Le Forum Catholique
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( 810592 )
Réflexions sur le nationalisme par le torrentiel (2016-08-13 08:58:30)
Le nationalisme a mauvaise presse. On lui oppose le patriotisme qu’on lui préfère. On lui préfère le patriotisme, ce nationalisme de « la terre et les morts » et de la marseillaise où notre « sang » non « impur » viendrait abreuver les sillons de notre identité. Je n’aime pas la marseillaise.
Le patriotisme est un nationalisme identitaire et de civilisation. Je n’ai jamais été patriote.
Ma boussole pour juger de mon nationalisme est cette citation attribuée à Maurras :
« Un peu de nationalisme éloigne de l’universel, beaucoup de nationalisme en rapproche.
Catholique, je suis nécessairement un nationaliste universaliste.
Ma matrice nationale est adoptive, sans être naturalisatrice à tour de bras. Même si la naturalisation imite ce que fait la grâce et bien qu’un enfant ne choisisse pas les parents qui l’adoptent, l’adoption nationale, parce qu’elle est mature et devrait concerner des adultes ou des pupilles, devrait supposer l’accord de l’adoptant et de l’adopté.
Mon nationalisme n’est pas civilisationnel comme l’est le patriotisme identitaire, mais il est culturel. Sa matrice adoptive suppose le choix, ou au minimum l’adhésion à un modèle historique et culturel. La nation dont je suis le natif et, en tant que tel, un adoptant de droit, est historiquement chrétienne et a tout un patrimoine culturel qu’on ne doit pas assumer en bloc, mais dont on doit accepter l’essentiel.
Je suis contre la double nationalité, non seulement à cause du dilemme et du risque de trahison qu’elle fait courir en cas de guerre entre les deux nations qui se disputeraient l’allégeance du soldat, mais parce que le choix de la nationalité doit exprimer une préférence. Une origine étrangère n’exclut pas le choix préférentiel de la culture et de la matrice nationale, tout en n’impliquant pas le reniement de la culture du pays d’origine, pourvu que préférence il y ait.
La double nationalité pose en outre un problème démocratique dont on parle peu : un citoyen binational a deux voix dans le monde.
Je suis contre « le droit du sol » dans les sociétés multiculturelles, précisément parce que la greffe nationale n’a pas eu le temps de prendre, ni le pacte d’adoption celui d’être signé. Je ne crois pas au contrat social que l’on ne signe pas. J’estime qu’on ment à un musulman de France d’origine maghrébine en lui racontant qu’il est Français.
Suis-je national socialiste ? Je lève tout de suite une équivoque que pourrait faire planer cette question provocatrice : le nazisme, qui a brandi cet étendard, était condamnable, non en tant que socialiste, mais en tant queraciste. Du reste, sa politique sociale se limitait à tarir la reproduction de la misère en éliminant les « dégénérés », et à investir l’énergie du prolétariat dans une politique de grands travaux qui réduisit beaucoup le chômage, seul point positif à porter au crédit de ce régime bestial.
Je serais plutôt national socialiste en ce que, considérée extérieurement à la nation, la société est une abstraction. Le nationalisme peut incarner l’abstraction sociale, même si le danger du nationalisme culturel dont je me réclame, est de ne pas échapper à l’abstraction, à trop ignorer la terre pour éviter l’appel du sang.
Alain soral se dit un national socialiste qui ne serait pas impérialiste et n’aurait pas besoin d’espace vital. Mais Alain Soral étant antisémite est raciste, et partage le fond du national socialisme allemand, même s’il ne prétend pas faire de nouvelles guerres de conquête – parfois, l’appétit vient en mangeant, mais je charge inutilement la barque -.
Je remarque que le racisme sanguinaire est un avatar du patriotisme de terroir et non du nationalisme culturel, même si le nationalisme culturel n’est pas indépendant des ethnies majoritaires et autochtones.
La décolonisation a purifié le nationalisme français de la tentation impérialiste. Mais la décolonisation n’est pas terminée. Je crois à l’autodétermination et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Je suis heureux que les Dom-Tom soient français. Mais si j’étais né sur ces territoires, je serais séparatiste. Et je suis partisan qu’on leur demande s’ils veulent rester Français et pourquoi.
