Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=809679
images/icones/livre.gif  ( 809679 )Le déni de réel est cause de décadence : Rd. Père Thomas par Diafoirus (2016-07-28 11:13:17) 

Avançons notre lecture lentement, car ce qui est écrit par le Rd. Père Thomas doit être médité et longuement approfondi.

Le déni de réel est cause de décadence :

« (…) La vigueur, la vitalité d’une société, d’une civilisation, se reconnaissent à l’attention et au soin que l’homme est capable d’apporter au passé conservant soigneusement les faits et les gestes, posant des repères sur le chemin parcouru comme si ce dernier, à tout moment, devait être emprunté de nouveau. En revanche, un pays, une nation ou une civilisation en crise sont ceux où leurs membres n’affichent que mépris et violence vis-à-vis de leur héritage, rompant avec le passé, le dépeçant, allant même jusqu’à violer les tombes et exhumer les cadavres, comme les sans-culottes de la Révolution française. Il s’agit là d’une attitude barbare qui rend étranger à ce qui est humain. C’est une rupture d’avec l’humain et d’avec le divin, meurtre du père et mort de Dieu. Sous le couvert de progrès et d’évolution, celui qui rejette le passé stagne, régresse et se condamne à disparaître. Seul ce qui demeure peut prendre la direction d’un réel progrès, d’une avancée morale, d’une purification, car le regard demeure fixé sur les héros et sur les saints, sur les événements glorieux, sur les échecs et les défaites surmontés. La docilité au réel permet à une communauté de personnes de se hisser sur les cimes, de devenir une patrie de sages, de philosophes, de théologiens, de mystiques. Le sans-gêne dédaigneux vis-à-vis de ce même réel n’engendre que cataclysmes, crises, idéologies que l’homme ne peut pas traverser intact et où il perd sa consistance, ne sachant même plus qui il est, d’où il vient, où il va…
Obéir à la nature des choses fut, pendant des générations, un postulat de base présent dans le sens commun y compris des illettrés et des incultes. Le paysan au milieu de sa rizière, l’artisan avec son marteau, le pêcheur avec son filet savent encore que chaque chose nous résiste selon ce qu’elle est, qu’ils doivent rester dociles et attentifs au réel s’ils désirent le vaincre ou le maîtriser dans le domaine qui leur est propre. La victoire passe nécessairement par l’obéissance au réel. Ne pas l’accepter, c’est s’exposer à des erreurs qui entraînent des conséquences dramatiques.
Pour construire une civilisation qui perdure, il faut commencer par respecter les principes naturels et reconnaître que le feu brûle, que l’eau désaltère et mouille, que le soleil réchauffe et fait lever le grain, que l’homme ne vit pas seulement de pain, qu’un enfant n’est pas un objet non identifié dans le ventre de sa mère… Tout va bien lorsque tous ou la majorité des personnes qui composent la société se retrouvent en ce même credo. Tout commence à aller mal lorsque, malgré l’évidence, des voix s’élèvent pour affirmer le contraire de ce qui est ou bien prônent un relativisme en la matière. Le déni de réel est cause de décadence. Toutes les dictatures au cours des millénaires en ont fait l’amère expérience, sans que cela ne soit pour autant une leçon pour les générations futures puisque ces dernières rejettent a priori tout ce qui provient du passé. »

Rd Père Jean-François Thomas, s.j.

in « Les mangeurs de cendres – petit traité spirituel », pp. 28-30
(éd. Via Romana – mars 2016)
http://leblogdumesnil.unblog.fr/2016/06/23/2016-47-obeissance-au-reel-et-civilisation/
ICI
images/icones/bravo.gif  ( 809700 )Un très beau texte par Candidus (2016-07-28 14:53:32) 
[en réponse à 809679]

Cela explique la supériorité spirituelle des populations rurales sur les populations urbaines. Il est plus difficile de nier ou d'ignorer le réel lorsque l'on vit dans sa proximité immédiate et que l'on est sans cesse confronté à ses exigences.

La vie citadine dans son cadre bétonné et l'omniprésence de tout ce qui vient aléger le joug bienfaisant de la nature : lumière artificielle, moyens de transport développés, chauffage, air conditonné, media omniprésents, etc. contribuent à nous déconnecter du réel. Toutes ces réalités existent aussi à présent à la campagne mais elles n'exercent pas encore la même tyrannie ou bien il est plus facile de s'en extraire.

La Révolution a été un phénomène bourgeois et donc essentiellement urbain.

Pas étonnant que la déchristianisation de la France et de l'Europe ait été concomitante à son urbanisation et à l'exode rural.
images/icones/hein.gif  ( 809702 )Déjà un siècle avant... par Glycéra (2016-07-28 15:15:06) 
[en réponse à 809700]

Un livre sur la France rurale dans les 4 derniers siècles.
Je ne l'ai plus, et en ai oublié le titre.


La centralisation économique, financière, visible jusque dans le réseau ferré de France, et agglutinée des administrations à Paris, résulte de la Révolution.

Mais pourquoi ?
Parce que 100 ans avant, Louis XIV avait déjà groupé son monde, vidé les campagnes de nombre de grands nobles, pour les avoir près de lui, ou pour les employer à des guerres.

J'avais trouvé les exemples donnés très pertinents.
Et cela cadre bien avec la descente du Coeur-Sacré à Paray-le-Monial pour rappeler à Louis SIV qu'il n'était pas le soleil, mais son lieu-tenant.

Est-ce aussi votre lecture ?
images/icones/fleur.gif  ( 809701 )En passant, je vous remercie infiniment par Glycéra (2016-07-28 15:10:13) 
[en réponse à 809679]



et l'adverbe n'est pas trop fort...

pour m'avoir il y a des lustres indiqué le Père Molinié.
Il vient de faire encore des régals avec une troupe d'enfants, et par ricochet, sur leurs parents.

Pourriez-vous me contacter hors forum : glycera chez wanadoo.fr. pour quelques questions ?

Je vais plonger dans les écrits que vous mettez en ligne du père Thomas.
Avec mes reconnaissantes salutations

Glycéra