crois qu'il faut être ferme sur le constat de la victoire du modernisme. Je le crois d'autant plus sereinement que, pour moi, ceci relève davantage du descriptif que d'un fait de lutte.

Saint Pie X a voulu empêcher l'Eglise de sombrer dans le modernisme. Pour l'éviter, il l'a décrit. Mais "le modernisme" était impossible à éviter, même bien décrit. Il ne pouvait être évité parce que, pour une part, il correspondait à un besoin de la nature humaine dans son aspect religieux, qui commande une partie de la foi:l'homme avait besoin d'intégrer l'immanence dans la Transcendance, "le tout Proche" dans le "tout Autre", et de prolonger spirituellement l'Incarnation charnelle du Verbe de dieu.

Mais le modernisme, même bien décrit, était aussi dificile à éviter pour de mauvaises raisons, qui tenaient à l a nature de l'esprit scientifique, dès lors que celui-ci était (et est encore) dominé par l'évolutionnisme. Or l'évolutionnisme est l'hypothèse religieuse qu'ont embrassée les maîtres du soupçon et qui n'a guère été remise en cause, ni come croyance, ni comme illusion religieuse, depuis ces dénonciateurs de "l'illusion du christianisme", qui sont allés jusqu'à proclamer "la mort de dieu", en prétendant crucifier intellectuellement le Père comme s'il n'avait pas suffi de crucifier physiquement le fils.


2. Plus encore que moderniste, le pape est relativiste, dans l'expression de son magistère moral qui prétend répondre à la radicalisation par l'irénisme. Ceci le met directement en porte-à-faux avec son prédécesseur qui dénonçait "la dictature du relativisme". Mais autant Benoît XVI a eu beaucoup de mal à se démarquer de Jean-Paul II dont il fut le collaborateur, autant François a bien su se démarquer de ses deux prédécesseurs, pour faire revivre les figures de Paul VI et du "bon pape Jean", ce qui jure autant parce que François n'a pas la même personnalité que l'un ni que l'autre, que parce que l'accommodement consensuel des années 1970 ne correspond pas au retour identitaire des années 2000.


3. Come vous nous présentez un catalogue assez vaste des erreurs modernes (en quoi vous êtes tributaire de l'imprécision du parti pris de saint Pie X de toutes les réunir sous le vocable imprécis de "modernisme", auquel ont répondu successivement la bien-pensance de Bernanos et "le politiquement correct" d'aujourd'hui), on ne saurait être d'accord avec toute le tableau que vous dressez de comment les erreurs modernes continuent de se répandre aujourd'hui.

C'est ainsi que le pape me semble moins marxiste que matérialiste. IL ne survit du marxisme dans sa critique du monde moderne que la critique du consumérisme. Ce sont les biens de consommation qui satureraient la planète ou qui endormiraient l'homme moderne, étendu sur un canapé partout dans le monde et en train de regarder la télévision, à en croire François aux JMJ, comme partout il divorcerait et se remarierait, ou son modèle familial se fissurerait come en europe occidentale, selon la méthodologie du synode sur la famille. Curieux retour de l'Européo-centrisme éclésiastique chez ce pape qui semblait s'en écarter.


4. Le rousseauisme fait-il tout le mal que vous dites? IL me semble que vous incarnez à l'excès le diable dans les ennemis du christianisme, et que cette diabolisation toute personnelle est à juste titre très mal supportée par eux.

Je vous donne l'exemple du loup et de l'agneau. L'Evangile a fait de nous des agneaux et de nos ennemis des loups. Ici, l'incarnation diabolique est directement d'origine christique. Ce monde divisé entre agneaux et loups est très mal perçue par les "loups solitaires" islamistes, qui disent s'organiser en meute en partie parce que le christianisme, qui prend bien soin de distinguer la paille dans l'autre et la poutre en nous-mêmes, ou qui ne veut pas séparer l'ivraie du bon grain, sépare les hommes en deux catégories animales, quand il quitte ses métaphores végétales ou charpentières.

L'homme est-il naturellement mauvais parce qu'il n'est pas naturellement bon? Antirousseauisme excessif. L'homme ne naît pas coupable, il naît blessé devant dieu.

Faut-il cesser d'évangéliser les nations et "l'Eglise" ne doit-elle être "en sortie missionnaire" qu'à condition de ne plus vouloir être explicitement prosélite? Evidemment non. Est-ce que cet antiprosélitisme éclésiastique est une conséquence d'"idées rousseauistes devenues folles"? Si vous les faites découler de "la religion civile" et de la civilité qu'elle implique, pourquoi pas!


5. Par contre, la pointe de votre analyse me paraît résider dans ce regret, que la plupart des clercs ne croient plus dans le péché originel. Dans quelle mesure le pape a-t-il sur ce point épousé la mentalité de son clergé? Je ne saurais le dire.

Ils n'y croient plus en espérant mieux inféoder les maîtres du soupçon au catholicisme et en commettant l'anachronisme de penser que leurs critiques ne sont pas dépassées. Si "Dieu est mort" parce que l'homme l'a décrété, IL est encore plus certainement ressuscité par le retour du religieux sous sa forme la plus primitive et guerrière.
Mais les maîtres du soupçon avaient en outre leur manière de croire au péché originel qu'ils transféraient, au moins pour Darwin et pour Freud, au meurtre de la horde primitive. D'une certaine manière, si, pour Marx, la bourgeoisie est matériellement coupable envers la masse travailleuse, c'est encore en raison de ce qui s'apparente à un péché originel.

Donc les clercs, renonçant au péché originel pour complaire aux maîtres du soupçon, ne sont pas en phase avec les morts qu'ils veulent amadouer. C'est tout le drame d'une apologétique en retard d'une critique philosophique et d'une guerre de l'histoire des mentalités.
images/icones/neutre.gif  ( 810872 )"L'inclusivisme périphériste" par le torrentiel (2016-08-21 07:25:54) 
[en réponse à 810848]

Cher Aigle,

Il me semble que scrutator Sapientiae vous a répondu en trouvant ce concept synthétique et un peu génial, qui dit que "les périphéries" sont sauvées toutes ensemble et malgré elles, mais qui ne répondait pas à ce constat précis que vous dressez: les périphéries sont opposées entre elles, et supportent difficilement d'être "amalgamées".


Par aiilleurs et pour répondre de manière anticipée à Jejomau, le "relativisme théologique" dont fait preuve ce pape "vague" pourrait être apaisant si ces "périphéries" n'étaient pas radicalisées et s'il ne fallait pas leur opposer, seulement dans la mesure où elles sont hostiles à l'Evangile, la radicalité évangélique.
images/icones/1d.gif  ( 810879 )Très bien vu. par Steve (2016-08-21 10:08:29) 
[en réponse à 810848]

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

Sauf certains se massacrent allègrement entre eux, et sont disposés à faire la même chose contre le reste du monde.

La proposition initiale est donc un postulat, sinon idiot au moins irréaliste.