La tentation impérialiste n’est pas jugulée dans nos gouvernements extérieurs au nationalisme. Les guerres néo-coloniales de la France-Afrique ne sont pas faites conformément au génie français, mais au néo-conservatisme américain qu’on voudrait incorporer à la France. À l’origine, les guerres d’ingérance modernes ont été d’inspiration américaine, même si la tendance française à la théorisation a porté le français juif Bernard Kouchner à les présenter au nom de la France et à les imposer à l’ONU. L’imposition mondiale d’une norme nationale n’appartient pas à l’universalismefrançais.
La décolonisation n’est pas terminée. Le constat est valable dans les deux sens. Les ressortissants des pays ayant accédé à l’indépendance devaient ne pas émigrer massivement, et nous devions ne pas les accueillir en masse, comme si nous avions à réparer d’avoir envahi leur pays. L’invasion est un mal, mais la réparation n’est pas un acte politique, et la tendance à l’émigration de masse des pays ayant accédé à l’indépendance, comme notre tendance à l’accueil de masse, a pillé les forces vives de ces pays et formé des génératiions d’apatrides, assis entre leur pays d’origine qui ne les reconnaît plus, et la France qui fait semblant de les avoir assimilés et qu’ils ne se sont pas assimilée.
Mais les migrations ne sont pas un mal. Elles sont un phénomène inéluctable dont on ne peut que limiter l’ampleur entâchant de le contrôler. L’origine de ce phénomène est démographique et tient à la révolution des transports. On ne saurait à la fois admettre le libre échange en permettant la libre circulation des capitaux et empêcher des émigrants de venir par avion.
Mais un émigrant n’est pas un migrant, et la désorganisation des pays arabes par l’afflux de migrants qui n’ont aucun désir d’Europe est un facteur de déséquilibre majeur pour les sociétés tant arabes qu’européennes.
Existe-t-il un nationalisme européen ? La question s’entend ainsi : il n’existe certes pas de nation européenne, mais le nationalisme peut-il s’insérer dans une structure européenne ? Je ne vois pas ce qui s’y oppose, sinon que l’antieuropéisme systématique de tous les nationalistes français prétend avoir réglé la question.
Le nationalisme impérialiste et raciste allemand a voulu bâtir une mittel europa qui se serait méfiée des puissances occidentales. En réaction, on a bâti une Europe technocratique dont le ciment était l’économie et le marché. Mais le marché ne fonde pas un peuple, ni n’entretient un désir decoalition.
L’europe périt d’avoir été pensée et fabriquée par des commissaires au service des marchés et d’une paix lointaine. Il n’y a pas de paix économique. Mais l’Union européenne avait un second vice originel : sa construction s’est adossée à l’atlantisme. Le pacte atlantique a précédé de deux ans la CECA et a été négocié et signé par les mêmes, Robert schumann et Jean Monnet.
L’euro n’était pas condamné de naissance à son échec actuel, qui n’est pas irrémédiable, s’il avait vraiment voulu faire concurrence au dollar pour refonder un ordre monétaire juste, et si la « zone euro » ne s’était pas ouverte à des pays aux économies trop éthérogènes, l’euro ne serait pas la monnaie de la baisse du pouvoir d’achat et du niveau de vie des européens.
Le nationalisme est-il chrétien ? La question est difficile. La Bible reconnaît l’appel du sang d’abel qui doit être vengé d’un assassinat et d’un fratricide. L’appel du sang dans la genèse pouvait passer pour un patriotisme primitif, mais c’est beaucoup plus le cri de l’opprimé qui monte vers Dieu depuis les profondeurs de la terre. La matrice chrétienne est adoptive, mais la matrice adoptive du nationalisme culturel ne doit pas singer l’adoption divine. En d’autres termes, la naturalisation ne doit pas singer la Grâce du baptême.
D’autre part, la construction de l’Église montre que la notion de peuple est privilégiée à celle de la terre du père, le peuple de dieu se déclarant de la patrie céleste.
Cette prémice étant admise, toutes les formes d’organisation de l’exil terrestre me paraissent permises, du cosmopolitisme du citoyen du monde au patriotisme charnel de l’homme qui pense que l’incarnation se prolonge en révération de la terre, en passant par la position, qui serait plutôt la mienne, de celui qui veut faire nation pour faire peuple.
Doit-on donner sa vie pour sa nation ?La forme classique de la question contient le mot patrie. J’aurais tendance à dire que, si le peuple auquel on appartient et qu’on choisit de former avec d’autres, dans le « plébiscite de tous les jours » dont parle rEnan, si ce peuple est en danger, on peut lui donner sa vie, atendu qu’il est bon de dévouer sa vie à quelque chose qui la dépasse. Mais le don de sa vie à la nation n’est pas celui chanté par LE CHANT DU DEPART : « Un Français doit vivre pour elle, pour elle un Français doit mourir ». Pouvoir n’est pas devoir, et on ne doit donner sa vie ni à la terre selon le lieu commun du patriotisme, ni à la République que désigne le Chant du départ, régime idéologique et idéologie de régime. On doit donner sa vie à son peuple, pour défendre son peuple, on à sa terre et non à une idée d'égrégation sociale ayant pris une forme de gouvernement.
Le nationalisme a-t-il une forme de gouvernement ?
L’hydre lepéniste, comme une résurgence de la bête immonde, a effrayé l’État et la société qui lui ont oposé un républicanisme exacerbé, qu’on peut globalement réunir sous le vocable de chevènementisme, et qui va aujourd’hui de Jean-Luc Mélanchon, l’ancien international-socialiste devenu nationaliste chavésien, ou d’arnaud Montebourg, le démondialisateur qui se soigne, à Emmanuel Macron, qui apporte au patronat l’obole du nationalisme français et républicain. (ON voit par là qu’il n’y a pas de doctrine économique du nationalisme, sinon que le libéralisme est plus américain que Français, quoique Calvin soit français...)
Le chevènementisme est un nationalisme républicain, qui voudrait monopoliser la République au service de la nation, pour respecter et capter l’héritage révolutionnaire.
Le lepénisme peut revêtir trois formes de gouvernement : la royauté (que drague Emmanuel Macron), la démocratie ou le fascisme.
À la croisée des deux derniers se trouve le populisme. Ce mot de la démocratie, dévoyé par « nos élites » qui le sentent opposé à elles, peut désigner, soit le respect du peuple, soit la démagogie (le populisme mélanchoniste est une démagogie argotique) qui, dans le cas du lepénisme, flatterait les instincts xénophobes,dans un contexte où le racisme et l’antiracisme se nourrissent réciproquement et obsessionnellement comme l’autre nom de la peur de la guerre et de l’envahisseur.
Le nationalisme doit participer à la construction du peuple tel qu’il apparaît, dans toutes ses composantes, en respectant l’origine de la nation matricielle.
Je suis un nationaliste social, démocrate, éventuellement européen, populiste et non xénophobe, étant entendu que mon national populisme s’oppose à la sociale démocratie,gouvernement des corps intermédiaires qui bâtit la société contre le peuple, au détriment de l’intérêt général et au service des intérêts catégoriels.
Je crois en une refondation démocratique et sociale de la nation.

( 810595 )
Etrange par Nemo (2016-08-13 09:28:40)
[en réponse à 810592]
Pour une fois je suis essentiellement d'accord avec vous.
Pour une fois je lis un post qui dépasse vingt lignes. J'ai une règle de ne jamais le faire. Je viens de la transgresser.
Pour moi la nation est en effet essentiellement liée à un mode de transmission de la culture et des valeurs.
C'est un degré de parenté au même titre que la famille, le village, la région, le continent, l'univers.
De même qu'on est rarement totalement bilingue, de même on ne devrait guère pouvoir avoir deux nationalités.
Quand on se marie, on unit deux familles mais l'une reste privilégiée.
Je ne comprends pas les combats au niveau du principe et de l'idéologie qui opposeraient l'Europe à la France. L'idée de revenir au Franc me deplaît en tant qu'idéologie, même si je puis admettre que des raisons pratiques nous obligent à faire ce choix un jour.
Pour moi le Brexit est une erreur fondamentale. La plupart de mes amis anglais y étaient opposés, sauf les nostalgiques de l'Empire. En revanche si l'Europe est pour moi une évidence dont on ne peut plus sortir, je constate qu'elle est dévoyée, qu'en tant que telle elle ne remplit pas sa mission et engraisse des politiciens déconnectés de la réalité. Mais nous avons la même chose dans les assemblées nationales ce qui ne nous fait pas envisager de revenir à l'autonomie des régions.
Mais ce qui reste essentiel est la préservation des principes et valeurs chrétiens qui fondent l'Europe avec son beau drapeau à la couronne de douze étoiles.

( 810634 )
Nous fûmes déjà d'accord... par le torrentiel (2016-08-13 19:58:35)
[en réponse à 810595]
en politique et concernant l'épiscopat couvé par mgr Lustiger. Je n'aime pas votre pétrification liturgique et vous devez détester mes abus putatifs.
Mais je ne suis pas comme vous ni comme "vos amis" londoniens qui ont peur d'un inconnu qui ne fera pas de mal à une mouche ni aux gens de la City:loin de moi de penser que les Britanniques sont par principe hors de l'Europe. Toutefois, c'est la seule nation d'Europe à avoir constitué un Empire, qui doit bien comporter la moitié du monde connu., comme le romain avant la chute et que le césarisme soit remplacé par la papauté qui l'a agrandi d'autant.
Les Britanniques étaient (et pour l'heure sont encore) "l'œil deu Moscou" des USA, observateurs infiltrés dans cette Europe qui se trouve, elle, dans l'œil du cyclone de toutes les avidités économiques, tant c'est une passoire.
Les britanniques et l'Europe, c'est un cas pratique de "double nationalité" ou de double allégeance: il faudra qu'ils choisissent entre leur Empire et leur appartenance à la puissance européenne. Ont-ils peur d'un retour vers l'Empire? D'autant qu'ils s'éloignent des Etats-Unis ou que les Etats-Unis s'en éloignent.
En attendant l'heure de vérité qui n'a pas encore sonné, car on a vu bien des référenda dont le résultat est passé par pertes et profits, le Royaume-Uni porte par le brexit le témoignage que ce modèle européen ne marche pas. Mais la démission de Nigel Farage immédiatement après avoir obtenu que son payslui ait été "rendu", n'est pas non plus de très bon augure quant à la responsabilité des partisans du "out".
On a sorti les partisans de la sortie, quand ils ne se sont pas éclipsés d'eux-mêmes, et le bipartisme continue son bonhomme de chemin, comme le dit "Causeur".
Les entreprises qui ont trouvé refuge fiscal à Londres ne quitteront pas la place à cause du Brexit. Le Commonwealth restera fidèle à l'union Jack. Les sièges des banques anglaises ne se délocaliseront pas en europe parce que Londres deviendrait une ville pariat. Elles contrôleront mieux ces places en s'infiltrant dans une Europe que leur pays aura quitée.
Cela soit dit sans aucune expertise, je suis facile à contredire sur un sujet que je connais mal, cela va sans dire.

( 810602 )
Nation, patrie, universalisme et catholicisme par Jean-Paul PARFU (2016-08-13 10:43:18)
[en réponse à 810592]
Il me semble qu'avant une discussion de ce genre, il est préférable de s'entendre sur certains termes.
1) La nation, c'est la "natio" romaine qui désigne un groupe humain de la même origine.
Un homme et une femme s'unissent, ils forment une famille, qui devient un groupe de familles, puis une tribu, au sens des 12 tribus d'Israël ou de la "Gens" romaine. C'est la nation ethnique, au sens où on parle parfois de "la nation apache" ou de la "nation franque".
2) La patrie, c'est, comme son nom l'indique, "la terre des pères". La patrie, c'est donc la terre où la nation s'est installée et y a développé son économie et sa culture.
3) Pris dans ce sens, la nation et la patrie sont bien définis, mais n'ont pas forcément de frontières étanches.
Une nation, en effet, vit en général aux côtés de nations soeurs, puis de nations de plus en plus éloignées etc ... De même, il est tout à fait possible que la terre sur laquelle les pères ont développé leur économie et leur culture fasse partie d'un ensemble plus vaste.
Il y a donc, à un moment donné, des frontières, mais ces frontières ne sont pas étanches et il est tout à fait légitime pour des Danois de se sentir aussi scandinaves d'abord, européens ensuite, occidentaux et finalement membres de "la grande famille humaine".
4) Historiquement, il existe aussi ce qu'on pourrait appeler la "stato-nation" et la dynamique "stato-nationale" et c'est là que les problèmes commencent. La France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Russie (mais pas exclusivement) ont, parallèlement à la dynamique de leur constitution, développé une idéologie "légitimatrice", idéologie qui leur permettait de se substituer à la Chrétienté dans sa vocation universelle. L'Etat, qui est une forme parmi d'autres d'autorité civile (avec la cité, la ville-empire et la féodalité) va être le moteur idéologique et administratif de cette "stato-nation" à vocation universelle.
Le monde, l'humanité avaient donc vocation à entrer sous leurs bannières ou être dominés par elles et celui osait s'y opposer devait , soit être châtié, soit, si le châtiment n'était pas possible, (notamment en raison de la force de la puissance en question) devenait une sorte de monstre à peine humain vivant dans les ténèbres extérieurs.
5) Enfin, il ne fait pas confondre l'ordre naturel pour lequel l'unification de l'humanité est un but, mais se fait par médiations et l'ordre surnaturel où cette unité est présupposée et est immédiate par le baptême, mais par la médiation du Christ et de Son Eglise, et en vue du Royaume des Cieux, Royaume qui commence dès ici-bas, mais qui n'est pas de ce monde (et ici, tous les mots sont importants).

( 810603 )
Nationalisme fidjien par Mingdi (2016-08-13 11:13:04)
[en réponse à 810602]
En ces temps de disette nationaliste on se raccroche à ce qu'on peut. Autant la ferveur factice avec drapeaux tricolores aux balcons à l'occasion d'un tournoi de football européen perdu m'a laissé indifférent, autant la torchée infligée par les fidjiens aux britanniques en rugby à sept m'a laissé baba et transporté de joie. Voilà une équipe fière de ses origines et en rendant hommage à Dieu. Et vive le sport, tout de même.

( 810606 )
Vous avez pu voir par Jean-Paul PARFU (2016-08-13 11:57:41)
[en réponse à 810603]
pendant l'Euro de football, les fières nations islandaises et galloises qui m'ont également laissé baba ! A l'occasion du match Islande-France, vous avez eu l'exemple de la nation ethnique d'un côté et de la stato-nation à vocation universelle de l'autre ...

( 810627 )
Me. Parfu.... par Pol (2016-08-13 18:11:58)
[en réponse à 810602]
....on vous lit toujours avec grand interet. Merci toujours et encore.
Bon Dimanche a vous et famille.

( 810629 )
Merci Pol ! par Jean-Paul PARFU (2016-08-13 18:32:06)
[en réponse à 810627]
A vous également, un très bon dimanche et une très belle fête de l'Assomption !

( 810636 )
Races et nations. par le torrentiel (2016-08-13 21:36:34)
[en réponse à 810602]
Cher Maître,
Dans ce message, seul le titre est provocateur, car je trouve que vous employez la bonne méthode en posant des définitions préalables. J'ai essayé de le faire moi-même par un autre biais.
Vos deux premiers points sont justes, mais ils ne contribuent pas bien à dissiper la confusion entre nation et patrie. Ou, si j’essaie de développer votre raisonement, on pourrait dire que la nation est la famille des patriotes. J'ai été planté sur la terre de mes pères par une longue lignée (premier sens de la nation) de laquelle je suis né (nation vient de nascor, je ne l'ignorais pas). La nation est mon lignage et la patrie ma terre. Ma nation peut très bien n'être pas restée dans ma patrie, avoir été contrainte à l'exil, il y a tant de tribulations politiques…
La patrie renvoie aussi au patriarcat, la nation inclut la mère. Pour vous, cette inclusion est preque fortuite. C’est une additionqui fait partie de la famille. Pour moi, elle fonde (ou peu s'en faut) la différence entre patrie et nation.
J'avais coutume de dire il fut un temps que la patrie était aussi paternaliste et clanique que la nation était maternante et clinique.
Votre nation où est comme accidentellement incluse la mère forme une ethnie, on disait autrefois une "race", même pour une famille, ce n'est pas à vous que je l'apprendrai. Et je cite à nouveau Mauriac : "L'individu est le moment d'une race", le rejeton d'une famille, un héritier.
Convoquons encore Maurras dont je crois avoir compris que vous l'aimez moins que moi, bien que je ne sois pas maurrassien: nous naissons débiteurs et héritiers, l'Etat moderne veut faire de nous des déshérités.
L’opposition que je fais entre la patrie-patriarcat et la nation-matriarcat accorde une faveur à la mère, qui veut toujours étendre les droits de la naissance. Elle veut toujours donner naissance à plus d'enfants qu'elle n'en a mis au monde. Elle veut garder les enfants des autres. Elle veut en adopter.
Sous ce chef maternel, la nation n'est donc plus familiale ni raciale. La mère ne conserve pas volontiers le patrimoine, non qu'elle soit dépensière, mais elle dépense son amour. La nation naturalise, adopte. Elle l'a fait, même lorsque le père de famille était le chef incontesté de sa domesticité. Aristote parle de "naturalisation" dans le contexte, non de la maison du citoyen père de famille, mais de la cité, précurseur de la nation. Car les grecs avaient une conscience nationale. Ils se savaient appartenir à à l'Achaïe, par opposition aux aux barbares plus encore qu’aux métèques.
Mais c'est assez sur ces deux premiers points. Poursuivons votre raisonnement.
3. Votre manière d'imbriquer la nation dans un espace plus vaste était présentée d’une façon qui m’a suggéré, je ne sais pourquoi, un autre cas de figure. penser à un autre problème.
Supposons qu'au lieu d'appartenir à un espace plus vaste dans lequel la nation trouve plus ou moins harmonieusement à poser ses limites et à établir ses limes, la nation lute pour la terre avec d'autres nations qui se la disputent. Il en résulte un autre ensemble. Cet ensemble est binational. La binationalité est impossible dans le citoyen, possible pour fixer le partage d’une patrie. Possible, bien que fort incommode.
Ce cas de figure est celui que j'ai vu en Israël-Palestine, où toute solution qui proposerait une partition est vouée à l'échec. Ce territoire n'a d'avenir que par un Etat binational.
Mais vous allez m’objecter que l’Etat n’est pas la seule solution. Vous allez regretter la prééminence de l'Etat, et vous aurez raison.
4. Raison de dire que les problèmes commencent avec l'Etat-nation, alors que la plupart des souverainistes ont tout dit quand ils ont porté ce modèle au pinacle, dans lequel devrait se réaliser la souveraineté partout dans le monde.
L'Etat-nation est étranger à bien des ères de civilisation, au premier rang desquelles l'islamet son agitation, mais l’islam est en partie agité parce que nous voulons lui importer un modèle qui n'est pas fait pour lui, et que le kalifat n'unifiera jamais la nation musulmane.
-RAison de rappeler que " L'Etat est une forme parmi d'autres d'autorité civile", qui voudrait devenir légitimatrice, sous prétexte que l'Etat est protecteur. La féodalité était protectrice ele aussi, mais je ne crois pas que l'on puisse en faire un terme générique come de l'Etat. Dans la féodalité, on se recomandait à quelqu'un. Autant de féodaux, autant de relations. Le papisme remplaçant le césarisme faisait l'unité spirituelle d'une chrétienté qui n'était pas un Empire, mais un ensemble de féodalités, puis de nations se reconnaissant une dette envers l'autorité spirituelle, une sorte de féodalité dont le pape était le suzerain bien qu’il ne portât pas les armes, on les portait pour lui. Princes chrétiens et chevaliers combattaient pour celui qui combattait pourla foi.
Cet équilibre, l'Etat moderne l’a bouleversé, et est venu le remplacer par un nouveau césarisme. J'aimais bien la pirrouette de Jean Madiran, disant que, de son point de vue, le "Rendez à César" devait s'interpréter par: "Tout est à Dieu", alors que l’Etat moderne croit que tout est à César.
Je reconstitue le syllogisme, car il est drôle:
-Le chrétien hostile à une laïcité de séparation des pouvoirs dit: "Rendez à César ce qui est à césar et à Dieu ce qui est à Dieu. Or César est à Dieu. Donc tout est à Dieu." Donc rendez tout à dieu, n’ajoutait pas Jean Madiran.
Le moderne ne peut pas dire que Dieu est à césar, il est coincé. Alors César confisque les biens de Dieu et s'en fait le gestionnaire inflexible.
Un mot sur les deux césarismes, l'ancien et le moderne, le romain et l'étatique. Ils sont plus parents qu'on ne veut bien le voir.
Souvent notre bonapartisme conscient ou inconscient se borne à faire consister l'Empire dans la fonction militaire de son chef, "le général en chef". C'est voir l'Empire par l'Empereur, c'est-à-dire par le petit côté personnel, ou par le côté du petit personnel, fût-il empereur. Comme disait encore Maurras, si le prince n'est pas le principe, il cesse de nous intéresser.
L'Empire venait de la république romaine, comme l'Etat se pose comme la base de la domination démocratique mondiale, visant en principe à "égaliser les conditions", le socialisme apportant à cette égalisation une touche de légalisation souvent difficile à supporter. L'empire vient de la république, et l'Etat moderne et républiqain crée un nouvel empire.
L’empire est une passion républicaine. Cela s’est vérifié de la République romaine à l’Etat moderne, en passant par Bonaparte qui a sincèrement voulu répandre les idées de la révolution et qui comença par en être un bon serviteur avant de vouloir créer une nouvelle féodalité sans foi, mais avec beaucoup de lois et de code civil.
5. Il ne faut pas confondre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel,concluez-vous. L’humanité aspire à faire monde, mais seule l’Église peut faire corps. Mon premier poste le montre, je suis indécis sur le sujet. Je présenterai sur ce dernier point un argument contre votre position et un argument en sa faveur, qui me paraît d’ailleurs plus décisif.
Mon argument contre reprend l’idée de Benoît XVI ou la reformule : les nations sont la conséquence du péché des hommes. Or on peut et même on doit réparer un péché. Donc on doit instituer une autorité mondiale pour assurer plus de justice entre les nations.
Et maintenant, mon argument favorable à votre position : le monde ne peut s’unifier que sous un empire. Or le système d’unification impériale est paressence antichrétien, ou plus exactement contraire au mode d’unification chrétienne. Le christianisme unifie de façon monarchique. Le christianisme est une royauté, le monde est impérial.
Je vois cela, mais ne suis pas certain de vouloir en tirer les conséquences intellectuelles et politiques. Je ne sais pas si vous-même le voyez, ni quelles conséquences vous en tirez.
Je vous remercie pour votre message, qui m’a permis de clarifier mes idées pour mieux les porter au débat.
Le torrentiel

( 810640 )
Mon quatrième point par Jean-Paul PARFU (2016-08-13 22:41:21)
[en réponse à 810636]
a été rédigé un peu rapidement et peut paraître un peu confus.
On peut remarquer que les grands Etats-Nations européens que j'ai cités ont développé une idéologie nationale : mercantiliste pour la Grande-Bretagne, universaliste pour la France, particulariste pour l'Allemagne, Troisième Rome pour la Russie, se sont perçus comme autant de "centres du monde" à vocation universelle et ont plus ou moins considéré les autres puissances comme illégitimes ou comme des ennemies. De fait, pour leurs citoyens, le monde s'arrêtait aux frontières de leur Etat. Au-delà commençaient les ténèbres où vivaient des êtres étranges à peine humains : les Français sont ceci, les Allemands cela etc ....
Pour certains Allemands du peuple que j'ai connus, l'Allemagne est comme le toit du monde et les autres pays, y compris européens de l'Ouest, comme des ténèbres où règnent des maladies.
Dans l'un des cabinets d'avocats où j'ai travaillé, le père de la secrétaire du patron était gendarme. Elle avait pas mal voyagé enfant dans tous les Dom-Tom, suivant les différentes affectations de son père. Et j'ai compris que pour elle, voyager hors de la France et de ses possessions était incongru et presqu'une forme de déloyauté, voire de trahison, en tout cas quand ce n'est pas commandé par l'Etat.
Pour le reste, je m'en tiens aux définitions originelles et naturelles car les mots de nation, patrie et Etat sont totalement sont la plupart du temps totalement embrouillés et embrouillés à dessein au gré des intérêts politiques des uns et des autres. Un peu de clarté ferait du bien, notamment dans le débat européen et dans le rapport : particularisme et universalisme.
En tout état de cause, les grands Etats européens ont voulu se substituer à la chrétienté.

( 810654 )
On a voulu chasser le naturel... par Pol (2016-08-14 10:46:14)
[en réponse à 810640]
....mais il retourne au gallop...J'ai cette conviction que nous (le monde) retournons vers ,precisement, cette ideee ancienne, centrale, biblique meme, de l'idee-Nation, l'appartenance a un pays, une langue, une culture, des habitudes du pays, et que l'idee progressiste, moderniste, et surtout maconnique qui veut faire du monde un belle salade d'assimilation, d'integration, de fusion etc...
Sous le controle absolu d'un Gouvernement Mondial....Horreur et cauchemar... Mais cela ne tiendra pas, les p'tits hommes ayant rejeté le Bon Dieu, ce dernier remettra de l'ordre dans Sa creation.
Notre Dame de Fatima, priez pour nous.

( 810647 )
Les Etats contre la chrétienté par le torrentiel (2016-08-14 00:06:27)
[en réponse à 810636]
ou la coalition des idéologie nationale des puissances impériales, aboutit en effet à un nouvel Empire contre le pape de Rome.
Car les Etats impériaux sont divisés à la manière d'un empire contre la royauté du pape, qui se fait timidement l'ambassadeur ou le berger des nations non "statolâtres".
Les Etats-nations ne sont pas la solution, ils sont le problème.
Il y a certes une division des nations de l'Empire, mais ces divisions se discutent au sein du Conseil de sécurité de la nouvelle Société des Nations, où les "puissances" impériales ont voix prépondérante.
Les idéologies nationales se fondent en intérêts impériaux, et Les puissances impériales n'ont pas consenti que la nouvelle Société des nations soit une démocratie des nations.
L'Organisation des Nations Unies crée une République et non une démocratie des nations, où qui commande a le pouvoir de payer, et où qui a le pouvoir de payer dit agir au nom de la liberté du renard fourbe dans le poulailler libre ou du droit libéral du plus fort qui sera un bon maître, de l'égalité des chances, et de la fraternité du pot de terre avec le pot de fer, des amits de Goliath contre "la voix de l'enfant" du petit David, ou de tous contre un, allant se perdre sans grandeur dans des guerres affreusement assymétriques, où commanditaire du massacre ne regarde pas qui il massacre, et ne comprendrait pas de ne pas avoir "zéro mort".
L'empire est une idée fondamentalement républicaine, et l'ONU est organisée comme une République des nations sous la houlette des puissances, qui veulent propager une idée fixe, la démocratie égalitaire, dont elles ne donnent pas l'exemple, et qui n'a pas de substance. La démocratie n'est pas transcendentale.
Le Royaume de notre Seigneur n'est pas de cet Empire. Fut-il de celui o Rome confisqua ses caractères orientaux à une religion qui s'était transmise par tradition orale, et moqua la sacralité de l'Hébreu en rendant le latin canonique, cette langue de l'occupant et du droit, si peu faite pour une religion affranchie de la loi.
La civilisation chrétienne est devenu ce qu'elle était par une ruse de l'histoire. Mais l'histoire est providentielle. Et sans cette fourberie qui n'était pas la ruse du pape jésuite et manoeuvrier, nous ne serions pas chrétiens aujourd'hui, et nous aurions pris Jésus-Christ pour un fou. Notre royaume n'est pas de cet empire.

( 810685 )
Une autre perspective par BK (2016-08-15 11:32:17)
[en réponse à 810592]
Mgr Ravel, dans une catéchèse aux dernières JMJ, rappelait que le patriotisme est au nationalisme ce que la personne est à l'individu : la patrie et la personne se savent au service du bien commun.
Voir dans le même sens les brèves remarques de Rémi Brague dans Du Dieu des chrétiens et d'un ou deux autres (je vous assure que quand on lit tout ce petit livre, on trouve la bonne page sans difficulté).
Les liseurs toujours vigilants auront bien sûr la sagesse de passer sur l'absurdité logique du titre, qui place de part et d'autre de la copule 'et' Dieu (Celui qui seul EST), et le néant des faux-dieux : malgré cela le bouquin est excellent.